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	<title>Droits sociaux et économiques - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
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	<title>Droits sociaux et économiques - En avant</title>
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		<title>À qui appartiendra l&#8217;intelligence artificielle ?</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/07/03/a-qui-appartiendra-l-intelligence-artificielle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Jul 2026 08:57:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droit Du Travail]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Recension de l'entretien de Bernie Sanders dans Wired : l'IA comme question de pouvoir, de démocratie et de partage des richesses produites.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/07/03/a-qui-appartiendra-l-intelligence-artificielle/">À qui appartiendra l’intelligence artificielle ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans un <a href="https://www.wired.com/story/the-big-interview-podcast-senator-bernie-sanders/?utm_source=nl&amp;utm_brand=wired&amp;utm_mailing=WIR_SystemUpdate_070226&amp;utm_campaign=aud-dev&amp;utm_medium=email&amp;utm_content=WIR_SystemUpdate_070226&amp;bxid=5fd62ba971d49c530600b9ba&amp;cndid=63161527&amp;hasha=cf91fa6535c98cc1afad8e978f7db62a&amp;hashb=03e89099af63e2861c8c7627552fcc05ae43a705&amp;hashc=825a9a335fde5f7798257872d513fdf8aedd873bd23ef55a1f7aa3aab64715c6&amp;esrc=&amp;utm_term=WIR_Optdown" target="_blank" rel="noopener" title="">long entretien accordé à Wired fin juin</a>, le sénateur Bernie Sanders qualifie l&rsquo;intelligence artificielle de technologie la plus conséquente de l&rsquo;histoire humaine, et s&rsquo;alarme du silence qui l&rsquo;entoure au Congrès. Recension d&rsquo;une conversation où la question technique se mue, très vite, en question de pouvoir.</em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;éléphant dans la pièce</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bernie Sanders a 84 ans et une conviction ancienne : la richesse concentrée menace la démocratie. Depuis 2023, il en fait un combat neuf, celui de l&rsquo;intelligence artificielle. Ce qui le frappe d&rsquo;abord, confie-t-il à la journaliste Katie Drummond, c&rsquo;est un vide. Face à une technologie qui bouleversera « chaque aspect » de nos vies, il cherche au Congrès des débats à la hauteur et n&rsquo;en trouve aucun. Pas une loi d&rsquo;ampleur. Un éléphant au milieu de la pièce, que personne ne veut voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce silence n&rsquo;a rien d&rsquo;un hasard, explique-t-il. Qu&rsquo;un·e élu·e s&rsquo;avise de réguler, et le lendemain des millions de dollars de publicités hostiles s&rsquo;abattent sur sa campagne. La peur, plus que l&rsquo;ignorance, tient les langues. D&rsquo;où deux initiatives. En mars, avec la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, il propose un moratoire sur la construction des centres de données tant que des garde-fous n&rsquo;existent pas. En juin, il dépose l&rsquo;American AI Sovereign Wealth Fund Act, qui taxerait les entreprises les plus riches du secteur pour reverser directement aux citoyen·ne·s une part de la richesse produite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">À qui appartient le savoir ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur quoi repose l&rsquo;IA ? Sur le travail et le savoir humains, répond Sanders. Les livres, les poèmes, les articles, les recherches scientifiques avalés par les modèles. Celles et ceux qui les ont produits n&rsquo;ont, eux, rien touché. Wired elle-même, rappelle sa directrice, n&rsquo;a perçu aucun dollar pour ce que l&rsquo;IA a moissonné dans ses pages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De là vient sa proposition la plus tranchante : que le public détienne la moitié de ces industries, avec la moitié des sièges au conseil d&rsquo;administration. La moitié des richesses créées reviendrait alors à la collectivité. Sam Altman, qu&rsquo;il a rencontré une heure, n&rsquo;a pas caché sa réticence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le vertige des centres de données</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi la colère monte-t-elle contre les data centers ? Factures d&rsquo;électricité, bruit, saccage des paysages : les motifs immédiats sont concrets. Mais Sanders y lit autre chose. Dans une petite commune, cinq bénévoles d&rsquo;un conseil municipal se retrouvent face aux firmes les plus puissantes du monde, armées d&rsquo;avocat·e·s et d&rsquo;accords de confidentialité. Les habitant·e·s ignorent parfois ce qui se décide chez eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le centre de données, dit-il, cristallise un sentiment plus large : celui d&rsquo;une technologie imposée d&rsquo;en haut, sans consentement. Derrière la facture, il y a l&#8217;emploi. Six à huit millions de personnes conduisent camions, taxis et voitures avec chauffeur ; au Texas, des poids lourds roulent déjà sans personne au volant. Où iront ces travailleur·euse·s de cinquante ans, demande le sénateur, quand leur métier aura disparu ? Cette dépossession, il la voit déjà se retourner en mobilisation : assemblées locales, urnes, primaires new-yorkaises emportées par la gauche.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Oligarchie et autoritarisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sanders refuse de séparer oligarchie et autoritarisme. « Frères jumeaux », dit-il. Il rappelle qu&rsquo;Elon Musk aurait dépensé quelque 290 millions de dollars pour faire élire Donald Trump, et que le premier déplacement du second mandat fut pour l&rsquo;Arabie saoudite. Fortune démesurée, mépris de la démocratie, appétit pour l&rsquo;IA : le triangle se referme. Comment, s&rsquo;étonne-t-il, peut-on juger impossible de garantir des soins à toutes et tous, mais parfaitement réaliste de bâtir des centaines de centres de données ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la peur intime, qu&rsquo;il nomme sans détour. Les deepfakes qui mettent des mots dans la bouche d&rsquo;autrui. La surveillance qui suit chaque trace laissée en ligne. Ces enfants confiés à des « compagnons » artificiels. Et l&rsquo;avertissement de Geoffrey Hinton, prix Nobel et pionnier du domaine, sur une perte de contrôle aux conséquences possiblement calamiteuses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Refuser la peur comme moteur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « il faut battre la Chine » ? Un épouvantail, tranche Sanders, une fausse urgence brandie pour tout permettre. Il dit avoir réuni autour d&rsquo;une même table des scientifiques américain·e·s et chinois·es, mus par les mêmes inquiétudes. Contre le fatalisme, il convoque l&rsquo;histoire longue des luttes : abolitionnistes, droits civiques, New Deal. Des combats jugés perdus d&rsquo;avance, et pourtant gagnés. Sa boussole tient en peu de mots : une semaine de travail allégée à salaire égal, des richesses partagées, et surtout le refus de céder ce qui nous rend humains à des machines vouées à la seule efficacité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;entretien ne referme rien. Il laisse une question suspendue : une majorité en colère peut-elle peser plus lourd que quelques fortunes ? Sanders parie que oui, sans prétendre connaître la réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui tiendra la bougie ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">#IntelligenceArtificielle #Démocratie #DroitsHumains #JusticeSociale #Oligarchie</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/07/03/a-qui-appartiendra-l-intelligence-artificielle/">À qui appartiendra l’intelligence artificielle ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Salomé Saqué : « L&#8217;extrême droite ne résoudra jamais la question sociale »</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 14:29:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit Du Travail]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
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		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La montée des autoritarismes coïncide avec une concentration inédite des richesses. Pour la journaliste économique Salomé Saqué, l'extrême droite offre une réponse xénophobe à un problème d'abord social : le déclassement et le sentiment d'injustice.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/">Salomé Saqué : « L’extrême droite ne résoudra jamais la question sociale »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>La montée des autoritarismes coïncide avec une concentration inédite des richesses. Pour la journaliste économique Salomé Saqué, l&rsquo;extrême droite offre une réponse xénophobe à un problème qui est d&rsquo;abord social : le déclassement et le sentiment d&rsquo;injustice. Entretien sur les narratifs qui nous empêchent de penser le partage des richesses.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Voir aussi: <a href="https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/">Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;alarmisme, ce sont des données</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On ne parle quasiment plus de classes sociales dans les débats, y compris lorsqu&rsquo;on cherche à expliquer l&rsquo;émergence de l&rsquo;extrême droite. Pourquoi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, quelque chose a bougé dans la manière dont on pense la classe sociale, et dans l&rsquo;analyse aussi des raisons du glissement vers l&rsquo;extrême droite. Je pense que le vote d&rsquo;extrême droite ne s&rsquo;explique pas de façon binaire, avec une seule grande cause. En tant que journaliste, j&rsquo;ai beaucoup regardé ce que disaient les spécialistes sur le sujet — les universitaires, les sociologues : ils ne sont pas d&rsquo;accord entre eux. Je ne peux donc pas apporter une explication trop simpliste à cette question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je constate que l&rsquo;émergence de ces mouvements autoritaires intervient dans un moment de crise du système économique. Et ce n&rsquo;est pas un hasard que cela arrive au moment où l&rsquo;on a beaucoup de mal à faire perdurer ce système de la croissance éternelle, de l&rsquo;exploitation des ressources d&rsquo;autres pays, d&rsquo;autres peuples. On en parle encore, mais plus de la même manière qu&rsquo;au XIXᵉ siècle. Des bouleversements sont intervenus : le gâteau n&rsquo;est pas infini, on ne peut pas le rendre indéfiniment plus gros. Et donc se pose la question du partage des richesses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« C&rsquo;est la faute de l&rsquo;étranger » : une réponse simpliste à un problème réel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je pose cette question de la montée des autoritarismes à un moment où le partage des richesses non seulement n&rsquo;est pas effectif, mais devient de moins en moins important et de plus en plus concentré. Les partis d&rsquo;extrême droite apportent une réponse simpliste et erronée à un problème économique plus large : celui de l&rsquo;accès aux ressources, de la dignité des conditions de vie. Ils disent : « C&rsquo;est la faute de l&rsquo;étranger, c&rsquo;est la faute de telle minorité, de telle religion. » Et si l&rsquo;on évince cette communauté, la promesse, c&rsquo;est : « Vous allez retrouver vos conditions de vie d&rsquo;avant » — des conditions complètement fantasmées, qui n&rsquo;ont jamais été réelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a donc une approche économique du problème, même si elle est totalement infondée. Ils affirment souvent : « Les étranger·ère·s vous volent votre travail. » Cela montre bien que c&rsquo;est un vrai sujet : le pouvoir d&rsquo;achat, le pouvoir économique, l&rsquo;insertion professionnelle. Au lieu de le prendre avec une approche de classe, ils le prennent avec une approche xénophobe. Mais l&rsquo;enjeu, lui, est réel. C&rsquo;est l&rsquo;un des terreaux de la montée du vote pour ces partis : ce déclassement d&rsquo;une partie des populations, et ce sentiment d&rsquo;injustice que ressentent beaucoup de gens sur le plan économique, alors même qu&rsquo;ils occupent des positions très différentes dans la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il y a urgence. Si l&rsquo;on entend faire face à l&rsquo;extrême droite, on ne peut pas faire l&rsquo;économie de ces problèmes — économiques, pour le coup. On ne peut pas éviter cette question de la répartition des richesses, de l&rsquo;organisation économique de notre société : qui possède quoi, qui produit quoi, dans quelles conditions. Évidemment, c&rsquo;est beaucoup plus compliqué d&rsquo;essayer de résoudre cela que de désigner un·e responsable factice de tous les maux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, il est important de souligner que, dans tous les pays où l&rsquo;extrême droite arrive au pouvoir, elle ne résout pas ces questions économiques. La promesse — « On va expulser des étranger·ère·s et vos conditions de vie vont s&rsquo;améliorer » — ne se vérifie jamais. Ce n&rsquo;est pas ce qui se passe. À aucun moment ces partis n&rsquo;apportent une rupture économique, à aucun moment ils ne changent l&rsquo;ordre social. Au contraire : ils le renforcent, dans leur programme comme dans son application. Il y a très peu de doute là-dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m&rsquo;interpelle davantage, c&rsquo;est de comprendre pourquoi ils ont gagné certains esprits avec des discours qui ne sont pas corrélés à la réalité de ce qu&rsquo;ils font — littéralement, même avant d&rsquo;arriver au pouvoir, de ce qu&rsquo;ils votent au Parlement. En France, à l&rsquo;Assemblée nationale comme au Parlement européen, que votent-ils ? Ils ne protègent globalement pas les droits des travailleur·euse·s, encore moins ceux des plus vulnérables et des plus précaires. Il y a là un travail de clarification, de décryptage, que nous essayons de faire du côté des journalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On voit s&rsquo;imposer progressivement une logique schmittienne — désigner un « ennemi public » commun, ici le migrant, pour garantir la cohésion sociale — y compris dans les partis du centre. Mais cela pose la question du narratif d&rsquo;une alternative, alors qu&rsquo;on fait face à une situation économique qui réclamerait une forme de mondialisation du contrôle.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peu ce que disait Piketty dans son dernier ouvrage du contrôle fiscal » c&rsquo;est certain.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les libertariens sont en train de s&rsquo;imposer, sur le plan politique comme économique. Quelques pour cent détiennent presque tout. Si la gauche arrive au pouvoir, en sera-t-elle capable ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est toute la question : a-t-elle les recettes ? La gauche au sens partisan, je ne sais pas — ce ne sont pas les partis politiques que je couvre, et je ne fais pas de politique partisane. En revanche, je fais le constat, comme certain·e·s économistes et comme les personnes qui documentent cette situation, qu&rsquo;on ne peut pas se passer de mesures internationales sur la question du contrôle fiscal. Et ce n&rsquo;est pas si inatteignable : des choses ont déjà été mises en place. En réalité, tous les États du monde ont intérêt à ce que cela se fasse. Ensuite, ils peuvent disposer de leur argent comme ils l&rsquo;entendent pour leur propre pays. Mais que cela leur échappe complètement est néfaste pour tout le monde, sur le long terme. Donc non, ce n&rsquo;est pas si inatteignable.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Le mythe de la méritocratie, machine à reproduire les inégalités</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je regarde le programme du Vlaams Belang ou du RN : leur narratif a glissé vers la gauche sur le terrain social, je dirais sur les services publics.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la pratique, non. Même si, officiellement, ils prônent la défense des services publics — c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils disent publiquement — ce n&rsquo;est pas du tout ce qu&rsquo;on retrouve dans leur programme. Il faut vraiment le préciser. Le RN repose sur une idéologie extrêmement méritocratique : l&rsquo;idée qu&rsquo;on a ce qu&rsquo;on mérite. Ils parlent aussi d&rsquo;« assisté·e·s », de personnes qui profiteraient des aides. Ils ne visent pas que les étranger·ère·s, mais aussi celles et ceux qui ne travaillent pas, qui dépendent de l&rsquo;aide sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est précisément le moment, en Belgique, avec l&rsquo;attaque contre les malades de longue durée et contre les chômeur·euse·s : 200 000 personnes exclues du chômage.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l&rsquo;on revient à cette question du narratif, ce qui est très compliqué à combattre, c&rsquo;est l&rsquo;idée du « quand on veut, on peut », cette méritocratie très installée, y compris dans des sociétés fortement inégalitaires comme les États-Unis. Elle a imprégné les esprits. Il y a cette idée que les très riches, d&rsquo;une certaine manière, méritent ce qu&rsquo;ils ont. Ce qu&rsquo;il faut rappeler, c&rsquo;est que cette notion implique aussi que les très pauvres mériteraient leur sort. Et cela, on l&rsquo;intègre beaucoup moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs phénomènes s&rsquo;opèrent, dont un biais du survivant chez les personnes qui « réussissent », qui parviennent à s&rsquo;extraire de leur classe sociale. On en fait des exemples : les fameux personnages de transfuges de classe qu&rsquo;on adore mettre en scène au cinéma, dans la littérature, dans les médias. On les adore parce qu&rsquo;ils viennent valider un système : « Même si c&rsquo;est difficile, c&rsquo;est possible » — donc ce système serait acceptable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est compliqué, parce qu&rsquo;entre la réalité de la sociologie et la volonté de croire au rêve qu&rsquo;à tout moment, même très pauvre, on pourrait devenir Jeff Bezos, c&rsquo;est ce second récit qui l&#8217;emporte. Cela explique que la plupart des gens soient contre la taxe sur l&rsquo;héritage. Cela me frappe énormément. En dépit des travaux d&rsquo;économistes comme Thomas Piketty, ou de Mélanie Plouviez, qui a écrit un livre incroyable, <em>L&rsquo;Injustice en héritage</em> — en dépit de toutes les données scientifiques sur le poids de l&rsquo;héritage, sur la reproduction des inégalités et sur la pauvreté qu&rsquo;il engendre — la majorité des gens, y compris les plus pauvres, sont très massivement contre cette taxation, dont ils ne bénéficieront pourtant jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela montre une victoire dans la bataille culturelle menée par les libéraux et les ultralibéraux, aujourd&rsquo;hui reprise par l&rsquo;extrême droite, et qui nous dispense de réfléchir collectivement à la manière de nous organiser pour que tout le monde ait des conditions de vie dignes. Parce que c&rsquo;est bien cela, le but final. Mon travail de journaliste, encore une fois, c&rsquo;est simplement d&rsquo;expliquer ça. Nous avons fait beaucoup d&rsquo;émissions là-dessus sur Blast. Ce mythe de la méritocratie, qui n&rsquo;a jamais existé — comme l&rsquo;a très bien documenté Michael Sandel, qui remet en cause le concept même de méritocratie — m&rsquo;intéresse énormément. Le jour où tout le monde le comprendra, il sera compliqué pour ces partis de continuer à s&rsquo;appuyer sur ces narratifs, et d&rsquo;éviter la question des réponses économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est pour cela que je suis journaliste économique : tout ça peut avoir une utilité en termes de citoyenneté. Ce sont des sujets d&rsquo;intérêt public.</p>



<div style="border-left:4px solid #1a1a1a;background:#f4f1ea;padding:16px 20px;margin:24px 0;font-size:0.95em;"><p style="margin:0 0 8px;font-weight:700;">Michael Sandel</p><p style="margin:0;">Philosophe politique américain, professeur à l&rsquo;Université Harvard. Proche du courant communautarien (qu&rsquo;il conteste), il est connu pour sa critique sans concession de la théorie libérale de la justice et du mérite de John Rawls. Dans <em>La Tyrannie du mérite</em>, il remet en cause le concept même de méritocratie.</p></div>



<div style="border-left:4px solid #1a1a1a;background:#f4f1ea;padding:16px 20px;margin:24px 0;font-size:0.95em;"><p style="margin:0 0 8px;font-weight:700;">Mélanie Plouviez, <em>L&rsquo;Injustice en héritage</em></p><p style="margin:0;">Sous-titré <em>Repenser la transmission du patrimoine</em> (La Découverte, 2025). L&rsquo;autrice y documente le poids de l&rsquo;héritage dans la reproduction des inégalités — et le paradoxe d&rsquo;une opposition massive à sa taxation, y compris chez celles et ceux qui n&rsquo;en bénéficieront jamais.</p></div>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Entretien réalisé à Spa, le 9 juin 2026, par Philippe Hensmans.</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/">Salomé Saqué : « L’extrême droite ne résoudra jamais la question sociale »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:43:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droit Du Travail]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Économie Des Plateformes]]></category>
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		<category><![CDATA[Pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[Gig Economy]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Human Rights Watch publie une vaste enquête mondiale sur l&#8217;économie des plateformes. Derrière les apps qui livrent nos repas et acheminent nos courses, 435 millions de travailleur·euse·s subissent un même paradoxe : contrôlé·e·s comme des salarié·e·s, privé·e·s de toute protection. À quelques semaines de négociations décisives à l&#8217;OIT, le moment est venu de trancher. Apraham, ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/#more-1011" aria-label="En savoir plus sur Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond">Lire plus</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Human Rights Watch publie une <a href="https://www.hrw.org/feature/2026/05/13/algorithms-of-exploitation/rights-abuses-in-the-gig-economy-and-the-global-fight" target="_blank" rel="noopener" title="">vaste enquête mondiale </a>sur l&rsquo;économie des plateformes. Derrière les apps qui livrent nos repas et acheminent nos courses, 435 millions de travailleur·euse·s subissent un même paradoxe : contrôlé·e·s comme des salarié·e·s, privé·e·s de toute protection. À quelques semaines de négociations décisives à l&rsquo;OIT, le moment est venu de trancher.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Apraham, 74 ans, conduit pour Uber à Beyrouth depuis dix ans. Un soir d&rsquo;octobre 2024, deux passagers le braquent au couteau, lui volent voiture et téléphones. Quand il contacte la plateforme, on lui répond qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas responsable. La police attend qu&rsquo;Uber dépose plainte ; Uber attend que la police contacte l&rsquo;entreprise. « Personne n&rsquo;a bougé », résume-t-il. Sans véhicule, sans assurance, sans pension, il survit grâce à ses frères et sœurs. Son histoire ouvre l&rsquo;enquête que Human Rights Watch consacre aux travailleur·euse·s des plateformes numériques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">435 millions de personnes, un même piège</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres donnent le vertige. La Banque mondiale estime que 435 millions de personnes tirent désormais un revenu d&rsquo;une plateforme numérique. Dans l&rsquo;Union européenne, elles seraient 43 millions en 2025, en hausse de 52 % depuis 2022. L&rsquo;OIT mesure une croissance de 90 % entre 2016 et 2021. Derrière ces données, un même modèle : une application décide qui travaille, à quel prix, pour combien de temps — et peut désactiver le compte sans explication.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les témoignages réunis par HRW dans dix pays composent un tableau glaçant. À Nairobi, Susan accepte des courses dans des quartiers qu&rsquo;elle juge dangereux : refuser ferait chuter sa note. À Édimbourg, Arjun constate qu&rsquo;une même commande est proposée à trois ou quatre livres selon le coursier. À Mexico, Jesús González est percuté à un feu rouge : l&rsquo;hôpital public le refoule, faute d&rsquo;affiliation. À Delhi, Ravi se brise le bras pour livrer dans les dix minutes imposées par l&rsquo;app.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Salarié·e·s en tout sauf en droit</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme est partout identique. Les plateformes fixent les tarifs, contrôlent les itinéraires, évaluent les performances, sanctionnent les écarts. Mais elles qualifient leurs travailleur·euse·s d&rsquo;« indépendant·e·s » ou de « partenaires ». « Si elles contrôlent tout cela, comment ne sont-elles pas notre employeur ? », interroge Jesús. La question n&rsquo;est pas rhétorique : elle ouvre des contentieux dans toute l&rsquo;Europe et au-delà. Royaume-Uni, France, Espagne, Italie, Mexique : des juridictions ont reconnu un lien de subordination que les contrats s&rsquo;efforcent de nier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enjeu est immense. Reclasser ces millions de personnes, c&rsquo;est leur ouvrir l&rsquo;accès au salaire minimum, aux congés payés, à l&rsquo;assurance maladie, à la pension. C&rsquo;est aussi remettre à leur place les algorithmes qui, comme l&rsquo;a théorisé la juriste Veena Dubal, pratiquent une « discrimination salariale algorithmique » en payant différemment deux personnes pour un même travail.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le moment européen, le moment mondial</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La directive européenne de 2024 a marqué une étape : présomption de salariat, transparence algorithmique, interdiction du licenciement automatisé. Les États membres — la Belgique comprise — ont jusqu&rsquo;en décembre 2026 pour la transposer. Mais l&rsquo;échelle du problème est mondiale. Les négociations en cours à l&rsquo;OIT, qui doivent aboutir en juin 2026, sont décisives : un premier traité international sur les droits des travailleur·euse·s de plateforme pourrait y être adopté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que faudra-t-il y inscrire ? Une présomption de salariat dès lors que la plateforme exerce un contrôle effectif. Un droit d&rsquo;accès humain aux décisions algorithmiques. La rémunération de tout le temps de travail, attente comprise. L&rsquo;accès aux protections sociales. Et le droit de s&rsquo;organiser sans représailles.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;invisibilité prend fin</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Car les travailleur·euse·s ne se résignent pas. Au Mexique, l&rsquo;UNTA a obtenu en 2024 l&rsquo;accès à la sécurité sociale pour celles et ceux atteignant le salaire minimum. En Inde, les grèves de janvier 2026 ont fait reculer les promesses de livraison en dix minutes. Au Kenya, à Édimbourg, des collectifs se forment, documentent, attaquent en justice. « Nous ne sommes enfin plus invisibles », confie Manuel Durán, de l&rsquo;UNTA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière chaque application, des choix politiques, des actionnaires, des silences. Derrière chaque livraison, une personne. À nous, citoyen·ne·s et consommateur·rice·s, de soutenir celles et ceux qui exigent que le droit du travail ne s&rsquo;arrête pas aux portes de l&rsquo;app store.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le clic n&rsquo;efface rien.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #GigEconomy #Plateformes #OIT2026 #JusticeSociale</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/">Plateformes numériques : l’algorithme commande, personne ne répond</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La Belgique au miroir de Genève</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/07/la-belgique-au-miroir-de-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 19:51:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Nations Unies]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 4 février 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l&#8217;homme a publié sa compilation pour l&#8217;Examen périodique universel de la Belgique (voir bas de page), prévu en mai au Conseil des droits de l&#8217;homme. Neuf pages, cinquante-cinq paragraphes, cinq mécanismes onusiens. Et un constat qui se répète, comme un écho. Une convergence ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le 4 février 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l&rsquo;homme a publié <a href="https://docs.un.org/fr/A/HRC/WG.6/52/BEL/2" target="_blank" rel="noopener" title="">sa compilation</a> pour l&rsquo;Examen périodique universel de la Belgique </strong><em>(vo<a href="#EPU" title="">ir bas de page)</a>,</em><strong> prévu en mai au Conseil des droits de l&rsquo;homme. Neuf pages, cinquante-cinq paragraphes, cinq mécanismes onusiens. Et un constat qui se répète, comme un écho.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une convergence qui force la lecture</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le document n&rsquo;émane pas d&rsquo;une ONG militante ni d&rsquo;un État rival : il agrège les recommandations adressées à la Belgique par le Comité pour l&rsquo;élimination de la discrimination raciale, le Comité CEDAW, le Comité des droits des personnes handicapées, l&rsquo;UNESCO et le Mécanisme international d&rsquo;experts indépendants chargé de promouvoir la justice et l&rsquo;égalité raciales dans le maintien de l&rsquo;ordre. Cinq instances distinctes, des mandats différents, des méthodologies propres — et un diagnostic qui se recoupe avec une netteté inhabituelle. Profilage racial, surpopulation carcérale, accueil défaillant des personnes en quête de protection, éducation inclusive en panne, violences fondées sur le genre, fragilité du cadre antiraciste : la Belgique de 2026 reçoit la même cartographie de manquements que celle de 2021.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le plan qui n&rsquo;arrive pas</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mécanisme d&rsquo;experts comme le Comité CEDAW recommandent — à nouveau — l&rsquo;adoption d&rsquo;un plan d&rsquo;action interfédéral contre le racisme. Le rapport relève avec satisfaction que la Wallonie, la Communauté française, la Région bruxelloise et la Région flamande développent leurs propres dispositifs ; il regrette dans la même phrase qu&rsquo;aucun cadre interfédéral n&rsquo;ait pu être établi. La complexité institutionnelle belge fonctionne ici comme un alibi : chaque entité agit, et personne n&rsquo;agit ensemble. Pendant ce temps, les jeunes africain·e·s et d&rsquo;ascendance africaine continuent, selon le Mécanisme, de manifester une profonde méfiance envers les forces de l&rsquo;ordre. Méfiance que des contrôles d&rsquo;identité non enregistrés, l&rsquo;absence de garde-fous sur l&rsquo;intelligence artificielle policière et la lenteur des enquêtes sur les violences à caractère raciste ne contribuent pas à apaiser.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les corps qu&rsquo;on enferme, les enfants qu&rsquo;on trie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Trois organes différents convergent sur l&rsquo;état des prisons belges : surpopulation, surreprésentation des personnes d&rsquo;ascendance africaine, incarcération de personnes ayant un handicap psychosocial qui n&rsquo;y reçoivent pas les soins requis et y subissent souvent une médication excessive. Le Comité CRPD signale par ailleurs qu&rsquo;en Belgique, les écoles ordinaires peuvent encore refuser un·e élève handicapé·e au motif que les aménagements raisonnables seraient « trop contraignants » — alors même que notre pays affiche le pourcentage le plus élevé d&rsquo;élèves scolarisé·e·s dans l&rsquo;enseignement spécialisé de toute l&rsquo;Union européenne. Comment soutenir, à Genève, qu&rsquo;on défend l&rsquo;inclusion, lorsqu&rsquo;on trie aussi tôt, aussi systématiquement, et avec une telle constance statistique ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les invisibles que le rapport ramène à la lumière</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Restent celles et ceux que la compilation tire patiemment de l&rsquo;ombre. Les demandeur·euse·s d&rsquo;asile dont l&rsquo;accueil défaille, encore. Les migrant·e·s sans papiers que la police, selon le Mécanisme, expulse de leurs logements pour les renvoyer à la rue, parfois avec un usage excessif de la force. Les travailleuses domestiques signalées comme victimes d&rsquo;exploitation par leurs employeurs. Les femmes victimes de violences fondées sur le genre, dont les places en centres d&rsquo;accueil restent limitées et dont les fonds dédiés sont, selon le Comité CEDAW, en baisse. Les femmes dont la nationalité ou le titre de séjour ont été révoqués parce que leur nom — ou celui d&rsquo;un·e proche — figurait dans une base de données antiterroriste. Et cette pratique, dont le Comité CRPD demande la cessation, qui consiste pour la Belgique à accueillir activement dans ses hôpitaux psychiatriques des personnes handicapées résidant en France. Comment se présenter à Genève sans avoir, au préalable, croisé ces regards ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une parole sans force exécutoire, mais</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La parole des Nations Unies n&rsquo;a pas force exécutoire. Elle a force de témoignage. Elle s&rsquo;adresse à un État qui aime se présenter, dans les travées du Conseil, comme un·e défenseur·euse exigeant·e des droits humains. À ses représentant·e·s, désormais, d&rsquo;en faire quelque chose. Aux citoyen·ne·s, surtout, de leur rappeler que ces cinquante-cinq paragraphes ne se rangent pas dans un classeur diplomatique : ils nomment des vies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;agir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 id="EPU" class="wp-block-heading"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f4cc.png" alt="📌" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;EPU ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;<strong>Examen périodique universel</strong> est le mécanisme du Conseil des droits de l&rsquo;homme des Nations Unies par lequel chaque État membre de l&rsquo;ONU — tous les 193 — voit, à tour de rôle, sa situation des droits humains examinée par ses pairs. Le dispositif a été créé en 2006 et fonctionne par cycles d&rsquo;environ quatre ans et demi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque examen repose sur <strong>trois documents</strong> : le rapport national rédigé par l&rsquo;État lui-même, une compilation établie par le Haut-Commissariat aux droits de l&rsquo;homme à partir des observations des organes de traités, des procédures spéciales et des agences onusiennes, et un résumé des contributions de la société civile (ONG, institution nationale des droits humains, syndicats, milieux académiques).</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;examen se tient à Genève, au sein du <strong>Groupe de travail sur l&rsquo;EPU</strong>, lors d&rsquo;un dialogue interactif au cours duquel les autres États posent des questions et formulent des recommandations. L&rsquo;État examiné peut ensuite <strong>accepter</strong> ou <strong>prendre note</strong> de chacune d&rsquo;elles ; il rendra compte de leur mise en œuvre lors du cycle suivant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique passe son <strong>quatrième EPU</strong> lors de la 52ᵉ session du Groupe de travail, du 4 au 15 mai 2026. Le document recensé ici est la compilation du HCDH — la photographie onusienne, la plus institutionnelle des trois, celle qu&rsquo;aucun ministère ne peut écarter d&rsquo;un revers de main.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #EPU #Belgique #Antiracisme #JusticeSociale</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/07/la-belgique-au-miroir-de-geneve/">La Belgique au miroir de Genève</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Iran : la guerre invisible des écosystèmes</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/07/iran-la-guerre-invisible-des-ecosystemes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 08:55:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Enviornnement]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans une analyse publiée par l&#8217;IRIS, la chercheuse Anne Sénéquier, co-directrice de l&#8217;Observatoire de la santé mondiale, documente les conséquences environnementales et sanitaires durables du conflit en Iran. Son constat dépasse le théâtre des opérations : les guerres contemporaines ne détruisent plus seulement des territoires et des infrastructures, elles fragilisent les systèmes écologiques dont dépend ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Dans une <a href="https://www.iris-france.org/la-guerre-en-iran-un-conflit-aux-consequences-environnementales-et-sanitaires-durables/" target="_blank" rel="noopener" title="">analyse publiée par l&rsquo;IRIS</a>, la chercheuse Anne Sénéquier, co-directrice de l&rsquo;Observatoire de la santé mondiale, documente les conséquences environnementales et sanitaires durables du conflit en Iran. Son constat dépasse le théâtre des opérations : les guerres contemporaines ne détruisent plus seulement des territoires et des infrastructures, elles fragilisent les systèmes écologiques dont dépend la stabilité même des sociétés.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des panaches au-dessus de Téhéran</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les frappes contre plusieurs dépôts pétroliers iraniens ont libéré, au-dessus d&rsquo;une agglomération de près de dix millions d&rsquo;habitant·e·s, d&rsquo;épaisses fumées chargées de benzène, de formaldéhyde, d&rsquo;hydrocarbures aromatiques polycycliques et de particules fines. Documentés par satellite via le programme européen Copernicus, ces panaches s&rsquo;inscrivent dans la durée : ils aggravent les pathologies respiratoires et cardiovasculaires existantes, et accroissent à long terme les risques de cancers et de troubles neurologiques. Dans un pays où la qualité de l&rsquo;air constitue déjà l&rsquo;un des principaux problèmes environnementaux, des millions de civil·e·s respirent désormais les conséquences invisibles d&rsquo;un conflit dont ils ne sont pas acteur·rice·s.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;héritage invisible des décombres</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des incendies spectaculaires, les explosions et les destructions urbaines libèrent des cocktails de plomb, cadmium, nickel, chrome — métaux lourds qui pénètrent les sols et les chaînes alimentaires pour des décennies. Amiante, produits chimiques industriels, munitions non explosées : la gestion de ces débris devient l&rsquo;un des principaux défis de l&rsquo;après-guerre. À Gaza, des millions de tonnes de gravats compliqueront durablement toute reconstruction. En Ukraine, les bombardements industriels ont dispersé des polluants persistants, tandis que la destruction du barrage de Kakhovka en 2023 a libéré sédiments contaminés et polluants industriels sur le bassin inférieur du Dniepr. Comment parler de paix tant que la terre reste empoisonnée ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;eau, nouvelle arme de guerre ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Iran traverse une crise hydrique aiguë, marquée par des sécheresses récurrentes et la surexploitation des nappes phréatiques. Or les hydrocarbures écoulés par les frappes contaminent désormais cours d&rsquo;eau et sous-sols, susceptibles d&rsquo;altérer durablement la qualité de l&rsquo;eau. Des accusations d&rsquo;attaques contre une usine de dessalement sur l&rsquo;île de Qeshm révèlent une bascule inquiétante : les infrastructures hydriques deviennent des cibles stratégiques à part entière. Priver une population d&rsquo;eau potable n&rsquo;est pas un dommage collatéral — c&rsquo;est une méthode. Le droit international humanitaire la proscrit, mais l&rsquo;opinion publique l&rsquo;ignore encore largement, alors même que le précédent existe : en 1991, l&rsquo;incendie de plus de six cents puits de pétrole au Koweït avait déjà signé l&rsquo;une des pires catastrophes environnementales liées à un conflit.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Vers une comptabilité écologique des conflits</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Selon le Conflict and Environment Observatory, les armées et leurs chaînes d&rsquo;approvisionnement représentaient 5,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2022. Un niveau comparable à celui de l&rsquo;aviation civile, pourtant absent du débat public sur les responsabilités climatiques. Pendant que l&rsquo;on somme les citoyen·ne·s de réduire leur empreinte, les conflits armés accélèrent silencieusement le franchissement de plusieurs limites planétaires identifiées par le Stockholm Resilience Centre — climat, pollution, biodiversité, cycles biogéochimiques. La sécurité humaine ne se résume pas à l&rsquo;équilibre des puissances ou aux capacités militaires : elle dépend aussi, et peut-être surtout, des écosystèmes qui rendent la vie humaine possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette analyse rappelle une évidence trop souvent oubliée : il n&rsquo;existe pas de droits humains sur une planète invivable. Tant que la guerre restera tolérée comme instrument politique, elle continuera d&rsquo;hypothéquer notre habitabilité commune. Documenter, mesurer, nommer les écocides militaires : voilà le préalable à toute exigence de justice climatique et sanitaire. À l&rsquo;heure où les responsabilités écologiques des secteurs aérien ou agricole s&rsquo;invitent au cœur du débat démocratique, l&rsquo;angle mort militaire ne peut plus tenir. Les générations futures ne nous demanderont pas seulement pourquoi les bombes sont tombées. Elles nous demanderont pourquoi la terre s&rsquo;est tue.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Écocide #ClimatEtPaix #LimitesPlanétaires #Iran</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/07/iran-la-guerre-invisible-des-ecosystemes/">Iran : la guerre invisible des écosystèmes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Démanteler la fabrique de la pauvreté</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/05/demanteler-la-fabrique-de-la-pauvrete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 12:41:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au terme de son mandat de Rapporteur spécial des Nations unies sur l&#8217;extrême pauvreté, Olivier De Schutter livre une feuille de route exigeante. Sa thèse tient en une phrase : la pauvreté n&#8217;est pas une fatalité, elle est fabriquée. Et ce qui se fabrique peut se défaire. Les chiffres ouvrent le dossier sans détour : ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au terme de son mandat de Rapporteur spécial des Nations unies sur l&rsquo;extrême pauvreté, Olivier De Schutter livre une <a href="https://www.neep-poverty.org/roadmap-for-eradicating-poverty-beyond-growth/" target="_blank" rel="noopener" title="">feuille de route exigeante</a>. Sa thèse tient en une phrase : la pauvreté n&rsquo;est pas une fatalité, elle est fabriquée. Et ce qui se fabrique peut se défaire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres ouvrent le dossier sans détour : 845 millions de personnes vivent sous le seuil officiel d&rsquo;extrême pauvreté, fixé à 3 dollars par jour. Un seuil qui maquille la réalité. À 8,20 dollars, ce sont 45 % de l&rsquo;humanité qui basculent dans la précarité extrême. Pendant six ans, De Schutter aura martelé une évidence dérangeante : nos gouvernements ne se contentent pas d&rsquo;enregistrer la pauvreté, ils la produisent — par des salaires de misère, des logements inaccessibles, des services publics démantelés, des emplois jetables. Une pauvreté manufacturée, donc politique, donc réversible.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sortir du dogme de la croissance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport s&rsquo;attaque frontalement à un mythe tenace : la croissance du PIB suffirait à « soulever toutes les barques ». Le bilan est sans appel. Croissance et précarité ont prospéré ensemble, pendant que les inégalités se creusaient, que la santé mentale des travailleur·euse·s s&rsquo;effondrait sous la pression de la compétition, et que la dégradation écologique s&rsquo;accélérait. Tant que l&rsquo;économie continuera à fabriquer de la pauvreté à un bout, aucune politique sociale ne pourra indéfiniment la compenser à l&rsquo;autre. Pour le juriste belge, il faut donc cesser de réparer après coup et transformer la machine elle-même : combiner redistribution <em>ex post</em>, réformes du marché et investissement social <em>ex ante</em>. Bref, ce que le rapport nomme des « réformes non-réformistes ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une feuille de route co-construite</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette <em>Roadmap for Eradicating Poverty Beyond Growth</em>, adoptée le 22 avril 2026 sous l&rsquo;égide de l&rsquo;OIT et de la Coalition mondiale pour la justice sociale, n&rsquo;est pas l&rsquo;œuvre d&rsquo;un cénacle d&rsquo;expert·e·s. Elle est le fruit de dix-huit mois de consultations rassemblant plus de 400 contributeur·rice·s : agences onusiennes, syndicats, mouvements de base, universitaires, organisations du Sud comme du Nord. Elle se présente comme un menu d&rsquo;options, à adapter selon les contextes nationaux, et non comme un plan unique imposé d&rsquo;en haut. Sa logique reste expérimentaliste : chaque mesure est documentée par un <em>policy profile</em> qui en pèse les forces et les limites, à partir d&rsquo;expériences déjà menées ailleurs. La démarche se prolongera dans l&rsquo;initiative <em>New Economies for Eradicating Poverty</em> (NEEP), conçue comme une plateforme d&rsquo;apprentissage collectif.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Six piliers pour une économie des droits humains</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;architecture est claire : transformer les systèmes économiques (fiscalité juste, finance régulée, économie sociale et solidaire) ; refonder le travail et le soin (revenus garantis, démocratie économique, valorisation du <em>care</em>) ; universaliser les services publics et la protection sociale ; rendre justice à l&rsquo;écologie (sobriété, communs, justice climatique) ; refonder l&rsquo;ordre économique international (justice fiscale, annulation de dettes) ; démocratiser la planification (assemblées citoyennes, indicateurs de bien-être au-delà du PIB). Le tout adossé à un cadre juridique : celui des droits humains, qui cesserait d&rsquo;être un horizon décoratif pour devenir une boussole opérationnelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et nous, dans tout ça ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment continuer à célébrer chaque dixième de point de croissance comme une victoire, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;accompagne d&rsquo;une concentration accrue des richesses et d&rsquo;un climat qui se dérègle ? Comment accepter que la lutte contre la pauvreté reste cantonnée à la charité publique, alors que les leviers structurels — fiscalité, salaires, dette, services publics — sont bien identifiés ? Et comment ignorer la voix des premier·ère·s concerné·e·s, dont De Schutter rappelle qu&rsquo;aucune expertise ne peut remplacer la leur ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une boussole pour l&rsquo;après</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mandat du juriste belge s&rsquo;achève, mais le chantier qu&rsquo;il ouvre engage déjà le prochain agenda mondial du développement, post-2030. La feuille de route est posée sur la table : accessible, opérationnelle, étayée par 400 contributions et des dizaines de profils de politiques publiques. Reste à ce que les gouvernements — y compris le nôtre — cessent de s&rsquo;en remettre à la seule croissance et acceptent de regarder en face la mécanique qu&rsquo;ils alimentent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Manufacturée, donc démontable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#PauvretéZéro #DroitsHumains #PostCroissance #JusticeSociale #DeSchutter</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/05/demanteler-la-fabrique-de-la-pauvrete/">Démanteler la fabrique de la pauvreté</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>« Extraction Extinction » : le cycle de mort des énergies fossiles</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/15/extraction-extinction-le-cycle-de-mort-des-energies-fossiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Apr 2026 19:24:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
		<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[JusticeClimatique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>463 millions de personnes vivent à moins d&#8217;un kilomètre d&#8217;une infrastructure fossile. Deux milliards en sont distantes de cinq kilomètres — un quart de l&#8217;humanité. Dans son rapport Extraction Extinction, publié en novembre 2025, Amnesty International dresse un constat implacable : le cycle de vie des combustibles fossiles constitue une menace systémique pour les droits ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>463 millions de personnes vivent à moins d&rsquo;un kilomètre d&rsquo;une infrastructure fossile. Deux milliards en sont distantes de cinq kilomètres — un quart de l&rsquo;humanité. Dans son rapport <em><a href="https://www.amnesty.be/IMG/pdf/20251112_rapport_extraction_extinction.pdf" target="_blank" rel="noopener" title="">Extraction Extinction</a></em>, publié en novembre 2025, Amnesty International dresse un constat implacable : le cycle de vie des combustibles fossiles constitue une menace systémique pour les droits humains et pour les écosystèmes dont dépend notre survie collective.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Une cartographie mondiale inédite</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la première fois, Amnesty International s&rsquo;est associée aux data scientists du Better Planet Laboratory pour quantifier l&rsquo;ampleur globale des risques. Les résultats dépassent les pires anticipations. Parmi les 18 273 sites d&rsquo;infrastructure fossile en activité recensés à l&rsquo;échelle mondiale, 32 % se superposent à des écosystèmes critiques — forêts, zones humides, milieux essentiels à la séquestration du carbone. Plus frappant encore : les peuples autochtones représentent moins de 5 % de la population mondiale, mais 16,1 % des infrastructures fossiles mondiales sont implantées sur leurs territoires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ces sites s&rsquo;ajoutent 3 507 projets en développement ou en construction, qui exposeraient 135 millions de personnes supplémentaires à des risques documentés : cancers, maladies cardiovasculaires, asthme, anomalies congénitales. Ce ne sont pas des projections abstraites. Ce sont des vies.</p>



<div style="border: 1.5px solid #888; border-left: 4px solid #1a1a1a; padding: 1.25rem 1.5rem; margin: 1.5rem 0; background: #f7f6f3;">
  <div style="display: flex; align-items: center; gap: 10px; margin-bottom: 0.9rem;">
    <span style="font-size: 10px; font-weight: 500; letter-spacing: 0.12em; text-transform: uppercase; color: #666; border: 0.5px solid #aaa; padding: 3px 8px; border-radius: 2px;">Carte blanche</span>
    <span style="font-size: 12px; color: #999;">Le Soir · 15 avril 2026</span>
  </div>
  <p style="font-size: 16px; font-weight: 500; line-height: 1.4; margin: 0 0 0.6rem; color: #1a1a1a;">La sortie des énergies fossiles ne peut être un tabou : c&rsquo;est une obligation pour les États, dont la Belgique</p>
  <p style="font-size: 13px; color: #555; margin: 0 0 0.9rem; line-height: 1.55;">Carine Thibaut, directrice générale d&rsquo;Amnesty International Belgique francophone, et Wies De Graeve, directeur de la section flamande, appellent la Belgique à traduire ses engagements internationaux en un plan national de sortie des fossiles, à l&rsquo;occasion de la conférence de Santa Marta.</p>
  <div style="border-top: 0.5px solid #ccc; padding-top: 0.75rem; margin-top: 0.25rem;">
    <p style="font-size: 12.5px; font-style: italic; color: #555; margin: 0 0 0.6rem; line-height: 1.55;">« Continuer à investir dans de nouveaux gisements ou octroyer de nouvelles licences tout en promettant une action climatique vigoureuse n&rsquo;est pas seulement contradictoire. Cela constitue — aux yeux de la Cour internationale de Justice — un fait internationalement illicite. »</p>
    <div style="display: flex; justify-content: space-between; align-items: center; flex-wrap: wrap; gap: 8px;">
      <span style="font-size: 11.5px; color: #888;">Belgique · 72 % d&rsquo;approvisionnement fossile · 17,8 Mrd € de subventions/an</span>
      <a href="https://www.lesoir.be/740404/article/2026-04-13/la-sortie-des-energies-fossiles-ne-peut-etre-un-tabou-cest-une-obligation-pour?fbclid=IwY2xjawRMvv5leHRuA2FlbQIxMABicmlkETE1QTdrdUp2VDlHM3gxWG9Zc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHif7DDlsKGMIZWtRACc9V3Un-6kgqoHqebuCYJufjvqTQbCMpKYWUCkRjlh__aem_ayNmYAFr4-_6jP6SvayneA" style="font-size: 12px; color: #1a1a1a; text-decoration: none; border-bottom: 0.5px solid #888; padding-bottom: 1px;">Lire sur lesoir.be →</a>
    </div>
  </div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">Des zones sacrifiées à la logique du profit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les études de cas documentées par Amnesty International donnent chair à ces statistiques. Dans la baie de Guanabara au Brésil, les pêcheur·euse·s artisanal·e·s voient chaque jour des nappes d&rsquo;hydrocarbures flotter à la surface. <em>« Je vois de l&rsquo;huile dans l&rsquo;eau presque chaque jour. Nous nous plaignons aux autorités, mais il n&rsquo;y a pas de loi, pas de justice, il y a l&rsquo;impunité »</em>, témoigne Jardel Nascimento de Oliveira. Petrobras, société d&rsquo;État, est au cœur de ces dégradations. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Canada, la Nation Wet&rsquo;suwet&rsquo;en résiste à la construction du gazoduc Coastal GasLink sur ses terres ancestrales non cédées, sans consentement libre, préalable et éclairé, avec la Gendarmerie royale pour escorte armée. En Colombie, Yuly Velásquez risque sa vie pour dénoncer la pollution des zones humides du Magdalena Medio. Au Sénégal, les communautés de pêcheur·euse·s du delta du Saloum — patrimoine mondial de l&rsquo;UNESCO — voient arriver le projet offshore Sangomar sans consultation réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un fil rouge traverse tous ces cas : des communautés marginalisées, racialisées, autochtones, contraintes de porter le poids de la production fossile mondiale, sans consentement et sans réparation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des défenseur·euse·s criminalisé·e·s</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore à la bonne foi des États lorsque celles et ceux qui défendent les droits des communautés riveraines font face à l&rsquo;intimidation, à la surveillance et à la violence ? Tous les défenseur·euse·s de l&rsquo;environnement interviewé·e·s dans ce rapport ont subi des risques graves pour leur sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport rend hommage aux Neuf d&rsquo;Ogoni — Ken Saro-Wiwa et ses compagnon·ne·s de lutte, exécuté·e·s en novembre 1995 au Nigeria pour avoir osé défier Shell dans le delta du Niger. Trente ans plus tard, le gouvernement nigérian les a officiellement graciés. Une reconnaissance tardive, qui reste loin de la justice qu&rsquo;ils méritaient.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dépossiliser : un impératif juridique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport introduit un concept clé : la « dépossilisation » — terme forgé en 2025 par le Rapporteur spécial des Nations unies sur le climat et les droits humains. Il ne s&rsquo;agit plus seulement de transition énergétique, mais de l&rsquo;élimination progressive du cycle entier des combustibles fossiles : extraction, transformation, transport, et démantèlement des campagnes de désinformation que l&rsquo;industrie organise depuis des décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les États sont juridiquement tenus de protéger le droit à un environnement sain, les droits des peuples autochtones, le droit à la santé. Amnesty International appelle à l&rsquo;adoption d&rsquo;un Traité de non-prolifération des combustibles fossiles et à l&rsquo;alignement des contributions nationales déterminées sur la limite de 1,5°C.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;heure des comptes</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Extraction Extinction</em> n&rsquo;est pas un rapport de plus. C&rsquo;est une démonstration : le modèle fossile détruit des écosystèmes irremplaçables, criminalise ses opposant·e·s, et impose ses coûts les plus lourds aux communautés les moins responsables de la crise climatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au boulot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #JusticeClimatique #CombustiblesFossiles #Dépossilisation #Amnesty</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/15/extraction-extinction-le-cycle-de-mort-des-energies-fossiles/">« Extraction Extinction » : le cycle de mort des énergies fossiles</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Déplacés climatiques : la Cour africaine saisie pour trancher</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/30/deplaces-climatiques-la-cour-africaine-saisie-pour-trancher/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 20:47:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Cour africaine des droits de l'homme]]></category>
		<category><![CDATA[Sénégal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=893</guid>

					<description><![CDATA[<p>La Cour africaine des droits de l'homme est saisie d'une pétition sur les obligations climatiques des États. HRW y soumet le cas de Khar Yalla, Sénégal : mille déplacé·e·s climatiques abandonnés depuis dix ans dans un site inondable impropre à l'habitation.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>La Cour africaine des droits de l&rsquo;homme et des peuples est sur le point de rendre un avis consultatif sur les obligations des États face à la crise climatique. Human Rights Watch vient de lui soumettre un <a href="https://www.hrw.org/news/2026/03/30/african-court-should-protect-people-displaced-by-climate-change">mémoire d&rsquo;amicus</a> fondé sur une enquête de terrain au Sénégal. En jeu : la reconnaissance de droits contraignants pour les communautés déplacées par les inondations côtières — et l&rsquo;obligation pour les États d&rsquo;y répondre par des relocalisations planifiées respectueuses des droits humains.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Une procédure inédite en Afrique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En mai 2025, l&rsquo;Union Panafricaine des Avocats et l&rsquo;African Climate Platform ont déposé une pétition demandant à la Cour d&rsquo;interpréter les obligations des États parties à la Charte africaine des droits de l&rsquo;homme et des peuples à la lumière du dérèglement climatique. Cette initiative s&rsquo;inscrit dans une vague de clarifications juridiques internationales : en 2025, la Cour internationale de justice et la Cour interaméricaine ont toutes deux établi que les politiques climatiques devaient respecter les droits humains et refléter le niveau d&rsquo;ambition le plus élevé possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais aucun tribunal international n&rsquo;a encore tranché de manière complète sur les droits des communautés déplacées par le climat qui attendent une relocalisation. C&rsquo;est précisément ce vide que HRW demande à la Cour africaine de combler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le contexte africain est urgent. Selon le Centre de surveillance des déplacements internes, le nombre de personnes déplacées par les inondations et autres aléas climatiques sur le continent a été multiplié par six en quinze ans, atteignant 6,3 millions en 2023. Trente-neuf cas de relocalisations planifiées ont déjà été recensés à travers l&rsquo;Afrique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Khar Yalla, cas d&rsquo;école</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour étayer sa demande, HRW s&rsquo;appuie sur son rapport publié en août 2025, fondé sur 101 entretiens menés à Saint-Louis du Sénégal. Le cas documenté est celui de Khar Yalla — en wolof, « attendre Dieu » — où environ mille personnes déplacées par les crues côtières de 2015 et 2016 vivent depuis dix ans dans un site que les autorités sénégalaises et la Banque mondiale reconnaissent elles-mêmes comme impropre à l&rsquo;habitation permanente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conditions relevées sont sévères : surpeuplement extrême, quasi-absence d&rsquo;électricité, inondations récurrentes mêlées aux eaux usées à chaque saison des pluies, aucun ramassage des ordures. Un tiers des enfants en âge scolaire ne fréquentent aucune école laïque. Une femme a accouché seule dans une maison partagée par vingt-huit personnes, faute de transport pour rejoindre l&rsquo;hôpital.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui aggrave l&rsquo;injustice : les victimes des crues de 2017 et 2018 ont, elles, été relogées dans un nouveau site digne — Djougop — via un programme financé par la Banque mondiale. Les familles de Khar Yalla, déplacées plus tôt par les mêmes inondations depuis les mêmes quartiers, en ont été exclues. Plusieurs fonctionnaires ont même nié qu&rsquo;elles aient jamais été sinistrées, alors que c&rsquo;est la municipalité elle-même qui les y avait transférées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment un programme conçu pour protéger les plus vulnérables peut-il ignorer celles et ceux qui l&rsquo;ont été en premier ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la Cour pourrait changer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">HRW demande à la Cour de clarifier que les États parties à la Charte africaine ont des obligations contraignantes pour protéger les personnes déplacées par le dérèglement climatique — notamment par des relocalisations planifiées en dernier recours, conduites dans le respect de leurs droits économiques, sociaux et culturels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une telle décision constituerait une avancée majeure. Elle fournirait un cadre juridique applicable à des dizaines de communautés africaines exposées à la montée des eaux, aux sécheresses et aux inondations. Elle obligerait aussi les institutions financières internationales comme la Banque mondiale à adapter leurs politiques, conçues à l&rsquo;origine pour des déplacements liés à des projets d&rsquo;infrastructure et inadaptées aux réalités du déplacement climatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sénégal est souvent présenté comme un exemple sur ces questions. Mais les habitant·e·s de Khar Yalla attendent depuis dix ans. Ce que la Cour africaine pourrait dire, c&rsquo;est que cette attente a un nom juridique — et une fin obligatoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces familles méritent mieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #DérèglementClimatique #Sénégal #CourAfricaine #Déplacés #HumanRightsWatch</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Source</strong> : <em>« Waiting for God »: Flood Displacement and Planned Relocation of Fisherfolk in Saint-Louis, Senegal</em>, Human Rights Watch, août 2025 ; <em>African Court Should Protect People Displaced by Climate Change</em>, Human Rights Watch, 2025.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/30/deplaces-climatiques-la-cour-africaine-saisie-pour-trancher/">Déplacés climatiques : la Cour africaine saisie pour trancher</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>« Ils gagnent presque autant qu&#8217;moi » — ou comment retourner sa colère contre les mauvaises personnes</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/04/ils-gagnent-presque-autant-qumoi-ou-comment-retourner-sa-colere-contre-les-mauvaises-personnes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 09:57:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=837</guid>

					<description><![CDATA[<p>Si un travailleur gagne à peine plus qu'un chômeur, le problème n'est pas que les allocations sont trop hautes. C'est que son salaire est trop bas. Chiffres belges, réforme De Wever et flexi-jobs à la loupe.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/04/ils-gagnent-presque-autant-qumoi-ou-comment-retourner-sa-colere-contre-les-mauvaises-personnes/">« Ils gagnent presque autant qu’moi » — ou comment retourner sa colère contre les mauvaises personnes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>La scène est familière. Dans une conversation, quelqu&rsquo;un lâche : <em>« Moi je bosse et je touche à peine plus qu&rsquo;un chômeur. C&rsquo;est quoi l&rsquo;intérêt de travailler ? »</em> La frustration est réelle. Mais la cible est soigneusement mal choisie.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le vrai problème n&rsquo;est pas en bas, il est au-dessus.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Commençons par les chiffres</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, l&rsquo;allocation de chômage pour un isolé s&rsquo;élève au <strong>maximum à environ 1.594 euros net par mois</strong> — soit 1.773 euros brut auxquels s&rsquo;applique un précompte professionnel de 10,09 %. Pour un cohabitant, elle descend à <strong>1.054 euros net</strong> (1.172 euros brut). Le minimum garanti pour un isolé est de <strong>1.293 euros net</strong> (1.438 euros brut). Ça fait peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le <a href="https://www.bruxelles-j.be/droits-sociaux/obtenir-de-laide-du-cpas/quels-sont-les-categories-et-les-montants-du-revenu-dintegration-et-de-laide-sociale-et-que-se-passe-t-il-si-on-a-des-revenus-par-ailleurs/">revenu d&rsquo;intégration du CPAS</a>, dont certains parlent comme d&rsquo;une rente ? Il s&rsquo;élève à <strong>1.340,47 euros par mois pour une personne seule</strong> (taux au 1er février 2025). Contrairement aux allocations de chômage, le RIS est versé net, sans retenue de précompte ni de cotisations ONSS personnelles. Ce que le CPAS verse, c&rsquo;est ce que la personne reçoit. Avec ça, il faut payer un loyer, manger, se soigner, se déplacer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Note : Tous les montants de cet article sont exprimés en net mensuel (ce que la personne perçoit effectivement), sauf indication contraire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">De l&rsquo;autre côté, le <a href="https://emploi.belgique.be/fr/themes/remuneration/salaire-minimum/revenu-mensuel-minimum-moyen-garanti">salaire minimum brut</a> en Belgique est de <strong>2.351 euros brut par mois</strong> depuis janvier 2025, soit environ <strong>1.954 euros net</strong>. L&rsquo;écart existe, oui. Mais voilà la vraie question : pourquoi est-il si faible ? Pas parce que les allocations sont trop généreuses — la Belgique a l&rsquo;un des taux de remplacement les plus bas d&rsquo;Europe, à 65 %. C&rsquo;est parce que les bas salaires sont trop bas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Récapitulatif comparatif (montants nets mensuels, isolé)</strong></p>







<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le piège du flexi-job</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour compléter des salaires insuffisants, de plus en plus de Belges cumulent leur emploi principal avec un flexi-job. En 2024, <a href="https://www.onss.be/actualites/2025/07/09/les-plus-de-65-ans-adoptent-massivement-les-flexi-jobs-une-hausse-record-du-nombre-de-travailleurs-et-des-revenus-en-2024">229.423 Belges ont exercé un flexi-job</a> — 19,1 % de plus qu&rsquo;en 2023 — pour un gain moyen de <strong>3.342 euros par an</strong>, exonérés d&rsquo;impôts. Ce n&rsquo;est pas un luxe : 17 % des personnes concernées déclarent avoir besoin de ce complément pour joindre les deux bouts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat ? Quand autant de travailleurs acceptent n&rsquo;importe quelle condition pour s&rsquo;en sortir, tout le monde perd en pouvoir de négociation. Et au lieu de regarder qui tire profit de cette situation, on regarde son voisin qui touche une allocation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une mécanique ancienne : mettre les gens du bas de l&rsquo;échelle en compétition entre eux pour qu&rsquo;ils ne regardent jamais vers le haut.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>En haut, pendant ce temps…</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mettons les chiffres en perspective. Selon <a href="https://statbel.fgov.be/fr/themes/emploi-et-formation/salaires-et-cout-de-la-main-doeuvre">Statbel</a>, 10 % des salariés belges gagnent moins de <strong>2.443 euros brut par mois</strong>, tandis que les 10 % les mieux payés touchent au moins <strong>6.305 euros brut</strong>. Les directeurs de société, eux, perçoivent en moyenne <strong>11.772 euros par mois</strong>, soit 189 % au-dessus de la moyenne nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la fraude et l&rsquo;évasion fiscale ? Selon <a href="https://www.lacsc.be/actualite/newsletter-vista/la-lutte-contre-la-fraude--une-arme-necessaire-pour-l-equilibre--budgetaire">Oxfam Belgique et la CSC</a>, elles coûtent chaque année <strong>30,4 milliards d&rsquo;euros</strong> à la Belgique — soit <strong>93,5 % du budget des soins de santé</strong>. Cela représente environ 6.050 euros par an par citoyen actif, soit un peu plus de deux mois et demi d&rsquo;un salaire net moyen. En 2020, <a href="https://www.rtbf.be/article/la-belgique-lutte-t-elle-suffisamment-contre-la-fraude-fiscale-11200380">383 milliards d&rsquo;euros de transactions</a> ont été déclarés par des entreprises belges vers des paradis fiscaux — légalement, mais révélant l&rsquo;ampleur des flux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Distinction importante : la fraude fiscale (illégale) et l&rsquo;optimisation fiscale agressive (légale mais moralement discutable) sont deux phénomènes distincts. Les 30,4 milliards couvrent les deux. Les 383 milliards représentent des transactions légalement déclarées.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est le chômeur qu&rsquo;on montre du doigt.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La réforme De Wever : le troisième tiers dont personne ne parle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis janvier 2026, la réforme du chômage s&rsquo;applique. Après 24 mois sans emploi, les allocations s&rsquo;arrêtent. Les personnes exclues sont censées, selon le gouvernement, se répartir en trois groupes : un tiers retrouve un emploi, un tiers se tourne vers le CPAS, et un tiers&#8230; dispose de moyens suffisants et n&rsquo;a besoin de rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce troisième tiers est ahurissant. La <a href="https://www.cdc-ccrek.be/">Cour des comptes elle-même</a> a vivement critiqué cette estimation gouvernementale. Parce que si ces personnes avaient des moyens suffisants, elles n&rsquo;auraient pas été au chômage depuis des années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réalité, c&rsquo;est que ce « troisième tiers » ne va probablement nulle part. Ces personnes risquent de disparaître simplement des statistiques. Elles ne retrouvent pas d&#8217;emploi. Elles n&rsquo;ont pas de patrimoine caché. Elles ne s&rsquo;adressent pas au CPAS parce qu&rsquo;elles n&rsquo;y ont pas droit — notamment parce qu&rsquo;elles cohabitent avec quelqu&rsquo;un qui travaille — ou parce que la complexité administrative les dépasse, ou par honte. Le président d&rsquo;un CPAS wallon a résumé la situation clairement : <strong><em>« On va faire disparaître des gens du radar pour les statistiques. »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et sur le terrain, les CPAS observent déjà des disparités importantes, avec des présidents qui craignent un afflux « crescendo » dans les mois à venir. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral admet ne pas disposer de données sur le nombre de personnes exclues du chômage qui s&rsquo;adressent effectivement aux CPAS. Il a lancé une réforme massive sans se donner les moyens de mesurer ses propres effets.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cette réforme arrange certains</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La CSC l&rsquo;exprime sans détour : supprimer l&rsquo;allocation tend à pousser les gens à accepter n&rsquo;importe quel emploi à n&rsquo;importe quelles conditions, et contribue à renforcer la pression pour accepter des conditions de travail dégradées. Un travailleur qui sait qu&rsquo;il tombera dans le vide après deux ans de chômage est un travailleur qui n&rsquo;ose plus refuser. Ni un salaire trop bas. Ni des horaires impossibles. Ni un contrat précaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;après les chiffres de l&rsquo;ONEM, <strong>82 % des chômeurs de 55 ans et plus seront bel et bien exclus</strong> par cette réforme, contrairement aux affirmations du gouvernement sur leur protection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La colère contre « ceux qui touchent des allocations » contribue mécaniquement à cet objectif. Elle divise ceux qui devraient regarder dans la même direction.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La question à poser</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La prochaine fois que quelqu&rsquo;un dit <em>« les chômeurs gagnent presque autant que moi »</em>, il y a une réponse simple : <strong><em>« Et toi, pourquoi gagnes-tu si peu ? »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que le vrai scandale n&rsquo;est pas que certains reçoivent 1.340 euros d&rsquo;aide d&rsquo;urgence. C&rsquo;est que des entreprises envoient 383 milliards vers des paradis fiscaux. Que des gens travaillent à plein temps et ont besoin d&rsquo;un deuxième job pour survivre. Et qu&rsquo;un gouvernement supprime des allocations sans même savoir où iront les personnes concernées.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f4e6.png" alt="📦" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> <em>« Le chômage à vie n&rsquo;existe qu&rsquo;en Belgique » : un mythe à déconstruire</em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On entend souvent : <em>« En Belgique, on peut toucher le chômage à vie — c&rsquo;est une exception scandaleuse. »</em> C&rsquo;est faux. Ou plutôt : c&rsquo;est une question de vocabulaire soigneusement entretenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous les États membres de l&rsquo;Union européenne garantissent un revenu minimum, confirme la Commission européenne. Les noms changent selon les pays, mais le principe est le même : si vous n&rsquo;avez plus de ressources suffisantes, la société vous garantit un plancher, indéfiniment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, c&rsquo;est le RSA. Il n&rsquo;y a pas de limite de temps. En Allemagne, c&rsquo;est le Bürgergeld : sans durée maximale. Au Portugal, le Revenu Social d&rsquo;Insertion est accordé pour 12 mois renouvelables sans limite. En Espagne, en Italie, au Luxembourg, même logique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La différence belge, c&rsquo;est l&rsquo;étiquette — pas le principe. Ce que la Belgique appelait « allocation de chômage de longue durée » correspond fonctionnellement, dans d&rsquo;autres pays, à ce qu&rsquo;on nomme « aide sociale ». Avec la réforme De Wever, la Belgique ne supprime pas le « chômage à vie » : elle le renomme et le déplace au CPAS.<br>Ce qu&rsquo;on supprime réellement, c&rsquo;est la dignité de l&rsquo;accès. <em>Le chômage était un droit contributif, automatique, lié au passé professionnel. Le RIS du CPAS implique une enquête sociale, un examen du patrimoine, des obligations contractuelles, et — surtout — la honte sociale associée au fait de « demander la charité ». Des personnes n&rsquo;osent pas franchir la porte du CPAS, même quand elles y ont droit.</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/04/ils-gagnent-presque-autant-qumoi-ou-comment-retourner-sa-colere-contre-les-mauvaises-personnes/">« Ils gagnent presque autant qu’moi » — ou comment retourner sa colère contre les mauvaises personnes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l&#8217;arithmétique démographique</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Mar 2026 07:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Italie perd ses habitants, l&#8217;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&#8217;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&#8217;une contradiction fondamentale. Le paradoxe Meloni Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;Italie perd ses habitants, l&rsquo;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&rsquo;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&rsquo;une contradiction fondamentale.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe Meloni</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo Riva met en lumière une contradiction saisissante. Giorgia Meloni a fait de la lutte contre l&rsquo;immigration l&rsquo;étendard de sa conquête du pouvoir. Accords avec les milices libyennes, mémorandum avec le régime tunisien de Kais Saied, centres de tri en Albanie : l&rsquo;arsenal répressif s&rsquo;est considérablement étoffé. Mais dans la précipitation à suivre l&rsquo;humeur des électeurs, presque personne n&rsquo;a remarqué l&rsquo;autre problème migratoire de l&rsquo;Italie, bien plus grave : des centaines de milliers d&rsquo;Italiens émigrent chaque année. L&rsquo;Italie se vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres sont accablants. Entre 2006 et 2024, l&rsquo;émigration italienne est devenue un phénomène structurel : 1,6 million de départs en vingt ans, dont moins de la moitié de retours. En 2024, le record historique a été atteint avec 155 732 départs. Aujourd&rsquo;hui, 6,4 millions d&rsquo;Italiens vivent à l&rsquo;étranger, soit presque un sur neuf.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les mesures en faveur de la natalité échouent spectaculairement. Sur les sept premiers mois de 2025, les naissances ont reculé de 6,3 % par rapport à la même période de 2024. Le nombre moyen d&rsquo;enfants par femme continue de battre des records négatifs. Même Elon Musk s&rsquo;en est ému : « L&rsquo;Italie est en train de disparaître. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, voici le paradoxe : le même gouvernement qui a fait de la fermeture des frontières son crédo a approuvé, en juillet 2023, la première programmation triennale des flux migratoires légaux de l&rsquo;histoire italienne, prévoyant l&rsquo;entrée de 560 000 travailleurs étrangers sur quatre ans. En 2024, 151 000 permis de travail ont été alloués, contre 136 000 l&rsquo;année précédente. Et en octobre 2024, 500 000 entrées supplémentaires ont été approuvées pour 2026-2028. Comme l&rsquo;observe l&rsquo;analyste Matteo Villa de l&rsquo;ISPI, la classe politique qui profite électoralement d&rsquo;un récit perpétuellement négatif sur l&rsquo;immigration est la même qui reconnaît ne plus pouvoir se passer de main-d&rsquo;œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un continent au tournant démographique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas italien n&rsquo;est pas une anomalie. C&rsquo;est le symptôme le plus visible d&rsquo;une transformation démographique qui touche l&rsquo;ensemble du continent européen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Eurostat, la population de l&rsquo;UE atteindra son pic vers 2026 autour de 453 millions d&rsquo;habitants, avant d&rsquo;entamer un déclin qui pourrait la ramener à environ 428 millions en 2050, soit 22 millions de moins. Sans aucune migration, la perte serait d&rsquo;un tiers de la population d&rsquo;ici 2100.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le déficit naturel — plus de décès que de naissances — est une réalité continue depuis 2012. En 2024, l&rsquo;UE a enregistré 4,82 millions de décès pour seulement 3,56 millions de naissances, un déficit de 1,26 million de personnes. L&rsquo;immigration nette positive est désormais le seul facteur de croissance démographique en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux de fécondité moyen de l&rsquo;UE — 1,38 enfant par femme en 2023 — est loin du seuil de remplacement de 2,1. Aucun pays membre ne l&rsquo;atteint. La Bulgarie, avec 1,81, affiche le taux le plus élevé, tandis que Malte, à 1,06, ferme la marche.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Trois Europe démographiques</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne identifie trois profils régionaux distincts. L&rsquo;<strong>Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong> (Suède, Autriche, Allemagne, Pays-Bas) bénéficie d&rsquo;une double immigration — intra-UE et extra-UE — suffisante pour compenser théoriquement le déficit de naissances. L&rsquo;<strong>Europe du Sud</strong> (Italie, Espagne, Grèce, Portugal) attire des migrants non-européens mais souffre d&rsquo;une fécondité extrêmement basse et d&rsquo;une émigration de ses propres citoyens vers le Nord. L&rsquo;<strong>Europe de l&rsquo;Est</strong> cumule les handicaps : faible natalité, émigration massive de ses jeunes vers l&rsquo;Ouest, et une structure d&rsquo;âge déjà très vieillissante. La Bulgarie, la Lituanie et la Lettonie ont perdu plus de 20 % de leur population depuis les années 1990.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui rend l&rsquo;analyse de Riva particulièrement pertinente, c&rsquo;est le glissement de l&rsquo;Italie vers le profil est-européen. Troisième économie de la zone euro, elle affiche désormais des dynamiques démographiques comparables à celles de la Pologne ou de la Roumanie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pensions : l&rsquo;impasse arithmétique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vieillissement démographique se traduit par une pression croissante sur les systèmes de protection sociale, et d&rsquo;abord sur les pensions. Le ratio de dépendance des personnes âgées — le nombre de personnes de 65 ans et plus rapporté à la population en âge de travailler — raconte l&rsquo;ampleur du défi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2022, on comptait dans l&rsquo;UE environ 2,7 travailleurs pour chaque personne âgée. Ce ratio tombera à 1,8 en 2050, puis à 1,5 en 2100. Pour l&rsquo;Italie et la Grèce, ce sera moins de 2 actifs par retraité dès 2050. Au Luxembourg, le ratio contributeurs/pensionnés passera de 2,3 à moins de 1 d&rsquo;ici 2070.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des systèmes de pension européens fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. L&rsquo;équation est simple : moins d&rsquo;actifs pour plus de retraités égale un déficit croissant. La Commission européenne projette une hausse des dépenses publiques de pension de 11,4 % du PIB en 2022 à 12,1 % en 2045 pour la moyenne européenne. En Belgique, sans réforme, ces dépenses pourraient atteindre 15 % du PIB dès 2040.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce ne sont que les pensions. Il faut y ajouter les dépenses de santé, en hausse de 6,9 % à 7,3 % du PIB d&rsquo;ici 2070, et les soins de longue durée, de 1,7 % à 2,6 % du PIB. Un tsunami gris silencieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reculer l&rsquo;âge de la retraite : un levier limité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette pression, tous les États européens ont actionné le même levier : relever l&rsquo;âge légal de la retraite. Le Danemark vient d&rsquo;adopter le passage à 70 ans. L&rsquo;OCDE projette que d&rsquo;ici 2060, l&rsquo;âge moyen de la retraite dans l&rsquo;UE approchera 67 ans, plusieurs pays atteignant 70 ou plus. La Belgique passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce levier a des limites physiques, économiques et politiques évidentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Physiques d&rsquo;abord. L&rsquo;OCDE observe que seulement 59 % des adultes maintiennent un emploi continu dans la cinquantaine. Parmi eux, seuls 31 % sont encore employés de manière constante dans la soixantaine, tandis que 30 % ne travaillent plus du tout. Problèmes de santé, âgisme en entreprise, obsolescence des compétences : le mur de verre est réel. On peut décréter l&rsquo;âge de la retraite à 70 ans ; si le marché du travail n&#8217;emploie plus les gens à partir de 55 ans, l&rsquo;effet est nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Politiques ensuite. La France a été secouée par des mois de manifestations massives en 2023 pour le passage de 62 à 64 ans. La Belgique a connu une grève générale en janvier 2025 contre la réforme des pensions. La résistance sociale fixe un plafond politique au relèvement de l&rsquo;âge de départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, ce levier ne suffira pas, loin de là, à résoudre l&rsquo;équation démographique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;immigration : un impératif que le discours politique refuse de nommer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le think tank Bruegel, dans un document de travail d&rsquo;octobre 2025, pose le constat sans détour : la faible probabilité d&rsquo;un rebond soutenu des taux de fécondité laisse l&rsquo;UE avec des niveaux élevés et continus de migration nette positive comme seule voie pour atténuer les effets économiques du vieillissement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Banque centrale européenne confirme que les travailleurs étrangers jouent un rôle de plus en plus important sur les marchés du travail de la zone euro, et que le vieillissement pose des défis sérieux à l&rsquo;expansion de la force de travail. L&rsquo;OCDE précise que l&rsquo;immigration peut retarder le vieillissement ou ralentir son rythme, tout en notant que maintenir en permanence un ratio favorable nécessiterait un flux migratoire toujours croissant. L&rsquo;immigration n&rsquo;est pas une solution miracle, mais elle est incontournable dans l&rsquo;équation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe est que cette réalité, connue de tous les décideurs, reste largement innommable dans le débat public. Les élections se gagnent sur la promesse de fermer les frontières. Les politiques économiques se font sur la nécessité de les ouvrir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contre-modèle espagnol</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce déni généralisé, l&rsquo;Espagne fait figure d&rsquo;exception. Madrid a choisi d&rsquo;assumer ouvertement le rôle de l&rsquo;immigration dans sa stratégie économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mai 2025, le gouvernement espagnol a lancé un programme de régularisation visant 300 000 personnes par an sur trois ans. Un projet de loi complémentaire prévoit la régularisation de 470 000 immigrés sans papiers arrivés avant fin 2024. L&rsquo;objectif est explicité sans ambiguïté : soutenir la croissance économique et le système de pension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats sont mesurables. L&rsquo;économie espagnole a crû d&rsquo;environ 3 % en 2024, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro de 0,8 %. Entre 2022 et 2024, 5,2 millions d&#8217;emplois ont été créés, dont 75 % occupés par des personnes à double nationalité ou étrangères. Les migrants représentent 13,5 % de la main-d&rsquo;œuvre et 40 % des nouveaux emplois en 2024. La ministre espagnole de la Sécurité sociale, Elma Saiz, a résumé le choix : « Nous avions deux options : être un pays fermé en difficulté ou un pays ouvert et prospère. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle n&rsquo;est pas exempt de tensions. Les immigrés y occupent principalement des emplois moins qualifiés et moins rémunérés — agriculture, construction, hôtellerie. Les salaires moyens des travailleurs étrangers sont inférieurs de 17 % à 37 % à ceux des Espagnols selon l&rsquo;origine. Mais l&rsquo;approche espagnole a le mérite de la cohérence : reconnaissant le besoin, elle tente d&rsquo;y répondre par des voies légales et organisées, plutôt que par le double discours italien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fait remarquable : malgré cette politique ouvertement pro-immigration, les sondages montrent moins d&rsquo;hostilité envers les immigrés en Espagne que dans des pays à marchés du travail plus robustes et États-providence plus généreux, comme l&rsquo;Allemagne ou la Suède.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et la Belgique ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique se trouve dans une position intermédiaire. Ni le déclin dramatique de l&rsquo;Italie, ni l&rsquo;audace espagnole. Mais les mêmes contradictions structurelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté démographie, le taux de fécondité est tombé à 1,65 enfant par femme. La pyramide des âges est de type constrictif, avec une population vieillissante et une croissance naturelle négative ou en déclin. Comme partout en Europe, seule l&rsquo;immigration soutient encore une légère croissance démographique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté pensions, la Belgique est sous pression. Les dépenses de pension représentent déjà 12,7 % du PIB. L&rsquo;âge légal passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030. Mais la Belgique reste l&rsquo;un des rares pays de l&rsquo;OCDE à n&rsquo;appliquer aucune pénalité en cas de départ anticipé à la retraite. Le taux d&#8217;emploi des 55-64 ans y est de 62,1 %, très en dessous de la Suède, de l&rsquo;Allemagne ou des Pays-Bas. Le think tank Bruegel identifie explicitement la Belgique, avec la France, le Luxembourg et l&rsquo;Autriche, comme des pays disposant d&rsquo;un potentiel significatif d&rsquo;amélioration sur ce point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté marché du travail, 20,3 % de la force de travail est d&rsquo;origine étrangère. La Wallonie compte 77 métiers en pénurie, dont plus d&rsquo;un tiers ont une main-d&rsquo;œuvre proche de l&rsquo;âge de la retraite. La question de qui remplira ces postes — et qui cotisera pour les pensions des baby-boomers — n&rsquo;est pas un débat théorique : c&rsquo;est une urgence actuarielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, en Belgique comme ailleurs, le débat sur les pensions et celui sur l&rsquo;immigration sont menés dans des silos étanches. D&rsquo;un côté, on discute de l&rsquo;âge de la retraite et du financement de la sécurité sociale. De l&rsquo;autre, on parle de contrôle des frontières et d&rsquo;intégration. Rarement les deux conversations se croisent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La quadrature du cercle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre constats s&rsquo;imposent au terme de cette analyse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le déclin démographique naturel de l&rsquo;Europe est un fait acquis</strong> pour les décennies à venir. Aucune politique nataliste n&rsquo;a jusqu&rsquo;ici renversé la tendance. Même un rebond spectaculaire de la fécondité ne produirait d&rsquo;effets sur la force de travail qu&rsquo;après vingt ans. Comme l&rsquo;écrit l&rsquo;Egmont Institute, la migration et la fécondité doivent être comprises comme des leviers distincts mais interdépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le relèvement de l&rsquo;âge de la retraite a des rendements décroissants.</strong> On approche des limites biologiques (santé, capacité physique), culturelles (âgisme en entreprise, exclusion des seniors du marché du travail) et politiques (résistance sociale). Le Danemark à 70 ans semble proche du plafond.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;immigration est le seul facteur capable de compenser à court et moyen terme</strong> le déficit de population active et de contributeurs aux systèmes de sécurité sociale. Tous les rapports institutionnels — Commission européenne, Bruegel, OCDE, BCE — convergent sur ce point. Non pas comme solution miracle, mais comme composante indispensable d&rsquo;une réponse nécessairement multifactorielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les politiques migratoires restrictives entrent en contradiction directe</strong> avec les nécessités économiques et actuarielles des pays qui les mènent. Le cas italien est le plus frappant — un gouvernement anti-immigration qui augmente discrètement les quotas de travailleurs étrangers — mais le phénomène touche l&rsquo;ensemble du continent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème fondamental est un problème de temporalité politique. Les élections se jouent tous les quatre ou cinq ans. Le déclin démographique se déploie sur des décennies. Le discours anti-immigration rapporte des voix aujourd&rsquo;hui. La facture de l&rsquo;effondrement démographique n&rsquo;arrive qu&rsquo;en différé. Quand elle arrivera, il sera trop tard pour recruter les cotisants qu&rsquo;on aura passé des années à refouler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe n&rsquo;a pas le luxe de choisir entre natalité, prolongation de la vie active et immigration. Elle a besoin des trois. Simultanément. Et elle a surtout besoin d&rsquo;un discours politique qui dise la vérité sur cette nécessité, plutôt que de la nier pour mieux séduire les électeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Paolo Riva, «&nbsp;Le vrai problème migratoire de Meloni&nbsp;: l’Italie se vide&nbsp;», IrpiMedia, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurostat, Demography of Europe – 2025 edition</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– JRC / Commission européenne, The Role of Migration and Fertility for the Future Size of the EU’s Population, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The macroeconomic impact of ageing, EU immigration policy and pension expenditures&nbsp;», Working Paper 24/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The demographic divide: inequalities in ageing across the European Union&nbsp;», Policy Brief 13/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;Beyond retirement: a closer look at the very old&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Egmont Institute, «&nbsp;Navigating the Population Change in the EU&nbsp;», décembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Pensions at a Glance 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Employment Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, International Migration Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Commission européenne / EPC, 2024 Ageing Report</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurofound, «&nbsp;Europe must adapt to its ageing workforce&nbsp;», novembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Euronews, «&nbsp;Spain bets on migrants to counter labour shortage&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Migration Policy Institute, «&nbsp;A Pragmatic Bet: The Evolution of Spain’s Immigration System&nbsp;»</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Real Instituto Elcano, «&nbsp;Immigration, employment, productivity and inequality in Spain&nbsp;»</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/">L’Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l’arithmétique démographique</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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