Devant le public du festival Amigrants? la journaliste Salomé Saqué a déroulé une démonstration implacable : l’extrême droite menace les droits humains, ici et maintenant. Pas une opinion, dit-elle. Un constat documenté. Et une invitation à résister.
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La neutralité n’existe pas
Salomé Saqué ouvre par une mise au point qui devrait faire réfléchir toutes les rédactions. Si elle partait en reportage en Afghanistan, donnerait-elle 50 % du temps de parole aux talibans et 50 % aux femmes ? Personne ne l’exigerait. Pourquoi, alors, exiger cette fausse équivalence entre celles et ceux qui détruisent la planète et les militant·e·s qui tentent de l’empêcher ? Donner la parole est un choix, une prise de position. La journaliste revendique la rigueur — recouper ses sources, enquêter honnêtement, suivre la Charte de Munich — mais refuse l’indifférence. Cette position lui a valu d’être désignée comme la journaliste la plus menacée de France.
L’effondrement est mesuré
Le sentiment que les démocraties reculent n’est pas une impression : c’est une réalité chiffrée. Le V-Dem Institute, qui évalue chaque année l’état des démocraties, constate qu’il y a désormais plus d’autocraties que de démocraties dans le monde — les trois quarts de la planète vivent sous un régime autoritaire. Son directeur juge la situation pire que celle des années 1930. Reporters sans frontières documente, de son côté, un recul continu de la liberté de la presse, accéléré aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump.
Et qu’est-ce que l’extrême droite, au juste ? Saqué s’appuie sur les travaux d’historiens comme Nicolas Lebourg : la fabrication d’un « nous » opposé à « eux », l’essentialisation des différences, l’utopie d’une société fermée. Un écosystème entier — partis, personnalités médiatiques, milliardaires financeurs — qui coopère désormais à l’échelle internationale, de Madrid à Washington, sous le slogan assumé « Make Europe great again ».
L’extrême droite tue
Le cœur de la démonstration tient en trois mots. Avant même d’accéder au pouvoir, les mouvances les plus radicales commettent des attentats : Utøya, Christchurch, Pittsburgh, El Paso. Plus de dix projets d’attentats d’extrême droite déjoués en France depuis 2017. Le FBI lui-même reconnaissait que ces extrémistes étaient responsables de la majorité des attentats meurtriers sur le sol américain ces vingt dernières années.
Au pouvoir, les dégâts changent d’échelle. Droits des femmes attaqués partout, jusqu’à la perte du droit à l’avortement aux États-Unis. Droits LGBTQIA+ rognés, de l’interdiction de la Gay Pride en Hongrie au bannissement des personnes trans de l’armée américaine. Et surtout, les personnes étrangères : une police de l’immigration dotée de 75 milliards de dollars sur quatre ans, des quotas d’arrestations, 32 mort·e·s en détention en 2025, et ce centre de Floride où Amnesty International a documenté des conditions relevant de la torture. Qui peut encore détourner le regard ?
La bataille des esprits
Comment ces idées s’imposent-elles ? Par une bataille culturelle méthodiquement financée. En France, Vincent Bolloré a mis son empire médiatique au service de cette vision du monde. Pierre-Édouard Stérin — qui réside en Belgique pour des raisons fiscales — y consacre 150 millions d’euros. Sur les réseaux sociaux, la radicalisation avance masquée : conseils en séduction, musculation, décoration, autant de portes d’entrée vers des contenus extrêmes. Hannah Arendt l’avait dit : la liberté d’opinion est une farce si les faits ne sont pas établis. La confusion n’est pas la cause du vote d’extrême droite, rappelle Saqué, mais sa condition.
Résister, partout
La dernière partie de la conférence refuse le désespoir. Aux États-Unis, les mobilisations sont trois fois plus nombreuses que sous le premier mandat Trump : marées humaines des No Kings Day, scientifiques de Stand Up for Science, voisin·e·s qui s’interposent physiquement contre les arrestations. En Allemagne, des millions de personnes dans la rue, et ces 100 000 « Mamies contre l’extrême droite » qui tricotent leur mémoire en pancartes. Le message final est simple : participer à la démocratie ne se résume pas à voter. Rejoindre un collectif, une association, un syndicat, c’est déjà faire barrage.
L’obscurité gagne du terrain. Pas nos esprits.
Résistons, ensemble, maintenant.
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L’association qui a donné la parole à Salomé Saqué
Cette conférence s’est tenue dans le cadre du festival organisé par CIREFASOL (Citoyens et Réfugiés des Fagnes Solidaires), une association citoyenne active autour de Spa, Theux et Jalhay. Née de la crise migratoire de 2015 et constituée en ASBL en 2018, elle rassemble aujourd’hui plusieurs dizaines de bénévoles et des centaines de sympathisant·e·s.
Son terrain : l’accueil et l’accompagnement des personnes réfugiées ou demandeuses de protection internationale. Cours de français, soutien administratif, aide au logement, distribution de meubles et de vêtements, atelier vélos, soutien scolaire — et des conférences comme celle-ci, pour penser ensemble les réalités migratoires. L’association accompagne plusieurs centaines de personnes hébergées dans les centres de Spa, Sart-Jalhay et Polleur-Theux.
Ses membres parlent d’« amigrants » — contraction d’« amis » et de « migrants ». Tout est dit.