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	<title>Migrants - En avant</title>
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	<title>Migrants - En avant</title>
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		<title>Trump et l&#8217;effondrement de l&#8217;asile mondial</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 21:03:56 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sur les quelque 6 000 personnes admises aux États-Unis cette année au titre de réfugiées, toutes sauf trois sont des Afrikaners blanc·he·s. Le New Yorker documente la mise à mort méthodique du programme américain de réinstallation, et avec elle l&#8217;effondrement d&#8217;un pilier de la protection internationale. Lorsqu&#8217;un État inverse les principes qu&#8217;il a contribué à ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur les quelque 6 000 personnes admises aux États-Unis cette année au titre de réfugiées, toutes sauf trois sont des Afrikaners blanc·he·s. Le <a href="https://www.newyorker.com/news/letter-from-jordan/the-end-of-refugee-resettlement" target="_blank" rel="noopener" title=""><em>New Yorker</em> </a>documente la mise à mort méthodique du programme américain de réinstallation, et avec elle l&rsquo;effondrement d&rsquo;un pilier de la protection internationale. Lorsqu&rsquo;un État inverse les principes qu&rsquo;il a contribué à fonder, c&rsquo;est l&rsquo;idée même d&rsquo;asile qui se vide de son sens.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">Un programme méthodiquement détricoté</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 21 janvier 2025, quelques heures après son investiture, Donald Trump signe le décret « Realigning the United States Refugee Admissions Program ». Effet immédiat : suspension intégrale des admissions, gel des financements, plus de 12 000 voyages déjà programmés annulés. Pendant des décennies, les États-Unis ont assuré plus des deux tiers des réinstallations mondiales — davantage à eux seuls que tous les autres pays réunis. Ce pilier, construit par le Refugee Act de 1980 sur les ruines morales du refus d&rsquo;accueillir les Juif·ve·s pendant la Shoah, est aujourd&rsquo;hui démantelé pièce par pièce. Plus de 100 000 personnes conditionnellement approuvées attendent désormais dans le vide.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une exception racialisée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Trois semaines plus tard, un second décret crée un programme spécifique pour les Afrikaners, ces descendant·e·s blanc·he·s des colons européen·ne·s d&rsquo;Afrique du Sud, présenté·e·s comme « victimes de discrimination raciale ». Le plafond 2026 est fixé à 7 500 personnes — un plus bas historique. Sur les 6 000 admis·es à ce jour, toutes sauf trois sont des Afrikaners. La théorie complotiste du « génocide blanc », promue par Elon Musk et Stephen Miller, qu&rsquo;un juge sud-africain a qualifiée de « clairement imaginée », est devenue politique publique. Les familles soudanaises, syriennes, afghanes dont les dossiers étaient validés depuis des années restent bloquées en Jordanie, au Kenya, au Qatar. La couleur de peau filtre désormais ce que le droit prétendait protéger sans distinction.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le non-refoulement attaqué</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;Assemblée générale de l&rsquo;ONU à l&rsquo;automne 2025, l&rsquo;administration américaine plaide pour rendre le statut de réfugié·e « temporaire, pas permanent ». Derrière la formule technique se joue l&rsquo;érosion du principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit international, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque la persécution. Najmaldeen Mussa, militant soudanais torturé sous Bachir, attendait son vol vers le Nebraska. Il croupit aujourd&rsquo;hui dans un centre de détention jordanien, en attente d&rsquo;expulsion vers un Soudan en guerre où il craint pour sa vie. Combien d&rsquo;autres Mussa avant que nous regardions ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Et nous, dans tout ça ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Comment réagir, ici, à cet effondrement ? Lors du premier mandat Trump, le Canada et plusieurs pays européens avaient compensé en augmentant leurs quotas. Cette fois, ces mêmes pays — Allemagne, France, Autriche, Italie — réduisent les leurs, sous la pression de leurs droites nationalistes. L&rsquo;espace de protection « se contracte » partout, constate l&rsquo;International Refugee Assistance Project. La Belgique n&rsquo;est pas en reste, elle qui peine déjà à honorer ses obligations envers les demandeur·euse·s d&rsquo;asile dormant sur ses trottoirs. Comment exiger des autres ce que nous ne tenons plus nous-mêmes ? Comment croire encore au discours universaliste de nos chancelleries lorsque l&rsquo;accueil devient sélectif jusqu&rsquo;à la peau ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce qui tient encore</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le HCR a supprimé 5 000 emplois. Le Center for Victims of Torture a dû fermer ses programmes de soutien aux survivant·e·s. Des dizaines de milliers de personnes vulnérables — femmes violées par les RSF au Darfour, personnes LGBTQ+ menacées de mort, ex-collaborateur·rice·s afghan·e·s des forces alliées — sont abandonnées en cours de procédure. Mais des avocat·e·s plaident encore. IRAP a déposé la class action <em>Pacito v. Trump</em>. Des collectivités, des ONG, des Églises, des bénévoles continuent d&rsquo;accueillir, de plaider, de relier. L&rsquo;architecture s&rsquo;effrite, mais des mains la tiennent encore. Une étude récente du <em>Department of Health and Human Services</em> rappelle qu&rsquo;entre 2005 et 2019, les réfugié·e·s ont payé 581 milliards de dollars d&rsquo;impôts de plus que ce qu&rsquo;ils et elles ont coûté. Le « narratif » du fardeau ne résiste pas aux chiffres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous ne sommes pas spectateur·rice·s. Nos gouvernements signent encore les conventions de Genève. Notre voix, notre vote, notre vigilance comptent. Défendre l&rsquo;asile, c&rsquo;est défendre l&rsquo;idée que des personnes existent indépendamment de leur utilité ou de leur couleur de peau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tenir bon. Maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Asile #Réfugiés #Migration #Solidarité</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/18/trump-et-leffondrement-de-lasile-mondial/">Trump et l’effondrement de l’asile mondial</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La Belgique au miroir de Genève</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/07/la-belgique-au-miroir-de-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 19:51:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
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		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 4 février 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l&#8217;homme a publié sa compilation pour l&#8217;Examen périodique universel de la Belgique (voir bas de page), prévu en mai au Conseil des droits de l&#8217;homme. Neuf pages, cinquante-cinq paragraphes, cinq mécanismes onusiens. Et un constat qui se répète, comme un écho. Une convergence ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le 4 février 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l&rsquo;homme a publié <a href="https://docs.un.org/fr/A/HRC/WG.6/52/BEL/2" target="_blank" rel="noopener" title="">sa compilation</a> pour l&rsquo;Examen périodique universel de la Belgique </strong><em>(vo<a href="#EPU" title="">ir bas de page)</a>,</em><strong> prévu en mai au Conseil des droits de l&rsquo;homme. Neuf pages, cinquante-cinq paragraphes, cinq mécanismes onusiens. Et un constat qui se répète, comme un écho.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une convergence qui force la lecture</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le document n&rsquo;émane pas d&rsquo;une ONG militante ni d&rsquo;un État rival : il agrège les recommandations adressées à la Belgique par le Comité pour l&rsquo;élimination de la discrimination raciale, le Comité CEDAW, le Comité des droits des personnes handicapées, l&rsquo;UNESCO et le Mécanisme international d&rsquo;experts indépendants chargé de promouvoir la justice et l&rsquo;égalité raciales dans le maintien de l&rsquo;ordre. Cinq instances distinctes, des mandats différents, des méthodologies propres — et un diagnostic qui se recoupe avec une netteté inhabituelle. Profilage racial, surpopulation carcérale, accueil défaillant des personnes en quête de protection, éducation inclusive en panne, violences fondées sur le genre, fragilité du cadre antiraciste : la Belgique de 2026 reçoit la même cartographie de manquements que celle de 2021.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le plan qui n&rsquo;arrive pas</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mécanisme d&rsquo;experts comme le Comité CEDAW recommandent — à nouveau — l&rsquo;adoption d&rsquo;un plan d&rsquo;action interfédéral contre le racisme. Le rapport relève avec satisfaction que la Wallonie, la Communauté française, la Région bruxelloise et la Région flamande développent leurs propres dispositifs ; il regrette dans la même phrase qu&rsquo;aucun cadre interfédéral n&rsquo;ait pu être établi. La complexité institutionnelle belge fonctionne ici comme un alibi : chaque entité agit, et personne n&rsquo;agit ensemble. Pendant ce temps, les jeunes africain·e·s et d&rsquo;ascendance africaine continuent, selon le Mécanisme, de manifester une profonde méfiance envers les forces de l&rsquo;ordre. Méfiance que des contrôles d&rsquo;identité non enregistrés, l&rsquo;absence de garde-fous sur l&rsquo;intelligence artificielle policière et la lenteur des enquêtes sur les violences à caractère raciste ne contribuent pas à apaiser.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les corps qu&rsquo;on enferme, les enfants qu&rsquo;on trie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Trois organes différents convergent sur l&rsquo;état des prisons belges : surpopulation, surreprésentation des personnes d&rsquo;ascendance africaine, incarcération de personnes ayant un handicap psychosocial qui n&rsquo;y reçoivent pas les soins requis et y subissent souvent une médication excessive. Le Comité CRPD signale par ailleurs qu&rsquo;en Belgique, les écoles ordinaires peuvent encore refuser un·e élève handicapé·e au motif que les aménagements raisonnables seraient « trop contraignants » — alors même que notre pays affiche le pourcentage le plus élevé d&rsquo;élèves scolarisé·e·s dans l&rsquo;enseignement spécialisé de toute l&rsquo;Union européenne. Comment soutenir, à Genève, qu&rsquo;on défend l&rsquo;inclusion, lorsqu&rsquo;on trie aussi tôt, aussi systématiquement, et avec une telle constance statistique ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les invisibles que le rapport ramène à la lumière</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Restent celles et ceux que la compilation tire patiemment de l&rsquo;ombre. Les demandeur·euse·s d&rsquo;asile dont l&rsquo;accueil défaille, encore. Les migrant·e·s sans papiers que la police, selon le Mécanisme, expulse de leurs logements pour les renvoyer à la rue, parfois avec un usage excessif de la force. Les travailleuses domestiques signalées comme victimes d&rsquo;exploitation par leurs employeurs. Les femmes victimes de violences fondées sur le genre, dont les places en centres d&rsquo;accueil restent limitées et dont les fonds dédiés sont, selon le Comité CEDAW, en baisse. Les femmes dont la nationalité ou le titre de séjour ont été révoqués parce que leur nom — ou celui d&rsquo;un·e proche — figurait dans une base de données antiterroriste. Et cette pratique, dont le Comité CRPD demande la cessation, qui consiste pour la Belgique à accueillir activement dans ses hôpitaux psychiatriques des personnes handicapées résidant en France. Comment se présenter à Genève sans avoir, au préalable, croisé ces regards ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une parole sans force exécutoire, mais</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La parole des Nations Unies n&rsquo;a pas force exécutoire. Elle a force de témoignage. Elle s&rsquo;adresse à un État qui aime se présenter, dans les travées du Conseil, comme un·e défenseur·euse exigeant·e des droits humains. À ses représentant·e·s, désormais, d&rsquo;en faire quelque chose. Aux citoyen·ne·s, surtout, de leur rappeler que ces cinquante-cinq paragraphes ne se rangent pas dans un classeur diplomatique : ils nomment des vies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;agir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 id="EPU" class="wp-block-heading"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f4cc.png" alt="📌" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;EPU ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;<strong>Examen périodique universel</strong> est le mécanisme du Conseil des droits de l&rsquo;homme des Nations Unies par lequel chaque État membre de l&rsquo;ONU — tous les 193 — voit, à tour de rôle, sa situation des droits humains examinée par ses pairs. Le dispositif a été créé en 2006 et fonctionne par cycles d&rsquo;environ quatre ans et demi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque examen repose sur <strong>trois documents</strong> : le rapport national rédigé par l&rsquo;État lui-même, une compilation établie par le Haut-Commissariat aux droits de l&rsquo;homme à partir des observations des organes de traités, des procédures spéciales et des agences onusiennes, et un résumé des contributions de la société civile (ONG, institution nationale des droits humains, syndicats, milieux académiques).</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;examen se tient à Genève, au sein du <strong>Groupe de travail sur l&rsquo;EPU</strong>, lors d&rsquo;un dialogue interactif au cours duquel les autres États posent des questions et formulent des recommandations. L&rsquo;État examiné peut ensuite <strong>accepter</strong> ou <strong>prendre note</strong> de chacune d&rsquo;elles ; il rendra compte de leur mise en œuvre lors du cycle suivant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique passe son <strong>quatrième EPU</strong> lors de la 52ᵉ session du Groupe de travail, du 4 au 15 mai 2026. Le document recensé ici est la compilation du HCDH — la photographie onusienne, la plus institutionnelle des trois, celle qu&rsquo;aucun ministère ne peut écarter d&rsquo;un revers de main.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #EPU #Belgique #Antiracisme #JusticeSociale</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/07/la-belgique-au-miroir-de-geneve/">La Belgique au miroir de Genève</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Belgique : l&#8217;État de droit face au mur du non-accueil</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/24/belgique-letat-de-droit-face-au-mur-du-non-accueil/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Apr 2026 15:52:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sept organisations belges et internationales publient un état des lieux accablant de la politique migratoire fédérale au second semestre 2025. Derrière les chiffres, un affrontement inédit : une ministre qui ordonne de désobéir à la justice, et un pouvoir judiciaire contraint de défendre publiquement la séparation des pouvoirs. Une ligne rouge franchie à l&#8217;été En ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sept organisations belges et internationales publient <a href="https://www.cire.be/publication/politique-de-non-accueil-larizona-franchit-une-nouvelle-ligne-rouge/" target="_blank" rel="noopener" title="">un état des lieux</a> accablant de la politique migratoire fédérale au second semestre 2025. Derrière les chiffres, un affrontement inédit : une ministre qui ordonne de désobéir à la justice, et un pouvoir judiciaire contraint de défendre publiquement la séparation des pouvoirs.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">Une ligne rouge franchie à l&rsquo;été</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En juillet 2025, le Parlement belge vote des mesures « de crise » modifiant la Loi Accueil du 12 janvier 2007. L&rsquo;Agence fédérale Fedasil peut désormais refuser l&rsquo;hébergement aux demandeur·euse·s d&rsquo;asile déjà protégé·e·s dans un autre État membre (« statut M ») et aux familles dont les enfants introduisent une demande après un refus parental. Dès le 2 août, les familles – y compris avec de très jeunes enfants – se retrouvent à la rue sur instruction explicite de la ministre de l&rsquo;Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt. Le Samusocial, saturé, a refusé près de 400 familles, soit 1.500 personnes, en quelques mois, et 62 % en moyenne des demandes d&rsquo;hébergement d&rsquo;hommes isolés. Moins de 20 % des personnes au « statut M » obtiennent finalement un hébergement malgré leur vulnérabilité. La ministre affirme pourtant que « personne n&rsquo;est obligé de dormir dans la rue », renvoyant vers le « Brussels Deal » cofinancé avec la Région bruxelloise – un dispositif inconditionnel, non réservé aux demandeur·euse·s d&rsquo;asile, et vers lequel Fedasil n&rsquo;oriente personne. En octobre, l&rsquo;église du Béguinage à Bruxelles accueille symboliquement trois familles renvoyées à la rue par l&rsquo;État, rappelant qu&rsquo;il existe, à défaut d&rsquo;une politique publique, un devoir citoyen d&rsquo;hospitalité.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le pouvoir judiciaire sort de sa réserve</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La suite bascule dans l&rsquo;anomalie institutionnelle. Quand le tribunal du travail de Bruxelles annule plusieurs refus d&rsquo;accueil en septembre, la ministre ordonne à Fedasil d&rsquo;ignorer ces jugements. Le 1er octobre, la Cour de cassation, le Collège des procureurs généraux et le Collège des cours et tribunaux signent une lettre ouverte d&rsquo;une sévérité rare, estimant que ses déclarations révèlent « une évolution inquiétante dans laquelle un membre du pouvoir exécutif estime pouvoir se placer au-dessus de la loi ». Quatre familles déposent plainte au pénal pour traitement inhumain et dégradant et non-assistance à personne en danger. Plus de 16.000 décisions de justice restent non exécutées par l&rsquo;État belge. Le Comité des ministres du Conseil de l&rsquo;Europe, chargé du suivi de l&rsquo;arrêt Camara c. Belgique, somme les autorités d&rsquo;agir « dans les plus brefs délais ». Des familles et des organisations saisissent la Cour constitutionnelle, qui se prononcera au printemps 2026. Le HCR, dans une carte blanche au Soir, appelle à un sursaut politique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La santé et la dignité comme variables d&rsquo;ajustement</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le terrain, les chiffres des sept organisations parlent d&rsquo;eux-mêmes. Au 1er décembre, 1.759 hommes figuraient toujours sur la liste d&rsquo;attente. Le réseau Fedasil est passé de 36.205 places début 2025 à 34.878 en décembre, les Initiatives locales d&rsquo;accueil fermant à un rythme anticipé et le gouvernement Arizona fermant désormais les centres installés sur des sites de la Défense. Entre juillet et décembre, 135.000 repas ont été servis au Hub humanitaire, qui voit ses consultations médicales divisées par deux dès novembre, avant un arrêt total prévu en avril 2026. La structure Athéna a déjà fermé fin décembre, faute de subsides. 92 % des patient·e·s du Refugee Medical Point sont des demandeur·euse·s de protection. Les cas de tuberculose remontent, les maladies de peau représentent 12 % des diagnostics au Hub, les troubles dépressifs ou anxieux touchent près de la moitié des personnes suivies au CASO de Médecins du Monde. Une étude du Délégué général flamand aux droits de l&rsquo;enfant révèle que la moitié des centres Fedasil ne respectent pas leurs propres normes. Le sans-chez-soirisme s&rsquo;installe comme norme pour celles et ceux qui ont fui la guerre ou la persécution. Comment un pays signataire de la Convention de Genève peut-il organiser méthodiquement le renvoi à la rue des personnes qu&rsquo;il a vocation à protéger ? Que reste-t-il d&rsquo;un État de droit lorsque l&rsquo;exécutif revendique le droit d&rsquo;ignorer ses juges ? Des solutions existent : augmenter durablement la capacité d&rsquo;accueil, prévoir un budget suffisant, respecter les décisions de justice, activer un plan de répartition. Elles supposent une volonté politique qui, aujourd&rsquo;hui, fait défaut.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Tenir la ligne</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un État de droit se défend chaque jour. Au boulot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Asile #Belgique #EtatDeDroit #NonAccueil</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/24/belgique-letat-de-droit-face-au-mur-du-non-accueil/">Belgique : l’État de droit face au mur du non-accueil</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;année 2025: l&#8217;année des prédateurs</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/21/lannee-2025-lannee-des-predateurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 06:09:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans sa préface au rapport annuel 2026 d&#8217;Amnesty International, Agnès Callamard qualifie 2025 d&#8217;« année des prédateurs ». Trump, Poutine, Netanyahou : une stratégie de conquête, des destructions de grande ampleur, et des gouvernements européens qui, pour la plupart, ont choisi la capitulation. Mais la secrétaire générale refuse le défaitisme et démonte méthodiquement le récit ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans sa préface au <a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/04/amnesty-international-calls-states-to-stop-predatory-era-taking-hold/" target="_blank" rel="noopener" title="">rapport annuel 2026 d&rsquo;Amnesty International</a>, Agnès Callamard qualifie 2025 d&rsquo;« année des prédateurs ». Trump, Poutine, Netanyahou : une stratégie de conquête, des destructions de grande ampleur, et des gouvernements européens qui, pour la plupart, ont choisi la capitulation. Mais la secrétaire générale refuse le défaitisme et démonte méthodiquement le récit selon lequel l&rsquo;ordre international de 1948 aurait toujours été une « chimère ».</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;année où les pare-feu ont cédé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le diagnostic est implacable. Tout au long de 2025, selon Agnès Callamard, « le bien commun de l&rsquo;humanité » a été la proie de « prédateurs voraces » dont la soif de domination économique s&rsquo;est traduite par répressions, déplacements forcés et violences massives. Gaza, Ukraine, Soudan, RDC, Myanmar, Iran : les atrocités s&rsquo;enchaînent. Face à cela, la plupart des gouvernements, notamment européens, ont « joué la carte de la capitulation ». Certains sont allés jusqu&rsquo;à imiter les prédateurs ; d&rsquo;autres ont préféré se fondre dans leur ombre. Seule une poignée d&rsquo;États leur ont fait front.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La fable de « l&rsquo;illusion »</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être la contribution la plus forte du texte. Au discours qui présente désormais l&rsquo;ordre de 1948 comme obsolète, Callamard oppose un rappel historique précis : la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, la Convention sur le génocide, les Pactes internationaux ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le fruit du travail, « souvent au grand dam d&rsquo;acteurs bien plus puissants », de générations de diplomates et de militant·e·s, notamment issu·e·s des jeunes États d&rsquo;Afrique, des Caraïbes, d&rsquo;Amérique latine et d&rsquo;Asie. Et la formule claque : « Il n&rsquo;appartient pas à celles et ceux qui trahissent les promesses de proclamer que celles-ci sont illusoires. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un « nouvel ordre » qui sent le vieux monde</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Début 2026, le secrétaire d&rsquo;État états-unien Marco Rubio a exposé la vision de substitution : une alliance de pays occidentaux et chrétiens menée par Washington, enracinée dans un « héritage commun » présenté en termes romantiques. Callamard renvoie froidement l&rsquo;image : cette histoire est aussi « faite de domination, de colonialisme, d&rsquo;esclavage et de génocide ». Pas d&rsquo;alternative réelle du côté de Pékin non plus, qui rejette l&rsquo;universalité des droits humains. Ce qu&rsquo;on nous propose ? La suprématie du commerce et l&rsquo;hégémonie de la technologie, la guerre à la société civile, l&rsquo;envolée des budgets militaires et les coupes dans l&rsquo;aide internationale.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce qui a résisté, quand même</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant. La préface détaille les brèches ouvertes en 2025 : mandats d&rsquo;arrêt de la CPI contre deux dirigeants talibans pour persécution liée au genre, remise de l&rsquo;ancien président philippin Rodrigo Duterte à la Cour, 156 États votant pour des négociations sur les armes autonomes, avis consultatifs climatiques de la CIJ et de la Cour interaméricaine, grèves de dockers en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, au Maroc et en Suède pour bloquer les livraisons d&rsquo;armes vers Israël. La Belgique figure nommément parmi les États qui se sont engagés à infléchir ou suspendre ce commerce d&rsquo;armes avec Israël — aux côtés notamment de l&rsquo;Espagne, de l&rsquo;Afrique du Sud, de la Colombie et de la Slovénie. Au Népal, un gouvernement est tombé sous la pression d&rsquo;une jeunesse mobilisée contre la corruption. Au Danemark, en Norvège, au Luxembourg et au Malawi, les droits reproductifs ont progressé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Subir l&rsquo;histoire, ou l&rsquo;écrire ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Comment accepter que des puissant·e·s décrètent « illusoire » ce qui a protégé, même imparfaitement, des millions de personnes ? Comment se résigner à voir l&rsquo;ordre fondé sur les règles remplacé par celui des prédateurs, simplement parce qu&rsquo;il dérange leurs intérêts ? Et comment nos gouvernements peuvent-ils financer la diplomatie multilatérale tout en se taisant devant le génocide à Gaza ? Callamard ne prétend pas que le système de 1948 soit parfait : elle rappelle le « deux poids, deux mesures », la paralysie, les millions de victimes ignorées. Mais résister, prévient-elle, ne signifie pas défendre un monde figé. C&rsquo;est « imaginer une vision transformée et transformatrice des droits humains ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message final est sans ambiguïté : « Nous ne subissons pas seulement l&rsquo;histoire. Nous l&rsquo;écrivons aussi. » À chacun·e, dans son rôle — électeur·rice, consommateur·rice, militant·e, investisseur·euse — d&rsquo;écrire la suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résister. Transformer. Écrire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Amnesty #Multilatéralisme #Callamard #Résistance</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/21/lannee-2025-lannee-des-predateurs/">L’année 2025: l’année des prédateurs</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que la science dit</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/23/immigration-et-delinquance-ce-que-tout-le-monde-croit-et-ce-que-la-science-dit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 20:09:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que 120 ans de recherche scientifique disent à la place. Analyse des données et des manipulations rhétoriques.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Une conviction largement partagée. Un consensus scientifique solide qui la contredit. Et entre les deux, une machine rhétorique bien huilée dont il faut apprendre à reconnaître les rouages.</strong></em></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que tout le monde « sait »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Posez la question autour de vous. Dans un café, lors d&rsquo;un repas de famille, dans une salle de formation, à la sortie d&rsquo;une réunion d&rsquo;équipe. La réponse sera presque toujours la même, formulée avec la certitude tranquille de l&rsquo;évidence : oui, bien sûr, l&rsquo;immigration augmente la délinquance. Ce n&rsquo;est pas du racisme, dira-t-on, c&rsquo;est juste les chiffres. Les faits divers. Ce qu&rsquo;on voit dans les statistiques. Ce que tout le monde constate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette conviction est massivement répandue. Une enquête de janvier 2024 aux États-Unis révèle que 57 % des Américains estiment que les immigrés génèrent davantage de criminalité. Les sondages européens montrent des proportions comparables, parfois supérieures. En Belgique, le sujet structure depuis des années une partie du débat électoral et alimente les programmes des partis qui ont fait de l&rsquo;immigration leur fonds de commerce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf que cette conviction — cette certitude partagée, ce « bon sens » apparent — est contredite de manière massive et répétée par la recherche scientifique depuis plus d&rsquo;un siècle. C&rsquo;est ce que disent les données.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un siècle de consensus ignoré</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Commission Dillingham, mandatée par le Congrès américain pour évaluer les effets de l&rsquo;immigration massive d&rsquo;Europe orientale et méridionale, concluait dès <strong>1907</strong> qu&rsquo;il n&rsquo;existait « aucune preuve satisfaisante que l&rsquo;immigration ait entraîné une augmentation de la criminalité disproportionnée à l&rsquo;augmentation de la population adulte ». Le criminologue Edwin Sutherland confirmait en 1924. Un siècle plus tard, les méthodes sont plus sophistiquées, les données plus abondantes — et la conclusion est la même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La méta-analyse la plus complète à ce jour, publiée en 2017 par Ousey et Kubrin dans l&rsquo;<em>Annual Review of Criminology</em>, passe en revue 51 études menées entre 1994 et 2014 dans différents pays. Son résultat : l&rsquo;association globale entre immigration et criminalité est légèrement <em>négative</em>. Les études longitudinales — les plus robustes méthodologiquement — trouvent un effet négatif significatif. Là où l&rsquo;immigration augmente, la criminalité tend à <em>baisser</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2024, les économistes Olivier Marie et Paolo Pinotti publient dans le <em>Journal of Economic Perspectives</em> une synthèse internationale sur des données couvrant une trentaine de pays de l&rsquo;OCDE. Même conclusion. Une étude analysant 15 ans de données dans 216 régions de 23 pays européens arrive au même résultat. Une analyse portant sur 30 pays de l&rsquo;OCDE entre 1990 et 2019 rejette formellement l&rsquo;hypothèse d&rsquo;un impact de l&rsquo;immigration sur les taux d&rsquo;homicide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, la croyance populaire ne bouge pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe apparent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe une donnée qui semble contredire tout cela et que les partisans de la thèse « immigration = criminalité » brandissent régulièrement : dans de nombreux pays occidentaux, les immigrés sont effectivement surreprésentés dans les statistiques carcérales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est vrai. Et c&rsquo;est compatible avec le fait que l&rsquo;immigration n&rsquo;augmente pas les taux globaux de criminalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ? Trois mécanismes distincts l&rsquo;expliquent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La contrainte arithmétique.</strong> Quand une population représente 8 à 15 % des habitants d&rsquo;un pays, ses comportements — quels qu&rsquo;ils soient — ont une capacité arithmétiquement limitée à faire bouger les statistiques calculées sur l&rsquo;ensemble. Imaginons une ville de 100 000 habitants où 8 % sont immigrés. Même si leur taux de délinquance individuel était deux fois plus élevé que celui des natifs, l&rsquo;effet sur le taux global de criminalité resterait mathématiquement marginal : 8 000 personnes ne peuvent pas faire bouger significativement les statistiques des 92 000 autres. C&rsquo;est une contrainte de proportion, pas un jugement de valeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;hypothèse de substitution.</strong> Des chercheurs ont avancé que des immigrés pourraient remplacer des natifs dans certains segments du marché criminel sans en augmenter le volume total. C&rsquo;est une hypothèse théorique plausible, encore insuffisamment documentée empiriquement, mais qui offre une explication possible à la coexistence de surreprésentation individuelle et d&rsquo;effet agrégé nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les biais de policing.</strong> C&rsquo;est le mécanisme le mieux documenté. Être contrôlé plus souvent augmente la probabilité d&rsquo;avoir un casier, ce qui augmente la probabilité d&rsquo;être contrôlé à nouveau, ce qui augmente la probabilité d&rsquo;une sanction plus sévère. Ce cercle cumulatif peut produire des écarts statistiques importants sans que le comportement réel des individus soit fondamentalement différent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce paradoxe n&rsquo;est pas une esquive. C&rsquo;est ce que la recherche empirique observe, et ce qu&rsquo;elle s&rsquo;efforce d&rsquo;expliquer honnêtement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand les exceptions s&rsquo;expliquent par le contexte</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe des cas où l&rsquo;immigration est associée à une hausse locale et temporaire de certains types de délits. Ils méritent d&rsquo;être examinés sérieusement, pas balayés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les afflux massifs de réfugiés en 2015 en Allemagne et en Grèce ont été étudiés en détail. Des études publiées dans <em>Labour Economics</em> et dans l&rsquo;<em>European Economic Review</em> confirment un effet sur certaines catégories de crimes dans ces contextes spécifiques. Ces études sont sérieuses. Leurs auteurs sont honnêtes sur ce qu&rsquo;ils trouvent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ces mêmes auteurs prennent soin d&rsquo;expliquer <em>pourquoi</em> : des populations privées de statut légal, sans accès au marché du travail, sans perspective d&rsquo;avenir stable, concentrées dans des structures d&rsquo;hébergement précaires — ce sont des conditions criminogènes bien identifiées, indépendamment de l&rsquo;origine des personnes qui les subissent. Et leur recommandation politique est limpide : accélérer l&rsquo;accès aux droits, au travail, à un statut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La preuve inverse existe aussi. La légalisation de près de 3 millions d&rsquo;immigrés aux États-Unis par l&rsquo;<em>Immigration Reform and Control Act</em> de 1986 a entraîné une baisse de la criminalité de 3 à 5 %, soit entre 120 000 et 180 000 crimes de moins chaque année. En Espagne, la régularisation de 600 000 immigrés au début des années 2000 a eu des effets similaires. Les personnes régularisées ont massivement intégré l&#8217;emploi formel, et leurs comportements ont convergé vers ceux des natifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;immigration qui protège ou qui menace. C&rsquo;est le <strong>statut</strong> — l&rsquo;accès aux droits, l&rsquo;insertion dans des structures sociales stables, la possibilité de construire quelque chose de légitime. L&rsquo;exclusion institutionnelle est criminogène. L&rsquo;intégration est protectrice. Pour tout le monde.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment la confusion se fabrique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si le consensus scientifique est aussi solide et aussi ancien, comment cette croyance populaire se maintient-elle avec une telle robustesse ? Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. C&rsquo;est le résultat de techniques rhétoriques identifiables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le glissement sémantique.</strong> Quand on parle d&rsquo;« immigrés » dans les statistiques, on désigne des personnes nées à l&rsquo;étranger et résidant dans le pays d&rsquo;accueil. Mais dans le discours courant, la catégorie s&rsquo;étire imperceptiblement jusqu&rsquo;à englober leurs enfants, voire leurs petits-enfants — des citoyens belges, nés ici, ayant grandi ici, souvent n&rsquo;ayant jamais vécu ailleurs. Ce glissement n&rsquo;est pas anodin : il transforme une question de statut migratoire en question d&rsquo;origine ethnique. Et il invalide tout le raisonnement causal — si un citoyen belge de troisième génération commet un délit, cela n&rsquo;entretient strictement aucun lien logique avec un flux d&rsquo;immigration récent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le cherry-picking contextuel.</strong> On cite les études qui montrent un effet dans des contextes d&rsquo;exclusion extrême — comme les afflux de réfugiés sans statut ni emploi — en omettant soigneusement que leurs auteurs eux-mêmes les présentent comme des exceptions liées aux conditions d&rsquo;accueil, et non comme des preuves d&rsquo;une propension intrinsèque à la violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La thèse non falsifiable.</strong> Quand les études agrégées trouvent un effet nul, on n&rsquo;y voit pas une réfutation possible, mais un défaut de méthode statistique. Peu importe ce que les données disent : la conclusion est maintenue. On sort du champ scientifique pour entrer dans celui de la conviction.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le démantèlement stratégique.</strong> On prend une explication complexe et multifactorielle — précarité, structure démographique, biais pénaux, conditions d&rsquo;accueil — on réfute chaque facteur <em>pris isolément</em>, et on en conclut abusivement que l&rsquo;ensemble est faux. Comme si réfuter que la seule précarité suffit à tout expliquer revenait à prouver que la précarité ne joue aucun rôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le glissement causal par défaut.</strong> Une fois les facteurs structurels disqualifiés un par un, on installe une explication d&rsquo;origine ou culturelle — jamais précisément définie, jamais empiriquement testée — comme cause résiduelle inévitable. C&rsquo;est une fausse démarche scientifique : une cause doit être définie, mesurée, testée. Pas simplement posée après élimination du reste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces techniques ne sont pas nouvelles. L&rsquo;historienne des sciences Naomi Oreskes les a documentées dans le cas de l&rsquo;industrie du tabac face aux études sur le cancer : pas besoin de réfuter la science, il suffit de maintenir l&rsquo;<em>impression</em> qu&rsquo;il existe un débat ouvert. Le scepticisme suffit à paralyser l&rsquo;action.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que la science ne sait pas encore</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons précis sur les vraies lacunes. Les sans-papiers restent quasi-absents des études — non par parti pris, mais par manque de données fiables les concernant. Les effets cumulatifs des biais policiers sont documentés mais insuffisamment quantifiés. La tendance des immigrés de première génération à être moins enclins à la délinquance que leurs enfants plus assimilés est bien établie aux États-Unis — mais la recherche européenne sur ce point reste parcellaire et les résultats moins homogènes. La recherche hors du contexte américain et ouest-européen est rare. Et plusieurs études suggèrent que les politiques restrictives — en privant les immigrés d&rsquo;accès au travail et au statut — pourraient aggraver les conditions criminogènes qu&rsquo;elles prétendent prévenir, mais les preuves empiriques directes restent à consolider.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces lacunes sont des questions scientifiques légitimes. Elles justifient davantage de recherches. Elles n&rsquo;ouvrent pas la porte à l&rsquo;essentialisation d&rsquo;origine.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cela importe ici et maintenant</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La confusion entretenue sur ce sujet n&rsquo;est pas sans conséquences politiques concrètes. Elle prépare le terrain à des politiques qui, au nom de la sécurité, produisent exactement l&rsquo;inverse de ce qu&rsquo;elles promettent : maintenir des populations dans des statuts précaires, leur fermer l&rsquo;accès au travail légal, multiplier les contrôles fondés sur l&rsquo;apparence — tout cela crée les conditions d&rsquo;une vulnérabilité accrue, pour les immigrés comme pour les communautés dans lesquelles ils vivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains parlent de « scepticisme opportuniste » : face à une multitude de récits contradictoires, la tentation est forte de rejeter les données qui dérangent et de retenir celles qui confortent nos croyances préexistantes. C&rsquo;est précisément cette fragilité épistémique que les techniques décrites plus haut exploitent méthodiquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse n&rsquo;est pas d&rsquo;opposer une contre-propagande émotionnelle. C&rsquo;est de maintenir les exigences de la rigueur : distinguer les études selon leur robustesse méthodologique, identifier les intérêts qui financent les « observatoires » et les « think tanks », refuser les analogies fallacieuses, et rappeler que l&rsquo;absence de certitude absolue sur tel ou tel point n&rsquo;est pas une invitation à choisir la conclusion qu&rsquo;on préfère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur immigration et délinquance, la science dit quelque chose de clair, de solide, de répété depuis cent vingt ans : ce n&rsquo;est pas l&rsquo;origine qui détermine le comportement — c&rsquo;est la condition sociale, juridique et économique dans laquelle les êtres humains sont placés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que « tout le monde sait » est faux. Ce n&rsquo;est pas une opinion. C&rsquo;est ce que les données disent.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ousey &amp; Kubrin, <em>Annual Review of Criminology</em>, 2017 (méta-analyse de 51 études, 1994–2014)</li>



<li>Marie &amp; Pinotti, <em>Journal of Economic Perspectives</em>, 38(1), 2024</li>



<li>Light, Miller &amp; Kelly, <em>Criminology</em>, 2017 (sans-papiers et criminalité violente, USA)</li>



<li>Megalokonomou &amp; Vasilakis, <em>European Economic Review</em>, 160, 2023 (réfugiés, îles grecques)</li>



<li>Lange &amp; Sommerfeld, <em>Labour Economics</em>, 86, 2024 (réfugiés, Allemagne)</li>



<li>Kurlychek &amp; Johnson, <em>Social Science Research Network</em>, 2019 (désavantage cumulatif pénal)</li>
</ul><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/23/immigration-et-delinquance-ce-que-tout-le-monde-croit-et-ce-que-la-science-dit/">Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que la science dit</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l&#8217;arithmétique démographique</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Mar 2026 07:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Italie perd ses habitants, l&#8217;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&#8217;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&#8217;une contradiction fondamentale. Le paradoxe Meloni Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;Italie perd ses habitants, l&rsquo;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&rsquo;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&rsquo;une contradiction fondamentale.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe Meloni</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo Riva met en lumière une contradiction saisissante. Giorgia Meloni a fait de la lutte contre l&rsquo;immigration l&rsquo;étendard de sa conquête du pouvoir. Accords avec les milices libyennes, mémorandum avec le régime tunisien de Kais Saied, centres de tri en Albanie : l&rsquo;arsenal répressif s&rsquo;est considérablement étoffé. Mais dans la précipitation à suivre l&rsquo;humeur des électeurs, presque personne n&rsquo;a remarqué l&rsquo;autre problème migratoire de l&rsquo;Italie, bien plus grave : des centaines de milliers d&rsquo;Italiens émigrent chaque année. L&rsquo;Italie se vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres sont accablants. Entre 2006 et 2024, l&rsquo;émigration italienne est devenue un phénomène structurel : 1,6 million de départs en vingt ans, dont moins de la moitié de retours. En 2024, le record historique a été atteint avec 155 732 départs. Aujourd&rsquo;hui, 6,4 millions d&rsquo;Italiens vivent à l&rsquo;étranger, soit presque un sur neuf.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les mesures en faveur de la natalité échouent spectaculairement. Sur les sept premiers mois de 2025, les naissances ont reculé de 6,3 % par rapport à la même période de 2024. Le nombre moyen d&rsquo;enfants par femme continue de battre des records négatifs. Même Elon Musk s&rsquo;en est ému : « L&rsquo;Italie est en train de disparaître. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, voici le paradoxe : le même gouvernement qui a fait de la fermeture des frontières son crédo a approuvé, en juillet 2023, la première programmation triennale des flux migratoires légaux de l&rsquo;histoire italienne, prévoyant l&rsquo;entrée de 560 000 travailleurs étrangers sur quatre ans. En 2024, 151 000 permis de travail ont été alloués, contre 136 000 l&rsquo;année précédente. Et en octobre 2024, 500 000 entrées supplémentaires ont été approuvées pour 2026-2028. Comme l&rsquo;observe l&rsquo;analyste Matteo Villa de l&rsquo;ISPI, la classe politique qui profite électoralement d&rsquo;un récit perpétuellement négatif sur l&rsquo;immigration est la même qui reconnaît ne plus pouvoir se passer de main-d&rsquo;œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un continent au tournant démographique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas italien n&rsquo;est pas une anomalie. C&rsquo;est le symptôme le plus visible d&rsquo;une transformation démographique qui touche l&rsquo;ensemble du continent européen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Eurostat, la population de l&rsquo;UE atteindra son pic vers 2026 autour de 453 millions d&rsquo;habitants, avant d&rsquo;entamer un déclin qui pourrait la ramener à environ 428 millions en 2050, soit 22 millions de moins. Sans aucune migration, la perte serait d&rsquo;un tiers de la population d&rsquo;ici 2100.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le déficit naturel — plus de décès que de naissances — est une réalité continue depuis 2012. En 2024, l&rsquo;UE a enregistré 4,82 millions de décès pour seulement 3,56 millions de naissances, un déficit de 1,26 million de personnes. L&rsquo;immigration nette positive est désormais le seul facteur de croissance démographique en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux de fécondité moyen de l&rsquo;UE — 1,38 enfant par femme en 2023 — est loin du seuil de remplacement de 2,1. Aucun pays membre ne l&rsquo;atteint. La Bulgarie, avec 1,81, affiche le taux le plus élevé, tandis que Malte, à 1,06, ferme la marche.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Trois Europe démographiques</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne identifie trois profils régionaux distincts. L&rsquo;<strong>Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong> (Suède, Autriche, Allemagne, Pays-Bas) bénéficie d&rsquo;une double immigration — intra-UE et extra-UE — suffisante pour compenser théoriquement le déficit de naissances. L&rsquo;<strong>Europe du Sud</strong> (Italie, Espagne, Grèce, Portugal) attire des migrants non-européens mais souffre d&rsquo;une fécondité extrêmement basse et d&rsquo;une émigration de ses propres citoyens vers le Nord. L&rsquo;<strong>Europe de l&rsquo;Est</strong> cumule les handicaps : faible natalité, émigration massive de ses jeunes vers l&rsquo;Ouest, et une structure d&rsquo;âge déjà très vieillissante. La Bulgarie, la Lituanie et la Lettonie ont perdu plus de 20 % de leur population depuis les années 1990.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui rend l&rsquo;analyse de Riva particulièrement pertinente, c&rsquo;est le glissement de l&rsquo;Italie vers le profil est-européen. Troisième économie de la zone euro, elle affiche désormais des dynamiques démographiques comparables à celles de la Pologne ou de la Roumanie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pensions : l&rsquo;impasse arithmétique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vieillissement démographique se traduit par une pression croissante sur les systèmes de protection sociale, et d&rsquo;abord sur les pensions. Le ratio de dépendance des personnes âgées — le nombre de personnes de 65 ans et plus rapporté à la population en âge de travailler — raconte l&rsquo;ampleur du défi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2022, on comptait dans l&rsquo;UE environ 2,7 travailleurs pour chaque personne âgée. Ce ratio tombera à 1,8 en 2050, puis à 1,5 en 2100. Pour l&rsquo;Italie et la Grèce, ce sera moins de 2 actifs par retraité dès 2050. Au Luxembourg, le ratio contributeurs/pensionnés passera de 2,3 à moins de 1 d&rsquo;ici 2070.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des systèmes de pension européens fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. L&rsquo;équation est simple : moins d&rsquo;actifs pour plus de retraités égale un déficit croissant. La Commission européenne projette une hausse des dépenses publiques de pension de 11,4 % du PIB en 2022 à 12,1 % en 2045 pour la moyenne européenne. En Belgique, sans réforme, ces dépenses pourraient atteindre 15 % du PIB dès 2040.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce ne sont que les pensions. Il faut y ajouter les dépenses de santé, en hausse de 6,9 % à 7,3 % du PIB d&rsquo;ici 2070, et les soins de longue durée, de 1,7 % à 2,6 % du PIB. Un tsunami gris silencieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reculer l&rsquo;âge de la retraite : un levier limité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette pression, tous les États européens ont actionné le même levier : relever l&rsquo;âge légal de la retraite. Le Danemark vient d&rsquo;adopter le passage à 70 ans. L&rsquo;OCDE projette que d&rsquo;ici 2060, l&rsquo;âge moyen de la retraite dans l&rsquo;UE approchera 67 ans, plusieurs pays atteignant 70 ou plus. La Belgique passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce levier a des limites physiques, économiques et politiques évidentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Physiques d&rsquo;abord. L&rsquo;OCDE observe que seulement 59 % des adultes maintiennent un emploi continu dans la cinquantaine. Parmi eux, seuls 31 % sont encore employés de manière constante dans la soixantaine, tandis que 30 % ne travaillent plus du tout. Problèmes de santé, âgisme en entreprise, obsolescence des compétences : le mur de verre est réel. On peut décréter l&rsquo;âge de la retraite à 70 ans ; si le marché du travail n&#8217;emploie plus les gens à partir de 55 ans, l&rsquo;effet est nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Politiques ensuite. La France a été secouée par des mois de manifestations massives en 2023 pour le passage de 62 à 64 ans. La Belgique a connu une grève générale en janvier 2025 contre la réforme des pensions. La résistance sociale fixe un plafond politique au relèvement de l&rsquo;âge de départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, ce levier ne suffira pas, loin de là, à résoudre l&rsquo;équation démographique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;immigration : un impératif que le discours politique refuse de nommer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le think tank Bruegel, dans un document de travail d&rsquo;octobre 2025, pose le constat sans détour : la faible probabilité d&rsquo;un rebond soutenu des taux de fécondité laisse l&rsquo;UE avec des niveaux élevés et continus de migration nette positive comme seule voie pour atténuer les effets économiques du vieillissement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Banque centrale européenne confirme que les travailleurs étrangers jouent un rôle de plus en plus important sur les marchés du travail de la zone euro, et que le vieillissement pose des défis sérieux à l&rsquo;expansion de la force de travail. L&rsquo;OCDE précise que l&rsquo;immigration peut retarder le vieillissement ou ralentir son rythme, tout en notant que maintenir en permanence un ratio favorable nécessiterait un flux migratoire toujours croissant. L&rsquo;immigration n&rsquo;est pas une solution miracle, mais elle est incontournable dans l&rsquo;équation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe est que cette réalité, connue de tous les décideurs, reste largement innommable dans le débat public. Les élections se gagnent sur la promesse de fermer les frontières. Les politiques économiques se font sur la nécessité de les ouvrir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contre-modèle espagnol</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce déni généralisé, l&rsquo;Espagne fait figure d&rsquo;exception. Madrid a choisi d&rsquo;assumer ouvertement le rôle de l&rsquo;immigration dans sa stratégie économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mai 2025, le gouvernement espagnol a lancé un programme de régularisation visant 300 000 personnes par an sur trois ans. Un projet de loi complémentaire prévoit la régularisation de 470 000 immigrés sans papiers arrivés avant fin 2024. L&rsquo;objectif est explicité sans ambiguïté : soutenir la croissance économique et le système de pension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats sont mesurables. L&rsquo;économie espagnole a crû d&rsquo;environ 3 % en 2024, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro de 0,8 %. Entre 2022 et 2024, 5,2 millions d&#8217;emplois ont été créés, dont 75 % occupés par des personnes à double nationalité ou étrangères. Les migrants représentent 13,5 % de la main-d&rsquo;œuvre et 40 % des nouveaux emplois en 2024. La ministre espagnole de la Sécurité sociale, Elma Saiz, a résumé le choix : « Nous avions deux options : être un pays fermé en difficulté ou un pays ouvert et prospère. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle n&rsquo;est pas exempt de tensions. Les immigrés y occupent principalement des emplois moins qualifiés et moins rémunérés — agriculture, construction, hôtellerie. Les salaires moyens des travailleurs étrangers sont inférieurs de 17 % à 37 % à ceux des Espagnols selon l&rsquo;origine. Mais l&rsquo;approche espagnole a le mérite de la cohérence : reconnaissant le besoin, elle tente d&rsquo;y répondre par des voies légales et organisées, plutôt que par le double discours italien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fait remarquable : malgré cette politique ouvertement pro-immigration, les sondages montrent moins d&rsquo;hostilité envers les immigrés en Espagne que dans des pays à marchés du travail plus robustes et États-providence plus généreux, comme l&rsquo;Allemagne ou la Suède.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et la Belgique ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique se trouve dans une position intermédiaire. Ni le déclin dramatique de l&rsquo;Italie, ni l&rsquo;audace espagnole. Mais les mêmes contradictions structurelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté démographie, le taux de fécondité est tombé à 1,65 enfant par femme. La pyramide des âges est de type constrictif, avec une population vieillissante et une croissance naturelle négative ou en déclin. Comme partout en Europe, seule l&rsquo;immigration soutient encore une légère croissance démographique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté pensions, la Belgique est sous pression. Les dépenses de pension représentent déjà 12,7 % du PIB. L&rsquo;âge légal passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030. Mais la Belgique reste l&rsquo;un des rares pays de l&rsquo;OCDE à n&rsquo;appliquer aucune pénalité en cas de départ anticipé à la retraite. Le taux d&#8217;emploi des 55-64 ans y est de 62,1 %, très en dessous de la Suède, de l&rsquo;Allemagne ou des Pays-Bas. Le think tank Bruegel identifie explicitement la Belgique, avec la France, le Luxembourg et l&rsquo;Autriche, comme des pays disposant d&rsquo;un potentiel significatif d&rsquo;amélioration sur ce point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté marché du travail, 20,3 % de la force de travail est d&rsquo;origine étrangère. La Wallonie compte 77 métiers en pénurie, dont plus d&rsquo;un tiers ont une main-d&rsquo;œuvre proche de l&rsquo;âge de la retraite. La question de qui remplira ces postes — et qui cotisera pour les pensions des baby-boomers — n&rsquo;est pas un débat théorique : c&rsquo;est une urgence actuarielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, en Belgique comme ailleurs, le débat sur les pensions et celui sur l&rsquo;immigration sont menés dans des silos étanches. D&rsquo;un côté, on discute de l&rsquo;âge de la retraite et du financement de la sécurité sociale. De l&rsquo;autre, on parle de contrôle des frontières et d&rsquo;intégration. Rarement les deux conversations se croisent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La quadrature du cercle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre constats s&rsquo;imposent au terme de cette analyse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le déclin démographique naturel de l&rsquo;Europe est un fait acquis</strong> pour les décennies à venir. Aucune politique nataliste n&rsquo;a jusqu&rsquo;ici renversé la tendance. Même un rebond spectaculaire de la fécondité ne produirait d&rsquo;effets sur la force de travail qu&rsquo;après vingt ans. Comme l&rsquo;écrit l&rsquo;Egmont Institute, la migration et la fécondité doivent être comprises comme des leviers distincts mais interdépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le relèvement de l&rsquo;âge de la retraite a des rendements décroissants.</strong> On approche des limites biologiques (santé, capacité physique), culturelles (âgisme en entreprise, exclusion des seniors du marché du travail) et politiques (résistance sociale). Le Danemark à 70 ans semble proche du plafond.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;immigration est le seul facteur capable de compenser à court et moyen terme</strong> le déficit de population active et de contributeurs aux systèmes de sécurité sociale. Tous les rapports institutionnels — Commission européenne, Bruegel, OCDE, BCE — convergent sur ce point. Non pas comme solution miracle, mais comme composante indispensable d&rsquo;une réponse nécessairement multifactorielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les politiques migratoires restrictives entrent en contradiction directe</strong> avec les nécessités économiques et actuarielles des pays qui les mènent. Le cas italien est le plus frappant — un gouvernement anti-immigration qui augmente discrètement les quotas de travailleurs étrangers — mais le phénomène touche l&rsquo;ensemble du continent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème fondamental est un problème de temporalité politique. Les élections se jouent tous les quatre ou cinq ans. Le déclin démographique se déploie sur des décennies. Le discours anti-immigration rapporte des voix aujourd&rsquo;hui. La facture de l&rsquo;effondrement démographique n&rsquo;arrive qu&rsquo;en différé. Quand elle arrivera, il sera trop tard pour recruter les cotisants qu&rsquo;on aura passé des années à refouler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe n&rsquo;a pas le luxe de choisir entre natalité, prolongation de la vie active et immigration. Elle a besoin des trois. Simultanément. Et elle a surtout besoin d&rsquo;un discours politique qui dise la vérité sur cette nécessité, plutôt que de la nier pour mieux séduire les électeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Paolo Riva, «&nbsp;Le vrai problème migratoire de Meloni&nbsp;: l’Italie se vide&nbsp;», IrpiMedia, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurostat, Demography of Europe – 2025 edition</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– JRC / Commission européenne, The Role of Migration and Fertility for the Future Size of the EU’s Population, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The macroeconomic impact of ageing, EU immigration policy and pension expenditures&nbsp;», Working Paper 24/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The demographic divide: inequalities in ageing across the European Union&nbsp;», Policy Brief 13/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;Beyond retirement: a closer look at the very old&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Egmont Institute, «&nbsp;Navigating the Population Change in the EU&nbsp;», décembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Pensions at a Glance 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Employment Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, International Migration Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Commission européenne / EPC, 2024 Ageing Report</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurofound, «&nbsp;Europe must adapt to its ageing workforce&nbsp;», novembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Euronews, «&nbsp;Spain bets on migrants to counter labour shortage&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Migration Policy Institute, «&nbsp;A Pragmatic Bet: The Evolution of Spain’s Immigration System&nbsp;»</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Real Instituto Elcano, «&nbsp;Immigration, employment, productivity and inequality in Spain&nbsp;»</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/">L’Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l’arithmétique démographique</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 11:32:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=817</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s utilisent imprimantes 3D et maker spaces pour résister aux raids d'ICE. Un mouvement qui interpelle l'Europe sur la défense concrète des droits fondamentaux.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s transforment leurs imprimantes 3D et leurs ateliers communautaires en outils de résistance face aux raids de l&rsquo;agence fédérale ICE. Un mouvement qui interroge l&rsquo;Europe sur sa propre trajectoire sécuritaire et sur la capacité des sociétés civiles à défendre concrètement les droits fondamentaux. Wired a mené une <a href="https://www.wired.com/story/makers-are-building-back-against-ice/" target="_blank" rel="noopener" title="">enquête à ce suje</a>t.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un quartier de Minneapolis, en janvier 2026, des agent·e·s fédéraux abattent deux personnes lors d&rsquo;une opération de contrôle migratoire. Un mois plus tard, à quelques rues de là, une imprimante 3D crache son énième sifflet d&rsquo;alerte, destiné à prévenir les habitant·e·s de la présence de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans le voisinage. C&rsquo;est toute la tension de ce moment américain : la violence d&rsquo;État d&rsquo;un côté, l&rsquo;ingéniosité citoyenne de l&rsquo;autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La solidarité en kit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;intensification des opérations d&rsquo;ICE sous l&rsquo;administration Trump — dont les agent·e·s fédéraux disposent désormais d&rsquo;une latitude d&rsquo;usage de la force considérablement élargie —, les maker spaces, ces ateliers communautaires équipés d&rsquo;imprimantes 3D et de machines-outils, se sont transformés en véritables infrastructures de protection. Des milliers de sifflets circulent dans les quartiers ciblés. Des supports de caméras corporelles sont distribués aux observateur·rice·s civil·e·s. Des réseaux maillés Meshtastic, fonctionnant sans internet ni réseau mobile, permettent de communiquer hors de portée de toute surveillance. Des ateliers de réparation accueillent celles et ceux dont les portes ont été enfoncées lors de descentes policières — une réalité devenue banale dans certaines villes américaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette inventivité n&rsquo;est pas un caprice de bricoleur·euse·s. C&rsquo;est une réponse directe à une politique qui criminalise des populations entières, sépare des familles et transforme des quartiers en zones d&rsquo;occupation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des mécanismes qui nous concernent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les situations ne sont certes pas comparables en intensité. Mais depuis Bruxelles ou Liège, les mécanismes à l&rsquo;œuvre aux États-Unis renvoient à des dynamiques que nous connaissons. Les dispositifs de surveillance aux frontières européennes, le recours systématique à Frontex pour refouler des embarcations en Méditerranée, les technologies de reconnaissance faciale déployées dans plusieurs pays de l&rsquo;Union : l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas spectatrice innocente de la dérive sécuritaire mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, la question de la proportionnalité des moyens de contrôle migratoire se pose avec une acuité croissante. Les centres fermés, les raids dans les logements, les confiscations de biens de première nécessité documentées par plusieurs ONG sur nos trottoirs dessinent un paysage où l&rsquo;État de droit vacille parfois dangereusement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le « faire » comme acte politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore aux discours sur les « valeurs européennes » lorsque nos gouvernements multiplient les investissements dans des dispositifs de contrôle aux frontières sans effort comparable en matière d&rsquo;accueil ? Comment exiger des États-Unis le respect des droits fondamentaux si nous détournons le regard de nos propres pratiques ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montrent les maker·euse·s américain·e·s, c&rsquo;est que la résistance peut être concrète, quotidienne, accessible. Comme le résume un·e participant·e anonyme interrogé·e par le magazine Wired : la résistance est d&rsquo;abord quelque chose de pratique. Cette philosophie du « faire » rappelle que les droits ne se défendent pas uniquement dans les tribunaux ou les parlements, mais aussi dans les ateliers de quartier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;espoir par l&rsquo;action</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos actions, de ne pas abandonner cet espace de solidarité aux seul·e·s bricoleur·euse·s d&rsquo;outre-Atlantique. En Europe, des collectifs citoyens cartographient déjà les violences policières, documentent les conditions de rétention, développent des outils numériques de protection des droits. Des fablabs solidaires et des réseaux d&rsquo;entraide se multiplient dans nos villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces initiatives parviendront, nous en sommes sûr·e·s, à tracer les pistes d&rsquo;une résistance démocratique, pour peu que nous les soutenions. Charge à nous non pas de céder à la peur ou au fatalisme, mais de fournir les outils — matériels et juridiques — qui permettront à chacun·e de défendre ses droits et ceux de ses voisin·e·s. La technologie change, les imprimantes 3D remplacent les machines à écrire, mais l&rsquo;essentiel demeure : des citoyen·ne·s déterminé·e·s, uni·e·s, qui refusent de baisser les bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de fabriquer la lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #RésistanceCitoyenne #MakerSpaces #ICE #Solidarité #ÉtatDeDroit #Frontex #Surveillance #FabLab #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;illusion du renvoi : ce que le rapport Myria révèle sur les détenus sans droit de séjour</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/08/lillusion-du-renvoi-ce-que-le-rapport-myria-revele-sur-les-detenus-sans-droit-de-sejour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Feb 2026 20:04:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=805</guid>

					<description><![CDATA[<p>Détenus sans droit de séjour : analyse du rapport Myria sur la détention, l’éloignement et l’impasse de l’enfermement sans réinsertion dans les prisons belges.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/08/lillusion-du-renvoi-ce-que-le-rapport-myria-revele-sur-les-detenus-sans-droit-de-sejour/">L’illusion du renvoi : ce que le rapport Myria révèle sur les détenus sans droit de séjour</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un tiers de la population carcérale belge est constituée de personnes sans droit de séjour. Face à une surpopulation record, le gouvernement mise sur l&rsquo;éloignement comme solution miracle. Le <a href="https://www.myria.be/fr/publications/la-migration-en-chiffres-et-en-droits-2025-le-rapport-annuel-de-myria" target="_blank" rel="noopener" title="">dernier cahier de Myria</a> démontre, chiffres et analyses à l&rsquo;appui, que cette logique binaire — éloigner ou enfermer — est non seulement inefficace, mais contre-productive. Recension.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Des chiffres qui parlent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au 1er janvier 2025, 12.596 personnes étaient détenues dans les prisons belges, pour une capacité de 11.040 places. Le Comité des Ministres du Conseil de l&rsquo;Europe déplorait, en décembre 2024, « l&rsquo;absence de mesures efficaces prises par la Belgique pour remédier au problème structurel de la surpopulation carcérale ». La situation n&rsquo;a fait que s&rsquo;aggraver depuis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi ces détenu·e·s, 5.761 sont de nationalité étrangère, soit environ 45 % de la population carcérale. Et parmi eux·elles, 3.974 n&rsquo;ont pas de droit de séjour — soit 31,5 % de l&rsquo;ensemble. Un pourcentage « particulièrement élevé au regard de ceux affichés par d&rsquo;autres pays européens », souligne Myria, rappelant que la population étrangère dans les prisons de la plupart des pays du continent reste inférieure à 25 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces chiffres sont régulièrement brandis pour justifier une politique musclée d&rsquo;éloignement. L&rsquo;accord de gouvernement « Arizona » annonce vouloir « maximiser le retour des détenus étrangers afin d&rsquo;augmenter le flux sortant des prisons ». La ministre Van Bossuyt proposait en avril 2025 de transférer massivement les détenu·e·s sans droit de séjour vers les centres fermés. Le premier ministre De Wever, lui, a soutenu « sans réserve » une lettre ouverte de neuf gouvernements européens demandant à la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme d&rsquo;assouplir ses standards. L&rsquo;objectif est limpide : faire de l&rsquo;éloignement la solution à la surpopulation carcérale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des profils que l&rsquo;on refuse de voir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais de qui parle-t-on, au juste ? Le rapport Myria déconstruit méthodiquement le mythe d&rsquo;une population homogène de « criminels étrangers » qu&rsquo;il suffirait de renvoyer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de « détenu·e sans droit de séjour » recouvre des profils radicalement différents. Certaines personnes n&rsquo;ont jamais eu de titre de séjour et n&rsquo;ont aucune attache avec la Belgique. Mais d&rsquo;autres y ont grandi, y ont fondé une famille, y ont pratiquement toujours vécu. Le rapport documente le cas de Monsieur K., de nationalité congolaise, arrivé à l&rsquo;âge de neuf ans en Belgique avec ses parents et ses sœurs. Il n&rsquo;a plus aucun lien avec le Congo. Il vivait chez sa mère avant son arrestation. Son droit au séjour lui a pourtant été retiré à la suite de condamnations pénales. Sa date de fin de peine est fixée en 2028. Il sait qu&rsquo;il ne pourra qu&rsquo;avec difficulté obtenir un aménagement de peine. Son cas n&rsquo;est pas isolé : entre 2017 et 2022, ce sont 459 décisions de retrait de séjour qui ont été prises à l&rsquo;égard d&rsquo;étranger·ère·s détenu·e·s. En 2024, 99 nouvelles décisions sont venues s&rsquo;ajouter. L&rsquo;exemple de Malika El Aroud, belgo-marocaine arrivée à l&rsquo;âge de 5 ans, déchue de sa nationalité à 58 ans, jamais éloignée vers le Maroc et décédée dans la clandestinité, illustre cruellement les impasses de cette approche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que tous ces détenu·e·s ne pourront pas être éloigné·e·s. Des raisons tenant au respect des droits fondamentaux, des motifs diplomatiques ou l&rsquo;absence d&rsquo;identification rendent l&rsquo;éloignement impossible pour une part significative d&rsquo;entre eux·elles. Et les chiffres le confirment : en 2024, seulement 1.261 détenu·e·s ont été éloigné·e·s depuis les prisons, et 90 ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;un transfert interétatique — un chiffre dérisoire au regard des 3.974 personnes concernées. Les transfèrements, rappelle Myria, « opèrent dans les deux sens » et sont soumis à des conditions strictes, notamment le consentement de la personne concernée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;impasse de la logique binaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur de l&rsquo;analyse de Myria porte sur ce que l&rsquo;organisme qualifie de « logique binaire » : éloignement ou enfermement, sans troisième voie. Cette logique, partagée par les pouvoirs politique et judiciaire, produit des effets dévastateurs que le rapport détaille sans concession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, elle prive les détenu·e·s sans droit de séjour de toute préparation à leur réinsertion. La visite de la prison de Tongres, qui accueille exclusivement des détenus masculins sans droit de séjour, est édifiante. Myria y a constaté « un régime d&rsquo;encellulement quasi continu ». Les seules sorties de cellule sont la promenade, la salle de fitness et la douche. « L&rsquo;absence de tout régime d&rsquo;activités, et en particulier d&rsquo;activités axées sur la réintégration, est frappante. » En 2023, seules treize visites d&rsquo;avocats ont été enregistrées dans l&rsquo;établissement. Les détenu·e·s y semblent « oubliés par les autorités ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, les juges et tribunaux de l&rsquo;application des peines ont tendance à considérer l&rsquo;absence de titre de séjour comme un obstacle quasi automatique à l&rsquo;octroi de mesures alternatives — alors que la Cour constitutionnelle a explicitement rappelé, à deux reprises (2017 et 2023), que cette exclusion est discriminatoire et que le droit à préparer sa réinsertion doit être accessible à tou·te·s, indépendamment du statut de séjour. Le gouvernement actuel envisage pourtant, en contradiction directe avec cette jurisprudence, d&rsquo;exclure les détenu·e·s sans droit de séjour de la libération conditionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement, cette logique est contre-productive du point de vue même de la sécurité publique. Renvoyer vers son pays d&rsquo;origine une personne considérée comme menaçante « revient à nier le caractère transnational de certaines formes de criminalité », observe Myria. La nationalité la plus représentée parmi les retraits de droit au séjour est d&rsquo;ailleurs la nationalité néerlandaise. Renvoyer un·e ressortissant·e néerlandais·e de l&rsquo;autre côté de la frontière permet-il réellement de s&rsquo;en protéger ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire que maintenir ces détenu·e·s en prison jusqu&rsquo;à la fin de leur peine, sans aucune préparation à la réinsertion, pour ensuite les relâcher sans accompagnement ni contrôle, constitue une politique de sécurité crédible ? Comment justifier qu&rsquo;un·e détenu·e arrivé·e enfant en Belgique, y ayant passé toute sa vie, soit contraint·e de « se réinsérer dans une société dont le fonctionnement lui est parfois totalement inconnu » ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des alternatives existent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport Myria ne se contente pas de diagnostiquer. Il formule des recommandations précises. Le nouveau Code pénal, qui devrait entrer en vigueur en avril 2026, prévoit que la peine d&#8217;emprisonnement doit constituer l&rsquo;<em>ultimum remedium</em>. Ce principe, rappelle Myria, « doit être appliqué à tout condamné, quelle que soit sa situation de séjour ». Des peines alternatives — travail, probation, surveillance électronique — existent et rien dans la loi n&#8217;empêche d&rsquo;en faire bénéficier les étranger·ère·s sans titre de séjour. Certains tribunaux le font déjà, à contre-courant de la tendance majoritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convient également de circonscrire les hypothèses dans lesquelles un titre de séjour peut être retiré pour des motifs d&rsquo;ordre public. Myria dénonce l&rsquo;absence de définition claire de cette notion dans la loi sur les étrangers, qui « aboutit souvent au même résultat : la fin du droit de séjour », quel que soit le degré de gravité invoqué. L&rsquo;accord de gouvernement annonce au contraire un usage élargi de cette notion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, Myria recommande d&rsquo;ouvrir la réflexion autour de la création d&rsquo;un « statut générateur de droits » pour les personnes inéloignables, afin de leur permettre d&rsquo;accéder au travail, à la sécurité sociale et aux dispositifs de réinsertion. Car le coût de l&rsquo;inaction est lui aussi chiffrable : 62.249 euros par détenu·e et par an, soit plus d&rsquo;un demi-milliard pour l&rsquo;ensemble du système pénitentiaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le courage de la complexité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos choix collectifs, de sortir de cette rhétorique simpliste qui réduit un problème structurel à une question de nationalité. La surpopulation carcérale belge ne se résoudra pas en renvoyant les détenu·e·s d&rsquo;origine étrangère — parce que tou·te·s ne peuvent pas l&rsquo;être, parce que ceux et celles qui le seront se réinséreront dans une société sans y avoir été préparé·e·s, et parce que ceux et celles qui resteront auront été privé·e·s des outils nécessaires à éviter la récidive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport Myria a le mérite de poser les termes d&rsquo;un débat que le politique préfère esquiver. La réponse pénale ne peut pas servir d&rsquo;outil de politique migratoire. Les droits fondamentaux ne se négocient pas au gré des sondages. À nous d&rsquo;exiger que la complexité du réel prenne le pas sur la facilité du slogan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;agir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #Prisons #Belgique #Myria #DétenusSansSéjour #SurpopulationCarcérale #JusticePénale #Réinsertion #DroitsFondamentaux #PolitiqueMigratoire</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/08/lillusion-du-renvoi-ce-que-le-rapport-myria-revele-sur-les-detenus-sans-droit-de-sejour/">L’illusion du renvoi : ce que le rapport Myria révèle sur les détenus sans droit de séjour</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Négocier avec les talibans est hors de question</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/01/30/negocier-avec-les-talibans-est-hors-de-question/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 13:14:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
		<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Torture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Amnesty International et cinq organisations dénoncent le projet belge de renvoyer des Afghans en coopération avec les talibans, une violation du droit international.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/30/negocier-avec-les-talibans-est-hors-de-question/">Négocier avec les talibans est hors de question</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>La Belgique envisage de renvoyer de force des personnes afghanes en collaboration avec les talibans, notamment par le biais d’une coopération en matière d’identification et de retour. Amnesty International, le CIRÉ, la coalition MOVE, 11.11.11, Refugee Committee of Afghanistan et Vluchtelingenwerk Vlaanderen considèrent ce projet comme extrêmement problématique. Les talibans sont responsables de violations systématiques des droits humains à l’encontre de leur propre population. Quiconque coopère avec un tel régime prend consciemment le risque de se rendre complice de la persécution et de la torture de personnes qui relèvent aujourd’hui de la responsabilité de la Belgique.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;La seule question qui importe est de savoir si la Belgique soumet sciemment des personnes qui ont fui leur pays à un régime qui a recours à la torture et aux traitements inhumains&nbsp;», explique Tine Claus, directrice de Vluchtelingenwerk Vlaanderen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est présenté comme une «&nbsp;coopération purement technique&nbsp;» porte en réalité atteinte aux droits humains. Une telle coopération risque en outre de contribuer à la normalisation d’un régime responsable de violations systématiques des droits humains et va à l’encontre des valeurs fondamentales sur lesquelles repose le modèle européen des droits humains et de l’état de droit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Renvoyer de force des personnes en Afghanistan constitue une violation du droit international&nbsp;; en aucun cas il ne peut s’agir d’une option. Une fois de retour dans leur pays, ces personnes courent un risque réel d’être détenues, torturées ou d’être soumises à une disparition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">«&nbsp;Technique&nbsp;» signifie en réalité «&nbsp;à la merci des talibans&nbsp;»</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les discussions techniques avec les autorités talibanes&nbsp;[<a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/belgique-negocie-talibans#nb1">1</a>]&nbsp;ne sont pas neutres administrativement&nbsp;; la Belgique expose de manière concrète des personnes à des interrogatoires, à des détentions arbitraires et à des mauvais traitements à leur retour. Il est en effet avéré que les autorités talibanes reçoivent avec méfiance les personnes de retour en Afghanistan et, dans un climat où règnent l’arbitraire et l’intimidation, leur infligent des peines sévères.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un aller simple vers la persécution</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’Afghanistan est aujourd’hui l’un des pays les plus dangereux au monde, particulièrement pour les journalistes, les défenseur·es des droits humains et les personnes présentant un profil «&nbsp;occidentalisé&nbsp;». Les femmes et les filles sont quant à elles exclues de la vie publique, empêchées d’accéder à l’éducation et visées par des interdictions de travailler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des organisations internationales, dont les Nations unies&nbsp;[<a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/belgique-negocie-talibans#nb2">2</a>], documentent régulièrement de graves violations des droits humains à l’encontre des personnes contraintes de retourner en Afghanistan. Fin 2025,&nbsp;<a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/article/afghanistan-renvois-forces-regime-taliban-cesser">Amnesty International</a>&nbsp;a appelé à l’arrêt immédiat des retours forcés vers l’Afghanistan, en lien notamment avec les millions d’expulsions illégales pratiquées par l’Iran et le Pakistan et avec la crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver en Afghanistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, tout retour forcé en Afghanistan constitue une violation flagrante du principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit international des réfugiés. Ce principe stipule que nul ne peut être renvoyé vers un lieu où il/elle risque d’être victime de violations graves des droits humains. Il s’applique à toutes et à tous, y compris aux personnes sans papiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Il ne s’agit pas d’une zone grise. Le gouvernement belge est au fait des violations graves des droits humains commises par les talibans. Renvoyer des personnes en Afghanistan revient à les exposer sciemment à des persécutions. C’est non seulement immoral, mais également illégal&nbsp;», indique Carine Thibaut, directrice de la section belge francophone d’Amnesty International.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Belgique déjà condamnée pour sa collaboration avec le Soudan</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique a déjà agi de la sorte par le passé. En 2017, le gouvernement d’alors a convié sur le territoire national des agents des services de renseignement soudanais à des fins d’identification. Après que des mauvais traitements sur les personnes renvoyées au Soudan à la suite de ces opérations ont été signalés, de vives critiques ont été adressées aux autorités belges, et s’est ensuivie une condamnation par la Cour européenne des droits de l’homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Cour a estimé que la Belgique avait manqué à ses obligations en procédant à l’identification et à l’expulsion de personnes en collaboration avec un régime répressif, sans garanties suffisantes contre des mauvais traitements à leur retour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;La Belgique va-t-elle commettre la même erreur, mais cette fois-ci avec les talibans&nbsp;? Les risques que présentent de telles procédures sont maintenant parfaitement connus. Quiconque décide de relancer un tel processus prend en toute conscience le risque de voir les droits humains bafoués&nbsp;», prévient Simon Horsten, de la coalition MOVE.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Stigmatisation et culpabilité collective</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’accent que met explicitement la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sur les «&nbsp;Afghans illégaux et criminels&nbsp;» est dangereux et stigmatisant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La sécurité est ici prise comme prétexte pour bafouer les droits humains. Amnesty International, le CIRÉ, la coalition MOVE, 11.11.11, Refugee Committee of Afghanistan et Vluchtelingenwerk Vlaanderen insistent sur le fait que la politique d’asile ne doit jamais être fondée sur la peur ou les stéréotypes, mais sur une évaluation individuelle et la protection juridique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Europe, une machine à expulser</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le fait que la Belgique veuille soumettre ses projets à l’examen européen s’inscrit dans une tendance plus large et inquiétante. Malgré les preuves indiquant clairement que l’Afghanistan n’est pas un pays sûr, de plus en plus de pays européens envisagent des accords de retour avec les talibans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Pour l’Europe, conclure des accords avec des régimes oppressifs tient du “pragmatisme”. Un pragmatisme qui se paie avec des vies humaines est tout bonnement inacceptable – c’est en réalité du cynisme et cela va à l’encontre des droits humains les plus basiques&nbsp;», affirme Sotieta Ngo, directrice du CIRÉ.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des appels clairs à la Belgique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il est hors de question que des négociations aient lieu avec les talibans. Amnesty International, le CIRÉ, la coalition MOVE, 11.11.11, Refugee Committee of Afghanistan et Vluchtelingenwerk Vlaanderen exhortent les autorités belges&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>à ne pas entamer de négociations avec les talibans, tant en matière d’identification qu’en matière de retour ;</li>



<li>à ne renvoyer aucune personne en Afghanistan.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Au lieu d’envisager des négociations avec les talibans pour renvoyer des personnes en Afghanistan, la Belgique ferait bien mieux, au sein de la communauté internationale, d’exercer une pression diplomatique et politique sur les talibans afin que ces derniers mettent un terme aux violations graves et systématiques des droits humains dont ils se rendent coupables et de lutter contre l’impunité. De pareilles démarches ne peuvent toutefois en aucun cas se substituer à l’offre d’une protection réelle&nbsp;; il est inenvisageable de contraindre qui que ce soit à retourner en Afghanistan tant que ce pays restera aussi dangereux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les droits humains ne sont pas une faveur que l’on accorde, mais une obligation à respecter. Quiconque se soustrait à cette obligation sape l’état de droit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les partenaires de la majorité gouvernementale porteront une lourde responsabilité s’ils laissent ces projets advenir. La Belgique doit choisir&nbsp;: la protection ou le risque de complicité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notes</p>



<p class="wp-block-paragraph">[<a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/belgique-negocie-talibans#nh1">1</a>]&nbsp;<a href="https://www.hrw.org/news/2025/07/08/afghanistan-icc-issues-arrest-warrants-for-senior-taliban-leaders">https://www.hrw.org/news/2025/07/08/afghanistan-icc-issues-arrest-warrants-for-senior-taliban-leaders</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">[<a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/belgique-negocie-talibans#nh2">2</a>]&nbsp;<a href="https://news.un.org/en/story/2025/07/1165484">https://news.un.org/en/story/2025/07/1165484</a></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/30/negocier-avec-les-talibans-est-hors-de-question/">Négocier avec les talibans est hors de question</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Quand la Silicon Valley se tait, les ingénieurs parlent</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/01/15/quand-la-silicon-valley-se-tait-les-ingenieurs-parlent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Jan 2026 14:09:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, une citoyenne non armée a été abattue par un agent de l'ICE en plein jour. La réponse des géants de la tech ? Silence radio. Trop occupés à courtiser Trump et à négocier leurs accès au marché chinois.<br />
Mais quelque chose bouge : plus de 150 employé·e·s de Google, Meta, Amazon, OpenAI ont signé une pétition pour exiger que leurs dirigeant·e·s condamnent ces violences.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/15/quand-la-silicon-valley-se-tait-les-ingenieurs-parlent/">Quand la Silicon Valley se tait, les ingénieurs parlent</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, le meurtre d&rsquo;une citoyenne non armée par un agent de l&rsquo;ICE révèle une fracture inédite dans le monde de la tech : tandis que les PDG courtisent Trump, leurs employé·e·s rompent le silence. Un cas d&rsquo;école sur la responsabilité des entreprises face aux violations des droits humains.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix du silence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a six ans, le meurtre de George Floyd provoquait une avalanche de déclarations d&rsquo;entreprises technologiques contre le racisme systémique. Aujourd&rsquo;hui, face au meurtre de Renee Nicole Good, abattue en plein jour à Minneapolis par un agent de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE), les PDG les plus puissants de la planète tech choisissent le mutisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste est saisissant. Comme le rapporte Lauren Goode dans WIRED, les grands noms de la Silicon Valley passent l&rsquo;année à dîner avec l&rsquo;administration Trump, à couvrir le président d&rsquo;éloges et à implorer des faveurs commerciales pour la Chine. Pendant ce temps, l&rsquo;ICE multiplie les arrestations violentes dans les rues américaines, au mépris des normes constitutionnelles les plus élémentaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolte par le bas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais quelque chose craque dans cette façade de complaisance. Plus de 150 employé·e·s du secteur technologique ont signé une pétition exigeant que leurs dirigeant·e·s dénoncent publiquement les violences de l&rsquo;ICE. Des ingénieur·e·s de Meta, Google, Amazon, OpenAI ou Anthropic figurent parmi les signataires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nikhil Thorat, ingénieur chez Anthropic, a publiquement déclaré que les fondements moraux de la société moderne sont « infectés et en train de pourrir ». Jeff Dean, figure historique de Google et directeur scientifique de DeepMind, partage désormais des critiques ouvertes de la politique migratoire trumpiste auprès de ses 400 000 abonné·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette mobilisation par le bas constitue un phénomène inédit. Là où les promesses de diversité post-Floyd se sont révélées creuses, la contestation actuelle émane directement des travailleur·euse·s, sans attendre le feu vert de leur hiérarchie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;Europe peut-elle rester spectatrice ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se joue aux États-Unis nous concerne directement. Les géants technologiques américains opèrent massivement sur le sol européen. Leurs outils équipent nos administrations, nos entreprises, nos vies quotidiennes. Les mêmes PDG qui se taisent face aux dérives de l&rsquo;ICE vendent leurs services à Bruxelles comme à Liège.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment nos responsables politiques peuvent-ils·elles continuer à traiter avec des entreprises dont les dirigeant·e·s refusent de condamner des exécutions extrajudiciaires ? Comment nos institutions peuvent-elles dépendre de technologies développées par des firmes qui préfèrent leurs intérêts commerciaux en Chine à la vie d&rsquo;une mère de famille américaine ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;historienne Margaret O&rsquo;Mara rappelle une évidence : l&rsquo;instabilité politique nuit aux affaires. « Si les technologies américaines ont connu un tel succès, c&rsquo;est parce que le climat politique a été suffisamment calme pour permettre aux gens de créer de grandes entreprises. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des bougies dans l&rsquo;obscurité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos choix de consommateur·rice·s et de citoyen·ne·s, de faire pression là où les PDG refusent d&rsquo;agir. Les ingénieur·e·s et chercheur·euse·s qui rompent le silence montrent que la résistance peut naître au cœur même des structures complices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conclusion de l&rsquo;article de WIRED résonne comme un avertissement : « Certains dirigeants voudraient peut-être croire que les arrestations de l&rsquo;ICE et les rues glacées du Minnesota sont suffisamment éloignées de leurs salles de réunion pour n&rsquo;avoir aucun impact, mais cette croyance pourrait ne pas tenir longtemps. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces travailleur·euse·s de la tech qui osent parler nous rappellent que la défense des droits humains n&rsquo;est jamais l&rsquo;affaire des seul·e·s dirigeant·e·s. Elle commence là où des individus refusent la complicité passive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de les entendre.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Source:</strong> <a href="https://www.wired.com/story/backlash-against-ice-policing-tactics-grows-in-silicon-valley">WIRED – Backlash Against ICE Policing Tactics Grows in Silicon Valley</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #SiliconValley #ICE #TechEthics #ResponsabilitéDesEntreprises #Résistance</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/15/quand-la-silicon-valley-se-tait-les-ingenieurs-parlent/">Quand la Silicon Valley se tait, les ingénieurs parlent</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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