République islamique d’Iran : la répression comme doctrine d’État

Depuis 1979, la République islamique d’Iran a fait de la violation systématique des droits humains un instrument central de gouvernement. Exécutions massives, torture institutionnalisée, écrasement de toute dissidence : le régime théocratique qui a remplacé la dictature du Shah n’a fait que prolonger — et souvent aggraver — la machine répressive de son prédécesseur. Les événements de décembre 2025 confirment que cette mécanique reste intacte.

Dès le début des années 1980, les autorités iraniennes ont fait valoir à plusieurs reprises devant les instances des Nations unies que la Déclaration universelle des droits de l’homme reflétait une conception séculière incompatible avec les valeurs de la République islamique. Cette position n’était pas un dérapage diplomatique : elle posait les fondements idéologiques d’un régime qui, depuis plus de quatre décennies, traite les droits fondamentaux comme un obstacle à sa survie.

L’été 1988 : le massacre fondateur

Dès ses premières années, le régime des mollahs a montré sa capacité à tuer massivement. En juillet 1988, sur ordre direct de l’ayatollah Khomeini, des « commissions de la mort » ont été constituées dans au moins 32 villes iraniennes. Leur mission : exécuter les prisonnier·ère·s politiques qui refusaient de renier leurs convictions. En quelques mois, entre 2 800 et 5 000 personnes ont été tuées selon les estimations les plus documentées d’Amnesty International et de Human Rights Watch — beaucoup plus selon d’autres sources. Les victimes, souvent de jeunes étudiant·e·s, ont été enterrées dans des fosses communes secrètes. Dans un rapport publié en juillet 2024, le Rapporteur spécial de l’ONU a qualifié ces exécutions de crimes contre l’humanité et de génocide.

À ce jour, aucun responsable n’a été jugé en Iran. Certains membres des commissions de la mort ont ensuite occupé les plus hautes fonctions de l’État.

Un système d’exécutions massives

Loin de s’atténuer avec le temps, la répression s’est institutionnalisée. L’Iran figure parmi les plus grands exécuteurs au monde. En 2024, plus de 900 personnes ont été exécutées — un chiffre en hausse constante. En 2025, selon les données compilées par Iran Human Rights et Amnesty International au 31 décembre, ce nombre a plus que doublé pour atteindre au moins 1 858 exécutions documentées. Le code pénal islamique prévoit la peine de mort pour des infractions aussi vagues que « la guerre contre Dieu » (moharebeh) ou la « corruption sur terre » (mofsed-e-filarz), catégories élastiques appliquées aux dissident·e·s, aux journalistes et aux militant·e·s. Il maintient des châtiments constitutifs de torture : flagellation, amputation, lapidation.

Les procès sont systématiquement inéquitables. Aveux obtenus sous torture admis comme preuves, absence d’accès à un·e avocat·e dès l’arrestation, audiences sommaires à huis clos : on retrouve les caractéristiques structurelles de l’appareil répressif que le régime prétendait abolir — notamment l’usage systématique de la torture en détention et le recours à des tribunaux d’exception, pratiques qui étaient déjà celles de la SAVAK sous le Shah.

« Femme, vie, liberté » — et la réponse du régime

En septembre 2022, Jina Mahsa Amini, jeune femme kurde de 22 ans, mourait après son arrestation par la police des mœurs pour un voile jugé « mal porté ». Sa mort a déclenché le mouvement « Femme, vie, liberté », le plus vaste soulèvement qu’ait connu l’Iran depuis 1979. La réponse de l’État a été qualifiée de crimes contre l’humanité par la Mission d’enquête internationale indépendante de l’ONU : au moins 551 personnes tuées dont 68 enfants, plus de 20 000 arrestations, viols et violences sexuelles documentés en détention.

Puis est venu décembre 2025. Des manifestations déclenchées par la crise économique ont été écrasées dans le sang. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme a dénoncé l’usage de munitions réelles contre les manifestant·e·s, y compris des enfants. Internet a été coupé pour empêcher toute documentation. Le bilan humain reste difficile à établir avec précision en raison du black-out informationnel imposé par les autorités : plusieurs milliers de morts selon les sources les plus prudentes, potentiellement beaucoup plus selon des organisations de la diaspora iranienne. Ces estimations devront être consolidées lorsque l’accès à l’information sera rétabli.

Un système, pas des « excès »

Les faits parlent d’eux-mêmes. En 2025, les autorités iraniennes ont entrepris de détruire les fosses communes de 1988 pour effacer les preuves matérielles de leurs propres crimes — une politique délibérée d’obstruction à la justice, documentée par Amnesty International. Le régime punit de mort l’apostasie. Il persécute systématiquement les Baha’is — une persécution que la Mission d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme de l’ONU a qualifiée, dans son rapport de mars 2024, de crime contre l’humanité de persécution. Il interdit aux femmes de choisir leur vêtement sous peine de flagellation.

La constante est limpide : de 1988 à 2025, ce ne sont pas des dérapages mais une architecture de terreur, conçue pour assurer la survie du régime à tout prix. Chaque décennie apporte son lot de massacres, et chaque massacre confirme que la répression n’est pas un dysfonctionnement du système — elle en est le principe organisateur.

Face à cette mécanique, le peuple iranien n’a cessé de résister. Des étudiants de 1988 aux femmes de 2022, des manifestants de décembre 2025 aux défenseur·e·s des droits humains qui documentent ces crimes au péril de leur vie, cette résistance est la preuve que le régime n’a jamais réussi à briser ce qu’il cherche à détruire depuis quarante-six ans.


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