41 % des fonds « durables » financent ce qu’ils prétendent combattre

Peut-on parler de greenwashing institutionnalisé ? Le nouveau rapport de Financité sur l’investissement socialement responsable en Belgique dresse un constat accablant. Sur 175 fonds labellisés durables dont la composition a pu être analysée, 72 — soit 41 % — détiennent des actifs figurant simultanément sur les quatre listes noires établies par l’organisation : droits fondamentaux, climat, nucléaire et armement.

257 millions d’euros dans les énergies fossiles

Les investissements climaticides restent massivement présents dans les portefeuilles présentés comme responsables. Fin 2024, 65 % des fonds analysés avaient investi dans des entreprises actives dans les énergies fossiles, pour un encours total de 253,9 millions d’euros. Plus troublant encore : 58 % de ces fonds financent des entreprises engagées dans des projets d’expansion fossile, 41 % sont exposés au charbon, et 9 % à des « bombes climatiques » — ces projets susceptibles d’émettre plus d’une gigatonne de CO2 sur leur durée de vie.

Une évolution positive mérite toutefois d’être signalée : en 2023, 77 % des fonds présentaient ce type d’exposition, pour 471 millions d’euros. La réduction est réelle, sans pour autant marquer de rupture structurelle.

Armes nucléaires et droits humains bafoués

Le volet armement n’est guère plus reluisant. La moitié des fonds analysés (87 sur 175) ont investi dans au moins une entreprise figurant sur la liste noire « armes de guerre » de Financité — bombes à sous-munitions, mines antipersonnel ou armes nucléaires. L’encours total : 138,4 millions d’euros.

Côté nucléaire, 66 % des fonds (116 sur 175) présentent une exposition à l’énergie ou aux armes atomiques, pour 330,6 millions d’euros. Quant au respect des droits fondamentaux, 87 % des fonds ont investi dans des États ou entreprises en violation des conventions internationales ratifiées par la Belgique — principalement sur des questions de gouvernance (25 %), de droits civils (20 %) ou de violations combinées (24 %).

Seuls 6,3 % des fonds passent le test

Le verdict est sans appel : sur les 175 fonds analysés, seuls 11 — soit 6,3 % — passent le filtre des quatre listes noires de Financité. « Il ne s’agit pas ici de trancher la question de l’autorisation ou non de ces activités économiques dans nos sociétés », précise Audrey Degée, chercheuse chez Financité. « L’enjeu est plutôt de comprendre pourquoi ces activités se retrouvent dans des fonds qui se présentent comme socialement responsables. »

Un contexte européen de recul réglementaire

Ce vingtième rapport paraît dans un contexte politique préoccupant. Financité documente le « démantèlement inédit » des règles européennes de durabilité : relèvement des seuils d’application de la directive CSRD (de 500 à 1 750 salariés), report du devoir de vigilance, assouplissement généralisé des obligations de reporting. Une dynamique portée par la montée des courants conservateurs au Parlement européen.

Face à cette situation, Financité formule plusieurs recommandations : créer une norme ISR minimale dans la loi, indépendante du secteur financier et basée sur les conventions internationales ; imposer un reporting public des portefeuilles complets ; mobiliser les actifs publics pour la transition ; étendre les interdictions d’investissement aux entreprises violant les droits humains et environnementaux ; et organiser un désinvestissement obligatoire des énergies fossiles aligné sur les objectifs climatiques.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sans cadre contraignant, le label « durable » reste largement une promesse non tenue.


Source : Financité, Rapport ISR 2025, Bruxelles, décembre 2025.