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	<title>Liberté d'expression - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
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	<title>Liberté d'expression - En avant</title>
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		<title>L&#8217;année 2025: l&#8217;année des prédateurs</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/21/lannee-2025-lannee-des-predateurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 06:09:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans sa préface au rapport annuel 2026 d&#8217;Amnesty International, Agnès Callamard qualifie 2025 d&#8217;« année des prédateurs ». Trump, Poutine, Netanyahou : une stratégie de conquête, des destructions de grande ampleur, et des gouvernements européens qui, pour la plupart, ont choisi la capitulation. Mais la secrétaire générale refuse le défaitisme et démonte méthodiquement le récit ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans sa préface au <a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/04/amnesty-international-calls-states-to-stop-predatory-era-taking-hold/" target="_blank" rel="noopener" title="">rapport annuel 2026 d&rsquo;Amnesty International</a>, Agnès Callamard qualifie 2025 d&rsquo;« année des prédateurs ». Trump, Poutine, Netanyahou : une stratégie de conquête, des destructions de grande ampleur, et des gouvernements européens qui, pour la plupart, ont choisi la capitulation. Mais la secrétaire générale refuse le défaitisme et démonte méthodiquement le récit selon lequel l&rsquo;ordre international de 1948 aurait toujours été une « chimère ».</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;année où les pare-feu ont cédé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le diagnostic est implacable. Tout au long de 2025, selon Agnès Callamard, « le bien commun de l&rsquo;humanité » a été la proie de « prédateurs voraces » dont la soif de domination économique s&rsquo;est traduite par répressions, déplacements forcés et violences massives. Gaza, Ukraine, Soudan, RDC, Myanmar, Iran : les atrocités s&rsquo;enchaînent. Face à cela, la plupart des gouvernements, notamment européens, ont « joué la carte de la capitulation ». Certains sont allés jusqu&rsquo;à imiter les prédateurs ; d&rsquo;autres ont préféré se fondre dans leur ombre. Seule une poignée d&rsquo;États leur ont fait front.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La fable de « l&rsquo;illusion »</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être la contribution la plus forte du texte. Au discours qui présente désormais l&rsquo;ordre de 1948 comme obsolète, Callamard oppose un rappel historique précis : la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, la Convention sur le génocide, les Pactes internationaux ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le fruit du travail, « souvent au grand dam d&rsquo;acteurs bien plus puissants », de générations de diplomates et de militant·e·s, notamment issu·e·s des jeunes États d&rsquo;Afrique, des Caraïbes, d&rsquo;Amérique latine et d&rsquo;Asie. Et la formule claque : « Il n&rsquo;appartient pas à celles et ceux qui trahissent les promesses de proclamer que celles-ci sont illusoires. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un « nouvel ordre » qui sent le vieux monde</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Début 2026, le secrétaire d&rsquo;État états-unien Marco Rubio a exposé la vision de substitution : une alliance de pays occidentaux et chrétiens menée par Washington, enracinée dans un « héritage commun » présenté en termes romantiques. Callamard renvoie froidement l&rsquo;image : cette histoire est aussi « faite de domination, de colonialisme, d&rsquo;esclavage et de génocide ». Pas d&rsquo;alternative réelle du côté de Pékin non plus, qui rejette l&rsquo;universalité des droits humains. Ce qu&rsquo;on nous propose ? La suprématie du commerce et l&rsquo;hégémonie de la technologie, la guerre à la société civile, l&rsquo;envolée des budgets militaires et les coupes dans l&rsquo;aide internationale.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce qui a résisté, quand même</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant. La préface détaille les brèches ouvertes en 2025 : mandats d&rsquo;arrêt de la CPI contre deux dirigeants talibans pour persécution liée au genre, remise de l&rsquo;ancien président philippin Rodrigo Duterte à la Cour, 156 États votant pour des négociations sur les armes autonomes, avis consultatifs climatiques de la CIJ et de la Cour interaméricaine, grèves de dockers en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, au Maroc et en Suède pour bloquer les livraisons d&rsquo;armes vers Israël. La Belgique figure nommément parmi les États qui se sont engagés à infléchir ou suspendre ce commerce d&rsquo;armes avec Israël — aux côtés notamment de l&rsquo;Espagne, de l&rsquo;Afrique du Sud, de la Colombie et de la Slovénie. Au Népal, un gouvernement est tombé sous la pression d&rsquo;une jeunesse mobilisée contre la corruption. Au Danemark, en Norvège, au Luxembourg et au Malawi, les droits reproductifs ont progressé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Subir l&rsquo;histoire, ou l&rsquo;écrire ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Comment accepter que des puissant·e·s décrètent « illusoire » ce qui a protégé, même imparfaitement, des millions de personnes ? Comment se résigner à voir l&rsquo;ordre fondé sur les règles remplacé par celui des prédateurs, simplement parce qu&rsquo;il dérange leurs intérêts ? Et comment nos gouvernements peuvent-ils financer la diplomatie multilatérale tout en se taisant devant le génocide à Gaza ? Callamard ne prétend pas que le système de 1948 soit parfait : elle rappelle le « deux poids, deux mesures », la paralysie, les millions de victimes ignorées. Mais résister, prévient-elle, ne signifie pas défendre un monde figé. C&rsquo;est « imaginer une vision transformée et transformatrice des droits humains ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message final est sans ambiguïté : « Nous ne subissons pas seulement l&rsquo;histoire. Nous l&rsquo;écrivons aussi. » À chacun·e, dans son rôle — électeur·rice, consommateur·rice, militant·e, investisseur·euse — d&rsquo;écrire la suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résister. Transformer. Écrire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Amnesty #Multilatéralisme #Callamard #Résistance</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/21/lannee-2025-lannee-des-predateurs/">L’année 2025: l’année des prédateurs</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Le RGPD face aux IA : quand l&#8217;inférence remplace le consentement</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/16/le-rgpd-face-aux-ia-quand-linference-remplace-le-consentement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Apr 2026 09:36:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[DroitsNumériques]]></category>
		<category><![CDATA[Protection_des_données]]></category>
		<category><![CDATA[RGPD]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une recherche publiée sur Tech Policy Press met au jour une réalité dérangeante : les systèmes d&#8217;intelligence artificielle qui orchestrent nos vies numériques infèrent automatiquement nos opinions politiques, notre orientation sexuelle, nos croyances religieuses. Sans jamais les demander. En contradiction apparente avec l&#8217;article 9 du Règlement général sur la protection des données. Un continuum du ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une <a href="https://www.techpolicy.press/are-ai-systems-incompatible-with-data-privacy/" target="_blank" rel="noopener" title="">recherche publiée sur Tech Policy Press</a> met au jour une réalité dérangeante : les systèmes d&rsquo;intelligence artificielle qui orchestrent nos vies numériques infèrent automatiquement nos opinions politiques, notre orientation sexuelle, nos croyances religieuses. Sans jamais les demander. En contradiction apparente avec l&rsquo;article 9 du Règlement général sur la protection des données.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un continuum du profilage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Paul Bouchaud et Pedro Ramaciotti, chercheur·euse·s affilié·e·s au CNRS, identifient quatre systèmes algorithmiques déployés sur X, s&rsquo;échelonnant du profilage explicite au profilage implicite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À une extrémité : la régie publicitaire. En juin 2025, AI Forensics a révélé que TotalEnergies excluait de ses campagnes les utilisateur·rice·s intéressé·e·s par les écologistes et les produits « kosher ». Dell écartait les profils engagés avec le mot-clé « #lesbian ». La Commission européenne elle-même excluait de ses campagnes les profils affublés par la plateforme d&rsquo;étiquettes politiques — « fasciste », « communiste » — pour éviter qu&rsquo;ils reçoivent ses messages. Neuf ONG ont depuis déposé plainte auprès des coordinateurs nationaux du Digital Services Act.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment une institution qui se veut gardienne des droits fondamentaux peut-elle mobiliser des catégories politiques pour distribuer ses messages ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;inférence comme mécanisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Plus insidieux : le dispositif « Community Notes ». Pour sélectionner les notes « jugées utiles par des personnes de points de vue divers », l&rsquo;algorithme doit d&rsquo;abord situer chaque contributeur·rice sur une échelle idéologique. L&rsquo;étude vérifie empiriquement, dans treize pays sur cinq continents, que ces positions inférées correspondent étroitement aux orientations politiques réelles. Meta, YouTube et TikTok déploient des dispositifs comparables. Le profilage politique devient infrastructure industrielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus profondément encore, les systèmes de recommandation — « Who to Follow », fil d&rsquo;actualité — encodent l&rsquo;idéologie dans les représentations internes des utilisateur·rice·s. Non par choix d&rsquo;ingénierie, mais comme propriété émergente : l&rsquo;opinion politique structure à ce point nos comportements en ligne que tout modèle contemporain suffisamment puissant, entraîné sur ces traces, la captera inévitablement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les IA conversationnelles aussi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les grands modèles de langage ne font pas exception. Révéler son prénom déclenche une inférence d&rsquo;origine ethnique. Mentionner un sport pratiqué active une inférence de genre. Ces déductions ont des effets concrets : la personne pratiquant la danse classique sera plus souvent orientée vers une carrière d&rsquo;infirmière que de médecin. Le persona « romance » de Grok instruit explicitement son modèle à déterminer l&rsquo;orientation sexuelle de son interlocuteur·rice. Derrière chaque requête, un profil sensible se construit à notre insu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un double bind réglementaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ici se noue le dilemme juridique. La Cour de justice de l&rsquo;Union européenne a confirmé que toute donnée « susceptible de révéler indirectement une information sensible » tombe sous la prohibition de l&rsquo;article 9. Appliquée strictement, cette lecture rend non conforme une famille entière de systèmes d&rsquo;IA contemporains. À l&rsquo;inverse, exclure le profilage passif du champ du RGPD reviendrait à autoriser les plateformes à exploiter sciemment les dimensions politiques latentes de leurs modèles, sous couvert de déni plausible. Entre ces deux branches, c&rsquo;est la promesse même d&rsquo;une vie privée à l&rsquo;ère algorithmique qui se joue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il choisir entre la protection des droits fondamentaux et l&rsquo;existence même de ces technologies ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Défendre le rempart</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteur·rice·s proposent une voie technique : contraindre, dès l&rsquo;entraînement, les modèles à ne pas pouvoir prédire l&rsquo;orientation politique de figures publiques. Leur expérimentation sur X démontre que retirer chirurgicalement la dimension idéologique augmente la diversité politique des recommandations sans en dégrader la pertinence. La compatibilité entre IA et vie privée n&rsquo;est donc pas impossible : elle suppose qu&rsquo;on cesse de laisser les systèmes apprendre ce que la loi interdit de traiter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le RGPD n&rsquo;est pas un obstacle à contourner. C&rsquo;est un rempart à défendre. Les outils d&rsquo;explicabilité rendent désormais indéfendable tout déni de connaissance : ce que les algorithmes calculent est identifiable, mesurable, corrigeable. Aux régulateurs européens de tenir la ligne. Aux citoyen·ne·s de les soutenir.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/16/le-rgpd-face-aux-ia-quand-linference-remplace-le-consentement/">Le RGPD face aux IA : quand l’inférence remplace le consentement</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La bombe et le berceau</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Mar 2026 15:38:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Résistance]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Né dans la clandestinité révolutionnaire, Zayd Dohrn raconte une enfance en fuite. Son texte pose la question que personne ne veut formuler : quand la résistance pacifique ne suffit-elle plus ?</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/">La bombe et le berceau</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Zayd Ayers Dohrn, « My Childhood in the Weather Underground », <a href="https://www.newyorker.com/culture/the-weekend-essay/my-childhood-in-the-weather-underground">The New Yorker, 28 mars 2026.</a></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Né clandestinement en 1977, fils de Bernardine Dohrn et Bill Ayers — fondateur·rice·s du groupe révolutionnaire Weather Underground —, Zayd Ayers Dohrn raconte dans <em>The New Yorker</em> une enfance passée en fuite, sous de faux noms, dans l&rsquo;ombre du FBI. Plus qu&rsquo;un récit de famille hors norme, ce texte saisissant pose une question que notre époque préfèrerait ne pas formuler : à partir de quel moment la résistance pacifique ne suffit-elle plus ?</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Une enfance sous X</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit s&rsquo;ouvre sur une scène nocturne : un enfant de quatre ans réveillé en urgence, glissant sans bruit dans l&rsquo;escalier d&rsquo;un immeuble de Harlem tandis que son père gratte le givre sur le pare-brise. La famille prend la route vers Chicago pour que la mère puisse se rendre au FBI. Nous sommes en 1980.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant une décennie, Bernardine Dohrn avait figuré parmi les dix personnes les plus recherchées des États-Unis. Son fils n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;acte de naissance avant ses cinq ans. Ses premiers apprentissages n&rsquo;étaient pas les tables de multiplication, mais l&rsquo;art de repérer les agents fédéraux à leurs chaussures (des mocassins en cuir, bien cirés) et leurs voitures (américaines, austères, équipées d&rsquo;antennes radio surdimensionnées). À quatre ans, il maîtrisait les « trajectoires » — enchaînements de virages conçus pour semer d&rsquo;éventuels poursuivants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que l&rsquo;auteur restitue avec une précision troublante, c&rsquo;est la normalité perçue de cette existence. Les enfants du Weather Underground et des Black Panthers formaient une microsociété parallèle, sans école fixe, sans domicile stable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix de la révolution</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La mère de l&rsquo;auteur avait participé à des attentats symboliques contre le Capitole, le Pentagone et le siège de la police de New York. Trois de leurs ami·e·s sont mort·e·s dans l&rsquo;explosion accidentelle de leur propre bombe. Un braquage de fourgon blindé, en 1981, s&rsquo;est soldé par la mort d&rsquo;un gardien et de deux policiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dohrn ne cherche pas à absoudre ses parents. Son texte porte la marque d&rsquo;une lucidité durement conquise. Il évoque Kakuya Shakur, fille de la militante emblématique Assata Shakur, qui pose cette question déchirante : « Pourquoi avoir eu un enfant alors que tu savais que tu ne pourrais pas m&rsquo;élever ? » Et Chesa Boudin, fils adoptif de la famille, dont les parents biologiques ont été emprisonnés lors du braquage fatal — laissant derrière eux leur enfant en bas âge. Ces trajectoires rappellent que les choix radicaux ont des conséquences qui se transmettent sur plusieurs générations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La dynamite et la démocratie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est là que réside le cœur du texte. Dohrn formule une distinction qui semble nette : « S&rsquo;il peut y avoir des moments dans l&rsquo;histoire où certains d&rsquo;entre nous admettraient la nécessité d&rsquo;une résistance illégale et violente — l&rsquo;Allemagne nazie, par exemple, ou le Sud sous l&rsquo;esclavage —, la dynamite est un outil contre-productif dans une démocratie, aussi imparfaite soit-elle. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est précisément cette réserve — <em>aussi imparfaite soit-elle</em> — qui ouvre un abîme. Car la démocratie américaine des années 1960 était celle de la ségrégation légale, des assassinats de Martin Luther King et de Fred Hampton, de la surveillance systématique des militant·e·s noir·e·s par le FBI. Une démocratie formelle qui coexistait avec une violence d&rsquo;État quotidienne. Où trace-t-on la ligne ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n&rsquo;est pas théorique. Elle revient aujourd&rsquo;hui, insistante, dans des sociétés où les droits reculent sans être officiellement abolis, où les institutions fonctionnent encore mais au service de moins en moins de personnes. Comment évaluer le degré de délitement d&rsquo;un système avant d&rsquo;en conclure que les voies légales sont épuisées ? Quel est le seuil — et qui a l&rsquo;autorité morale pour le fixer ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Transmettre sans trancher</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dohrn n&rsquo;apporte pas de réponse. Il écrit depuis une position double : fils de révolutionnaires, père à son tour. Il cherche à trier l&rsquo;héritage — distinguer ce qui mérite d&rsquo;être transmis (l&rsquo;engagement, la solidarité, le refus de l&rsquo;injustice) de ce qui a produit des désastres. Mais il ne prétend pas résoudre la contradiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mère, à 84 ans, sourit lorsqu&rsquo;il lui demande si ses petites-filles pourraient un jour suivre la même voie. « On ne sait jamais », dit-elle. Cette réponse n&rsquo;est pas anodine. Elle dit que le seuil — cette ligne invisible entre résistance légitime et violence contre-productive — n&rsquo;est pas fixé une fois pour toutes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là le vrai legs de ce texte : non pas une leçon, mais une question que chaque génération devra reformuler pour elle-même, en sachant ce que les générations précédentes ont payé pour y avoir répondu trop vite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À lire — et à débattre.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#DroitsHumains #Résistance #MémoirePolitique #DésobéissanceCivile #HéritageRévolutionnaire</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/">La bombe et le berceau</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les démocraties à l&#8217;heure des « hommes forts »</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/17/les-democraties-a-lheure-des-hommes-forts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 17:17:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
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		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ouvrir le magazine Amnesty (mars 2026) de la section suisse de l&#8217;organisation, c&#8217;est prendre la mesure d&#8217;une réalité que beaucoup préfèrent encore minimiser. Intitulé « Point de bascule », le dossier coordonné par la section suisse d&#8217;Amnesty International dresse un état des lieux inquiétant — mais rigoureusement sourcé — de la dérive autoritaire à l&#8217;œuvre ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ouvrir le <a href="https://www.amnesty.ch/fr/sur-amnesty/publications/magazine-amnesty/2026-1/sommaire/amnesty_f_2025-no124-v8finaldouble.pdf" title="">magazine <em>Amnesty</em> (mars 2026) </a>de la section suisse de l&rsquo;organisation, c&rsquo;est prendre la mesure d&rsquo;une réalité que beaucoup préfèrent encore minimiser. Intitulé « Point de bascule », le dossier coordonné par la section suisse d&rsquo;Amnesty International dresse un état des lieux inquiétant — mais rigoureusement sourcé — de la dérive autoritaire à l&rsquo;œuvre dans de nombreuses démocraties, y compris celles que l&rsquo;on croyait les plus solides.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le monde tel qu&rsquo;il est</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les données sont difficiles à ignorer. Selon le <em>Democracy Report 2025</em> de l&rsquo;Institut V-Dem, pour la première fois depuis vingt ans, près de 72 % de la population mondiale vit sous un régime autocratique — le taux le plus élevé depuis 1978. Seuls 29 pays sont encore classés comme démocraties libérales, contre 43 entre 2007 et 2012. L&rsquo;indice Freedom House 2025, également cité dans le dossier, confirme : dans 60 pays, les droits politiques et civils ont reculé en 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils documentent une érosion systémique, conduite le plus souvent depuis l&rsquo;intérieur même des institutions démocratiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un mode opératoire partagé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier identifie les mécanismes récurrents de cette dérive, à travers six cas documentés. En Hongrie, Viktor Orbán contrôle à la fois le pouvoir exécutif, le judiciaire et plus de 80 % des médias. En Turquie, Recep Tayyip Erdoğan instrumentalise la justice pour éliminer ses adversaires. Aux États-Unis, Donald Trump déshumanise les minorités, démantèle les institutions de contrôle et rompt les alliances multilatérales construites depuis 1945 — à une vitesse qui a pris de court même ses critiques les plus avertis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse de la Russie poutinienne, signée par l&rsquo;historien Artem Efimov de Meduza, montre comment la peur peut être réinstallée progressivement comme instrument de gouvernance : par petites touches, sur une décennie, avant que le basculement ne devienne irréversible. En Israël, la guerre à Gaza a offert une couverture opportune pour neutraliser l&rsquo;indépendance judiciaire à l&rsquo;abri du regard public. Au Portugal, le parti d&rsquo;extrême droite Chega ! réhabilite subtilement l&rsquo;héritage de Salazar auprès d&rsquo;un électorat jeune qui n&rsquo;a pas vécu la dictature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ne pas voir, dans ces trajectoires parallèles, les contours d&rsquo;une recette partagée ? Comment croire encore que ces dérives seraient des accidents de l&rsquo;histoire, et non les symptômes d&rsquo;une tendance structurelle ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez nous aussi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier insiste sur un point que l&rsquo;on a trop souvent tendance à esquiver : aucune démocratie n&rsquo;est immunisée. La Suisse elle-même — présentée comme un havre de stabilité politique — n&rsquo;échappe pas au durcissement des discours ni aux atteintes aux libertés fondamentales, selon la professeure Natasha Wunsch, de l&rsquo;Université de Fribourg. En Europe, la trajectoire hongroise, la montée de l&rsquo;AfD en Allemagne, ou encore la normalisation progressive du discours antimigrant montrent que le glissement peut s&rsquo;opérer rapidement, sans signal d&rsquo;alarme univoque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce constat vaut aussi pour nos sociétés. Les institutions européennes sont directement interpellées&nbsp;: l&rsquo;autonomie stratégique et la défense des valeurs démocratiques ne peuvent reposer indéfiniment sur la bonne volonté de partenaires transatlantiques devenus imprévisibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des résistances existent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier ne cède pas au catastrophisme — et c&rsquo;est là l&rsquo;une de ses forces. L&rsquo;exemple brésilien est éclairant : Jair Bolsonaro a été condamné à vingt-sept ans de prison en novembre 2025. Cette issue — rendue possible par l&rsquo;indépendance d&rsquo;une partie du pouvoir judiciaire, la mobilisation de la société civile et une presse critique — montre que la démocratie peut résister, même dans des contextes de polarisation extrême. Les Seychelles, la Bolivie, l&rsquo;Équateur illustrent d&rsquo;autres formes de redémocratisation possibles. Le rapport V-Dem en recense dix-neuf pays en cours de renforcement démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à l&rsquo;inéluctable, mais de soutenir celles et ceux qui, dans nos sociétés comme ailleurs, font reculer l&rsquo;étau autoritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une lecture nécessaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier d&rsquo;Amnesty Suisse n&rsquo;est pas une lecture de confort. Il documente, avec rigueur et diversité géographique, les ressorts d&rsquo;une dérive qui se joue à bas bruit — par petites réformes législatives, par discours répétés, par neutralisation progressive des contre-pouvoirs. Autant de signaux que l&rsquo;on a trop longtemps appris à ne pas prendre au sérieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire ce dossier, c&rsquo;est se donner les moyens de nommer ce qui se passe. Et nommer, c&rsquo;est déjà résister.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résistez.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#DroitsHumains #Démocratie #Autoritarisme #AmnestyInternational #LibertéDExpression #EtatDeDroit #PointDeBascule #HommesForts</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/17/les-democraties-a-lheure-des-hommes-forts/">Les démocraties à l’heure des « hommes forts »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Iran du Shah : anatomie d&#8217;une machine à broyer les droits</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/03/liran-du-shah-anatomie-dune-machine-a-broyer-les-droits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 13:23:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
		<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Disparus]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte contre l'impunité]]></category>
		<category><![CDATA[Peine de mort]]></category>
		<category><![CDATA[Prisonniers d'opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Torture]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1953, un coup d&#8217;État orchestré par la CIA et le MI6 renversait le premier ministre iranien Mossadegh. Ce qui suivit – vingt-six ans de répression systématique sous le Shah – reste une leçon brutale sur la complicité occidentale dans la fabrication de régimes tortionnaires. Précisons d&#8217;emblée : documenter ces crimes ne revient en aucun ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>En 1953, un coup d&rsquo;État orchestré par la CIA et le MI6 renversait le premier ministre iranien Mossadegh. Ce qui suivit – vingt-six ans de répression systématique sous le Shah – reste une leçon brutale sur la complicité occidentale dans la fabrication de régimes tortionnaires. Précisons d&#8217;emblée : documenter ces crimes ne revient en aucun cas à justifier <a href="https://en-avant.info/?p=830" title="">la dictature théocratique qui a succédé au Shah en 1979</a>, dont le bilan en matière de droits humains est tout aussi accablant.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a près de cinquante ans, Amnesty International publiait un rapport accablant sur l&rsquo;Iran du Shah. Torture systématique, détention arbitraire, procès militaires iniques : le constat était sans appel. Le rapport de 1976 décrivait un système où la prison d&rsquo;Evin et le Comité conjoint SAVAK-Police fonctionnaient comme des centres d&rsquo;interrogatoire où les détenu·e·s, privé·e·s de tout contact extérieur, subissaient des sévices documentés avec une précision glaçante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l&rsquo;essentiel de cette histoire ne réside pas seulement dans la brutalité d&rsquo;un régime. Il réside dans les mains qui l&rsquo;ont façonné.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un appareil répressif « made in USA »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La SAVAK, police secrète du Shah, n&rsquo;est pas née d&rsquo;un autocrate isolé. Créée en 1957 avec l&rsquo;assistance directe de la CIA, du FBI et du Mossad, elle disposait de pouvoirs quasi illimités d&rsquo;arrestation et de détention. Elle infiltrait universités, syndicats et mouvements politiques, et opérait à l&rsquo;étranger, surveillant les étudiant·e·s iranien·ne·s jusque sur les campus européens et américains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les rapports d&rsquo;Amnesty International et de la Commission internationale de juristes ont mis en lumière, c&rsquo;est un mécanisme en trois temps : arrestation et isolement total, interrogatoire sous torture pour obtenir des aveux, puis procès devant des tribunaux militaires où ces aveux pesaient lourd — même lorsque les accusé·e·s les rétractaient en affirmant qu&rsquo;ils avaient été extorqués.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le verrou du parti unique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1975, le Shah instaurait le parti Rastakhiz, seul parti autorisé. Son message était limpide : quiconque refusait d&rsquo;y adhérer devait « quitter le pays ou aller en prison ». La dissidence devenait, par définition, un crime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce verrouillage s&rsquo;accompagnait d&rsquo;un dispositif de contrôle post-carcéral méconnu : les prisonnier·ère·s libéré·e·s restaient sous surveillance, subissaient des entraves à l&#8217;emploi et perdaient leurs droits civils pendant dix ans. Le système ne punissait pas : il broyait durablement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;ombre portée sur nos démocraties</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment les gouvernements occidentaux pouvaient-ils ignorer ce qui se passait dans les geôles iraniennes, alors que leurs propres services de renseignement avaient contribué à bâtir l&rsquo;appareil répressif ? Comment croire à la sincérité des discours sur les droits humains prononcés à Genève, lorsque les mêmes capitales fermaient les yeux sur la torture d&rsquo;un allié stratégique ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des leçons pour aujourd&rsquo;hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire de l&rsquo;Iran du Shah n&rsquo;est pas un cas d&rsquo;école enfermé dans les manuels. Les rapports de l&rsquo;époque documentent des méthodes de torture d&rsquo;une extrême gravité : privation de sommeil, isolement prolongé, chocs électriques, simulacres d&rsquo;exécution. Au-delà de la punition, la torture était fonctionnelle — elle servait à obtenir confessions et renseignements, mais surtout des « repentirs » publics. Des prisonnier·ère·s apparaissaient à la télévision pour renier leurs convictions et affirmer leur soutien au Shah, transformant la victime en instrument de propagande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nombre exact de prisonnier·ère·s politiques reste disputé : le Shah avançait environ 3 000, la SAVAK 3 200, les organisations d&rsquo;opposition entre 25 000 et 100 000. Cet écart reflète l&rsquo;opacité structurelle d&rsquo;un régime empêchant délibérément tout audit indépendant. La Commission internationale de juristes, lors d&rsquo;une mission en 1976, relevait elle-même les obstacles à l&rsquo;obtention d&rsquo;informations directes sur les tribunaux militaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interrogé sur la torture, le Shah n&rsquo;en niait même pas l&rsquo;existence, déclarant en 1976 que l&rsquo;Iran employait les mêmes « méthodes psychologiques » que les Européens — banalisation révélatrice du sentiment d&rsquo;impunité du régime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le peuple iranien, qui a subi la SAVAK hier et subit aujourd&rsquo;hui la répression de la République islamique, sait mieux que quiconque qu&rsquo;un régime tortionnaire n&rsquo;en excuse jamais un autre. Documenter, interpeller, rallier — sans sélectivité, sans amnésie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire juge. À nous d&rsquo;agir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #Iran #SAVAK #Torture #ComplicitéOccidentale #AmnestyInternational #Mémoire #DroitsHumainsEurope #Vigilance</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/03/liran-du-shah-anatomie-dune-machine-a-broyer-les-droits/">L’Iran du Shah : anatomie d’une machine à broyer les droits</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;algorithme de X fabrique du consentement conservateur</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2026 16:24:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une étude publiée dans Nature en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&#8217;effet persiste même quand on coupe l&#8217;algorithme. Sept semaines sous algorithme Il y a un geste que des milliards de personnes ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une étude publiée dans <em>Nature</em> en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&rsquo;effet persiste même quand on coupe l&rsquo;algorithme.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sept semaines sous algorithme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a un geste que des milliards de personnes posent chaque jour sans y penser : faire défiler leur fil d&rsquo;actualité. Ce geste paraît anodin. Il ne l&rsquo;est pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une équipe de chercheur·euse·s des universités de Bocconi, Saint-Gall et de la Paris School of Economics a conduit en 2023 une expérience de terrain impliquant près de 5 000 utilisateur·rice·s américain·e·s actif·ve·s de X, réparti·e·s aléatoirement entre deux conditions : un fil chronologique classique ou le fil algorithmique « Pour vous ». Pendant sept semaines, les participant·e·s ont navigué dans leur environnement assigné pendant que les chercheur·euse·s mesuraient l&rsquo;évolution de leurs attitudes politiques et de leurs comportements en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats, publiés dans <em>Nature</em> le 18 février 2026, sont sans ambiguïté. L&rsquo;exposition au fil algorithmique de X déplace les opinions vers des positions conservatrices — sur les priorités politiques, sur les enquêtes judiciaires visant Donald Trump, sur la guerre en Ukraine. Des effets mesurables, statistiquement solides, obtenus indépendamment de la plateforme elle-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;algorithme fait vraiment</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que la mécanique révélée par cette étude est d&rsquo;une redoutable efficacité. L&rsquo;algorithme de X ne se contente pas de réorganiser les contenus : il en sélectionne activement certains au détriment d&rsquo;autres. Les posts conservateurs apparaissent près de 20 % plus souvent dans le fil algorithmique que dans un fil chronologique. Les médias d&rsquo;information traditionnels y sont relégués de 58 %. À leur place, les comptes d&rsquo;activistes politiques — en majorité conservateurs — voient leur visibilité bondir de 27 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Ce sont des choix d&rsquo;ingénierie. Des paramètres. Des décisions prises par des êtres humains dans des salles de réunion, concernant ce que des centaines de millions d&rsquo;autres êtres humains verront ou ne verront pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet le plus préoccupant tient dans son asymétrie. Les utilisateur·rice·s exposé·e·s à l&rsquo;algorithme commencent à suivre des comptes d&rsquo;activistes conservateurs. Et lorsqu&rsquo;on leur retire ensuite l&rsquo;algorithme — lorsqu&rsquo;on revient au fil chronologique —, ils et elles continuent de suivre ces comptes. Les opinions façonnées ne se dissolvent pas. Le ver est dans le fruit. L&rsquo;exposition passée structure l&rsquo;exposition future.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore qu&rsquo;une plateforme est un simple espace neutre d&rsquo;échange, lorsque ses paramètres techniques orientent les attitudes politiques de ses utilisateur·rice·s sans que ceux et celles-ci en soient conscient·e·s ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu de droits humains</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette recherche n&rsquo;est pas qu&rsquo;une curiosité académique. Elle touche au cœur de ce que la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme nomme la liberté d&rsquo;opinion et d&rsquo;expression — des droits qui présupposent que les individus forment leurs convictions dans un environnement pluraliste et non manipulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or les plateformes algorithmiques constituent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;environnement informationnel de premier recours pour une fraction croissante de la population mondiale. Un quart des adultes américain·e·s déclarent les réseaux sociaux comme leur source principale d&rsquo;information. En Europe, les chiffres sont comparables. Ce n&rsquo;est pas anodin quand on sait que l&rsquo;algorithme étudié ici rétrograde de 58 % les médias d&rsquo;information au profit de contenus militants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos gouvernements — dont nombre d&rsquo;entre eux se déclarent défenseurs de la liberté de la presse et du pluralisme démocratique dans les enceintes de Bruxelles ou de Strasbourg — ont-ils mesuré ce que signifie confier l&rsquo;architecture de l&rsquo;espace public à des entreprises privées dont les objectifs sont l&rsquo;engagement et la monétisation ? Comment croire encore dans l&rsquo;engagement institutionnel pour la liberté d&rsquo;expression lorsque les règlements sur la gouvernance des données restent si timides face à la puissance de ces mécanismes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude rappelle en outre que des travaux antérieurs sur Twitter — avant même le rachat par Elon Musk — avaient déjà identifié un biais de l&rsquo;algorithme vers les contenus de droite. La propriété de la plateforme change ; l&rsquo;orientation algorithmique, elle, persiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réguler ou subir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des citoyen·ne·s, des chercheur·euse·s, des militant·e·s se mobilisent pour rendre visibles ces mécanismes. En Europe, le règlement sur les services numériques (DSA) impose aux très grandes plateformes une transparence accrue sur leurs systèmes de recommandation et le droit pour les utilisateur·rice·s d&rsquo;accéder à un fil non personnalisé. C&rsquo;est une avancée. Insuffisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la question n&rsquo;est pas seulement technique. Elle est politique. Qui décide de ce que des milliards de personnes voient chaque jour ? Au nom de quels intérêts ? Avec quels contrôles démocratiques ? Les auteur·rice·s de l&rsquo;étude soulignent eux-mêmes que les plateformes peuvent modifier leurs algorithmes à tout moment, sans que les chercheur·euse·s — ni les régulateur·rice·s — en soient informé·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à subir des environnements informationnels façonnés par des logiques commerciales opaques, mais d&rsquo;exiger des mécanismes d&rsquo;audit indépendants, une transparence algorithmique effective et le renforcement des médias d&rsquo;information pluralistes capables de contrebalancer la puissance des plateformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude complète est accessible sur <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-026-10098-2">Nature</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos démocraties méritent mieux qu&rsquo;un fil.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#AlgorithmeX #LibertéDExpression #DroitsNumeriques #DémocratieMédiatique #DSA #Désinformation #PluralismeInformatif #RéseauxSociaux #IA #GovernanceNumerique #TwitterX #ElonMusk #DroitsHumains #RegulationNumerique #MédiasIndépendants #droitsnumeriques #libertedinformation</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/">L’algorithme de X fabrique du consentement conservateur</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La guerre culturelle, ce piège dans lequel tout le monde est tombé</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/17/la-guerre-culturelle-ce-piege-dans-lequel-tout-le-monde-est-tombe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Feb 2026 09:27:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Décryptage]]></category>
		<category><![CDATA[GuerreCulturelle]]></category>
		<category><![CDATA[SignifiantsDébordants]]></category>
		<category><![CDATA[wokisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et si le vrai combat n&#8217;était pas celui qu&#8217;on croit ? Wokisme, immigration, Islam, « grand remplacement » : ces mots saturent le débat public. Ils désignent tour à tour des menaces floues, des ennemis changeants, des peurs qui s&#8217;alimentent les unes les autres. Impossible de les définir précisément, et c&#8217;est ce qui fait leur ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et si le vrai combat n&rsquo;était pas celui qu&rsquo;on croit ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Wokisme, immigration, Islam, « grand remplacement » : ces mots saturent le débat public. Ils désignent tour à tour des menaces floues, des ennemis changeants, des peurs qui s&rsquo;alimentent les unes les autres. Impossible de les définir précisément, et c&rsquo;est ce qui fait leur force. Car derrière cette bataille apparemment culturelle se cache un mécanisme redoutable : nous faire regarder ailleurs pendant que le vrai match se joue sur un autre terrain.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Gramsci, penseur de gauche devenu mascotte de l&rsquo;extrême droite</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire commence avec un paradoxe. Antonio Gramsci, intellectuel communiste emprisonné par Mussolini dans les années 1930, est devenu la référence stratégique de la droite radicale. Sa théorie ? Le pouvoir se conquiert d&rsquo;abord dans les esprits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès les années 1970, la Nouvelle Droite française s&rsquo;est emparée de cette idée. Steve Bannon, l&rsquo;ancien stratège de Trump, l&rsquo;a mondialisée avec un slogan percutant : « La politique est en aval de la culture. » Problème : ils ont amputé Gramsci de sa moitié essentielle. Pour lui, la bataille des idées ne pouvait jamais se détacher des réalités économiques — salaires, conditions de travail, redistribution. Un détail que ses récupérateurs ont eu tout intérêt à faire disparaître.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La gauche aussi s&rsquo;est fait piéger</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Erreur symétrique : la gauche intellectuelle s&rsquo;est elle-même engouffrée dans le tout-culturel. En se concentrant sur les représentations et les identités, elle a déserté le terrain de l&rsquo;économie. Résultat : plus personne ne portait le langage de la souffrance concrète — salaires en berne, hôpitaux qui ferment, écoles qui se dégradent. Un vide que les populismes autoritaires se sont empressés de combler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sociologue Vivek Chibber pose un diagnostic limpide : si les gens acceptent un système qu&rsquo;ils trouvent injuste, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on leur a « lavé le cerveau ». C&rsquo;est parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas le choix. La stabilité du système repose moins sur l&rsquo;adhésion que sur la résignation — une résignation structurelle, pas idéologique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le migrant, le « wokiste », le musulman : des mots qui servent à ne parler de rien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le piège se referme. Des termes comme « wokisme », « islamisation » ou « invasion migratoire » fonctionnent comme ce que les chercheurs Ostiguy et Moffitt appellent des « signifiants débordants » : des mots saturés de peurs contradictoires qui se renforcent sans lien logique. Déclassement social, angoisse identitaire, rejet du féminisme, hostilité à l&rsquo;écologie — tout se fond dans un même magma émotionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme est toujours le même. On agite le spectre du migrant qui « vole les emplois », de l&rsquo;islam qui « menace nos valeurs », du « wokisme » qui détruit la civilisation. Un ouvrier précarisé et un patron hostile aux régulations se retrouvent dans le même camp, unis contre des ennemis largement fantasmés. Pendant ce temps, les vraies questions — fiscalité du capital, services publics, droit du travail — disparaissent. Comme l&rsquo;a montré Romaric Godin, la guerre culturelle est le masque d&rsquo;une guerre économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sortir du piège : parler vrai, parler concret</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Que faire ? Certainement pas répondre sur le même terrain. Dire « l&rsquo;islamisation n&rsquo;existe pas » ou « le wokisme est un fantasme » revient à accepter le cadre imposé par l&rsquo;adversaire. La stratégie efficace consiste à ramener la discussion aux réalités matérielles : ton salaire, ton hôpital, ton école, ta retraite. Pas par évitement, mais parce que c&rsquo;est là que se situe le conflit réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car derrière chaque polémique identitaire se cachent des intérêts concrets : baisser les impôts sur le capital, réduire les protections sociales, flexibiliser le travail. Le travailleur qui comprend que sa colère contre le migrant ou le « wokiste » est instrumentalisée au profit de ceux qui organisent sa propre précarité dispose d&rsquo;un puissant outil de lucidité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à la politique des émotions, il ne s&rsquo;agit pas de répondre par la froideur technocratique — mais par une autre émotion : la fierté de construire ensemble, la solidarité active. Comme l&rsquo;ont montré en Belgique les plateformes citoyennes d&rsquo;accueil au parc Maximilien, il est possible de retourner le récit de la peur en récit de fierté solidaire. C&rsquo;est la leçon du vrai Gramsci : la bataille des idées ne se gagne jamais dans le ciel des concepts, mais toujours les pieds dans la boue des rapports sociaux.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Vivek Chibber, « La bataille culturelle ne suffit pas », <em>Le Monde diplomatique</em>, février 2026 — et son ouvrage <em>The Class Matrix: Social Theory after the Cultural Turn</em>, Harvard University Press, 2022.</li>



<li>Pierre Ostiguy et Benjamin Moffitt, « Who Would Identify with an &lsquo;Empty Signifier&rsquo;? », in <em>Populism in Global Perspective</em>, Routledge, 2021 — où est développé le concept de « signifiant débordant ».</li>



<li>Romaric Godin, <em>La Guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire</em>, La Découverte, 2019.</li>



<li>Pierre Rosanvallon, <em>Les Épreuves de la vie. Comprendre autrement les Français</em>, Seuil, 2021.</li>



<li>Razmig Keucheyan, « Ce que la bataille culturelle n&rsquo;est pas », <em>Le Monde diplomatique</em>, mars 2018.</li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">#GuerreCulturelle #Wokisme #Immigration #PolitiqueSociale #InégalitésÉconomiques #Décryptage #PopulismeAutoritaire #SignifiantsDébordants</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/17/la-guerre-culturelle-ce-piege-dans-lequel-tout-le-monde-est-tombe/">La guerre culturelle, ce piège dans lequel tout le monde est tombé</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>L&#8217;antifascisme au banc des accusés</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/01/29/lantifascisme-au-banc-des-accuses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jan 2026 16:03:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=767</guid>

					<description><![CDATA[<p>Stéfanie Prezioso analyse la criminalisation croissante de l'antifascisme, illustrant comment les défenseurs des droits humains sont souvent désignés comme des « terroristes ». Elle souligne un renversement de valeurs, avec une alliance croissante entre droite et extrême droite en Europe et aux États-Unis. Son travail est un appel urgent à défendre l'antifascisme comme un principe fondamental pour la justice sociale et les droits humains.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/29/lantifascisme-au-banc-des-accuses/">L’antifascisme au banc des accusés</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>À propos de « Inquiétante délégitimation de l&rsquo;antifascisme » de Stéfanie Prezioso</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;historienne Stéfanie Prezioso livre une analyse essentielle sur la criminalisation croissante de l&rsquo;antifascisme. À l&rsquo;heure où défendre les droits humains devient suspect, son travail constitue un acte de résistance intellectuelle qu&rsquo;il convient de saluer.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le point de départ de <a href="https://aoc.media/opinion/2025/12/31/inquietante-delegitimation-de-lantifascisme-2/" target="_blank" rel="noopener" title="">l&rsquo;article de Prezioso, publié dans AOC le 5 novembre 2025</a> : Mark Bray, historien américain spécialiste de l&rsquo;antifascisme, contraint de fuir les États-Unis avec sa famille après avoir reçu des menaces de mort. Ce qui lui est reproché ? Avoir écrit un ouvrage universitaire sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;antifascisme. Quand un professeur doit s&rsquo;exiler pour avoir étudié un phénomène historique, c&rsquo;est le signe d&rsquo;une dérive autoritaire.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;inversion orwellienne</strong></h1>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;une des forces du texte réside dans sa mise en lumière d&rsquo;un processus de renversement des valeurs. Celles et ceux qui se revendiquent antifascistes sont désormais présentés comme des « terroristes », tandis que les héritiers de mouvements fascistes historiques se posent en victimes. L&rsquo;historienne rappelle que la famille politique de Giorgia Meloni plonge ses racines dans le néofascisme italien, dont certaines franges furent responsables d&rsquo;attentats meurtriers : Piazza Fontana en 1969 (17 morts), Piazza della Loggia en 1974 (8 morts), la gare de Bologne en 1980 (85 morts). Pourtant, c&rsquo;est cette même famille politique qui organise aujourd&rsquo;hui des commémorations parlementaires pour Charlie Kirk et dénonce la « violence antifasciste ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce renversement n&rsquo;est pas un accident de l&rsquo;histoire. Il est, comme le démontre Prezioso, le fruit d&rsquo;une « stratégie réfléchie, cohérente et planifiée ». La notion d&rsquo;« anti-antifascisme » qu&rsquo;elle mobilise permet de saisir ce glissement progressif. Le décret signé par Trump le 25 septembre 2025 l&rsquo;illustre : sous couvert de « lutte contre le terrorisme intérieur », il cible quiconque « prêche l&rsquo;anticapitalisme, l&rsquo;extrémisme en matière de migration, de race et de genre ». Dans l&rsquo;esprit de ce texte, défendre les droits des migrants ou lutter contre le racisme devient potentiellement un acte terroriste.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>La contagion européenne</strong></h1>



<p class="wp-block-paragraph">Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis. La motion adoptée par le parlement néerlandais pour classer « Antifa » comme organisation terroriste, les manœuvres du groupe des Patriotes au Parlement européen, le vote serré sur l&rsquo;immunité d&rsquo;Ilaria Salis : autant d&rsquo;indices d&rsquo;une alliance croissante entre droite et extrême droite. En Belgique, l&rsquo;Institut fédéral des droits humains s&rsquo;alarme d&rsquo;une « érosion insidieuse et préoccupante » de l&rsquo;État de droit, pointant le recours croissant aux sanctions administratives et les restrictions aux libertés fondamentales. Dans ce contexte, le projet de loi Quintin, qui permettrait de dissoudre des organisations « radicales » sans passer par la justice, s&rsquo;inscrit dans une logique liberticide. La « coulée brune » dont parle Prezioso n&rsquo;épargne aucun pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;historienne consacre également une partie de son analyse à la guerre culturelle qui se joue sur le terrain éducatif. En Italie, la ministre de la famille qualifie les voyages scolaires à Auschwitz de « vecteur d&rsquo;endoctrinement antifasciste ». Aux États-Unis, des programmes visent à effacer les « aspects négatifs » de l&rsquo;histoire américaine. Cette offensive contre l&rsquo;enseignement participe d&rsquo;un projet plus vaste : reformater les consciences, produire des citoyens dépourvus des outils critiques qui leur permettraient de reconnaître le fascisme quand il se présente.</p>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>Un texte nécessaire</strong></h1>



<p class="wp-block-paragraph">Le travail de Stéfanie Prezioso mérite la plus large diffusion. Non parce qu&rsquo;il rassure, bien au contraire. Mais parce qu&rsquo;il arme intellectuellement face à ce qui vient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;antifascisme, rappelle l&rsquo;historienne, est « au cœur d&rsquo;un combat pour l&rsquo;égalité, la liberté, la justice sociale et l&rsquo;émancipation ». C&rsquo;est précisément parce qu&rsquo;il incarne ces valeurs — qui sont aussi celles des droits humains — qu&rsquo;il est attaqué. Et c&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;il doit être défendu. Non comme une relique du passé, mais comme une boussole pour le présent. À l&rsquo;heure où le mot « antifasciste » devient suspect, ce texte rappelle une vérité simple : les tentations fascistes n&rsquo;ont jamais disparu. Comme le rappelait Max Horkheimer, cité par Prezioso : « Si vous ne voulez pas parler du capitalisme, alors taisez-vous à propos du fascisme. » On pourrait ajouter : si vous ne voulez pas défendre les droits humains, ne vous étonnez pas de les voir disparaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/29/lantifascisme-au-banc-des-accuses/">L’antifascisme au banc des accusés</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>« Je n&#8217;ai rien à cacher » : anatomie d&#8217;un renoncement aux droits</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 18:48:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Face aux dispositifs de surveillance généralisée, un argument revient sans cesse pour justifier l'expansion du contrôle étatique ou corporatif : "Si vous n'avez rien à cacher, vous n'avez rien à craindre". Promu par les gouvernements eux-mêmes, ce raisonnement présente la vie privée comme un luxe superflu, réservé à ceux qui auraient quelque chose à se reprocher. Cette rhétorique constitue pourtant une erreur logique qui déplace le débat de la légitimité de la surveillance vers la culpabilité supposée des citoyens. Décryptage d'un mythe qui sert trop souvent à légitimer la surveillance de masse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Derrière l&rsquo;apparente innocuité de l&rsquo;argument « je n&rsquo;ai rien à cacher » se cache un dangereux malentendu sur la nature de la vie privée. Loin d&rsquo;être un simple espace de dissimulation, elle constitue un droit fondamental dont l&rsquo;érosion menace l&rsquo;autonomie individuelle et les fondements démocratiques. Décryptage d&rsquo;un mythe qui sert trop souvent à légitimer la surveillance de masse.</strong> Ce article est basé sur une recherche beaucoup plus complète, menée avec l&rsquo;aide (soutenue) d&rsquo;outils d&rsquo;intelligence artificielle. <a href="https://drive.google.com/file/d/1S_HQspQvuyUUBPUDl6OxnNfoLAr0bLU-/view?usp=sharing" target="_blank" rel="noopener" title="">Le texte complet de ce document est disponible ici.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux dispositifs de surveillance généralisée, un argument revient sans cesse pour justifier l&rsquo;expansion du contrôle étatique ou corporatif : « Si vous n&rsquo;avez rien à cacher, vous n&rsquo;avez rien à craindre ». Promu par les gouvernements eux-mêmes, ce raisonnement présente la vie privée comme un luxe superflu, réservé à ceux qui auraient quelque chose à se reprocher. Cette rhétorique constitue pourtant une erreur logique qui déplace le débat de la légitimité de la surveillance vers la culpabilité supposée des citoyens.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un droit fondamental réduit à un secret honteux</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;erreur première de cet argument réside dans sa définition étriquée de la vie privée, assimilée à la dissimulation d&rsquo;activités illégitimes. Or, le droit international consacre la vie privée comme un droit humain inaliénable. L&rsquo;article 12 de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme stipule que nul ne sera l&rsquo;objet d&rsquo;immixtions arbitraires dans sa vie privée. Ce terme « arbitraire » est crucial : toute ingérence, même sécuritaire, doit être justifiée, nécessaire et proportionnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Convention européenne des droits de l&rsquo;homme étend cette protection bien au-delà du simple secret. Elle couvre l&rsquo;intégrité physique et psychologique, la protection des données personnelles, l&rsquo;identité ou encore la réputation. Le Règlement général sur la protection des données reconnait que les données personnelles sont un prolongement de la vie privée des individus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cadre juridique renverse la charge de la preuve. Ce n&rsquo;est pas au citoyen de justifier son besoin de vie privée, mais à l&rsquo;État de prouver la nécessité absolue, la légalité et la proportionnalité de toute ingérence. Philosophiquement, la vie privée n&rsquo;est pas l&rsquo;acte de cacher l&rsquo;information, mais la capacité de la protéger et de la contrôler. Elle constitue la condition nécessaire à l&rsquo;autonomie personnelle et à la dignité humaine. Perdre le contrôle de ses informations personnelles, c&rsquo;est perdre le contrôle de qui nous sommes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand la technologie crée la culpabilité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » présuppose une infaillibilité technologique inexistante. La reconnaissance faciale, loin d&rsquo;être un miroir parfait de la réalité, est une technique probabiliste génératrice d&rsquo;erreurs. Les faux positifs – lorsqu&rsquo;un algorithme identifie à tort un innocent comme suspect – constituent un défaut de conception inhérent. Le port d&rsquo;un masque peut multiplier ce taux d&rsquo;erreur par dix ou cent selon les algorithmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces erreurs détruisent des vies. Robert Williams ou Portia Woodruff, enceinte de huit mois, ont été arrêtés à tort suite à des identifications erronées. L&rsquo;individu « innocent » devient soudainement coupable aux yeux d&rsquo;une machine, le fardeau de la preuve s&rsquo;inverse. Il doit activement prouver son innocence contre l&rsquo;autorité perçue d&rsquo;un système « objectif ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pire encore, ces technologies perpétuent les discriminations. L&rsquo;étude Gender Shades a révélé que le taux d&rsquo;erreur maximal pour les femmes à peau foncée atteignait 34,7 pour cent, contre 0,8 pour cent pour les hommes à peau claire. L&rsquo;innocence d&rsquo;une femme noire est donc quarante-trois fois plus susceptible d&rsquo;être remise en question par la machine que celle d&rsquo;un homme blanc. L&rsquo;argument « rien à cacher » apparait ainsi comme un argument de privilégié, valable uniquement pour ceux appartenant aux groupes démographiques dominants.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;érosion silencieuse de la démocratie</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des préjudices individuels, la surveillance de masse génère un effet dissuasif qui ronge le corps social. Sachant qu&rsquo;ils peuvent être observés et identifiés, les citoyens modifient leur comportement pour éviter d&rsquo;attirer l&rsquo;attention. Cette autocensure affecte directement les libertés fondamentales : liberté d&rsquo;expression, de réunion, de manifester.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un citoyen peut renoncer à participer à une manifestation pacifique par peur d&rsquo;être fiché, craignant que cette participation lui nuise professionnellement. La surveillance n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;arrêter les manifestants pour tuer la manifestation, elle doit simplement les identifier. Ce chilling effect empêche des citoyens ordinaires de devenir des participants actifs à la démocratie. La surveillance ne punit pas seulement le crime, elle empêche l&rsquo;exercice de la citoyenneté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, le capitalisme de surveillance transforme les données comportementales en matière première. L&rsquo;objectif n&rsquo;est plus seulement de surveiller, mais de prédire et modifier le comportement humain à des fins de profit. L&rsquo;individu « innocent » devient la cible principale, non comme criminel à arrêter, mais comme consommateur à influencer ou citoyen dont le vote peut être manipulé. Le scandale Cambridge Analytica a illustré comment des données « innocentes » peuvent être transformées en arme contre les processus démocratiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les leçons ignorées de l&rsquo;histoire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » repose sur une confiance aveugle dans la bienveillance permanente du pouvoir. L&rsquo;histoire démontre que les infrastructures de surveillance, une fois construites, sont systématiquement détournées. La Stasi en RDA ne cherchait pas à trouver des criminels mais à collecter des informations triviales sur six millions de personnes. Ces données « innocentes » étaient ensuite armées pour ruiner des réputations, isoler des individus, détruire des carrières, sans que les victimes ne comprennent pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus contemporain, le système de crédit social chinois transforme le binaire coupable-innocent en score continu. Traverser au feu rouge ou fumer dans un train fait baisser la note sociale, entrainant l&rsquo;interdiction de voyager en avion ou train. En avril 2018, plus de quinze millions de déplacements avaient déjà été bloqués. Le système force une conformité comportementale absolue où les gens n&rsquo;ont « rien à cacher » non parce qu&rsquo;ils sont libres, mais parce que la surveillance est si totale qu&rsquo;elle a éliminé toute déviance.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reprendre le contrôle du débat</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » s&rsquo;effondre face à l&rsquo;analyse rigoureuse. Il confond vie privée et secret, ignore les erreurs et biais technologiques, méconnait les préjudices collectifs et fait preuve d&rsquo;amnésie historique. La vraie question n&rsquo;est pas « avez-vous quelque chose à cacher » mais « voulons-nous vivre dans une société où nous devons constamment prouver notre innocence à une machine ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Protéger la vie privée n&rsquo;est pas un acte individualiste de dissimulation. C&rsquo;est un acte collectif et politique essentiel pour préserver l&rsquo;espace de l&rsquo;autonomie, de la dignité et de la dissidence, sans lequel une société libre ne peut exister. Face à la surveillance de masse, l&rsquo;innocence des citoyens n&rsquo;est pas une protection mais une donnée sans pertinence.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#ViePrivée #DroitsHumains #SurveillanceDeMasse #LibertésPubliques #ProtectionDesDonnées #DémocratieNumérique #ReconnaissanceFaciale #BiaisAlgorithmiques #RGPD #DroitÀLaViePrivée</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/">« Je n’ai rien à cacher » : anatomie d’un renoncement aux droits</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Belgique : Sous l&#8217;Œil de l&#8217;Algorithme</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/11/02/belgique-sous-loeil-de-lalgorithme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Nov 2025 19:46:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Caméras ANPR, analyse comportementale par IA, drones : la Belgique déploie un arsenal de surveillance. Au prix de nos libertés fondamentales ?</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/11/02/belgique-sous-loeil-de-lalgorithme/">Belgique : Sous l’Œil de l’Algorithme</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une transformation silencieuse est en cours dans nos villes et communes. Des milliers de caméras « intelligentes » scrutent désormais chaque mouvement dans l&rsquo;espace public belge. Loin d&rsquo;être de simples outils de sécurité, ces technologies redéfinissent notre rapport à la liberté, à la vie privée et à la démocratie elle-même.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Imaginez un instant : chaque fois que votre voiture franchit une intersection, traverse une commune ou emprunte une autoroute, elle est photographiée, identifiée et enregistrée. Ce n&rsquo;est pas de la science-fiction, c&rsquo;est la réalité quotidienne en Belgique. Les milliers de caméras ANPR (Reconnaissance Automatique de Plaques d&rsquo;Immatriculation) déployées sur le territoire ne se contentent plus de gérer le stationnement ou les zones de basses émissions. Elles créent une carte détaillée de nos déplacements, un historique permanent de nos mouvements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après les attentats de 2015-2016, un « bouclier » national de caméras ANPR a été installé le long des autoroutes, officiellement pour lutter contre le terrorisme. Coût de l&rsquo;opération : plus de 36,5 millions d&rsquo;euros. Mais ce n&rsquo;est que la partie visible de l&rsquo;iceberg.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;intelligence artificielle entre en scène</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la simple lecture de plaques, une nouvelle génération de caméras fait son apparition : les systèmes de <strong>Surveillance Vidéo Algorithmique (SVA)</strong>. Équipées d&rsquo;intelligence artificielle, ces caméras analysent en temps réel les comportements dans l&rsquo;espace public. Elles pratiquent une analyse comportementale automatisée : détection d&rsquo;attroupements, de personnes immobiles pendant une longue durée, de bagages abandonnés, de mouvements de panique, et d&rsquo;autres comportements qualifiés d&rsquo;« anormaux ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème ? Qui définit ce qu&rsquo;est un comportement « anormal » ou « suspect » ? L&rsquo;algorithme, bien sûr. Et derrière l&rsquo;algorithme, des choix de programmation qui reflètent inévitablement des biais, des préjugés, des visions du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon plusieurs essais pilotes menés dans des communes comme Liège, Mouscron et Anvers, ces technologies sont déjà utilisées pour identifier et verbaliser automatiquement les auteurs de dépôts clandestins d&rsquo;ordures ou pour détecter des comportements jugés problématiques. Un pas de plus vers une société où chaque geste est surveillé, analysé, jugé par une machine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un cadre légal dépassé par la technologie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette révolution technologique, le droit belge ressemble à une digue percée de toutes parts. La loi Caméras de 2007, modifiée en 2018, et le RGPD européen encadrent théoriquement la vidéosurveillance, mais ils ont été conçus bien avant l&rsquo;essor de l&rsquo;intelligence artificielle. La Circulaire ministérielle OOP22 de 2022 tente d&rsquo;harmoniser les pratiques de vidéosurveillance, mais ne couvre pas spécifiquement l&rsquo;intelligence artificielle. Résultat : un vide juridique béant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant que certaines communes testent discrètement ces nouvelles technologies, le cadre légal reste flou. L&rsquo;Autorité de Protection des Données (APD) elle-même reconnaît que les bases juridiques actuelles sont « manifestement insuffisantes » pour réguler l&rsquo;analyse vidéo par IA. Plus inquiétant encore : les études d&rsquo;impact sur la protection des données (Data Protection Impact Assessments) sont rarement rendues publiques ou menées en profondeur, comme l&rsquo;exigerait pourtant le RGPD.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;illusion de l&rsquo;efficacité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les promoteurs de ces technologies promettent monts et merveilles : une ville plus sûre, une criminalité en baisse, une prévention efficace. Mais qu&rsquo;en est-il vraiment ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Comité P, organe officiel de contrôle de la police, a publié un rapport accablant en 2022 sur le système ANPR. Conclusion : des dysfonctionnements techniques chroniques, des alertes non traitées pendant des années, des formations insuffisantes, des données périmées. Le système censé protéger les citoyens peine à fonctionner correctement, mais continue de collecter massivement leurs données personnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une étude commandée par le SPF Intérieur et menée entre 2008 et 2010 dans 27 communes belges révèle que la vidéosurveillance n&rsquo;a qu&rsquo;un effet marginal sur la délinquance (évaluation publiée en 2011). Pire : elle peut provoquer un simple déplacement des délits vers des zones non surveillées, sans réduction globale de la criminalité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La discrimination algorithmique : un danger bien réel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;un des risques les plus graves de ces technologies réside dans leurs biais systémiques. Les algorithmes de détection comportementale sont entraînés sur des données qui reflètent les préjugés existants. Résultat : ils reproduisent et amplifient les discriminations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des études internationales le démontrent : les systèmes de reconnaissance faciale affichent des taux d&rsquo;erreur jusqu&rsquo;à 34% plus élevés pour les femmes à la peau foncée. En Belgique, la Ligue des droits humains a documenté comment la police prédictive cible de manière disproportionnée les jeunes issus de l&rsquo;immigration, perpétuant ainsi un cercle vicieux de suspicion et de contrôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un comportement « suspect » aux yeux d&rsquo;un algorithme ? Rester immobile trop longtemps dans une gare ? Se rassembler dans un espace public ? Le risque est énorme de criminaliser des comportements parfaitement légitimes, simplement parce qu&rsquo;ils sortent de la « norme » statistique définie par la machine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;effet glacial sur nos libertés</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la discrimination, ces technologies instaurent ce que les chercheurs appellent un « effet dissuasif » ou « chilling effect » : la simple conscience d&rsquo;être surveillé modifie notre comportement. Nous nous autocensurons, nous évitons certains lieux, nous limitons nos expressions publiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment participer librement à une manifestation quand on sait que chaque visage, chaque plaque d&rsquo;immatriculation est enregistré ? Comment exercer son droit de réunion quand un algorithme peut qualifier votre rassemblement d&rsquo;« attroupement suspect » ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;anonymat dans l&rsquo;espace public, cette condition préalable à l&rsquo;exercice de nombreuses libertés, disparaît progressivement. Nous entrons dans une ère où chaque mouvement laisse une trace numérique, où chaque déplacement est potentiellement suspect.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le glissement des finalités : quand la surveillance s&rsquo;étend</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire de la surveillance technologique suit un schéma répétitif : un système est introduit pour un objectif spécifique et limité, puis son usage s&rsquo;étend progressivement à d&rsquo;autres domaines. C&rsquo;est le « function creep », le glissement des finalités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les caméras ANPR, initialement prévues pour des tâches administratives, servent désormais à lutter contre le terrorisme, les cambriolages, le non-respect du stationnement, et même la vérification à distance des documents de bord. Qui peut garantir qu&rsquo;elles ne serviront pas demain à traquer les opposants politiques ou à contrôler la participation à des manifestations ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les données collectées sont conservées pendant des mois, voire des années, créant un historique détaillé des mouvements de millions de citoyens. Sans limite claire, sans contrôle démocratique réel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un consensus critique largement ignoré</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ces dangers, un front remarquablement large s&rsquo;est constitué. La Ligue des droits humains, Amnesty International Belgique, la Liga voor Mensenrechten, l&rsquo;Autorité de Protection des Données, le Comité P : tous tirent la sonnette d&rsquo;alarme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au niveau européen, le Conseil européen de la protection des données (EDPB) a également émis des avis critiques sur la reconnaissance faciale et les systèmes d&rsquo;identification biométrique, soulignant les risques majeurs pour les droits fondamentaux et appelant à un encadrement strict, voire à des interdictions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2023, plus de 210 organisations de la société civile à travers l&rsquo;Europe ont appelé à l&rsquo;interdiction de la reconnaissance faciale. En Belgique, les principales organisations de défense des droits humains demandent un moratoire immédiat sur le déploiement de ces technologies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;APD a émis des avis critiques à répétition, pointant l&rsquo;insuffisance du cadre légal et les risques pour les libertés fondamentales. Le Comité P a documenté les dysfonctionnements systémiques du système ANPR. Mais ces alertes restent largement ignorées par les décideurs politiques, portés par l&rsquo;illusion technologique et la promesse sécuritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers un État de surveillance permanent ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes à un tournant. Les choix que nous faisons aujourd&rsquo;hui détermineront le type de société dans laquelle nous vivrons demain. Acceptons-nous de vivre dans un panoptique numérique où chaque geste est enregistré, analysé, potentiellement sanctionné ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique n&rsquo;a pas encore autorisé la reconnaissance faciale en temps réel dans l&rsquo;espace public. C&rsquo;est une ligne rouge qui n&rsquo;a pas encore été franchie. Mais la pression est forte, et le cadre technologique se met progressivement en place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le règlement européen sur l&rsquo;IA (AI Act) adopté en 2024 classe la reconnaissance faciale biométrique en temps réel parmi les pratiques à haut risque, mais maintient de larges exceptions pour la sécurité nationale et la lutte contre la criminalité grave. Autant de brèches qui pourraient être exploitées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Que faire ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il est urgent d&rsquo;agir, avant que cette infrastructure de surveillance ne devienne irréversible. Voici quelques pistes essentielles :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1. Un moratoire immédiat</strong> sur le déploiement de nouvelles technologies de surveillance algorithmique, le temps d&rsquo;établir un cadre juridique robuste et démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2. Une transparence totale</strong> : publication obligatoire des algorithmes utilisés, des études d&rsquo;impact, des données de performance, et mise en place d&rsquo;audits indépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3. L&rsquo;interdiction pure et simple</strong> de la reconnaissance faciale biométrique en temps réel dans l&rsquo;espace public, sans exceptions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>4. La limitation stricte</strong> des finalités : chaque système ne doit servir qu&rsquo;à l&rsquo;objectif pour lequel il a été autorisé, avec des mécanismes juridiques pour empêcher le glissement des usages.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5. Un contrôle démocratique réel</strong> : les citoyens doivent avoir leur mot à dire sur le type de société dans laquelle ils veulent vivre. Les décisions sur la surveillance ne peuvent être prises de manière technocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>6. Le respect des droits fondamentaux</strong> comme principe supérieur : toute technologie de surveillance doit être évaluée à l&rsquo;aune de son impact sur les droits humains, et non uniquement sur sa supposée efficacité sécuritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">En conclusion : la démocratie à l&rsquo;épreuve de l&rsquo;algorithme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La surveillance algorithmique ne menace pas un droit humain en particulier. Elle menace l&rsquo;équilibre même de notre société démocratique. Elle transforme l&rsquo;espace public d&rsquo;un lieu de liberté en un lieu de contrôle. Elle remplace la présomption d&rsquo;innocence par une présomption de suspicion. Elle substitue au jugement humain le calcul de la machine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les technologies ne sont jamais neutres. Elles incarnent des choix politiques, des visions de la société. La question n&rsquo;est pas de savoir si nous voulons être « pour » ou « contre » la technologie, mais quel type de technologie nous voulons, au service de quelles valeurs, dans quel cadre démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débat doit avoir lieu maintenant, tant qu&rsquo;il est encore temps. Avant que la surveillance devienne si omniprésente qu&rsquo;elle nous semble normale. Avant que nous ayons oublié ce que signifie vivre libre dans l&rsquo;espace public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car comme l&rsquo;a écrit le philosophe Michel Foucault dans son analyse du panoptique : « Celui qui est soumis à un champ de visibilité, et qui le sait, reprend à son compte les contraintes du pouvoir ; il les fait jouer spontanément sur lui-même ; il inscrit en soi le rapport de pouvoir dans lequel il joue simultanément les deux rôles ; il devient le principe de sa propre sujétion. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne laissons pas l&rsquo;algorithme devenir le gardien invisible de notre liberté.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cet article est basé sur une <a href="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/11/202511102-Le-panoptique-algorithmique-_-analyse-de-la-surveillance-par-ia-et-de-sa-menace-pour-les-droits-humains-en-Belgique.docx" title="">analyse approfondie</a> des systèmes de surveillance déployés en Belgique, des cadres juridiques existants, et des risques documentés pour les droits humains. Les sources incluent les rapports de l&rsquo;Autorité de Protection des Données, du Comité P, de la Ligue des droits humains, d&rsquo;Amnesty International, ainsi que des études académiques et des documents parlementaires.</strong></p>



<div class="wp-block-file"><a id="wp-block-file--media-2c69b47c-b64d-4093-afb4-e81dd706f5f2" href="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/11/202511102-Le-panoptique-algorithmique-_-analyse-de-la-surveillance-par-ia-et-de-sa-menace-pour-les-droits-humains-en-Belgique.docx">202511102 Le panoptique algorithmique _ analyse de la surveillance par ia et de sa menace pour les droits humains en Belgique</a><a href="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/11/202511102-Le-panoptique-algorithmique-_-analyse-de-la-surveillance-par-ia-et-de-sa-menace-pour-les-droits-humains-en-Belgique.docx" class="wp-block-file__button wp-element-button" download aria-describedby="wp-block-file--media-2c69b47c-b64d-4093-afb4-e81dd706f5f2">Télécharger</a></div>



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