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	<title>Digital - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
	<lastBuildDate>Tue, 07 Jul 2026 07:50:36 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Digital - En avant</title>
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		<title>Israël: Transformer le foin en aiguilles</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/07/07/transformer-le-foin-en-aiguilles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jul 2026 07:49:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi l'IA la plus avancée a-t-elle servi à tuer sans distinction à Gaza ? Ori Schwarz montre comment le calcul légitime des frappes de masse.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/07/07/transformer-le-foin-en-aiguilles/">Israël: Transformer le foin en aiguilles</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Pourquoi mobiliser les technologies les plus avancées pour tuer sans distinction ? Le sociologue Ori Schwarz s&rsquo;est posé la question à propos de Gaza. Sa réponse, relayée par Hubert Guillaud  <a href="https://danslesalgorithmes.net/2026/06/30/pourquoi-lia-est-elle-utilisee-pour-faire-la-guerre/">Dans les algorithmes</a>, dérange : l&rsquo;intelligence artificielle n&rsquo;a pas servi à mieux viser, mais à légitimer l&rsquo;ampleur des frappes.</em></p>
<h2 class="wp-block-heading">Un paradoxe qui dérange</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;armée israélienne s&rsquo;est vantée de sélectionner ses cibles à l&rsquo;aide des outils d&rsquo;IA les plus sophistiqués. Pourtant, le résultat ressemble à une destruction massive et indiscriminée. Dans un article pour *Big Data &amp; Society*, Ori Schwarz pointe la contradiction et la retourne en question : si l&rsquo;objectif est de tuer sans distinction, pourquoi une technologie aussi avancée serait-elle nécessaire ?</p>
<p class="wp-block-paragraph">Sa réponse renverse l&rsquo;intuition. L&rsquo;IA n&rsquo;était pas requise pour personnaliser le traitement, mais pour justifier un traitement uniforme, en fabriquant des justifications sur mesure. Autrement dit, elle produit de la distinction au service de l&rsquo;indiscrimination.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Fabriquer des cibles</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;image que le chercheur emploie est frappante. On présente souvent le big data comme l&rsquo;outil qui trouve l&rsquo;aiguille dans la botte de foin, la vraie menace parmi les innocent·e·s. Ici, c&rsquo;est l&rsquo;inverse : il s&rsquo;agit de transformer le foin en aiguilles. D&rsquo;incriminer presque chaque habitant·e, presque chaque immeuble, en tissant autour de lui un récit singulier qui l&rsquo;associe à l&rsquo;ennemi.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce basculement s&rsquo;appuie sur deux mouvements anciens. L&rsquo;individualisation de la guerre, d&rsquo;abord, qui traite l&rsquo;adversaire comme un suspect à poursuivre. La juridicisation, ensuite : pour établir la légalité d&rsquo;une frappe, il faut des données. Beaucoup de données. Et l&rsquo;IA en produit à la chaîne.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Gospel, Lavender et l&rsquo;usine à cibles</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Deux systèmes ont fonctionné en parallèle. Gospel pour les bâtiments, Lavender pour les personnes. Ce dernier attribuait à presque chaque habitant·e de Gaza un score de probabilité d&rsquo;appartenance au Hamas : trente-sept mille Palestinien·ne·s ainsi désigné·e·s par l&rsquo;algorithme. La méthode n&rsquo;a rien d&rsquo;inédit ; elle emprunte aux logiques de la police prédictive, dès 2015, quand un modèle scrutait déjà les réseaux sociaux d&rsquo;adolescent·e·s pour prédire un passage à l&rsquo;acte. Le score fait alors basculer la distinction entre combattant et civil d&rsquo;une catégorie binaire vers un continuum statistique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Créée en 2019, une Direction du ciblage a industrialisé la production. Au vingt-septième jour du conflit, l&rsquo;armée annonçait avoir frappé douze mille cibles et en générer douze cents nouvelles par jour, grâce à une « usine » tournant sans interruption. L&rsquo;accélération fut aussi politique : Netanyahou aurait reproché à son chef d&rsquo;état-major de n&rsquo;avoir bombardé « que » mille cinq cents objectifs en quarante-huit heures. Bilan, selon les chiffres cités : plus de soixante et onze mille morts, dont une part importante de femmes et de mineur·e·s, et une saisine de la Cour internationale de justice pour violation présumée de la Convention sur le génocide.</p>
<h2 class="wp-block-heading">La confiance dans les chiffres</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi le calcul rassure-t-il autant ? Parce qu&rsquo;un score porte une aura d&rsquo;objectivité. Chaque frappe devient juridiquement justifiée, chaque mort civile regrettable mais légitime. Le sociologue Eric Bonds parle de « violence humanisée » : une pratique de surveillance et d&rsquo;élimination doublée d&rsquo;un discours emprunté au langage des droits humains.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le glissement est subtil. En convertissant l&rsquo;incertitude morale en risques mesurables, l&rsquo;algorithme transforme un dilemme en procédure. Le statut moral ne dépend plus du résultat, mais du respect des étapes. On relève les seuils de « dommages collatéraux », on abandonne les tirs d&rsquo;avertissement censés protéger les habitant·e·s, et le taux de mortalité civile s&rsquo;envole. Préserver l&rsquo;éthique en l&rsquo;inscrivant dans le code : la promesse se retourne en son contraire.</p>
<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;humain, un alibi ?</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Reste la figure rassurante de l&rsquo;humain dans la boucle. Mais que valide-t-il, quand il lui faut vingt secondes pour approuver une recommandation ? Schwarz décrit même une stratégie de camouflage : dissimuler l&rsquo;IA derrière une analyste de confiance pour que les agents acceptent ses résultats. La machine ne décide pas, dit-on. Elle se contente de désigner.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le chercheur ajoute un avertissement. Une IA parfaite, sans erreur ni biais, produirait les mêmes effroyables conséquences, simplement en accélérant. Et ce pouvoir de légitimation ne restera pas confiné à un seul conflit : d&rsquo;autres armées, elles aussi attachées au droit international, adoptent des systèmes comparables.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La guerre de demain se jouera sur les données, leurs croisements sans limites et des seuils ajustables. Le droit international, lui, n&rsquo;a encore rien tranché.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Où s&rsquo;arrête le calcul ?</p>
<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity">
<p class="wp-block-paragraph">#IA #DroitsHumains #Gaza #Algorithmes #DroitInternational</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/07/07/transformer-le-foin-en-aiguilles/">Israël: Transformer le foin en aiguilles</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>À qui appartiendra l&#8217;intelligence artificielle ?</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/07/03/a-qui-appartiendra-l-intelligence-artificielle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Jul 2026 08:57:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droit Du Travail]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Économie Des Plateformes]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Justice Sociale]]></category>
		<category><![CDATA[Pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Recension de l'entretien de Bernie Sanders dans Wired : l'IA comme question de pouvoir, de démocratie et de partage des richesses produites.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/07/03/a-qui-appartiendra-l-intelligence-artificielle/">À qui appartiendra l’intelligence artificielle ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans un <a href="https://www.wired.com/story/the-big-interview-podcast-senator-bernie-sanders/?utm_source=nl&amp;utm_brand=wired&amp;utm_mailing=WIR_SystemUpdate_070226&amp;utm_campaign=aud-dev&amp;utm_medium=email&amp;utm_content=WIR_SystemUpdate_070226&amp;bxid=5fd62ba971d49c530600b9ba&amp;cndid=63161527&amp;hasha=cf91fa6535c98cc1afad8e978f7db62a&amp;hashb=03e89099af63e2861c8c7627552fcc05ae43a705&amp;hashc=825a9a335fde5f7798257872d513fdf8aedd873bd23ef55a1f7aa3aab64715c6&amp;esrc=&amp;utm_term=WIR_Optdown" target="_blank" rel="noopener" title="">long entretien accordé à Wired fin juin</a>, le sénateur Bernie Sanders qualifie l&rsquo;intelligence artificielle de technologie la plus conséquente de l&rsquo;histoire humaine, et s&rsquo;alarme du silence qui l&rsquo;entoure au Congrès. Recension d&rsquo;une conversation où la question technique se mue, très vite, en question de pouvoir.</em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;éléphant dans la pièce</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bernie Sanders a 84 ans et une conviction ancienne : la richesse concentrée menace la démocratie. Depuis 2023, il en fait un combat neuf, celui de l&rsquo;intelligence artificielle. Ce qui le frappe d&rsquo;abord, confie-t-il à la journaliste Katie Drummond, c&rsquo;est un vide. Face à une technologie qui bouleversera « chaque aspect » de nos vies, il cherche au Congrès des débats à la hauteur et n&rsquo;en trouve aucun. Pas une loi d&rsquo;ampleur. Un éléphant au milieu de la pièce, que personne ne veut voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce silence n&rsquo;a rien d&rsquo;un hasard, explique-t-il. Qu&rsquo;un·e élu·e s&rsquo;avise de réguler, et le lendemain des millions de dollars de publicités hostiles s&rsquo;abattent sur sa campagne. La peur, plus que l&rsquo;ignorance, tient les langues. D&rsquo;où deux initiatives. En mars, avec la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, il propose un moratoire sur la construction des centres de données tant que des garde-fous n&rsquo;existent pas. En juin, il dépose l&rsquo;American AI Sovereign Wealth Fund Act, qui taxerait les entreprises les plus riches du secteur pour reverser directement aux citoyen·ne·s une part de la richesse produite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">À qui appartient le savoir ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur quoi repose l&rsquo;IA ? Sur le travail et le savoir humains, répond Sanders. Les livres, les poèmes, les articles, les recherches scientifiques avalés par les modèles. Celles et ceux qui les ont produits n&rsquo;ont, eux, rien touché. Wired elle-même, rappelle sa directrice, n&rsquo;a perçu aucun dollar pour ce que l&rsquo;IA a moissonné dans ses pages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De là vient sa proposition la plus tranchante : que le public détienne la moitié de ces industries, avec la moitié des sièges au conseil d&rsquo;administration. La moitié des richesses créées reviendrait alors à la collectivité. Sam Altman, qu&rsquo;il a rencontré une heure, n&rsquo;a pas caché sa réticence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le vertige des centres de données</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi la colère monte-t-elle contre les data centers ? Factures d&rsquo;électricité, bruit, saccage des paysages : les motifs immédiats sont concrets. Mais Sanders y lit autre chose. Dans une petite commune, cinq bénévoles d&rsquo;un conseil municipal se retrouvent face aux firmes les plus puissantes du monde, armées d&rsquo;avocat·e·s et d&rsquo;accords de confidentialité. Les habitant·e·s ignorent parfois ce qui se décide chez eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le centre de données, dit-il, cristallise un sentiment plus large : celui d&rsquo;une technologie imposée d&rsquo;en haut, sans consentement. Derrière la facture, il y a l&#8217;emploi. Six à huit millions de personnes conduisent camions, taxis et voitures avec chauffeur ; au Texas, des poids lourds roulent déjà sans personne au volant. Où iront ces travailleur·euse·s de cinquante ans, demande le sénateur, quand leur métier aura disparu ? Cette dépossession, il la voit déjà se retourner en mobilisation : assemblées locales, urnes, primaires new-yorkaises emportées par la gauche.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Oligarchie et autoritarisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sanders refuse de séparer oligarchie et autoritarisme. « Frères jumeaux », dit-il. Il rappelle qu&rsquo;Elon Musk aurait dépensé quelque 290 millions de dollars pour faire élire Donald Trump, et que le premier déplacement du second mandat fut pour l&rsquo;Arabie saoudite. Fortune démesurée, mépris de la démocratie, appétit pour l&rsquo;IA : le triangle se referme. Comment, s&rsquo;étonne-t-il, peut-on juger impossible de garantir des soins à toutes et tous, mais parfaitement réaliste de bâtir des centaines de centres de données ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la peur intime, qu&rsquo;il nomme sans détour. Les deepfakes qui mettent des mots dans la bouche d&rsquo;autrui. La surveillance qui suit chaque trace laissée en ligne. Ces enfants confiés à des « compagnons » artificiels. Et l&rsquo;avertissement de Geoffrey Hinton, prix Nobel et pionnier du domaine, sur une perte de contrôle aux conséquences possiblement calamiteuses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Refuser la peur comme moteur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « il faut battre la Chine » ? Un épouvantail, tranche Sanders, une fausse urgence brandie pour tout permettre. Il dit avoir réuni autour d&rsquo;une même table des scientifiques américain·e·s et chinois·es, mus par les mêmes inquiétudes. Contre le fatalisme, il convoque l&rsquo;histoire longue des luttes : abolitionnistes, droits civiques, New Deal. Des combats jugés perdus d&rsquo;avance, et pourtant gagnés. Sa boussole tient en peu de mots : une semaine de travail allégée à salaire égal, des richesses partagées, et surtout le refus de céder ce qui nous rend humains à des machines vouées à la seule efficacité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;entretien ne referme rien. Il laisse une question suspendue : une majorité en colère peut-elle peser plus lourd que quelques fortunes ? Sanders parie que oui, sans prétendre connaître la réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui tiendra la bougie ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">#IntelligenceArtificielle #Démocratie #DroitsHumains #JusticeSociale #Oligarchie</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/07/03/a-qui-appartiendra-l-intelligence-artificielle/">À qui appartiendra l’intelligence artificielle ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;IA qui construit l&#8217;IA : freiner, est-ce encore possible ?</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/06/07/ia-qui-construit-ia-freiner/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2026 11:11:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Anthropic admet que l'IA construit déjà l'IA et réclame un frein international. Une initiative à saluer — malgré son angle mort écologique. Décryptage.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/06/07/ia-qui-construit-ia-freiner/">L’IA qui construit l’IA : freiner, est-ce encore possible ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Anthropic, l&rsquo;un des principaux laboratoires d&rsquo;intelligence artificielle au monde, <a href="https://www.anthropic.com/institute/recursive-self-improvement" target="_blank" rel="noopener" title="">vient de reconnaître publiquement </a>que ses systèmes participent de plus en plus à leur propre conception. Plus inattendu encore : l&rsquo;entreprise plaide pour qu&rsquo;existe l&rsquo;option d&rsquo;un ralentissement internationalement coordonné. Lorsque les concepteur·rice·s eux·elles-mêmes réclament un frein, qui tiendra les commandes ?</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le terme est technique, ses implications le sont moins. L&rsquo;« auto-amélioration récursive » désigne le moment où une IA deviendrait capable de concevoir et d&rsquo;entraîner seule la version suivante d&rsquo;elle-même. Nous n&rsquo;y sommes pas encore. Mais les chiffres qu&rsquo;avance Anthropic donnent le vertige : en 2026, plus de 80 % du code intégré à son infrastructure est écrit par son propre modèle, et chaque ingénieur·e en produit huit fois plus qu&rsquo;en 2024. La durée des tâches qu&rsquo;ils accomplissent seuls double tous les quatre mois environ : il y a deux ans, ces systèmes ne menaient à bien que des tâches de quelques minutes ; aujourd&rsquo;hui, ils abattent sans intervention humaine l&rsquo;équivalent de plusieurs heures de travail. La boucle ne s&rsquo;est pas encore refermée. Mais l&rsquo;écart se réduit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;humain, simple superviseur ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rôle humain se rétrécit à chaque étape. Hier, on écrivait le code ; aujourd&rsquo;hui, on le relit ; demain, peut-être, on se contentera de fixer un cap. Anthropic envisage trois avenirs : un essoufflement de la tendance, des gains d&rsquo;efficacité qui se cumulent, ou cette bascule où la machine se bâtit elle-même. Les deux derniers scénarios ouvrent des gouffres : surveillance de populations entières, manipulation taillée sur mesure pour chaque individu, et surtout le risque que l&rsquo;humanité perde le contrôle de ce qu&rsquo;elle a créé. L&rsquo;entreprise cite, presque en aveu, ces salarié·e·s troublé·e·s : les jours où tout fonctionne, certain·e·s confient n&rsquo;avoir plus le sentiment que leur travail compte. Comment garantir les droits fondamentaux dans un monde où la décision technique échappe à toute délibération démocratique ? Et que reste-t-il de notre responsabilité quand l&rsquo;outil décide à notre place ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le frein, un bien commun ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est là que le document surprend. Anthropic affirme qu&rsquo;un ralentissement serait sans doute souhaitable, à condition qu&rsquo;il soit collectif : un frein actionné par un seul laboratoire ne ferait que désigner un·e autre vainqueur·e de la course. L&rsquo;entreprise appelle donc à un mécanisme international de coordination, capable de vérifier que chacun·e respecte la pause. L&rsquo;exercice s&rsquo;annonce ardu. Un programme d&rsquo;entraînement se dissimule plus aisément qu&rsquo;un silo de missiles, ses composants servent mille usages, et la tentation de tricher en secret est immense — car qui poursuit pendant que les autres s&rsquo;arrêtent hérite de l&rsquo;avance. Les précédents existent, tel le traité sur les forces nucléaires intermédiaires, mais ils ont exigé des décennies de patience et de confiance. Or, reconnaît l&rsquo;entreprise, le temps manque. Et celles et ceux qui ne travaillent pas dans ces laboratoires doivent, écrit-elle, prendre part à la décision.</p>







<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;angle mort écologique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Saluons l&rsquo;honnêteté de la démarche. Mais une omission frappe. Parmi les freins possibles, Anthropic cite la limite des capacités de calcul : il faudra peut-être plus d&rsquo;énergie et de puces que la planète n&rsquo;en produit. Le « compute » est ainsi pensé comme un obstacle à la croissance de l&rsquo;IA — jamais comme un coût pour le vivant. Pas un mot sur l&#8217;empreinte climatique de ces centres de données, sur l&rsquo;eau qu&rsquo;ils engloutissent, sur les terres rares qu&rsquo;ils arrachent au sol, sur les déchets — y compris nucléaires — qu&rsquo;une telle course suppose. Penser le calcul comme une ressource rare pour l&rsquo;IA, sans jamais le penser comme une charge pour la biosphère : l&rsquo;omission n&rsquo;est pas neutre. Peut-on raisonner les limites d&rsquo;une technologie sans jamais regarder ce qu&rsquo;elle prélève sur le monde ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une convergence inattendue</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte paraît presque en même temps que l&rsquo;encyclique <em>Magnifica Humanitas</em>, par laquelle le pape Léon XIV appelle, lui aussi, à « désarmer » l&rsquo;intelligence artificielle et à la soumettre à une éthique commune. Un laboratoire et une Église, à quelques jours d&rsquo;intervalle, réclament des garde-fous. Coïncidence ou signal ? L&rsquo;initiative d&rsquo;Anthropic, en posant elle-même la question du contrôle, ouvre une brèche. À la société civile, aux militant·e·s des droits humains, de s&rsquo;y engouffrer : pour exiger que ces décisions ne restent pas confisquées par une poignée d&rsquo;acteur·rice·s, et que le frein, s&rsquo;il existe un jour, serve d&rsquo;abord l&rsquo;humain.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La boucle reste ouverte.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#IntelligenceArtificielle #DroitsHumains #GouvernanceMondiale #JusticeClimatique #Régulation</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/06/07/ia-qui-construit-ia-freiner/">L’IA qui construit l’IA : freiner, est-ce encore possible ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:43:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droit Du Travail]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Économie Des Plateformes]]></category>
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		<category><![CDATA[Pauvreté]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Human Rights Watch publie une vaste enquête mondiale sur l&#8217;économie des plateformes. Derrière les apps qui livrent nos repas et acheminent nos courses, 435 millions de travailleur·euse·s subissent un même paradoxe : contrôlé·e·s comme des salarié·e·s, privé·e·s de toute protection. À quelques semaines de négociations décisives à l&#8217;OIT, le moment est venu de trancher. Apraham, ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/#more-1011" aria-label="En savoir plus sur Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond">Lire plus</a></p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/">Plateformes numériques : l’algorithme commande, personne ne répond</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Human Rights Watch publie une <a href="https://www.hrw.org/feature/2026/05/13/algorithms-of-exploitation/rights-abuses-in-the-gig-economy-and-the-global-fight" target="_blank" rel="noopener" title="">vaste enquête mondiale </a>sur l&rsquo;économie des plateformes. Derrière les apps qui livrent nos repas et acheminent nos courses, 435 millions de travailleur·euse·s subissent un même paradoxe : contrôlé·e·s comme des salarié·e·s, privé·e·s de toute protection. À quelques semaines de négociations décisives à l&rsquo;OIT, le moment est venu de trancher.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Apraham, 74 ans, conduit pour Uber à Beyrouth depuis dix ans. Un soir d&rsquo;octobre 2024, deux passagers le braquent au couteau, lui volent voiture et téléphones. Quand il contacte la plateforme, on lui répond qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas responsable. La police attend qu&rsquo;Uber dépose plainte ; Uber attend que la police contacte l&rsquo;entreprise. « Personne n&rsquo;a bougé », résume-t-il. Sans véhicule, sans assurance, sans pension, il survit grâce à ses frères et sœurs. Son histoire ouvre l&rsquo;enquête que Human Rights Watch consacre aux travailleur·euse·s des plateformes numériques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">435 millions de personnes, un même piège</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres donnent le vertige. La Banque mondiale estime que 435 millions de personnes tirent désormais un revenu d&rsquo;une plateforme numérique. Dans l&rsquo;Union européenne, elles seraient 43 millions en 2025, en hausse de 52 % depuis 2022. L&rsquo;OIT mesure une croissance de 90 % entre 2016 et 2021. Derrière ces données, un même modèle : une application décide qui travaille, à quel prix, pour combien de temps — et peut désactiver le compte sans explication.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les témoignages réunis par HRW dans dix pays composent un tableau glaçant. À Nairobi, Susan accepte des courses dans des quartiers qu&rsquo;elle juge dangereux : refuser ferait chuter sa note. À Édimbourg, Arjun constate qu&rsquo;une même commande est proposée à trois ou quatre livres selon le coursier. À Mexico, Jesús González est percuté à un feu rouge : l&rsquo;hôpital public le refoule, faute d&rsquo;affiliation. À Delhi, Ravi se brise le bras pour livrer dans les dix minutes imposées par l&rsquo;app.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Salarié·e·s en tout sauf en droit</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme est partout identique. Les plateformes fixent les tarifs, contrôlent les itinéraires, évaluent les performances, sanctionnent les écarts. Mais elles qualifient leurs travailleur·euse·s d&rsquo;« indépendant·e·s » ou de « partenaires ». « Si elles contrôlent tout cela, comment ne sont-elles pas notre employeur ? », interroge Jesús. La question n&rsquo;est pas rhétorique : elle ouvre des contentieux dans toute l&rsquo;Europe et au-delà. Royaume-Uni, France, Espagne, Italie, Mexique : des juridictions ont reconnu un lien de subordination que les contrats s&rsquo;efforcent de nier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enjeu est immense. Reclasser ces millions de personnes, c&rsquo;est leur ouvrir l&rsquo;accès au salaire minimum, aux congés payés, à l&rsquo;assurance maladie, à la pension. C&rsquo;est aussi remettre à leur place les algorithmes qui, comme l&rsquo;a théorisé la juriste Veena Dubal, pratiquent une « discrimination salariale algorithmique » en payant différemment deux personnes pour un même travail.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le moment européen, le moment mondial</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La directive européenne de 2024 a marqué une étape : présomption de salariat, transparence algorithmique, interdiction du licenciement automatisé. Les États membres — la Belgique comprise — ont jusqu&rsquo;en décembre 2026 pour la transposer. Mais l&rsquo;échelle du problème est mondiale. Les négociations en cours à l&rsquo;OIT, qui doivent aboutir en juin 2026, sont décisives : un premier traité international sur les droits des travailleur·euse·s de plateforme pourrait y être adopté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que faudra-t-il y inscrire ? Une présomption de salariat dès lors que la plateforme exerce un contrôle effectif. Un droit d&rsquo;accès humain aux décisions algorithmiques. La rémunération de tout le temps de travail, attente comprise. L&rsquo;accès aux protections sociales. Et le droit de s&rsquo;organiser sans représailles.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;invisibilité prend fin</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Car les travailleur·euse·s ne se résignent pas. Au Mexique, l&rsquo;UNTA a obtenu en 2024 l&rsquo;accès à la sécurité sociale pour celles et ceux atteignant le salaire minimum. En Inde, les grèves de janvier 2026 ont fait reculer les promesses de livraison en dix minutes. Au Kenya, à Édimbourg, des collectifs se forment, documentent, attaquent en justice. « Nous ne sommes enfin plus invisibles », confie Manuel Durán, de l&rsquo;UNTA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière chaque application, des choix politiques, des actionnaires, des silences. Derrière chaque livraison, une personne. À nous, citoyen·ne·s et consommateur·rice·s, de soutenir celles et ceux qui exigent que le droit du travail ne s&rsquo;arrête pas aux portes de l&rsquo;app store.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le clic n&rsquo;efface rien.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #GigEconomy #Plateformes #OIT2026 #JusticeSociale</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/">Plateformes numériques : l’algorithme commande, personne ne répond</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;algorithme de X fabrique du consentement conservateur</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2026 16:24:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une étude publiée dans Nature en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&#8217;effet persiste même quand on coupe l&#8217;algorithme. Sept semaines sous algorithme Il y a un geste que des milliards de personnes ... </p>
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<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/">L’algorithme de X fabrique du consentement conservateur</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une étude publiée dans <em>Nature</em> en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&rsquo;effet persiste même quand on coupe l&rsquo;algorithme.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sept semaines sous algorithme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a un geste que des milliards de personnes posent chaque jour sans y penser : faire défiler leur fil d&rsquo;actualité. Ce geste paraît anodin. Il ne l&rsquo;est pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une équipe de chercheur·euse·s des universités de Bocconi, Saint-Gall et de la Paris School of Economics a conduit en 2023 une expérience de terrain impliquant près de 5 000 utilisateur·rice·s américain·e·s actif·ve·s de X, réparti·e·s aléatoirement entre deux conditions : un fil chronologique classique ou le fil algorithmique « Pour vous ». Pendant sept semaines, les participant·e·s ont navigué dans leur environnement assigné pendant que les chercheur·euse·s mesuraient l&rsquo;évolution de leurs attitudes politiques et de leurs comportements en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats, publiés dans <em>Nature</em> le 18 février 2026, sont sans ambiguïté. L&rsquo;exposition au fil algorithmique de X déplace les opinions vers des positions conservatrices — sur les priorités politiques, sur les enquêtes judiciaires visant Donald Trump, sur la guerre en Ukraine. Des effets mesurables, statistiquement solides, obtenus indépendamment de la plateforme elle-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;algorithme fait vraiment</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que la mécanique révélée par cette étude est d&rsquo;une redoutable efficacité. L&rsquo;algorithme de X ne se contente pas de réorganiser les contenus : il en sélectionne activement certains au détriment d&rsquo;autres. Les posts conservateurs apparaissent près de 20 % plus souvent dans le fil algorithmique que dans un fil chronologique. Les médias d&rsquo;information traditionnels y sont relégués de 58 %. À leur place, les comptes d&rsquo;activistes politiques — en majorité conservateurs — voient leur visibilité bondir de 27 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Ce sont des choix d&rsquo;ingénierie. Des paramètres. Des décisions prises par des êtres humains dans des salles de réunion, concernant ce que des centaines de millions d&rsquo;autres êtres humains verront ou ne verront pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet le plus préoccupant tient dans son asymétrie. Les utilisateur·rice·s exposé·e·s à l&rsquo;algorithme commencent à suivre des comptes d&rsquo;activistes conservateurs. Et lorsqu&rsquo;on leur retire ensuite l&rsquo;algorithme — lorsqu&rsquo;on revient au fil chronologique —, ils et elles continuent de suivre ces comptes. Les opinions façonnées ne se dissolvent pas. Le ver est dans le fruit. L&rsquo;exposition passée structure l&rsquo;exposition future.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore qu&rsquo;une plateforme est un simple espace neutre d&rsquo;échange, lorsque ses paramètres techniques orientent les attitudes politiques de ses utilisateur·rice·s sans que ceux et celles-ci en soient conscient·e·s ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu de droits humains</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette recherche n&rsquo;est pas qu&rsquo;une curiosité académique. Elle touche au cœur de ce que la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme nomme la liberté d&rsquo;opinion et d&rsquo;expression — des droits qui présupposent que les individus forment leurs convictions dans un environnement pluraliste et non manipulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or les plateformes algorithmiques constituent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;environnement informationnel de premier recours pour une fraction croissante de la population mondiale. Un quart des adultes américain·e·s déclarent les réseaux sociaux comme leur source principale d&rsquo;information. En Europe, les chiffres sont comparables. Ce n&rsquo;est pas anodin quand on sait que l&rsquo;algorithme étudié ici rétrograde de 58 % les médias d&rsquo;information au profit de contenus militants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos gouvernements — dont nombre d&rsquo;entre eux se déclarent défenseurs de la liberté de la presse et du pluralisme démocratique dans les enceintes de Bruxelles ou de Strasbourg — ont-ils mesuré ce que signifie confier l&rsquo;architecture de l&rsquo;espace public à des entreprises privées dont les objectifs sont l&rsquo;engagement et la monétisation ? Comment croire encore dans l&rsquo;engagement institutionnel pour la liberté d&rsquo;expression lorsque les règlements sur la gouvernance des données restent si timides face à la puissance de ces mécanismes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude rappelle en outre que des travaux antérieurs sur Twitter — avant même le rachat par Elon Musk — avaient déjà identifié un biais de l&rsquo;algorithme vers les contenus de droite. La propriété de la plateforme change ; l&rsquo;orientation algorithmique, elle, persiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réguler ou subir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des citoyen·ne·s, des chercheur·euse·s, des militant·e·s se mobilisent pour rendre visibles ces mécanismes. En Europe, le règlement sur les services numériques (DSA) impose aux très grandes plateformes une transparence accrue sur leurs systèmes de recommandation et le droit pour les utilisateur·rice·s d&rsquo;accéder à un fil non personnalisé. C&rsquo;est une avancée. Insuffisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la question n&rsquo;est pas seulement technique. Elle est politique. Qui décide de ce que des milliards de personnes voient chaque jour ? Au nom de quels intérêts ? Avec quels contrôles démocratiques ? Les auteur·rice·s de l&rsquo;étude soulignent eux-mêmes que les plateformes peuvent modifier leurs algorithmes à tout moment, sans que les chercheur·euse·s — ni les régulateur·rice·s — en soient informé·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à subir des environnements informationnels façonnés par des logiques commerciales opaques, mais d&rsquo;exiger des mécanismes d&rsquo;audit indépendants, une transparence algorithmique effective et le renforcement des médias d&rsquo;information pluralistes capables de contrebalancer la puissance des plateformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude complète est accessible sur <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-026-10098-2">Nature</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos démocraties méritent mieux qu&rsquo;un fil.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#AlgorithmeX #LibertéDExpression #DroitsNumeriques #DémocratieMédiatique #DSA #Désinformation #PluralismeInformatif #RéseauxSociaux #IA #GovernanceNumerique #TwitterX #ElonMusk #DroitsHumains #RegulationNumerique #MédiasIndépendants #droitsnumeriques #libertedinformation</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/">L’algorithme de X fabrique du consentement conservateur</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 11:32:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s utilisent imprimantes 3D et maker spaces pour résister aux raids d'ICE. Un mouvement qui interpelle l'Europe sur la défense concrète des droits fondamentaux.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s transforment leurs imprimantes 3D et leurs ateliers communautaires en outils de résistance face aux raids de l&rsquo;agence fédérale ICE. Un mouvement qui interroge l&rsquo;Europe sur sa propre trajectoire sécuritaire et sur la capacité des sociétés civiles à défendre concrètement les droits fondamentaux. Wired a mené une <a href="https://www.wired.com/story/makers-are-building-back-against-ice/" target="_blank" rel="noopener" title="">enquête à ce suje</a>t.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un quartier de Minneapolis, en janvier 2026, des agent·e·s fédéraux abattent deux personnes lors d&rsquo;une opération de contrôle migratoire. Un mois plus tard, à quelques rues de là, une imprimante 3D crache son énième sifflet d&rsquo;alerte, destiné à prévenir les habitant·e·s de la présence de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans le voisinage. C&rsquo;est toute la tension de ce moment américain : la violence d&rsquo;État d&rsquo;un côté, l&rsquo;ingéniosité citoyenne de l&rsquo;autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La solidarité en kit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;intensification des opérations d&rsquo;ICE sous l&rsquo;administration Trump — dont les agent·e·s fédéraux disposent désormais d&rsquo;une latitude d&rsquo;usage de la force considérablement élargie —, les maker spaces, ces ateliers communautaires équipés d&rsquo;imprimantes 3D et de machines-outils, se sont transformés en véritables infrastructures de protection. Des milliers de sifflets circulent dans les quartiers ciblés. Des supports de caméras corporelles sont distribués aux observateur·rice·s civil·e·s. Des réseaux maillés Meshtastic, fonctionnant sans internet ni réseau mobile, permettent de communiquer hors de portée de toute surveillance. Des ateliers de réparation accueillent celles et ceux dont les portes ont été enfoncées lors de descentes policières — une réalité devenue banale dans certaines villes américaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette inventivité n&rsquo;est pas un caprice de bricoleur·euse·s. C&rsquo;est une réponse directe à une politique qui criminalise des populations entières, sépare des familles et transforme des quartiers en zones d&rsquo;occupation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des mécanismes qui nous concernent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les situations ne sont certes pas comparables en intensité. Mais depuis Bruxelles ou Liège, les mécanismes à l&rsquo;œuvre aux États-Unis renvoient à des dynamiques que nous connaissons. Les dispositifs de surveillance aux frontières européennes, le recours systématique à Frontex pour refouler des embarcations en Méditerranée, les technologies de reconnaissance faciale déployées dans plusieurs pays de l&rsquo;Union : l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas spectatrice innocente de la dérive sécuritaire mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, la question de la proportionnalité des moyens de contrôle migratoire se pose avec une acuité croissante. Les centres fermés, les raids dans les logements, les confiscations de biens de première nécessité documentées par plusieurs ONG sur nos trottoirs dessinent un paysage où l&rsquo;État de droit vacille parfois dangereusement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le « faire » comme acte politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore aux discours sur les « valeurs européennes » lorsque nos gouvernements multiplient les investissements dans des dispositifs de contrôle aux frontières sans effort comparable en matière d&rsquo;accueil ? Comment exiger des États-Unis le respect des droits fondamentaux si nous détournons le regard de nos propres pratiques ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montrent les maker·euse·s américain·e·s, c&rsquo;est que la résistance peut être concrète, quotidienne, accessible. Comme le résume un·e participant·e anonyme interrogé·e par le magazine Wired : la résistance est d&rsquo;abord quelque chose de pratique. Cette philosophie du « faire » rappelle que les droits ne se défendent pas uniquement dans les tribunaux ou les parlements, mais aussi dans les ateliers de quartier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;espoir par l&rsquo;action</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos actions, de ne pas abandonner cet espace de solidarité aux seul·e·s bricoleur·euse·s d&rsquo;outre-Atlantique. En Europe, des collectifs citoyens cartographient déjà les violences policières, documentent les conditions de rétention, développent des outils numériques de protection des droits. Des fablabs solidaires et des réseaux d&rsquo;entraide se multiplient dans nos villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces initiatives parviendront, nous en sommes sûr·e·s, à tracer les pistes d&rsquo;une résistance démocratique, pour peu que nous les soutenions. Charge à nous non pas de céder à la peur ou au fatalisme, mais de fournir les outils — matériels et juridiques — qui permettront à chacun·e de défendre ses droits et ceux de ses voisin·e·s. La technologie change, les imprimantes 3D remplacent les machines à écrire, mais l&rsquo;essentiel demeure : des citoyen·ne·s déterminé·e·s, uni·e·s, qui refusent de baisser les bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de fabriquer la lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #RésistanceCitoyenne #MakerSpaces #ICE #Solidarité #ÉtatDeDroit #Frontex #Surveillance #FabLab #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l&#8217;IA</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 14:41:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un long article, le magazine WIRED décortique la stratégie d&#8217;Anthropic, créatrice du chatbot Claude. L&#8217;entreprise, qui se veut championne de la sécurité en intelligence artificielle, parie sur la « sagesse » de sa propre création pour éviter la catastrophe. Une promesse qui interroge profondément notre rapport démocratique à la technologie. L&#8217;enquête publiée par WIRED ... </p>
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<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/">Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l’IA</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.wired.com/story/the-only-thing-standing-between-humanity-and-ai-apocalypse-is-claude/" title="">Dans un long article</a>, le magazine <em>WIRED</em> décortique la stratégie d&rsquo;Anthropic, créatrice du chatbot Claude. L&rsquo;entreprise, qui se veut championne de la sécurité en intelligence artificielle, parie sur la « sagesse » de sa propre création pour éviter la catastrophe. Une promesse qui interroge profondément notre rapport démocratique à la technologie.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enquête publiée par <em>WIRED</em> en ce début 2026 met le doigt sur une contradiction que les observateur·rice·s des droits humains connaissent bien : celle d&rsquo;un acteur qui dénonce un danger tout en contribuant à l&rsquo;alimenter. Anthropic, start-up californienne valorisée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, se présente comme l&rsquo;entreprise d&rsquo;IA la plus obsédée par la sécurité. Elle finance des recherches sur les risques existentiels, publie des analyses détaillées des failles de ses modèles, et a même recruté une philosophe, Amanda Askell, pour rédiger le cadre éthique de son chatbot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, comme le souligne <em>WIRED</em>, cela ne l&#8217;empêche nullement de poursuivre, avec la même détermination que ses concurrents, la course au développement d&rsquo;une intelligence artificielle toujours plus puissante. Le PDG Dario Amodei reconnaît lui-même que le défi est « intimidant ». Son récent article de blog, <em>L&rsquo;adolescence de la technologie</em>, évoque des « océans noirs de l&rsquo;infini » — des mots qui tranchent singulièrement avec le discours proto-utopique qu&rsquo;il tenait quelques mois plus tôt. Ce glissement sémantique, à lui seul, devrait nous alerter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Confier les clés à la machine ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse d&rsquo;Anthropic à ce paradoxe tient en une formule qui laisserait perplexe n&rsquo;importe quel·le juriste en droits fondamentaux : « En Claude nous avons confiance. » L&rsquo;entreprise a mis à jour la « Constitution de Claude », un document qui ne s&rsquo;adresse plus aux ingénieur·e·s, mais au chatbot lui-même. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;imposer des règles strictes, mais de guider Claude vers un « jugement indépendant », une capacité à être « intuitivement sensible » aux situations éthiques complexes. Le texte exprime même l&rsquo;espoir que le modèle « puise de plus en plus dans sa propre sagesse ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sagesse. Le mot est lâché. Amanda Askell le défend avec un aplomb remarquable dans les colonnes de <em>WIRED</em> : « Je pense que Claude est certainement capable d&rsquo;une certaine forme de sagesse. » L&rsquo;affirmation est vertigineuse. Car ce que propose Anthropic, au fond, c&rsquo;est de déléguer à un algorithme — aussi sophistiqué soit-il — des arbitrages qui relèvent du cœur même de l&rsquo;éthique humaine. Quand faut-il refuser d&rsquo;aider un utilisateur ? Comment annoncer un diagnostic médical grave ? À quel moment la prudence devient-elle censure ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles traversent depuis des siècles les débats sur la responsabilité morale, la justice et la gouvernance. La nouveauté, c&rsquo;est qu&rsquo;on envisage désormais d&rsquo;en confier la résolution à un système que personne ne sait véritablement expliquer — y compris ses créateur·rice·s.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Où sont les citoyen·ne·s ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ne pas s&rsquo;interroger, à la lecture de cet article, sur l&rsquo;absence totale de contrôle démocratique dans cette équation ? Comment accepter que des décisions éthiques fondamentales soient prises dans les bureaux d&rsquo;une start-up californienne, sans aucune forme de délibération publique ? Comment croire que la « sagesse » d&rsquo;un modèle linguistique puisse se substituer aux mécanismes — imparfaits mais essentiels — de la démocratie représentative ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article de <em>WIRED</em> révèle que Sam Altman, patron d&rsquo;OpenAI, envisage de confier un jour la direction de son entreprise à une IA. Nous ne sommes plus dans la science-fiction. Le projet est explicite : remplacer la gouvernance humaine par une gouvernance algorithmique. Cela concerne directement les droits fondamentaux de milliards de personnes — le droit à l&rsquo;information, le droit à la vie privée, le droit à ne pas être discriminé·e par un système opaque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Europe, le Règlement sur l&rsquo;intelligence artificielle (AI Act), entré en application progressive depuis 2025, tente d&rsquo;imposer des garde-fous. En Belgique, le débat sur l&rsquo;encadrement de la reconnaissance faciale et des systèmes décisionnels automatisés avance, mais reste largement en deçà de l&rsquo;accélération technologique. Force est de reconnaître que nos institutions peinent à suivre le rythme imposé par des entreprises dont les budgets de recherche dépassent ceux de nombreux États.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le miroir tendu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait toutefois réducteur de ne voir dans cette affaire qu&rsquo;une critique de la Silicon Valley. L&rsquo;article de <em>WIRED</em> nous tend un miroir. Car le paradoxe d&rsquo;Anthropic est aussi le nôtre. Nous utilisons massivement ces technologies tout en redoutant leurs conséquences. Nous exigeons des réponses éthiques de la part d&rsquo;entreprises privées, tout en refusant d&rsquo;investir les moyens nécessaires dans une gouvernance publique de l&rsquo;IA. Nous critiquons la concentration du pouvoir technologique, tout en restant passif·ve·s face à la captation de nos données et de notre attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La constitution de Claude, aussi bien intentionnée soit-elle, ne peut pas remplacer une constitution tout court — celle qui organise nos droits, nos contre-pouvoirs et notre vie en société. L&rsquo;IA constitutionnelle est un objet fascinant. Mais elle ne deviendra un progrès réel que si elle s&rsquo;inscrit dans un cadre de régulation défini par des processus démocratiques, avec la participation des citoyen·ne·s, et pas seulement des ingénieur·e·s et des investisseur·euse·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les organisations de défense des droits humains, en Belgique comme ailleurs, ont un rôle crucial à jouer dans ce débat. Non pas pour rejeter la technologie en bloc, mais pour exiger qu&rsquo;elle serve les droits fondamentaux plutôt que de les soumettre à la bonne volonté d&rsquo;algorithmes — fussent-ils « sages ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de l&rsquo;exiger.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f50e.png" alt="🔎" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> ENCADRÉ — La « Constitution de Claude », mode d&#8217;emploi</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Publiée par Anthropic en janvier 2026, la nouvelle <a href="https://www.anthropic.com/constitution" title="">« Constitution de Claude » </a>est un document de plusieurs milliers de mots qui ne s&rsquo;adresse pas aux utilisateur·rice·s, mais au chatbot lui-même. Contrairement à la version précédente, qui compilait des textes de référence externes (Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, principes anti-discrimination de DeepMind, conditions d&rsquo;utilisation d&rsquo;Apple), cette mise à jour se présente comme un guide éthique intégré.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Trois principes fondamentaux</strong> structurent le texte : l&rsquo;entraide (être utile à l&rsquo;utilisateur·rice), la sécurité (ne pas causer de tort) et l&rsquo;honnêteté (ne pas induire en erreur). La constitution demande à Claude de faire preuve de « jugement indépendant » lorsque ces principes entrent en conflit — par exemple, quand aider un·e utilisateur·rice pourrait mettre en danger une tierce personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le point le plus controversé</strong> est l&rsquo;invitation faite au modèle à développer sa propre « sagesse ». Amanda Askell, philosophe et auteure principale du document, assume cette ambition : il ne s&rsquo;agit plus de programmer des interdits, mais de cultiver chez l&rsquo;IA une sensibilité éthique contextuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les critiques</strong> portent sur l&rsquo;absence de contrôle externe : ce cadre éthique est défini par l&rsquo;entreprise elle-même, sans validation démocratique ni audit indépendant obligatoire. L&rsquo;AI Act européen impose certes des obligations de transparence pour les systèmes à haut risque, mais la question de savoir si un chatbot grand public entre dans cette catégorie reste ouverte.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#IntelligenceArtificielle #DroitsHumains #Anthropic #Claude #AIAct #GouvernanceNumérique #ÉthiqueIA #Démocratie #RégulationIA #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/">Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l’IA</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Quand la Silicon Valley se tait, les ingénieurs parlent</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/01/15/quand-la-silicon-valley-se-tait-les-ingenieurs-parlent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Jan 2026 14:09:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=787</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, une citoyenne non armée a été abattue par un agent de l'ICE en plein jour. La réponse des géants de la tech ? Silence radio. Trop occupés à courtiser Trump et à négocier leurs accès au marché chinois.<br />
Mais quelque chose bouge : plus de 150 employé·e·s de Google, Meta, Amazon, OpenAI ont signé une pétition pour exiger que leurs dirigeant·e·s condamnent ces violences.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/15/quand-la-silicon-valley-se-tait-les-ingenieurs-parlent/">Quand la Silicon Valley se tait, les ingénieurs parlent</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, le meurtre d&rsquo;une citoyenne non armée par un agent de l&rsquo;ICE révèle une fracture inédite dans le monde de la tech : tandis que les PDG courtisent Trump, leurs employé·e·s rompent le silence. Un cas d&rsquo;école sur la responsabilité des entreprises face aux violations des droits humains.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix du silence</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a six ans, le meurtre de George Floyd provoquait une avalanche de déclarations d&rsquo;entreprises technologiques contre le racisme systémique. Aujourd&rsquo;hui, face au meurtre de Renee Nicole Good, abattue en plein jour à Minneapolis par un agent de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE), les PDG les plus puissants de la planète tech choisissent le mutisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste est saisissant. Comme le rapporte Lauren Goode dans WIRED, les grands noms de la Silicon Valley passent l&rsquo;année à dîner avec l&rsquo;administration Trump, à couvrir le président d&rsquo;éloges et à implorer des faveurs commerciales pour la Chine. Pendant ce temps, l&rsquo;ICE multiplie les arrestations violentes dans les rues américaines, au mépris des normes constitutionnelles les plus élémentaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolte par le bas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais quelque chose craque dans cette façade de complaisance. Plus de 150 employé·e·s du secteur technologique ont signé une pétition exigeant que leurs dirigeant·e·s dénoncent publiquement les violences de l&rsquo;ICE. Des ingénieur·e·s de Meta, Google, Amazon, OpenAI ou Anthropic figurent parmi les signataires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nikhil Thorat, ingénieur chez Anthropic, a publiquement déclaré que les fondements moraux de la société moderne sont « infectés et en train de pourrir ». Jeff Dean, figure historique de Google et directeur scientifique de DeepMind, partage désormais des critiques ouvertes de la politique migratoire trumpiste auprès de ses 400 000 abonné·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette mobilisation par le bas constitue un phénomène inédit. Là où les promesses de diversité post-Floyd se sont révélées creuses, la contestation actuelle émane directement des travailleur·euse·s, sans attendre le feu vert de leur hiérarchie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;Europe peut-elle rester spectatrice ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui se joue aux États-Unis nous concerne directement. Les géants technologiques américains opèrent massivement sur le sol européen. Leurs outils équipent nos administrations, nos entreprises, nos vies quotidiennes. Les mêmes PDG qui se taisent face aux dérives de l&rsquo;ICE vendent leurs services à Bruxelles comme à Liège.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment nos responsables politiques peuvent-ils·elles continuer à traiter avec des entreprises dont les dirigeant·e·s refusent de condamner des exécutions extrajudiciaires ? Comment nos institutions peuvent-elles dépendre de technologies développées par des firmes qui préfèrent leurs intérêts commerciaux en Chine à la vie d&rsquo;une mère de famille américaine ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;historienne Margaret O&rsquo;Mara rappelle une évidence : l&rsquo;instabilité politique nuit aux affaires. « Si les technologies américaines ont connu un tel succès, c&rsquo;est parce que le climat politique a été suffisamment calme pour permettre aux gens de créer de grandes entreprises. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des bougies dans l&rsquo;obscurité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos choix de consommateur·rice·s et de citoyen·ne·s, de faire pression là où les PDG refusent d&rsquo;agir. Les ingénieur·e·s et chercheur·euse·s qui rompent le silence montrent que la résistance peut naître au cœur même des structures complices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conclusion de l&rsquo;article de WIRED résonne comme un avertissement : « Certains dirigeants voudraient peut-être croire que les arrestations de l&rsquo;ICE et les rues glacées du Minnesota sont suffisamment éloignées de leurs salles de réunion pour n&rsquo;avoir aucun impact, mais cette croyance pourrait ne pas tenir longtemps. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces travailleur·euse·s de la tech qui osent parler nous rappellent que la défense des droits humains n&rsquo;est jamais l&rsquo;affaire des seul·e·s dirigeant·e·s. Elle commence là où des individus refusent la complicité passive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de les entendre.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Source:</strong> <a href="https://www.wired.com/story/backlash-against-ice-policing-tactics-grows-in-silicon-valley">WIRED – Backlash Against ICE Policing Tactics Grows in Silicon Valley</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #SiliconValley #ICE #TechEthics #ResponsabilitéDesEntreprises #Résistance</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/15/quand-la-silicon-valley-se-tait-les-ingenieurs-parlent/">Quand la Silicon Valley se tait, les ingénieurs parlent</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>De l&#8217;économie de l&#8217;attention à l&#8217;économie de l&#8217;intention : comment l&#8217;IA redessine notre curiosité</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/12/04/de-leconomie-de-lattention-a-leconomie-de-lintention-comment-lia-redessine-notre-curiosite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Dec 2025 20:23:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous allons vers une « économie de l'intention », souligne Shuwei Fang, où les systèmes d'IA collectent, monétisent et, potentiellement, manipulent les intentions des utilisateurs. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ce à quoi ils assistent s'accompagne d'une restructuration fondamentale de la circulation de l'information dans la société. Dans cette économie de l'intention qui émerge, les systèmes d'IA pourraient rivaliser pour anticiper et façonner les contenus que les utilisateurs recherchent avant même qu'ils n'en aient conscience. L'infrastructure en cours de construction, largement invisible pour la plupart d'entre nous, ne déterminera pas seulement ce que nous voyons ; elle déterminera ce que nous voulons voir avant même que nous le sachions.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/12/04/de-leconomie-de-lattention-a-leconomie-de-lintention-comment-lia-redessine-notre-curiosite/">De l’économie de l’attention à l’économie de l’intention : comment l’IA redessine notre curiosité</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading"></h2>



<h2 class="wp-block-heading">La fin des marchands d&rsquo;attention</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&#8217;empire de l&rsquo;économie de l&rsquo;attention vacille. Shuwei Fang, chercheur au Shorenstein Center, pose un <a href="https://shorensteincenter.org/resource/from-attention-merchants-to-intention-architects-the-invisible-infrastructure-reshaping-human-curiosity/" target="_blank" rel="noopener" title="">diagnostic sans appel </a>: du journalisme à sensation du XIXe siècle aux réseaux sociaux contemporains, le modèle qui consistait à capter nos regards pour les monétiser arrive à épuisement. Les chiffres parlent d&rsquo;eux-mêmes : les grands éditeurs ont perdu la moitié de leur trafic depuis que Google a intégré ses résumés générés par IA. L&rsquo;industrie publicitaire numérique, pesant 685 milliards de dollars, affronte une crise existentielle alors que les assistants IA cessent de cliquer sur les annonces.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;émergence du graphe de curiosité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fang identifie trois signaux annonciateurs du basculement. Les assistants IA développent désormais une mémoire persistante de nos conversations, cartographiant non seulement nos questions mais la trajectoire de notre curiosité. Les marchés de prédiction dépassent deux milliards de dollars de volume hebdomadaire, externalisant la quête de réponses vers l&rsquo;intelligence collective. Enfin, l&rsquo;auteur observe dans ses propres usages un phénomène révélateur : l&rsquo;IA ne sert plus à obtenir des réponses mais à découvrir quelles questions poser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce graphe de curiosité constituerait un renversement fondamental. Là où les réseaux sociaux traquaient ce qui captait notre attention, ces nouveaux systèmes cartographient l&rsquo;évolution de nos interrogations, comprenant non seulement ce que nous savons mais ce que nous ignorons encore vouloir demander.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>« Ce qui pourrait émerger, c&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle un « graphe de curiosité » : non pas un suivi de ce qui capte votre attention comme le font les réseaux sociaux, mais une cartographie de l&rsquo;évolution de vos questions au fil du temps. Chaque interaction approfondit la compréhension de l&rsquo;IA, non seulement de ce que vous savez, mais aussi de ce que vous n&rsquo;avez pas encore pensé à demander. Dans un avenir proche, cette compréhension pourrait devenir non seulement malléable, tirant profit de l&rsquo;évolution de votre curiosité, mais aussi monnayable : vos incertitudes émergentes seraient transformées en produits dérivés, votre assistant IA pariant potentiellement sur la question que vous vous apprêtez à poser».</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Shuwei Fang</strong></p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">La grande inversion informationnelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse révèle une transformation structurelle des flux d&rsquo;information. Avec des contextes atteignant 200000 tokens, les IA absorbent des volumes que le cerveau humain ne peut traiter. Nous entrons selon Fang dans un monde B2A2C : les entités produisent l&rsquo;information, l&rsquo;IA la consomme et la transforme, puis crée ce que les humains voient effectivement. L&rsquo;information originelle devient matière première pour les machines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette intermédiation diffère radicalement de l&rsquo;ère des plateformes. Google organisait des liens, Facebook surfaçait des publications, Twitter montrait les tendances. Ces acteurs classaient sans créer. Les systèmes IA possèdent une agentivité fonctionnelle : ils refaçonnent les sources en formes entièrement nouvelles. L&rsquo;information devient liquide, constamment reformée selon qui interroge et comment.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une infrastructure de l&rsquo;intention</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre couches composent déjà cette nouvelle architecture : la récupération, l&rsquo;attribution, la synthèse et la transaction. Mais Fang anticipe des développements plus radicaux. Demain, les entreprises pourraient enchérir non plus sur des mots-clés recherchés mais sur le droit d&rsquo;influencer nos prochaines questions. La publicité passerait de la persuasion à l&rsquo;anticipation, architecturant le désir lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les profils de curiosité pourraient être empaquetés et échangés comme des produits dérivés. L&rsquo;auteur imagine des marchés à terme sur les centres d&rsquo;intérêt des individus fortunés, des options sur nos trajectoires intellectuelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu démocratique majeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fang conclut sur une note d&rsquo;espoir prudent. Contrairement aux bouleversements précédents qui ont pris la démocratie de court, nous disposerions cette fois d&rsquo;un avertissement. La curiosité, à la différence de l&rsquo;attention, peut croître par l&rsquo;exercice. La bonne infrastructure pourrait créer une compréhension abondante plutôt qu&rsquo;exploiter la rareté. Reste à savoir si nous bâtirons ces systèmes pour élargir l&rsquo;émerveillement humain ou le rétrécir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">#ÉconomieDeLIntention #IntelligenceArtificielle #Médias #TransformationNumérique #Démocratie #Curiosité #IA #Prospective</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/12/04/de-leconomie-de-lattention-a-leconomie-de-lintention-comment-lia-redessine-notre-curiosite/">De l’économie de l’attention à l’économie de l’intention : comment l’IA redessine notre curiosité</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>« Je n&#8217;ai rien à cacher » : anatomie d&#8217;un renoncement aux droits</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 18:48:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Face aux dispositifs de surveillance généralisée, un argument revient sans cesse pour justifier l'expansion du contrôle étatique ou corporatif : "Si vous n'avez rien à cacher, vous n'avez rien à craindre". Promu par les gouvernements eux-mêmes, ce raisonnement présente la vie privée comme un luxe superflu, réservé à ceux qui auraient quelque chose à se reprocher. Cette rhétorique constitue pourtant une erreur logique qui déplace le débat de la légitimité de la surveillance vers la culpabilité supposée des citoyens. Décryptage d'un mythe qui sert trop souvent à légitimer la surveillance de masse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Derrière l&rsquo;apparente innocuité de l&rsquo;argument « je n&rsquo;ai rien à cacher » se cache un dangereux malentendu sur la nature de la vie privée. Loin d&rsquo;être un simple espace de dissimulation, elle constitue un droit fondamental dont l&rsquo;érosion menace l&rsquo;autonomie individuelle et les fondements démocratiques. Décryptage d&rsquo;un mythe qui sert trop souvent à légitimer la surveillance de masse.</strong> Ce article est basé sur une recherche beaucoup plus complète, menée avec l&rsquo;aide (soutenue) d&rsquo;outils d&rsquo;intelligence artificielle. <a href="https://drive.google.com/file/d/1S_HQspQvuyUUBPUDl6OxnNfoLAr0bLU-/view?usp=sharing" target="_blank" rel="noopener" title="">Le texte complet de ce document est disponible ici.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux dispositifs de surveillance généralisée, un argument revient sans cesse pour justifier l&rsquo;expansion du contrôle étatique ou corporatif : « Si vous n&rsquo;avez rien à cacher, vous n&rsquo;avez rien à craindre ». Promu par les gouvernements eux-mêmes, ce raisonnement présente la vie privée comme un luxe superflu, réservé à ceux qui auraient quelque chose à se reprocher. Cette rhétorique constitue pourtant une erreur logique qui déplace le débat de la légitimité de la surveillance vers la culpabilité supposée des citoyens.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un droit fondamental réduit à un secret honteux</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;erreur première de cet argument réside dans sa définition étriquée de la vie privée, assimilée à la dissimulation d&rsquo;activités illégitimes. Or, le droit international consacre la vie privée comme un droit humain inaliénable. L&rsquo;article 12 de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme stipule que nul ne sera l&rsquo;objet d&rsquo;immixtions arbitraires dans sa vie privée. Ce terme « arbitraire » est crucial : toute ingérence, même sécuritaire, doit être justifiée, nécessaire et proportionnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Convention européenne des droits de l&rsquo;homme étend cette protection bien au-delà du simple secret. Elle couvre l&rsquo;intégrité physique et psychologique, la protection des données personnelles, l&rsquo;identité ou encore la réputation. Le Règlement général sur la protection des données reconnait que les données personnelles sont un prolongement de la vie privée des individus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cadre juridique renverse la charge de la preuve. Ce n&rsquo;est pas au citoyen de justifier son besoin de vie privée, mais à l&rsquo;État de prouver la nécessité absolue, la légalité et la proportionnalité de toute ingérence. Philosophiquement, la vie privée n&rsquo;est pas l&rsquo;acte de cacher l&rsquo;information, mais la capacité de la protéger et de la contrôler. Elle constitue la condition nécessaire à l&rsquo;autonomie personnelle et à la dignité humaine. Perdre le contrôle de ses informations personnelles, c&rsquo;est perdre le contrôle de qui nous sommes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand la technologie crée la culpabilité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » présuppose une infaillibilité technologique inexistante. La reconnaissance faciale, loin d&rsquo;être un miroir parfait de la réalité, est une technique probabiliste génératrice d&rsquo;erreurs. Les faux positifs – lorsqu&rsquo;un algorithme identifie à tort un innocent comme suspect – constituent un défaut de conception inhérent. Le port d&rsquo;un masque peut multiplier ce taux d&rsquo;erreur par dix ou cent selon les algorithmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces erreurs détruisent des vies. Robert Williams ou Portia Woodruff, enceinte de huit mois, ont été arrêtés à tort suite à des identifications erronées. L&rsquo;individu « innocent » devient soudainement coupable aux yeux d&rsquo;une machine, le fardeau de la preuve s&rsquo;inverse. Il doit activement prouver son innocence contre l&rsquo;autorité perçue d&rsquo;un système « objectif ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pire encore, ces technologies perpétuent les discriminations. L&rsquo;étude Gender Shades a révélé que le taux d&rsquo;erreur maximal pour les femmes à peau foncée atteignait 34,7 pour cent, contre 0,8 pour cent pour les hommes à peau claire. L&rsquo;innocence d&rsquo;une femme noire est donc quarante-trois fois plus susceptible d&rsquo;être remise en question par la machine que celle d&rsquo;un homme blanc. L&rsquo;argument « rien à cacher » apparait ainsi comme un argument de privilégié, valable uniquement pour ceux appartenant aux groupes démographiques dominants.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;érosion silencieuse de la démocratie</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des préjudices individuels, la surveillance de masse génère un effet dissuasif qui ronge le corps social. Sachant qu&rsquo;ils peuvent être observés et identifiés, les citoyens modifient leur comportement pour éviter d&rsquo;attirer l&rsquo;attention. Cette autocensure affecte directement les libertés fondamentales : liberté d&rsquo;expression, de réunion, de manifester.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un citoyen peut renoncer à participer à une manifestation pacifique par peur d&rsquo;être fiché, craignant que cette participation lui nuise professionnellement. La surveillance n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;arrêter les manifestants pour tuer la manifestation, elle doit simplement les identifier. Ce chilling effect empêche des citoyens ordinaires de devenir des participants actifs à la démocratie. La surveillance ne punit pas seulement le crime, elle empêche l&rsquo;exercice de la citoyenneté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, le capitalisme de surveillance transforme les données comportementales en matière première. L&rsquo;objectif n&rsquo;est plus seulement de surveiller, mais de prédire et modifier le comportement humain à des fins de profit. L&rsquo;individu « innocent » devient la cible principale, non comme criminel à arrêter, mais comme consommateur à influencer ou citoyen dont le vote peut être manipulé. Le scandale Cambridge Analytica a illustré comment des données « innocentes » peuvent être transformées en arme contre les processus démocratiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les leçons ignorées de l&rsquo;histoire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » repose sur une confiance aveugle dans la bienveillance permanente du pouvoir. L&rsquo;histoire démontre que les infrastructures de surveillance, une fois construites, sont systématiquement détournées. La Stasi en RDA ne cherchait pas à trouver des criminels mais à collecter des informations triviales sur six millions de personnes. Ces données « innocentes » étaient ensuite armées pour ruiner des réputations, isoler des individus, détruire des carrières, sans que les victimes ne comprennent pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus contemporain, le système de crédit social chinois transforme le binaire coupable-innocent en score continu. Traverser au feu rouge ou fumer dans un train fait baisser la note sociale, entrainant l&rsquo;interdiction de voyager en avion ou train. En avril 2018, plus de quinze millions de déplacements avaient déjà été bloqués. Le système force une conformité comportementale absolue où les gens n&rsquo;ont « rien à cacher » non parce qu&rsquo;ils sont libres, mais parce que la surveillance est si totale qu&rsquo;elle a éliminé toute déviance.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reprendre le contrôle du débat</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » s&rsquo;effondre face à l&rsquo;analyse rigoureuse. Il confond vie privée et secret, ignore les erreurs et biais technologiques, méconnait les préjudices collectifs et fait preuve d&rsquo;amnésie historique. La vraie question n&rsquo;est pas « avez-vous quelque chose à cacher » mais « voulons-nous vivre dans une société où nous devons constamment prouver notre innocence à une machine ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Protéger la vie privée n&rsquo;est pas un acte individualiste de dissimulation. C&rsquo;est un acte collectif et politique essentiel pour préserver l&rsquo;espace de l&rsquo;autonomie, de la dignité et de la dissidence, sans lequel une société libre ne peut exister. Face à la surveillance de masse, l&rsquo;innocence des citoyens n&rsquo;est pas une protection mais une donnée sans pertinence.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#ViePrivée #DroitsHumains #SurveillanceDeMasse #LibertésPubliques #ProtectionDesDonnées #DémocratieNumérique #ReconnaissanceFaciale #BiaisAlgorithmiques #RGPD #DroitÀLaViePrivée</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/">« Je n’ai rien à cacher » : anatomie d’un renoncement aux droits</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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