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	<title>Union européenne - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
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	<title>Union européenne - En avant</title>
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		<title>Salomé Saqué : « L&#8217;extrême droite ne résoudra jamais la question sociale »</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 14:29:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit Du Travail]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La montée des autoritarismes coïncide avec une concentration inédite des richesses. Pour la journaliste économique Salomé Saqué, l'extrême droite offre une réponse xénophobe à un problème d'abord social : le déclassement et le sentiment d'injustice.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/">Salomé Saqué : « L’extrême droite ne résoudra jamais la question sociale »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>La montée des autoritarismes coïncide avec une concentration inédite des richesses. Pour la journaliste économique Salomé Saqué, l&rsquo;extrême droite offre une réponse xénophobe à un problème qui est d&rsquo;abord social : le déclassement et le sentiment d&rsquo;injustice. Entretien sur les narratifs qui nous empêchent de penser le partage des richesses.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Voir aussi: <a href="https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/">Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;alarmisme, ce sont des données</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On ne parle quasiment plus de classes sociales dans les débats, y compris lorsqu&rsquo;on cherche à expliquer l&rsquo;émergence de l&rsquo;extrême droite. Pourquoi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, quelque chose a bougé dans la manière dont on pense la classe sociale, et dans l&rsquo;analyse aussi des raisons du glissement vers l&rsquo;extrême droite. Je pense que le vote d&rsquo;extrême droite ne s&rsquo;explique pas de façon binaire, avec une seule grande cause. En tant que journaliste, j&rsquo;ai beaucoup regardé ce que disaient les spécialistes sur le sujet — les universitaires, les sociologues : ils ne sont pas d&rsquo;accord entre eux. Je ne peux donc pas apporter une explication trop simpliste à cette question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je constate que l&rsquo;émergence de ces mouvements autoritaires intervient dans un moment de crise du système économique. Et ce n&rsquo;est pas un hasard que cela arrive au moment où l&rsquo;on a beaucoup de mal à faire perdurer ce système de la croissance éternelle, de l&rsquo;exploitation des ressources d&rsquo;autres pays, d&rsquo;autres peuples. On en parle encore, mais plus de la même manière qu&rsquo;au XIXᵉ siècle. Des bouleversements sont intervenus : le gâteau n&rsquo;est pas infini, on ne peut pas le rendre indéfiniment plus gros. Et donc se pose la question du partage des richesses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« C&rsquo;est la faute de l&rsquo;étranger » : une réponse simpliste à un problème réel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Je pose cette question de la montée des autoritarismes à un moment où le partage des richesses non seulement n&rsquo;est pas effectif, mais devient de moins en moins important et de plus en plus concentré. Les partis d&rsquo;extrême droite apportent une réponse simpliste et erronée à un problème économique plus large : celui de l&rsquo;accès aux ressources, de la dignité des conditions de vie. Ils disent : « C&rsquo;est la faute de l&rsquo;étranger, c&rsquo;est la faute de telle minorité, de telle religion. » Et si l&rsquo;on évince cette communauté, la promesse, c&rsquo;est : « Vous allez retrouver vos conditions de vie d&rsquo;avant » — des conditions complètement fantasmées, qui n&rsquo;ont jamais été réelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a donc une approche économique du problème, même si elle est totalement infondée. Ils affirment souvent : « Les étranger·ère·s vous volent votre travail. » Cela montre bien que c&rsquo;est un vrai sujet : le pouvoir d&rsquo;achat, le pouvoir économique, l&rsquo;insertion professionnelle. Au lieu de le prendre avec une approche de classe, ils le prennent avec une approche xénophobe. Mais l&rsquo;enjeu, lui, est réel. C&rsquo;est l&rsquo;un des terreaux de la montée du vote pour ces partis : ce déclassement d&rsquo;une partie des populations, et ce sentiment d&rsquo;injustice que ressentent beaucoup de gens sur le plan économique, alors même qu&rsquo;ils occupent des positions très différentes dans la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il y a urgence. Si l&rsquo;on entend faire face à l&rsquo;extrême droite, on ne peut pas faire l&rsquo;économie de ces problèmes — économiques, pour le coup. On ne peut pas éviter cette question de la répartition des richesses, de l&rsquo;organisation économique de notre société : qui possède quoi, qui produit quoi, dans quelles conditions. Évidemment, c&rsquo;est beaucoup plus compliqué d&rsquo;essayer de résoudre cela que de désigner un·e responsable factice de tous les maux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, il est important de souligner que, dans tous les pays où l&rsquo;extrême droite arrive au pouvoir, elle ne résout pas ces questions économiques. La promesse — « On va expulser des étranger·ère·s et vos conditions de vie vont s&rsquo;améliorer » — ne se vérifie jamais. Ce n&rsquo;est pas ce qui se passe. À aucun moment ces partis n&rsquo;apportent une rupture économique, à aucun moment ils ne changent l&rsquo;ordre social. Au contraire : ils le renforcent, dans leur programme comme dans son application. Il y a très peu de doute là-dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m&rsquo;interpelle davantage, c&rsquo;est de comprendre pourquoi ils ont gagné certains esprits avec des discours qui ne sont pas corrélés à la réalité de ce qu&rsquo;ils font — littéralement, même avant d&rsquo;arriver au pouvoir, de ce qu&rsquo;ils votent au Parlement. En France, à l&rsquo;Assemblée nationale comme au Parlement européen, que votent-ils ? Ils ne protègent globalement pas les droits des travailleur·euse·s, encore moins ceux des plus vulnérables et des plus précaires. Il y a là un travail de clarification, de décryptage, que nous essayons de faire du côté des journalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On voit s&rsquo;imposer progressivement une logique schmittienne — désigner un « ennemi public » commun, ici le migrant, pour garantir la cohésion sociale — y compris dans les partis du centre. Mais cela pose la question du narratif d&rsquo;une alternative, alors qu&rsquo;on fait face à une situation économique qui réclamerait une forme de mondialisation du contrôle.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peu ce que disait Piketty dans son dernier ouvrage du contrôle fiscal » c&rsquo;est certain.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les libertariens sont en train de s&rsquo;imposer, sur le plan politique comme économique. Quelques pour cent détiennent presque tout. Si la gauche arrive au pouvoir, en sera-t-elle capable ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est toute la question : a-t-elle les recettes ? La gauche au sens partisan, je ne sais pas — ce ne sont pas les partis politiques que je couvre, et je ne fais pas de politique partisane. En revanche, je fais le constat, comme certain·e·s économistes et comme les personnes qui documentent cette situation, qu&rsquo;on ne peut pas se passer de mesures internationales sur la question du contrôle fiscal. Et ce n&rsquo;est pas si inatteignable : des choses ont déjà été mises en place. En réalité, tous les États du monde ont intérêt à ce que cela se fasse. Ensuite, ils peuvent disposer de leur argent comme ils l&rsquo;entendent pour leur propre pays. Mais que cela leur échappe complètement est néfaste pour tout le monde, sur le long terme. Donc non, ce n&rsquo;est pas si inatteignable.</p>



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<h2 class="wp-block-heading">Le mythe de la méritocratie, machine à reproduire les inégalités</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Je regarde le programme du Vlaams Belang ou du RN : leur narratif a glissé vers la gauche sur le terrain social, je dirais sur les services publics.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la pratique, non. Même si, officiellement, ils prônent la défense des services publics — c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils disent publiquement — ce n&rsquo;est pas du tout ce qu&rsquo;on retrouve dans leur programme. Il faut vraiment le préciser. Le RN repose sur une idéologie extrêmement méritocratique : l&rsquo;idée qu&rsquo;on a ce qu&rsquo;on mérite. Ils parlent aussi d&rsquo;« assisté·e·s », de personnes qui profiteraient des aides. Ils ne visent pas que les étranger·ère·s, mais aussi celles et ceux qui ne travaillent pas, qui dépendent de l&rsquo;aide sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est précisément le moment, en Belgique, avec l&rsquo;attaque contre les malades de longue durée et contre les chômeur·euse·s : 200 000 personnes exclues du chômage.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l&rsquo;on revient à cette question du narratif, ce qui est très compliqué à combattre, c&rsquo;est l&rsquo;idée du « quand on veut, on peut », cette méritocratie très installée, y compris dans des sociétés fortement inégalitaires comme les États-Unis. Elle a imprégné les esprits. Il y a cette idée que les très riches, d&rsquo;une certaine manière, méritent ce qu&rsquo;ils ont. Ce qu&rsquo;il faut rappeler, c&rsquo;est que cette notion implique aussi que les très pauvres mériteraient leur sort. Et cela, on l&rsquo;intègre beaucoup moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs phénomènes s&rsquo;opèrent, dont un biais du survivant chez les personnes qui « réussissent », qui parviennent à s&rsquo;extraire de leur classe sociale. On en fait des exemples : les fameux personnages de transfuges de classe qu&rsquo;on adore mettre en scène au cinéma, dans la littérature, dans les médias. On les adore parce qu&rsquo;ils viennent valider un système : « Même si c&rsquo;est difficile, c&rsquo;est possible » — donc ce système serait acceptable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est compliqué, parce qu&rsquo;entre la réalité de la sociologie et la volonté de croire au rêve qu&rsquo;à tout moment, même très pauvre, on pourrait devenir Jeff Bezos, c&rsquo;est ce second récit qui l&#8217;emporte. Cela explique que la plupart des gens soient contre la taxe sur l&rsquo;héritage. Cela me frappe énormément. En dépit des travaux d&rsquo;économistes comme Thomas Piketty, ou de Mélanie Plouviez, qui a écrit un livre incroyable, <em>L&rsquo;Injustice en héritage</em> — en dépit de toutes les données scientifiques sur le poids de l&rsquo;héritage, sur la reproduction des inégalités et sur la pauvreté qu&rsquo;il engendre — la majorité des gens, y compris les plus pauvres, sont très massivement contre cette taxation, dont ils ne bénéficieront pourtant jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela montre une victoire dans la bataille culturelle menée par les libéraux et les ultralibéraux, aujourd&rsquo;hui reprise par l&rsquo;extrême droite, et qui nous dispense de réfléchir collectivement à la manière de nous organiser pour que tout le monde ait des conditions de vie dignes. Parce que c&rsquo;est bien cela, le but final. Mon travail de journaliste, encore une fois, c&rsquo;est simplement d&rsquo;expliquer ça. Nous avons fait beaucoup d&rsquo;émissions là-dessus sur Blast. Ce mythe de la méritocratie, qui n&rsquo;a jamais existé — comme l&rsquo;a très bien documenté Michael Sandel, qui remet en cause le concept même de méritocratie — m&rsquo;intéresse énormément. Le jour où tout le monde le comprendra, il sera compliqué pour ces partis de continuer à s&rsquo;appuyer sur ces narratifs, et d&rsquo;éviter la question des réponses économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est pour cela que je suis journaliste économique : tout ça peut avoir une utilité en termes de citoyenneté. Ce sont des sujets d&rsquo;intérêt public.</p>



<div style="border-left:4px solid #1a1a1a;background:#f4f1ea;padding:16px 20px;margin:24px 0;font-size:0.95em;"><p style="margin:0 0 8px;font-weight:700;">Michael Sandel</p><p style="margin:0;">Philosophe politique américain, professeur à l&rsquo;Université Harvard. Proche du courant communautarien (qu&rsquo;il conteste), il est connu pour sa critique sans concession de la théorie libérale de la justice et du mérite de John Rawls. Dans <em>La Tyrannie du mérite</em>, il remet en cause le concept même de méritocratie.</p></div>



<div style="border-left:4px solid #1a1a1a;background:#f4f1ea;padding:16px 20px;margin:24px 0;font-size:0.95em;"><p style="margin:0 0 8px;font-weight:700;">Mélanie Plouviez, <em>L&rsquo;Injustice en héritage</em></p><p style="margin:0;">Sous-titré <em>Repenser la transmission du patrimoine</em> (La Découverte, 2025). L&rsquo;autrice y documente le poids de l&rsquo;héritage dans la reproduction des inégalités — et le paradoxe d&rsquo;une opposition massive à sa taxation, y compris chez celles et ceux qui n&rsquo;en bénéficieront jamais.</p></div>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Entretien réalisé à Spa, le 9 juin 2026, par Philippe Hensmans.</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/06/10/salome-saque-lextreme-droite-ne-resoudra-jamais-la-question-sociale/">Salomé Saqué : « L’extrême droite ne résoudra jamais la question sociale »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Trump et l&#8217;effondrement de l&#8217;asile mondial</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/18/trump-et-leffondrement-de-lasile-mondial/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 21:03:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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		<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sur les quelque 6 000 personnes admises aux États-Unis cette année au titre de réfugiées, toutes sauf trois sont des Afrikaners blanc·he·s. Le New Yorker documente la mise à mort méthodique du programme américain de réinstallation, et avec elle l&#8217;effondrement d&#8217;un pilier de la protection internationale. Lorsqu&#8217;un État inverse les principes qu&#8217;il a contribué à ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="Trump et l&#8217;effondrement de l&#8217;asile mondial" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2026/05/18/trump-et-leffondrement-de-lasile-mondial/#more-1003" aria-label="En savoir plus sur Trump et l&#8217;effondrement de l&#8217;asile mondial">Lire plus</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sur les quelque 6 000 personnes admises aux États-Unis cette année au titre de réfugiées, toutes sauf trois sont des Afrikaners blanc·he·s. Le <a href="https://www.newyorker.com/news/letter-from-jordan/the-end-of-refugee-resettlement" target="_blank" rel="noopener" title=""><em>New Yorker</em> </a>documente la mise à mort méthodique du programme américain de réinstallation, et avec elle l&rsquo;effondrement d&rsquo;un pilier de la protection internationale. Lorsqu&rsquo;un État inverse les principes qu&rsquo;il a contribué à fonder, c&rsquo;est l&rsquo;idée même d&rsquo;asile qui se vide de son sens.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">Un programme méthodiquement détricoté</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 21 janvier 2025, quelques heures après son investiture, Donald Trump signe le décret « Realigning the United States Refugee Admissions Program ». Effet immédiat : suspension intégrale des admissions, gel des financements, plus de 12 000 voyages déjà programmés annulés. Pendant des décennies, les États-Unis ont assuré plus des deux tiers des réinstallations mondiales — davantage à eux seuls que tous les autres pays réunis. Ce pilier, construit par le Refugee Act de 1980 sur les ruines morales du refus d&rsquo;accueillir les Juif·ve·s pendant la Shoah, est aujourd&rsquo;hui démantelé pièce par pièce. Plus de 100 000 personnes conditionnellement approuvées attendent désormais dans le vide.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une exception racialisée</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Trois semaines plus tard, un second décret crée un programme spécifique pour les Afrikaners, ces descendant·e·s blanc·he·s des colons européen·ne·s d&rsquo;Afrique du Sud, présenté·e·s comme « victimes de discrimination raciale ». Le plafond 2026 est fixé à 7 500 personnes — un plus bas historique. Sur les 6 000 admis·es à ce jour, toutes sauf trois sont des Afrikaners. La théorie complotiste du « génocide blanc », promue par Elon Musk et Stephen Miller, qu&rsquo;un juge sud-africain a qualifiée de « clairement imaginée », est devenue politique publique. Les familles soudanaises, syriennes, afghanes dont les dossiers étaient validés depuis des années restent bloquées en Jordanie, au Kenya, au Qatar. La couleur de peau filtre désormais ce que le droit prétendait protéger sans distinction.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le non-refoulement attaqué</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;Assemblée générale de l&rsquo;ONU à l&rsquo;automne 2025, l&rsquo;administration américaine plaide pour rendre le statut de réfugié·e « temporaire, pas permanent ». Derrière la formule technique se joue l&rsquo;érosion du principe de non-refoulement, pierre angulaire du droit international, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque la persécution. Najmaldeen Mussa, militant soudanais torturé sous Bachir, attendait son vol vers le Nebraska. Il croupit aujourd&rsquo;hui dans un centre de détention jordanien, en attente d&rsquo;expulsion vers un Soudan en guerre où il craint pour sa vie. Combien d&rsquo;autres Mussa avant que nous regardions ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Et nous, dans tout ça ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Comment réagir, ici, à cet effondrement ? Lors du premier mandat Trump, le Canada et plusieurs pays européens avaient compensé en augmentant leurs quotas. Cette fois, ces mêmes pays — Allemagne, France, Autriche, Italie — réduisent les leurs, sous la pression de leurs droites nationalistes. L&rsquo;espace de protection « se contracte » partout, constate l&rsquo;International Refugee Assistance Project. La Belgique n&rsquo;est pas en reste, elle qui peine déjà à honorer ses obligations envers les demandeur·euse·s d&rsquo;asile dormant sur ses trottoirs. Comment exiger des autres ce que nous ne tenons plus nous-mêmes ? Comment croire encore au discours universaliste de nos chancelleries lorsque l&rsquo;accueil devient sélectif jusqu&rsquo;à la peau ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce qui tient encore</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le HCR a supprimé 5 000 emplois. Le Center for Victims of Torture a dû fermer ses programmes de soutien aux survivant·e·s. Des dizaines de milliers de personnes vulnérables — femmes violées par les RSF au Darfour, personnes LGBTQ+ menacées de mort, ex-collaborateur·rice·s afghan·e·s des forces alliées — sont abandonnées en cours de procédure. Mais des avocat·e·s plaident encore. IRAP a déposé la class action <em>Pacito v. Trump</em>. Des collectivités, des ONG, des Églises, des bénévoles continuent d&rsquo;accueillir, de plaider, de relier. L&rsquo;architecture s&rsquo;effrite, mais des mains la tiennent encore. Une étude récente du <em>Department of Health and Human Services</em> rappelle qu&rsquo;entre 2005 et 2019, les réfugié·e·s ont payé 581 milliards de dollars d&rsquo;impôts de plus que ce qu&rsquo;ils et elles ont coûté. Le « narratif » du fardeau ne résiste pas aux chiffres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous ne sommes pas spectateur·rice·s. Nos gouvernements signent encore les conventions de Genève. Notre voix, notre vote, notre vigilance comptent. Défendre l&rsquo;asile, c&rsquo;est défendre l&rsquo;idée que des personnes existent indépendamment de leur utilité ou de leur couleur de peau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tenir bon. Maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Asile #Réfugiés #Migration #Solidarité</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/18/trump-et-leffondrement-de-lasile-mondial/">Trump et l’effondrement de l’asile mondial</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Francesca Albanese à Liège : « Cherchez la complicité »</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/19/francesca-albanese-a-liege-cherchez-la-complicite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Apr 2026 12:44:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Samedi 18 avril, à HEC Liège, la rapporteuse spéciale de l&#8217;ONU sur les territoires palestiniens occupés est venue à la rencontre du public belge, à l&#8217;invitation d&#8217;Amnesty International. Deux heures denses, âpres, dialoguées avec Carine Thibaut, qui ont commencé par cinq témoignages de torture et se sont achevées sur un mot d&#8217;ordre : arrêter de ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="Francesca Albanese à Liège : « Cherchez la complicité »" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2026/04/19/francesca-albanese-a-liege-cherchez-la-complicite/#more-932" aria-label="En savoir plus sur Francesca Albanese à Liège : « Cherchez la complicité »">Lire plus</a></p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/19/francesca-albanese-a-liege-cherchez-la-complicite/">Francesca Albanese à Liège : « Cherchez la complicité »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Samedi 18 avril, à HEC Liège, la rapporteuse spéciale de l&rsquo;ONU sur les territoires palestiniens occupés est venue à la rencontre du public belge, à l&rsquo;invitation d&rsquo;Amnesty International. Deux heures denses, âpres, dialoguées avec Carine Thibaut, qui ont commencé par cinq témoignages de torture et se sont achevées sur un mot d&rsquo;ordre : arrêter de détourner le regard.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Des voix pour commencer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Elle aurait pu ouvrir par des chiffres. Francesca Albanese a choisi des voix : cinq récits de détenu·e·s palestinien·ne·s, extraits d&rsquo;un corpus de centaines qu&rsquo;elle a documentés depuis 2023. Viols commis par des soldats ou par des chiens dressés, humiliations rituelles, détenus saignés à mort dans les bras d&rsquo;autres détenus. Un silence terrible s&rsquo;abat sur la salle à l&rsquo;énoncé de ces crimes abominables. Tout ce qu&rsquo;elle avait essayé, quand même, de ne pas entendre. « Moi, j&rsquo;ai vomi, dit-elle. J&rsquo;ai vomi souvent dans cette période parce que vraiment, ça m&rsquo;a rendue malade de voir ce que les hommes et les femmes comme nous peuvent faire à d&rsquo;autres hommes et femmes comme eux ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Comité contre la torture des Nations unies — peu suspect d&rsquo;activisme — a tranché en novembre : la torture est devenue une politique d&rsquo;État en Israël. Comment continuer, depuis ce constat, à débattre du « droit à l&rsquo;autodéfense » ?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Mais ce que je trouve vraiment choquant, c&rsquo;est la non-action devant la torture. La torture. Et le fait qu&rsquo;on ne réagisse pas… Quel est l&rsquo;argument d&rsquo;autodéfense qu&rsquo;on peut utiliser pour justifier le viol ? Le viol… ». Francesca Albanese</p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;économie d&rsquo;un génocide</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un détail résume la suite : six jours après la publication, en juillet 2025, de son rapport <em>From Economy of Occupation to Economy of Genocide</em>, l&rsquo;administration Trump la plaçait sous sanctions. Les mêmes qui visent les trafiquant·e·s de drogue. Elle avait, selon ses mots, touché un « nerf sensible ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce nerf, elle l&rsquo;a rappelé à Liège : pendant que Gaza était méthodiquement détruite, la Bourse de Tel-Aviv s&rsquo;appréciait de 213 %. Le fonds de pension norvégien, pourtant réputé éthique, détenait des participations dans l&rsquo;ensemble des 46 entreprises documentées. Caterpillar, Volvo, Hyundai, Hitachi pour raser les maisons. Banques occidentales pour garantir la dette israélienne. Universités pour la recherche dite « sur l&rsquo;eau ». Pourquoi ce génocide dure-t-il ? Parce qu&rsquo;il rapporte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être sa formule la plus dérangeante : <strong>si les méthodes israéliennes ne nous choquent plus, c&rsquo;est qu&rsquo;elles sont déjà les nôtres</strong>. Manifestant·e·s dispersé·e·s, journalistes muselé·e·s, militant·e·s poursuivi·e·s au nom de l&rsquo;antisémitisme pour avoir cité le droit international. À Liège même, un membre de la Coordination Résistance a été convoqué par la police le 15 avril pour une phrase inscrite sur une affiche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;interrogation s&rsquo;adresse frontalement à la Belgique. Huit mois après la décision gouvernementale d&rsquo;interdire les produits des colonies, rien n&rsquo;a été mis en œuvre. Des citoyen·ne·s belges s&rsquo;installent en Cisjordanie sans que l&rsquo;État s&rsquo;en préoccupe. L&rsquo;accord d&rsquo;association UE-Israël, assorti pourtant d&rsquo;une clause de suspension en cas de violation des droits humains, tient toujours. « Si on ne s&rsquo;en défait pas cette année, nous serons esclaves de ce système à jamais. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chercher la complicité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Que faire, concrètement ? Cesser de se raconter qu&rsquo;il existerait un « bon » Israël et un « mauvais » Israël, côté colonies. L&rsquo;eau, le carburant, les universités, la finance : tout est imbriqué. Il faut donc suspendre, boycotter, désinvestir, intenter des actions judiciaires stratégiques. Vérifier les citoyen·ne·s belges qui ont servi dans Tsahal. Soutenir les étudiant·e·s qui, depuis mars 2024, bloquent les partenariats universitaires : « Elles et ils ont une longueur d&rsquo;avance sur nous. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et surtout, chercher méthodiquement les chaînes de complicité. « Comme on cherche Charlie », a-t-elle souri. Les distributeurs plutôt que les seules marques, les banques plutôt que les seuls gouvernements. On lui rappelle la condamnation obtenue en décembre 2024 par cinq femmes métisses enlevées enfants au Congo colonial : la première fois qu&rsquo;un État européen est condamné pour crime contre l&rsquo;humanité commis pendant la colonisation. Preuve, dit-elle, qu&rsquo;on n&rsquo;obtient jamais la justice par hasard — « elle se bâtit tous ensemble ». Les droits humains ne sont pas une télécommande : ils se conquièrent, ou ils reculent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un horizon, quand même</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la question posée en fin de soirée : comment arrête-t-on un génocide ? La rapporteuse n&rsquo;a pas la réponse. Elle a un mot, emprunté aux Palestinien·ne·s : <em>soumoud</em>. Mal traduit par « résilience ». Plutôt la ténacité des arbres qui, brûlés, continuent à se nourrir entre-eux via les racines. Un Global Sumud Movement est en train d&rsquo;émerger. Si la Palestine est une blessure, elle est aussi, a-t-elle dit, « un portail par lequel on peut regarder notre futur ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de regarder.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#Palestine #FrancescaAlbanese #Amnesty #DroitsHumains #Liège</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/19/francesca-albanese-a-liege-cherchez-la-complicite/">Francesca Albanese à Liège : « Cherchez la complicité »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l&#8217;arithmétique démographique</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Mar 2026 07:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Italie perd ses habitants, l&#8217;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&#8217;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&#8217;une contradiction fondamentale. Le paradoxe Meloni Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;Italie perd ses habitants, l&rsquo;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&rsquo;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&rsquo;une contradiction fondamentale.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe Meloni</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo Riva met en lumière une contradiction saisissante. Giorgia Meloni a fait de la lutte contre l&rsquo;immigration l&rsquo;étendard de sa conquête du pouvoir. Accords avec les milices libyennes, mémorandum avec le régime tunisien de Kais Saied, centres de tri en Albanie : l&rsquo;arsenal répressif s&rsquo;est considérablement étoffé. Mais dans la précipitation à suivre l&rsquo;humeur des électeurs, presque personne n&rsquo;a remarqué l&rsquo;autre problème migratoire de l&rsquo;Italie, bien plus grave : des centaines de milliers d&rsquo;Italiens émigrent chaque année. L&rsquo;Italie se vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres sont accablants. Entre 2006 et 2024, l&rsquo;émigration italienne est devenue un phénomène structurel : 1,6 million de départs en vingt ans, dont moins de la moitié de retours. En 2024, le record historique a été atteint avec 155 732 départs. Aujourd&rsquo;hui, 6,4 millions d&rsquo;Italiens vivent à l&rsquo;étranger, soit presque un sur neuf.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les mesures en faveur de la natalité échouent spectaculairement. Sur les sept premiers mois de 2025, les naissances ont reculé de 6,3 % par rapport à la même période de 2024. Le nombre moyen d&rsquo;enfants par femme continue de battre des records négatifs. Même Elon Musk s&rsquo;en est ému : « L&rsquo;Italie est en train de disparaître. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, voici le paradoxe : le même gouvernement qui a fait de la fermeture des frontières son crédo a approuvé, en juillet 2023, la première programmation triennale des flux migratoires légaux de l&rsquo;histoire italienne, prévoyant l&rsquo;entrée de 560 000 travailleurs étrangers sur quatre ans. En 2024, 151 000 permis de travail ont été alloués, contre 136 000 l&rsquo;année précédente. Et en octobre 2024, 500 000 entrées supplémentaires ont été approuvées pour 2026-2028. Comme l&rsquo;observe l&rsquo;analyste Matteo Villa de l&rsquo;ISPI, la classe politique qui profite électoralement d&rsquo;un récit perpétuellement négatif sur l&rsquo;immigration est la même qui reconnaît ne plus pouvoir se passer de main-d&rsquo;œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un continent au tournant démographique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas italien n&rsquo;est pas une anomalie. C&rsquo;est le symptôme le plus visible d&rsquo;une transformation démographique qui touche l&rsquo;ensemble du continent européen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Eurostat, la population de l&rsquo;UE atteindra son pic vers 2026 autour de 453 millions d&rsquo;habitants, avant d&rsquo;entamer un déclin qui pourrait la ramener à environ 428 millions en 2050, soit 22 millions de moins. Sans aucune migration, la perte serait d&rsquo;un tiers de la population d&rsquo;ici 2100.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le déficit naturel — plus de décès que de naissances — est une réalité continue depuis 2012. En 2024, l&rsquo;UE a enregistré 4,82 millions de décès pour seulement 3,56 millions de naissances, un déficit de 1,26 million de personnes. L&rsquo;immigration nette positive est désormais le seul facteur de croissance démographique en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux de fécondité moyen de l&rsquo;UE — 1,38 enfant par femme en 2023 — est loin du seuil de remplacement de 2,1. Aucun pays membre ne l&rsquo;atteint. La Bulgarie, avec 1,81, affiche le taux le plus élevé, tandis que Malte, à 1,06, ferme la marche.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Trois Europe démographiques</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne identifie trois profils régionaux distincts. L&rsquo;<strong>Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong> (Suède, Autriche, Allemagne, Pays-Bas) bénéficie d&rsquo;une double immigration — intra-UE et extra-UE — suffisante pour compenser théoriquement le déficit de naissances. L&rsquo;<strong>Europe du Sud</strong> (Italie, Espagne, Grèce, Portugal) attire des migrants non-européens mais souffre d&rsquo;une fécondité extrêmement basse et d&rsquo;une émigration de ses propres citoyens vers le Nord. L&rsquo;<strong>Europe de l&rsquo;Est</strong> cumule les handicaps : faible natalité, émigration massive de ses jeunes vers l&rsquo;Ouest, et une structure d&rsquo;âge déjà très vieillissante. La Bulgarie, la Lituanie et la Lettonie ont perdu plus de 20 % de leur population depuis les années 1990.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui rend l&rsquo;analyse de Riva particulièrement pertinente, c&rsquo;est le glissement de l&rsquo;Italie vers le profil est-européen. Troisième économie de la zone euro, elle affiche désormais des dynamiques démographiques comparables à celles de la Pologne ou de la Roumanie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pensions : l&rsquo;impasse arithmétique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vieillissement démographique se traduit par une pression croissante sur les systèmes de protection sociale, et d&rsquo;abord sur les pensions. Le ratio de dépendance des personnes âgées — le nombre de personnes de 65 ans et plus rapporté à la population en âge de travailler — raconte l&rsquo;ampleur du défi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2022, on comptait dans l&rsquo;UE environ 2,7 travailleurs pour chaque personne âgée. Ce ratio tombera à 1,8 en 2050, puis à 1,5 en 2100. Pour l&rsquo;Italie et la Grèce, ce sera moins de 2 actifs par retraité dès 2050. Au Luxembourg, le ratio contributeurs/pensionnés passera de 2,3 à moins de 1 d&rsquo;ici 2070.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des systèmes de pension européens fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. L&rsquo;équation est simple : moins d&rsquo;actifs pour plus de retraités égale un déficit croissant. La Commission européenne projette une hausse des dépenses publiques de pension de 11,4 % du PIB en 2022 à 12,1 % en 2045 pour la moyenne européenne. En Belgique, sans réforme, ces dépenses pourraient atteindre 15 % du PIB dès 2040.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce ne sont que les pensions. Il faut y ajouter les dépenses de santé, en hausse de 6,9 % à 7,3 % du PIB d&rsquo;ici 2070, et les soins de longue durée, de 1,7 % à 2,6 % du PIB. Un tsunami gris silencieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reculer l&rsquo;âge de la retraite : un levier limité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette pression, tous les États européens ont actionné le même levier : relever l&rsquo;âge légal de la retraite. Le Danemark vient d&rsquo;adopter le passage à 70 ans. L&rsquo;OCDE projette que d&rsquo;ici 2060, l&rsquo;âge moyen de la retraite dans l&rsquo;UE approchera 67 ans, plusieurs pays atteignant 70 ou plus. La Belgique passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce levier a des limites physiques, économiques et politiques évidentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Physiques d&rsquo;abord. L&rsquo;OCDE observe que seulement 59 % des adultes maintiennent un emploi continu dans la cinquantaine. Parmi eux, seuls 31 % sont encore employés de manière constante dans la soixantaine, tandis que 30 % ne travaillent plus du tout. Problèmes de santé, âgisme en entreprise, obsolescence des compétences : le mur de verre est réel. On peut décréter l&rsquo;âge de la retraite à 70 ans ; si le marché du travail n&#8217;emploie plus les gens à partir de 55 ans, l&rsquo;effet est nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Politiques ensuite. La France a été secouée par des mois de manifestations massives en 2023 pour le passage de 62 à 64 ans. La Belgique a connu une grève générale en janvier 2025 contre la réforme des pensions. La résistance sociale fixe un plafond politique au relèvement de l&rsquo;âge de départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, ce levier ne suffira pas, loin de là, à résoudre l&rsquo;équation démographique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;immigration : un impératif que le discours politique refuse de nommer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le think tank Bruegel, dans un document de travail d&rsquo;octobre 2025, pose le constat sans détour : la faible probabilité d&rsquo;un rebond soutenu des taux de fécondité laisse l&rsquo;UE avec des niveaux élevés et continus de migration nette positive comme seule voie pour atténuer les effets économiques du vieillissement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Banque centrale européenne confirme que les travailleurs étrangers jouent un rôle de plus en plus important sur les marchés du travail de la zone euro, et que le vieillissement pose des défis sérieux à l&rsquo;expansion de la force de travail. L&rsquo;OCDE précise que l&rsquo;immigration peut retarder le vieillissement ou ralentir son rythme, tout en notant que maintenir en permanence un ratio favorable nécessiterait un flux migratoire toujours croissant. L&rsquo;immigration n&rsquo;est pas une solution miracle, mais elle est incontournable dans l&rsquo;équation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe est que cette réalité, connue de tous les décideurs, reste largement innommable dans le débat public. Les élections se gagnent sur la promesse de fermer les frontières. Les politiques économiques se font sur la nécessité de les ouvrir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contre-modèle espagnol</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce déni généralisé, l&rsquo;Espagne fait figure d&rsquo;exception. Madrid a choisi d&rsquo;assumer ouvertement le rôle de l&rsquo;immigration dans sa stratégie économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mai 2025, le gouvernement espagnol a lancé un programme de régularisation visant 300 000 personnes par an sur trois ans. Un projet de loi complémentaire prévoit la régularisation de 470 000 immigrés sans papiers arrivés avant fin 2024. L&rsquo;objectif est explicité sans ambiguïté : soutenir la croissance économique et le système de pension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats sont mesurables. L&rsquo;économie espagnole a crû d&rsquo;environ 3 % en 2024, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro de 0,8 %. Entre 2022 et 2024, 5,2 millions d&#8217;emplois ont été créés, dont 75 % occupés par des personnes à double nationalité ou étrangères. Les migrants représentent 13,5 % de la main-d&rsquo;œuvre et 40 % des nouveaux emplois en 2024. La ministre espagnole de la Sécurité sociale, Elma Saiz, a résumé le choix : « Nous avions deux options : être un pays fermé en difficulté ou un pays ouvert et prospère. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle n&rsquo;est pas exempt de tensions. Les immigrés y occupent principalement des emplois moins qualifiés et moins rémunérés — agriculture, construction, hôtellerie. Les salaires moyens des travailleurs étrangers sont inférieurs de 17 % à 37 % à ceux des Espagnols selon l&rsquo;origine. Mais l&rsquo;approche espagnole a le mérite de la cohérence : reconnaissant le besoin, elle tente d&rsquo;y répondre par des voies légales et organisées, plutôt que par le double discours italien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fait remarquable : malgré cette politique ouvertement pro-immigration, les sondages montrent moins d&rsquo;hostilité envers les immigrés en Espagne que dans des pays à marchés du travail plus robustes et États-providence plus généreux, comme l&rsquo;Allemagne ou la Suède.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et la Belgique ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique se trouve dans une position intermédiaire. Ni le déclin dramatique de l&rsquo;Italie, ni l&rsquo;audace espagnole. Mais les mêmes contradictions structurelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté démographie, le taux de fécondité est tombé à 1,65 enfant par femme. La pyramide des âges est de type constrictif, avec une population vieillissante et une croissance naturelle négative ou en déclin. Comme partout en Europe, seule l&rsquo;immigration soutient encore une légère croissance démographique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté pensions, la Belgique est sous pression. Les dépenses de pension représentent déjà 12,7 % du PIB. L&rsquo;âge légal passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030. Mais la Belgique reste l&rsquo;un des rares pays de l&rsquo;OCDE à n&rsquo;appliquer aucune pénalité en cas de départ anticipé à la retraite. Le taux d&#8217;emploi des 55-64 ans y est de 62,1 %, très en dessous de la Suède, de l&rsquo;Allemagne ou des Pays-Bas. Le think tank Bruegel identifie explicitement la Belgique, avec la France, le Luxembourg et l&rsquo;Autriche, comme des pays disposant d&rsquo;un potentiel significatif d&rsquo;amélioration sur ce point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté marché du travail, 20,3 % de la force de travail est d&rsquo;origine étrangère. La Wallonie compte 77 métiers en pénurie, dont plus d&rsquo;un tiers ont une main-d&rsquo;œuvre proche de l&rsquo;âge de la retraite. La question de qui remplira ces postes — et qui cotisera pour les pensions des baby-boomers — n&rsquo;est pas un débat théorique : c&rsquo;est une urgence actuarielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, en Belgique comme ailleurs, le débat sur les pensions et celui sur l&rsquo;immigration sont menés dans des silos étanches. D&rsquo;un côté, on discute de l&rsquo;âge de la retraite et du financement de la sécurité sociale. De l&rsquo;autre, on parle de contrôle des frontières et d&rsquo;intégration. Rarement les deux conversations se croisent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La quadrature du cercle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre constats s&rsquo;imposent au terme de cette analyse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le déclin démographique naturel de l&rsquo;Europe est un fait acquis</strong> pour les décennies à venir. Aucune politique nataliste n&rsquo;a jusqu&rsquo;ici renversé la tendance. Même un rebond spectaculaire de la fécondité ne produirait d&rsquo;effets sur la force de travail qu&rsquo;après vingt ans. Comme l&rsquo;écrit l&rsquo;Egmont Institute, la migration et la fécondité doivent être comprises comme des leviers distincts mais interdépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le relèvement de l&rsquo;âge de la retraite a des rendements décroissants.</strong> On approche des limites biologiques (santé, capacité physique), culturelles (âgisme en entreprise, exclusion des seniors du marché du travail) et politiques (résistance sociale). Le Danemark à 70 ans semble proche du plafond.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;immigration est le seul facteur capable de compenser à court et moyen terme</strong> le déficit de population active et de contributeurs aux systèmes de sécurité sociale. Tous les rapports institutionnels — Commission européenne, Bruegel, OCDE, BCE — convergent sur ce point. Non pas comme solution miracle, mais comme composante indispensable d&rsquo;une réponse nécessairement multifactorielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les politiques migratoires restrictives entrent en contradiction directe</strong> avec les nécessités économiques et actuarielles des pays qui les mènent. Le cas italien est le plus frappant — un gouvernement anti-immigration qui augmente discrètement les quotas de travailleurs étrangers — mais le phénomène touche l&rsquo;ensemble du continent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème fondamental est un problème de temporalité politique. Les élections se jouent tous les quatre ou cinq ans. Le déclin démographique se déploie sur des décennies. Le discours anti-immigration rapporte des voix aujourd&rsquo;hui. La facture de l&rsquo;effondrement démographique n&rsquo;arrive qu&rsquo;en différé. Quand elle arrivera, il sera trop tard pour recruter les cotisants qu&rsquo;on aura passé des années à refouler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe n&rsquo;a pas le luxe de choisir entre natalité, prolongation de la vie active et immigration. Elle a besoin des trois. Simultanément. Et elle a surtout besoin d&rsquo;un discours politique qui dise la vérité sur cette nécessité, plutôt que de la nier pour mieux séduire les électeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Paolo Riva, «&nbsp;Le vrai problème migratoire de Meloni&nbsp;: l’Italie se vide&nbsp;», IrpiMedia, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurostat, Demography of Europe – 2025 edition</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– JRC / Commission européenne, The Role of Migration and Fertility for the Future Size of the EU’s Population, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The macroeconomic impact of ageing, EU immigration policy and pension expenditures&nbsp;», Working Paper 24/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The demographic divide: inequalities in ageing across the European Union&nbsp;», Policy Brief 13/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;Beyond retirement: a closer look at the very old&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Egmont Institute, «&nbsp;Navigating the Population Change in the EU&nbsp;», décembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Pensions at a Glance 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Employment Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, International Migration Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Commission européenne / EPC, 2024 Ageing Report</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurofound, «&nbsp;Europe must adapt to its ageing workforce&nbsp;», novembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Euronews, «&nbsp;Spain bets on migrants to counter labour shortage&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Migration Policy Institute, «&nbsp;A Pragmatic Bet: The Evolution of Spain’s Immigration System&nbsp;»</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Real Instituto Elcano, «&nbsp;Immigration, employment, productivity and inequality in Spain&nbsp;»</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/">L’Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l’arithmétique démographique</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Droits humains : le monde bascule, et nous ?</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/04/droits-humains-le-monde-bascule-et-nous/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 08:54:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
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		<category><![CDATA[Russie]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Droits humains : le monde bascule, et nous ?<br />
Le Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch sonne l'alarme : l'ordre international des droits humains vacille sous les assauts conjugués de Washington, Pékin et Moscou. Mais la résistance citoyenne refuse de plier.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le <a href="https://www.hrw.org/fr/world-report/2026" target="_blank" rel="noopener" title="">Rapport mondial 2026 de Human Rights Watch</a> dresse un constat alarmant : sous les coups de l&rsquo;administration Trump, soutenue tacitement par Pékin et Moscou, l&rsquo;édifice international des droits humains vacille dangereusement. Mais la résistance citoyenne, partout dans le monde, refuse de céder.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a vingt ans, les États-Unis mobilisaient la communauté internationale contre les atrocités au Darfour. Aujourd&rsquo;hui, le président Trump se vante de « ne pas avoir besoin du droit international », préférant s&rsquo;appuyer sur sa « propre morale ». Le contraste est vertigineux. Et le constat de Human Rights Watch, dans son Rapport mondial 2026, est sans appel : 2025 a marqué un point de bascule.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;étau se resserre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En à peine douze mois, l&rsquo;administration américaine s&rsquo;est retirée du Conseil des droits de l&rsquo;homme de l&rsquo;ONU et de l&rsquo;Organisation mondiale de la santé. Elle a sanctionné le Procureur de la Cour pénale internationale, gelé l&rsquo;aide étrangère vitale pour des millions de personnes — hommes, femmes et enfants — et boycotté l&rsquo;examen de son propre bilan en matière de droits humains. Elle prévoit de quitter 66 organisations internationales, qualifiées de « modèle obsolète de multilatéralisme ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, 72 % de la population mondiale vit désormais sous des régimes autocratiques, un niveau comparable à celui de 1985. La vague démocratique amorcée il y a un demi-siècle a cédé la place à ce que les universitaires appellent une « récession démocratique ». Et cette fois, les États-Unis eux-mêmes figurent parmi les pays qui reculent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;Europe dans l&rsquo;ombre ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette offensive autoritaire, que font nos gouvernements ? Force est de reconnaître que la réponse européenne a de quoi inquiéter. L&rsquo;Union européenne, le Canada, l&rsquo;Australie semblent mettre en sourdine leurs préoccupations, craignant de froisser Washington ou Pékin. En Europe occidentale — y compris en Belgique —, les restrictions aux activités de la société civile et aux manifestations se multiplient. Au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, de nombreux·ses citoyen·ne·s acceptent que les droits des « autres » soient rognés : migrant·e·s, femmes, minorités, personnes LGBT.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l&rsquo;histoire nous l&rsquo;enseigne, et le rapport le rappelle avec force : les aspirant·e·s autocrates ne s&rsquo;arrêtent jamais aux « autres ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tableau mondial assombrit encore le constat. Au Soudan, les Forces de soutien rapide commettent des meurtres et des viols à grande échelle au Darfour — avec le soutien militaire présumé des Émirats arabes unis. Dans le Territoire palestinien occupé, plus de 70 000 personnes ont été tuées depuis octobre 2023, dans une réponse internationale largement insuffisante. En Ukraine, les crimes russes se poursuivent tandis que Trump propose une « amnistie totale » pour les crimes de guerre. Le message de cette ère est limpide : la force fait loi et les atrocités n&#8217;empêchent pas de conclure des deals.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment encore y croire ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment avoir confiance dans un système international où les États-Unis, la Chine et la Russie — trois puissances aux moyens considérables — partagent désormais un même mépris pour les normes qui pourraient limiter leur pouvoir ? Comment croire à la justice internationale quand Washington sanctionne la CPI tandis que Moscou fait condamner ses magistrat·e·s par contumace ? Comment, depuis Bruxelles ou Liège, regarder ailleurs quand nos propres gouvernements restent silencieux face à ces gouffres que creusent les grandes puissances ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;espoir est dans la rue</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant. Chaque jour, nous voyons éclore des résistances. Les manifestations « No Kings » ont rassemblé des millions d&rsquo;Américain·e·s. En Corée du Sud, le parlement a destitué un président qui tentait d&rsquo;imposer la loi martiale. Au Népal, en Indonésie, au Maroc, la génération Z se dresse contre la corruption et la mauvaise gouvernance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Human Rights Watch appelle à la création d&rsquo;une nouvelle alliance mondiale de démocraties respectueuses des droits — du Brésil au Japon, de l&rsquo;Afrique du Sud à la Corée du Sud. Des initiatives existent déjà : le sommet « La démocratie pour toujours » au Chili en juillet 2025, le Groupe de La Haye pour la défense du droit international, plus de 70 pays signataires d&rsquo;une déclaration commune pour le multilatéralisme à l&rsquo;ONU.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ces coalitions ne suffiront pas sans nous. Sans les citoyen·ne·s qui descendent dans la rue. Sans les organisations qui documentent, dénoncent et mobilisent — malgré les menaces croissantes. Au Soudan, en Ukraine, à Hong Kong, des réseaux locaux de solidarité comblent les défaillances des États. Ils sont la preuve vivante que le pouvoir du peuple reste un moteur de changement, même dans les heures les plus sombres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Charge à nous non pas de contempler l&rsquo;obscurité, mais de fournir les bougies qui éclaireront les pistes vers un avenir où le respect de tous les droits fondamentaux ne sera pas négociable. Briser la vague autoritaire est le défi de toute une génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de le relever.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #HRW2026 #Démocratie #Autoritarisme #SociétéCivile #DroitInternational #Multilatéralisme #Trump #Résistance #DignitéHumaine</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/04/droits-humains-le-monde-bascule-et-nous/">Droits humains : le monde bascule, et nous ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Notre humanité est en jeu</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/01/01/notre-humanite-est-en-jeu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2026 11:44:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Premier article de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la dignité est le socle de tous nos droits fondamentaux. Mais elle est bien plus qu'un bouclier : elle nous oblige.<br />
La dignité nous est reconnue du simple fait d'exister. Comme le rappelle Achille Mbembe, personne n'a choisi de naître ici ou ailleurs, dans l'abondance ou la précarité. Cette absence de choix fonde l'égale dignité de tou·te·s.<br />
Pourtant, certain·e·s subissent une double peine : les femmes victimes de violences systémiques, les migrant·e·s criminalisé·e·s pour avoir fui la guerre, les populations du Sud frappées par un dérèglement climatique dont elles ne sont pas responsables.<br />
La question qui nous interpelle : comment préserver notre propre dignité si nous détournons le regard ? Notre dignité ne peut être complète tant que celle des autres est piétinée.<br />
Elle n'est pas un trésor à conserver jalousement : elle grandit lorsqu'elle se partage.<br />
À nous d'agir.</p>
<p>#Dignité #DroitsHumains #DUDH #Solidarité #DroitsDesFemmes #Migrants #JusticeClimatique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Inscrite dès le premier article de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, la dignité humaine est le socle de tous nos droits fondamentaux. Mais si elle nous protège, ne nous oblige-t-elle pas aussi ? Réflexion sur ce qui fait de nous des êtres humains – et des citoyen·ne·s.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »</em> Ces mots, gravés dans l&rsquo;article premier de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme adoptée le 10 décembre 1948, constituent le fondement de tout l&rsquo;édifice des droits humains. Avant même la liberté, avant l&rsquo;égalité, il y a la dignité. Elle n&rsquo;est pas un droit parmi d&rsquo;autres : elle est ce qui rend tous les autres droits possibles et nécessaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le socle de notre humanité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La dignité est ce qui nous est reconnu du simple fait d&rsquo;exister. Elle ne se mérite pas, ne se gagne pas, ne peut être retirée par aucun régime, aucune loi, aucun bourreau. Comme l&rsquo;écrit le philosophe Achille Mbembe : « La décision concernant notre engendrement ne nous appartenant point, nous ne sommes donc pas comptables devant le fait d&rsquo;être né. Encore moins d&rsquo;être né là, de ceux et celles-là, dans ce pays et dans ces conditions. »<sup data-fn="d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f" class="fn"><a id="d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f-link" href="#d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f">1</a></sup></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vérité est radicale. Personne n&rsquo;a choisi de naître femme ou homme, ici ou ailleurs, dans l&rsquo;abondance ou la précarité. Cette absence de choix fonde précisément l&rsquo;égale dignité de tou·te·s. D&rsquo;explication ou de justification, nous n&rsquo;en devons aucune à aucune instance quant au fait brut de notre existence. Et pourtant, combien sont jugé·e·s, condamné·e·s, rejeté·e·s pour ce qu&rsquo;ils et elles n&rsquo;ont jamais choisi ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les dignités piétinées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que certain·e·s subissent une double, voire une triple peine. Les femmes, d&rsquo;abord, dont la dignité est quotidiennement bafouée par les violences sexistes, les discriminations systémiques, le contrôle exercé sur leurs corps. Du harcèlement de rue aux féminicides, de l&rsquo;inégalité salariale aux entraves à l&rsquo;avortement, leur humanité est sans cesse remise en question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les migrant·e·s, ensuite, coupables d&rsquo;être né·e·s du mauvais côté d&rsquo;une frontière arbitraire. Ces femmes, ces hommes et ces enfants qui dorment sur les trottoirs de Bruxelles ou de Liège, à qui la police confisque parfois les bâches avec lesquelles ils et elles tentent de se protéger du froid. Leur crime ? Avoir fui la guerre, la misère, la persécution. Avoir osé croire que leur vie valait quelque chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les victimes du réchauffement climatique, enfin, doublement invisibilisées. Celles et ceux qui voient leurs terres englouties par les eaux, leurs récoltes anéanties par la sécheresse, leur existence rendue impossible par un dérèglement dont ils et elles ne sont pas responsables. Le Bangladesh n&rsquo;a pas provoqué la crise climatique. Le Sahel non plus.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le miroir qui nous regarde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment préserver notre propre dignité quand nous détournons le regard ? Comment rester digne lorsque nous savons que des armes fabriquées en Wallonie servent à massacrer des civil·e·s au Soudan ? Comment nous regarder dans le miroir quand la Méditerranée continue d&rsquo;engloutir celles et ceux que Frontex refoule ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dignité, comprise dans toute sa profondeur, n&rsquo;est pas seulement un bouclier. Elle est aussi un aiguillon. Elle nous interpelle, nous bouscule, nous empêche de nous réfugier dans l&rsquo;indifférence confortable. Reconnaître la dignité de l&rsquo;autre, c&rsquo;est reconnaître qu&rsquo;il ou elle est mon égal·e en humanité. Et cette reconnaissance m&rsquo;engage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque jour, des citoyen·ne·s refusent de se résigner. À Bruxelles, des bénévoles accueillent les exilé·e·s que l&rsquo;État abandonne. Des femmes brisent le silence et se lèvent ensemble. Des jeunes se mobilisent pour la Palestine, conscient·e·s que la dignité des générations futures se joue maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces femmes et ces hommes ne font pas que défendre les droits des autres. Ils et elles honorent leur propre dignité en refusant d&rsquo;être complices par leur silence. Notre dignité ne peut être complète si nous acceptons que celle des autres soit piétinée. Elle n&rsquo;est pas un trésor à conserver jalousement : elle grandit lorsqu&rsquo;elle se partage, elle s&rsquo;étiole lorsqu&rsquo;elle se replie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre dignité exige que nous luttions pour celle des autres. C&rsquo;est notre humanité qui est en jeu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;agir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#Dignité #DroitsHumains #DUDH #Solidarité #DroitsDesFemmes #Migrants #JusticeClimatique #Humanité</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f">https://aoc.media/opinion/2025/12/29/meditation-sur-le-passant-2 <a href="#d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


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		<title>Visas Schengen : l&#8217;Europe ferme sa porte aux défenseurs des droits humains</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/10/30/visas-schengen-leurope-ferme-sa-porte-aux-defenseurs-des-droits-humains/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Oct 2025 17:35:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Obtenir un visa Schengen relève du parcours du combattant pour les défenseurs des droits humains d&#8217;Afrique, d&#8217;Asie et du Moyen-Orient. Dans un nouveau rapport, Amnesty International dénonce un système qui exclut les voix du Sud des forums décisionnels internationaux et contredit les engagements européens en matière de droits humains. Dans l&#8217;espace Schengen européen, les systèmes ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Obtenir un visa Schengen relève du parcours du combattant pour les défenseurs des droits humains d&rsquo;Afrique, d&rsquo;Asie et du Moyen-Orient. Dans <a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/visa-schengen" title="">un nouveau rapport</a>, Amnesty International dénonce un système qui exclut les voix du Sud des forums décisionnels internationaux et contredit les engagements européens en matière de droits humains.</strong></p>



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<p class="wp-block-paragraph">Dans l&rsquo;espace Schengen européen, les systèmes de visas fonctionnent comme un véritable parcours d&rsquo;obstacles pour les défenseurs des droits humains venus de différentes régions du monde. Par conséquent, nombre d&rsquo;entre eux se voient empêchés de participer à des forums décisionnels importants. Or, ces obstacles sont en totale contradiction avec les droits et les valeurs que les États Schengen prétendent défendre, dénonce Amnesty International dans un rapport publié le 20 octobre 2025.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé <em>Fermer la porte ? Comment les politiques en matière de visas dans l&rsquo;espace Schengen européen nuisent aux défenseurs des droits humains</em>, ce rapport documente les nombreux obstacles auxquels sont confrontés les militants de 104 pays soumis à des restrictions en matière de visas. Ces pays se situent principalement en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Lorsque ces défenseurs tentent d&rsquo;obtenir des visas de courte durée pour se rendre dans l&rsquo;espace Schengen, c&rsquo;est afin de mener des actions de plaidoyer, de créer des réseaux ou de se mettre à l&rsquo;abri des risques auxquels ils sont exposés dans leur pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, l&rsquo;impact négatif sur leur mobilité équivaut à une discrimination indirecte. En effet, ces défenseurs des droits humains sont pour la plupart racialisés comme étant noirs, asiatiques et/ou musulmans, souligne l&rsquo;analyse de l&rsquo;organisation.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Des voix exclues des espaces décisionnels</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« L&rsquo;impossibilité d&rsquo;obtenir un visa Schengen signifie que les voix et les témoignages des défenseurs des droits humains des pays du Sud sont exclus des forums où sont prises des décisions qui affectent profondément leur vie »</em>, affirme Erika Guevara Rosas, directrice principale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnesty International.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Si les États Schengen ont le droit de décider qui entre sur leur territoire, l&rsquo;impact de leurs systèmes de visas sur les défenseurs des droits humains de 104 pays représente un décalage flagrant entre ce à quoi ils se sont engagés, à travers leurs lignes directrices et autres engagements visant à protéger les défenseurs des droits humains, et ce qu&rsquo;ils font réellement. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Il est indispensable de garantir aux défenseurs des droits humains un accès fiable, prévisible, transparent et rapide aux visas Schengen de court séjour afin de leur permettre d&rsquo;exercer leur droit de défendre les droits sans discrimination. »</em></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un parcours semé d&#8217;embûches</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le code des visas de l&rsquo;UE, l&rsquo;instrument législatif régissant les visas Schengen de court séjour, permet d&rsquo;accepter au cas par cas les demandes qui ne remplissent pas toutes les conditions requises. Pourtant, les personnes qui reçoivent et traitent ces demandes – y compris les prestataires de services externes – semblent souvent ignorer l&rsquo;existence de cette flexibilité. Résultat : de nombreux obstacles surgissent, notamment le rejet des demandes avant même qu&rsquo;elles n&rsquo;atteignent le stade de la prise de décision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier obstacle est simplement de savoir où déposer une demande. De nombreux États Schengen n&rsquo;ont pas de représentations diplomatiques dans tous les pays soumis à des restrictions en matière de visas. Par conséquent, les défenseurs des droits humains peuvent être contraints de se rendre dans un autre pays pour déposer leur demande, ce qui peut s&rsquo;avérer financièrement prohibitif ou présenter un risque pour leur sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S&rsquo;ajoutent à cela d&rsquo;autres obstacles : le temps nécessaire pour obtenir un rendez-vous, l&rsquo;attente d&rsquo;une décision et la durée de validité des visas. Dans certains cas, les visas sont délivrés trop tard ou pour une période si courte qu&rsquo;ils ne tiennent compte ni du temps nécessaire pour se rendre sur place et en revenir, ni des éventuels retards de vol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, les demandeurs de visa sont souvent tenus de fournir une longue liste de pièces justificatives, comprenant généralement des preuves de leurs moyens financiers : situation professionnelle, bulletins de salaire ou preuves de propriété immobilière. <strong>Or</strong>, cela est particulièrement difficile pour les militants, en particulier ceux qui sont les plus marginalisés et discriminés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une défenseuse des droits humains issue de la communauté dalit au Népal témoigne : « Ils demandent des relevés bancaires à ceux qui souhaitent se rendre dans un État Schengen. Imaginez ce que cela signifie pour des personnes qui vivent dans une situation où elles ne peuvent même pas gagner leur vie au quotidien. Certaines personnes qui souhaitent mener des actions de plaidoyer au niveau international peuvent ne pas disposer de ces moyens, car elles sont défenseuses des droits humains et la plupart de leurs actions de plaidoyer sont menées à titre bénévole. »</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une discrimination indirecte par la race</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ces obstacles entraînent une discrimination indirecte à l&rsquo;égard des défenseurs des droits humains. En effet, les politiques en matière de visas Schengen ont un impact disproportionné sur les demandeurs issus de minorités racialisées. <strong>Bi</strong>en que les règles en matière de visas soient apparemment neutres sur le plan racial – puisqu&rsquo;elles ne mentionnent pas explicitement la race ou l&rsquo;origine ethnique comme motifs de traitement différencié – il existe une forte corrélation entre les pays soumis à des restrictions en matière de visas et les populations racialisées comme noires, asiatiques et/ou musulmanes.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Des avancées timides, mais insuffisantes</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En juin 2024, la Commission européenne a publié une version révisée du Manuel des visas de l&rsquo;UE, qui comprend désormais des exemples pratiques illustrant comment faciliter les demandes de visa des défenseurs des droits humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amnesty International se félicite de cette évolution. Toutefois, l&rsquo;organisation appelle les pays de l&rsquo;espace Schengen à veiller à ce que ce manuel révisé soit largement diffusé et pleinement mis en œuvre. Il est crucial que les agents des services des visas du monde entier – y compris les prestataires de services externes – soient pleinement formés à la manière de faciliter les déplacements des défenseurs des droits humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, l&rsquo;organisation demande aux pays Schengen de collecter des données ventilées par race et origine ethnique afin de mettre fin à la discrimination dans le système des visas, ainsi que d&rsquo;élaborer et de mettre en œuvre une procédure de visa facilitée pour les défenseurs des droits humains, incluant un traitement accéléré des demandes. En outre, les pays Schengen devraient délivrer plus régulièrement des visas à long terme et à entrées multiples, qui constituent des outils de protection essentiels permettant aux militants de voyager lorsque nécessaire sans avoir à franchir à chaque fois les mêmes obstacles bureaucratiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Contexte</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;espace Schengen comprend 29 pays, dont la plupart sont des États membres de l&rsquo;UE, ainsi que des pays non membres tels que la Suisse et la Norvège. Tous sont liés par le code des visas de l&rsquo;UE pour la délivrance de visas Schengen de courte durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ce rapport, Amnesty International s&rsquo;est entretenue avec 42 organisations internationales – basées à la fois dans l&rsquo;espace Schengen et dans des pays soumis à des restrictions en matière de visas – qui ont facilité les déplacements de centaines de défenseurs des droits humains au fil des ans. L&rsquo;organisation a également recueilli les témoignages de 32 défenseurs ayant une expérience directe des procédures de visa.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #VisaSchengen #Discrimination #LibertéDeMouvement #AmnestyInternational #DefenseursDesDroitsHumains #Europe #Justice #Migrations #DiscriminationRaciale</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/10/30/visas-schengen-leurope-ferme-sa-porte-aux-defenseurs-des-droits-humains/">Visas Schengen : l’Europe ferme sa porte aux défenseurs des droits humains</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>L&#8217;IA et l&#8217;aide sociale : surveillance et exclusion des pauvres</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/06/11/lia-et-laide-sociale-surveillance-et-exclusion-des-pauvres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Jun 2025 07:59:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=566</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment porter secours aux personnes dans les moments les plus vulnérables de leur existence, à l'heure où les technologies numériques reconfigurent profondément notre rapport au soin et à l'aide sociale.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/06/11/lia-et-laide-sociale-surveillance-et-exclusion-des-pauvres/">L’IA et l’aide sociale : surveillance et exclusion des pauvres</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Virginia Eubanks, professeure de sciences politiques à l&rsquo;université d&rsquo;Albany (NY), s&rsquo;est imposée comme l&rsquo;une des voix les plus percutantes dans l&rsquo;analyse critique des technologies numériques au service de l&rsquo;État social. Après son ouvrage remarqué « Automating Inequality » (2018), qui documentait comment les outils numériques déployés dans l&rsquo;administration américaine perpétuent l&rsquo;exclusion et la surveillance des populations défavorisées, elle poursuit aujourd&rsquo;hui sa réflexion en explorant plus intimement l&rsquo;organisation sociale du soin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une <a href="https://aoc.media/entretien/2025/05/02/virginia-eubanks-laide-sociale-est-passee-du-care-au-data-processing/" title="">interview accordée à AOC le 3 mai 2025</a>, Eubanks revient sur son parcours et ses projets en cours, tout en offrant une analyse lucide des transformations de l&rsquo;État social à l&rsquo;ère numérique. L&rsquo;enjeu essentiel qu&rsquo;elle identifie : comment porter secours aux personnes dans les moments les plus vulnérables de leur existence, à l&rsquo;heure où les technologies numériques reconfigurent profondément notre rapport au soin et à l&rsquo;aide sociale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Au-delà de la « fracture numérique » : technologies et inégalités</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le parcours d&rsquo;Eubanks est jalonné par une interrogation constante sur les implications politiques des technologies numériques. Dès les années 1990, alors militante pour l&rsquo;accès aux droits dans un quartier populaire proche de Stanford, elle constate que la notion de « fracture numérique » ne suffit pas à saisir le lien profond entre technologies et inégalités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« On conçoit souvent les technologies administratives comme de simples extensions de l&rsquo;appareil bureaucratique de l&rsquo;État, qui rendraient le travail plus rapide et plus efficace, alors que ce sont des technologies fondamentalement politiques », explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son enquête sur l&rsquo;automatisation des systèmes d&rsquo;aide sociale révèle que, contrairement aux idées reçues, ces systèmes ne sont pas apparus dans les années 1990 mais dès la fin des années 1960. Cette période coïncide précisément avec l&rsquo;émergence d&rsquo;un mouvement social massif pour l&rsquo;accès aux droits, porté principalement par des femmes noires ou afro-américaines. Ce mouvement avait considérablement élargi l&rsquo;accès aux allocations familiales, passant de 3,2 millions de bénéficiaires en 1961 à près de 10 millions en 1971.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le &lsquo;problème&rsquo; à résoudre par l&rsquo;automatisation n&rsquo;était autre que celui de l&rsquo;égalité », analyse Eubanks. « Ce &lsquo;problème&rsquo;, c&rsquo;est que des personnes accédaient à leurs droits. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">La « digital poorhouse »  </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Eubanks a développé le concept de « digital poorhouse » (maison des pauvres numérique) pour décrire la version contemporaine et technologique du système historique de gestion des pauvres aux États-Unis. Un système qui, sous couvert d&rsquo;objectivité technique, perpétue la distinction entre « pauvres méritants » et « pauvres indignes », tout en imposant un ensemble d&rsquo;injonctions morales et de pratiques de surveillance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Les technologies informatiques offrent un vernis d&rsquo;objectivité et de neutralité », poursuit Eubanks. « Elles camouflent les changements de politiques publiques en les désignant comme de simples améliorations technologiques du système informatique et leur confèrent une légitimité technique. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dynamique se manifeste à travers plusieurs scandales retentissants, comme l&rsquo;affaire « robo-debt » en Australie, où un algorithme mal conçu a identifié 800 000 personnes qui auraient supposément perçu des aides indues, les contraignant à des remboursements souvent injustifiés. Une mobilisation massive s&rsquo;est organisée sous le nom de « Not My Debt », permettant aux victimes d&rsquo;obtenir gain de cause, mais non sans conséquences dramatiques : on estime que le programme aurait entraîné environ 2 000 décès, dont de nombreux suicides.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des situations similaires ont été documentées aux États-Unis et aux Pays-Bas, témoignant d&rsquo;un paradoxe troublant : des institutions censées protéger les plus vulnérables se transforment en machines à précariser.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du care au data processing : transformation du travail social</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Eubanks, le changement le plus fondamental réside dans la conception même du travail social et de l&rsquo;aide sociale : « On est passés d&rsquo;un modèle basé, même si de manière imparfaite, sur le care (le soin, l&rsquo;accompagnement, l&rsquo;attention aux personnes) à un modèle de data processing (le traitement d&rsquo;informations). »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette évolution se traduit par une redéfinition du métier d&rsquo;assistant social, de moins en moins perçu comme un travail de relation humaine et de plus en plus comme une tâche administrative, un traitement automatisé de dossiers. Les nouveaux outils technologiques facilitent et accélèrent cette transformation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eubanks cite l&rsquo;exemple révélateur de l&rsquo;outil de profilage des familles du comté d&rsquo;Allegheny, censé prédire par la modélisation quels enfants sont à risque d&rsquo;abus ou de négligence. L&rsquo;une de ses conceptrices défendait une vision purement technocratique de l&rsquo;État, dont le seul rôle serait de « transmettre la bonne information au bon endroit et au bon moment, et de distribuer les ressources de manière efficace » – des fonctions que les ordinateurs pourraient accomplir plus rapidement et plus équitablement que les humains.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des approches technologiques à visée disciplinaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;automatisation de l&rsquo;aide sociale ne relève pas simplement d&rsquo;une négligence institutionnalisée ou d&rsquo;une quête d&rsquo;efficacité, mais s&rsquo;inscrit dans une vision disciplinaire et punitive de la pauvreté, particulièrement marquée aux États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« L&rsquo;idée n&rsquo;est pas seulement de pousser les gens vers l&#8217;emploi, mais de s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils restent dans un état d&rsquo;insécurité permanent, constamment obligés de prouver leur valeur », analyse Eubanks. « C&rsquo;est aussi un système qui utilise la bureaucratie comme une arme pour punir et pour épuiser les gens. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dimension punitive apparaît clairement dans l&rsquo;histoire de Tim Pegues, un retraité américain contraint de rembourser quelques dollars par mois pour un supposé « trop-perçu ». Comme le souligne Eubanks, « si l&rsquo;État cherchait uniquement à maximiser ses revenus, il ne dépenserait pas d&rsquo;argent pour lui faire verser 5 dollars par mois. Ça ne couvre même pas les dépenses postales ! »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers des alternatives : réinventer les modèles de soin</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette dégradation de l&rsquo;État providence, quelles alternatives peuvent émerger ? Eubanks rappelle que, malgré la longue histoire d&rsquo;exclusion et de contrôle qui caractérise la protection sociale américaine, des expériences émancipatrices ont existé, comme le Social Security Act de 1935 ou les conquêtes du mouvement des Mothers for Adequate Welfare dans les années 1970.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, certaines pistes prometteuses se dessinent du côté du mouvement féministe et du mouvement antivalidiste (disability justice movement), qui réfléchissent depuis longtemps aux modèles de soin et à la manière dont la prise en compte de la vulnérabilité définit le type de personnes que les mouvements politiques peuvent inclure et soutenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La pandémie avait fait naître l&rsquo;idée que le soin est une infrastructure sociale et que, comme toute infrastructure, il nécessite un soutien public. Pour Eubanks, la gauche doit poursuivre ce travail et contribuer à faire reconnaître à l&rsquo;État sa responsabilité en la matière : « On a besoin d&rsquo;un État de soin fonctionnel et de réinventer les modèles institutionnels de soin. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;enjeu des années à venir : entre pillage des ressources et contrôle social</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;arrivée récente d&rsquo;Elon Musk à la direction du Department of Government Efficiency (DOGE) a soulevé de nouvelles inquiétudes concernant l&rsquo;avenir de l&rsquo;État social américain. En quelques semaines, DOGE a licencié près de 30 000 membres du personnel des administrations et multiplié les annonces sensationnelles, comme l&rsquo;usage de l&rsquo;IA pour remplacer le personnel congédié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Eubanks, ni Musk ni l&rsquo;administration Trump ne sont particulièrement innovants sur le plan technologique : « Ce sont simplement des aspirants oligarques, qui appliquent un modèle à la russe et font miroiter tout un ensemble de technologies pour ce faire. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, les conséquences risquent d&rsquo;être considérables. Dans les premières semaines de l&rsquo;administration Trump, d&rsquo;importants investissements dans l&rsquo;IA ont été annoncés en parallèle de près de 1 000 milliards de dollars de coupes budgétaires dans les programmes d&rsquo;aide alimentaire (SNAP) et Medicaid.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eubanks identifie une double stratégie à l&rsquo;œuvre : d&rsquo;une part, « un effort très structuré pour discipliner les citoyens, en particulier ceux qui ne sont ni blancs, ni riches, et qui ne sont pas nés sur le sol national », et d&rsquo;autre part, « une forme de pillage des ressources de l&rsquo;État », comme en témoigne le démantèlement du National Forest Service ou celui du FEMA, l&rsquo;Agence fédérale de gestion des situations d&rsquo;urgence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Saper le fonctionnement et la confiance dans ces formes collectives de protection et de soin est une stratégie qui permet autant d&rsquo;enrichir certains acteurs privés que de renforcer le contrôle social », conclut Eubanks.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/06/11/lia-et-laide-sociale-surveillance-et-exclusion-des-pauvres/">L’IA et l’aide sociale : surveillance et exclusion des pauvres</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Immigration et emploi en Belgique : les défis cachés derrière les chiffres</title>
		<link>https://en-avant.info/2024/10/09/immigration-et-emploi-en-belgique-les-defis-caches-derriere-les-chiffres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 08:29:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[Emploi]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre besoins du marché du travail et politique migratoire restrictive, Sotieta Ngo appelle à un changement de paradigme pour une approche plus pragmatique et humaine.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sotieta Ngo, directrice du CIRÉ, lève le voile sur la réalité complexe de l&rsquo;immigration en Belgique. Des réfugiés palestiniens aux sans-papiers, en passant par les travailleurs étrangers qualifiés, elle expose les incohérences d&rsquo;un système qui privilégie souvent l&rsquo;idéologie à l&rsquo;économie. Entre besoins du marché du travail et politique migratoire restrictive, Sotieta Ngo appelle à un changement de paradigme pour une approche plus pragmatique et humaine.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h4 class="wp-block-heading">La situation des réfugiés palestiniens : un statut à double tranchant</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En Avant! : Quelle est la situation des réfugiés palestiniens en Belgique pour le moment ?</strong><br><strong>Sotieta NGO :</strong> Il y en a trop aux yeux de la secrétaire d’état à l’asile et à la migration, apparemment, puisqu&rsquo;elle veut discuter avec les autres pays européens sur le sujet. Il y a environ 3000 réfugiés palestiniens qui sont récemment arrivés en Belgique. Notre pays, avec la Grèce, est le seul pays de l&rsquo;Union européenne à accorder le statut de réfugié et pas la protection subsidiaire. C&rsquo;est positif, mais cela se retourne contre eux car l&rsquo;examen est plus méticuleux, ce qui entraîne des délais de procédure déraisonnables.<br>La moitié du personnel du CGRA travaille sur les dossiers palestiniens, ce qui n&rsquo;est pas arrivé très souvent à ma connaissance. Il y a un examen individuel beaucoup plus pointu.<br><strong>EN AVANT! : Et puis, il semblerait qu’il leur est régulièrement demandé, notamment lorsqu’il s’agit de regroupement familial, des actes de naissance, des certificats médicaux,… même si à Gaza, Il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;hôpitaux et plus vraiment d’administration.</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> Non, il n&rsquo;y a plus rien mais pour toutes les procédures en Belgique, ça va être compliqué ; donc ils doivent avoir un statut de réfugié pour bénéficier des documents d&rsquo;identité aussi.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Demandeurs d&rsquo;asile : une « nouvelle normalité » à 30 000 demandes par an</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>EN AVANT! : Qu&rsquo;en est-il de la situation générale des demandeurs d&rsquo;asile ?</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> Les chiffres des demandeurs d&rsquo;asile sont assez stables par rapport à l&rsquo;année dernière. Nous sommes dans des tendances hautes, mais qui sont, d&rsquo;après moi, la nouvelle normalité. La Belgique est plutôt sur une tendance de plus de 30 000 demandes par an depuis plusieurs années maintenant.<br>Les autorités belges examinent notre ranking au niveau européen, et donc la proportion par rapport à la population est — pour notre gouvernement — trop élevée. Certes, elle est au-dessus de certains états, mais la position géographique, la publicité accordée à la Belgique par les instances européennes, etc. attirent nécessairement plus de demandeurs, donc 35 000 me semble être vraiment un chiffre « normal » pour l&rsquo;instant.<br>Ceci dit, il y aura un avant et un après le pacte européen des migrations.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Sans-papiers en Belgique : 112 000 vies dans l&rsquo;ombre</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>EN AVANT! : Où en est-on en ce qui concerne les sans-papiers ?</strong><br><strong>SOTIETA NGO:</strong> En ce qui concerne les sans-papiers (à ne pas confondre avec les sans-abris), ce sont toujours des estimations. Ce sont toujours des chiffres à prendre avec précaution, mais y a la dernière estimation est pour moi plus sérieuse que toutes les autres. C&rsquo;est une recherche faite par la VUB et qui se base pour la première fois sur des tables de mortalité. Elle parle de 112 000 personnes sans papiers. Avec probablement 80.000 sans-papiers à Bruxelles et le reste sur l&rsquo;ensemble du territoire.<br><strong>EN AVANT! : Ce qui est frappant, c’est qu’alors qu’il y a autant de sans-papiers, dont une bonne partie n’est pas sans diplôme ou sans formation, la Flandre, notamment, va chercher des Mexicains ou des Indiens ailleurs.</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> Oui, on est frappé par ça, On est frappé par le nombre de professions en pénurie en Flandre comme en Wallonie. La situation du marché de l&#8217;emploi n&rsquo;est pas la même suivant les régions, mais quelle que soit la situation, il y a des professions en pénurie. Pourtant, les blocages à l&rsquo;égard des personnes étrangères, et pas que des personnes sans papiers, continuent de s&rsquo;exercer de manière assez forte, même dans les cas où nous avons des travailleurs étrangers avec des compétences dans les secteurs en pénurie. Et ça, ça ne peut que poser question.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Le paradoxe du marché du travail : pénuries et talents inexploités</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>EN AVANT! : C’est vraiment une approche idéologique?</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> La vision politique de la migration prend le dessus sur les besoins économiques apparemment. Donc, pour les sans-papiers, c&rsquo;est très simple : ils n&rsquo;ont pas accès au permis unique, qui est le sésame pour avoir accès au travail. La législation prévoit textuellement que les personnes qui n&rsquo;ont pas un titre de séjour valable ne peuvent pas introduire cette demande : les sans-papiers sont exclus au stade de la recevabilité.<br>On ne regarde pas le profil de la personne. Parfois, elle est née en Belgique, a fait toutes ses études en Belgique, mais peu importe. Même si elle pourrait répondre à des demandes dans des secteurs en pénurie.<br><strong>EN AVANT! : Comment cela est-il possible ?</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> La personne est peut-être venue comme étudiante. Un étudiant étranger fait son cursus qui coûte quand même un petit peu à la Belgique, puisque c&rsquo;est un lieu d&rsquo;enseignement, etc. Et même si le minéral est augmenté, la Belgique a investi dans cette formation. L&rsquo;étudiant obtient son diplôme et il a droit à une année de transition — c&rsquo;est la législation sur les études des étudiants étrangers. Il a une année de transition pour trouver un emploi. S&rsquo;il (ou elle) n&rsquo;arrive pas à trouver un job (il y a plein de raisons possible, c&rsquo;est parfois très très difficile), son titre de séjour n&rsquo;est plus renouvelé. Si la personne fait une demande à ce moment là parce qu’elle a enfin trouvé un employeur. Et bien, on lui dit : « Non, non, vous êtes sans papiers ». Alors, c’est vrai : c&rsquo;est un·e sans-papier, mais formé·e en Belgique avec des compétences acquises en Belgique, les codes belges, etc.<br>Nous avons été confrontés à un cas particulièrement frappant. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un infirmier que le CHU de Liège souhaitait recruter pendant la crise du Covid. Cet infirmier avait été formé en Belgique mais se trouvait en situation irrégulière. Cette situation relève d&rsquo;une compétence partagée entre la région et le fédéral : la région est responsable de l&#8217;emploi, tandis que le fédéral gère le séjour. En principe, le fédéral ne devrait examiner que les questions d&rsquo;ordre public, comme le casier judiciaire. La décision concernant l&#8217;emploi d&rsquo;une personne sans papiers devrait revenir à la région.<br>Cependant, la loi stipule qu&rsquo;un accord de coopération est nécessaire pour régler ce type de cas. Malheureusement, le fédéral adopte une position inflexible, refusant d&rsquo;examiner toute situation, y compris celle de cet infirmier, malgré les circonstances exceptionnelles et le besoin urgent de personnel soignant.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La reconnaissance des diplômes : un parcours du combattant pour les travailleurs étrangers</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>EN AVANT! : J’ai réussi ma formation, j&rsquo;ai été formé en Belgique, j&rsquo;ai un contrat pour ce job (et donc la preuve que je peux vivre dignement, et non pas aux frais du Belge moyen) et pourtant il faut que j&rsquo;aie un titre de séjour.</strong><br><strong>SOTIETA NGO : </strong>Le CHU de Liège veut l&rsquo;engager, on est en plein Covid, il y a un manque terrible. Finalement, la personne a finalement introduit une autre demande de séjour, sur base d&rsquo;une demande de régularisation. Avec beaucoup de pression de la part des syndicats du CHU, de Liège, la secrétaire d’état à l’asile et aux migrations a lâché. Mais qu’il ait fallu une bataille de plusieurs mois, même pour ce profil-là, c&rsquo;est absurde.<br>L’emploi régionalisée. La délivrance des permis devrait dépendre intégralement des régions, mais il se fait que la procédure implique le fédéral : dès lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de travailleurs étrangers, le fédéral veut avoir son mot à dire. Pourtant la région devrait être autonome pour faire des dérogations et elle n&rsquo;en a pas la possibilité.<br><strong>EN AVANT! : Une analyse a-t-elle été faite pour analyser la concordance possible entre la main d&rsquo;œuvre disponible chez les sans-papiers et des professions en pénurie ?</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> À ma connaissance, non, et à mon avis, c&rsquo;est compliqué, parce que les sans-papiers se terrent, et donc toute donnée concernant les sans-papiers est compliquée à obtenir. Et puis, c&rsquo;est toujours un peu compliqué, les professions en pénurie. Dès lors qu&rsquo;il y a une profession déclarée comme telle, on assouplit certaines législations, notamment sur les travailleurs étrangers. On peut définir des cas de dispense, je passe les détails techniques.<br>Mais c&rsquo;est très étrange parce que les régions ont une attitude différente par rapport à leurs listes de pénurie. Ça ne reflète pas toujours la réalité des choses. La Région bruxelloise pendant un moment n&rsquo;avait que six professions en pénurie. Et on se dit : mais c&rsquo;est faux, pourquoi disent-ils cela ? C&rsquo;est probablement pour éviter d’avoir à « régulariser » des sans-papiers. Or, les pénuries ne concernent pas que des professions avec des hautes qualifications ou une longue formation.<br>Sous la précédente législature, Christine Morreale, ministre de l&#8217;emploi, a commencé un petit bras de fer avec le fédéral sur des dossiers de sans-papiers qui demandaient un permis unique. Elle n’a réussi que moyennement son « coup » ( Bruxelles n&rsquo;a même rien tenté).<br>Dans l&rsquo;accord du gouvernement wallon, Mr. Borsus fait une mention à cet égard en disant : « pour répondre aux besoins des entrepreneurs ». Mais le gouvernement reste très, très prudent parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas toute la main : ils savent qu&rsquo;ils doivent négocier avec le fédéral et que, vu les orientations qui semblent se dessiner au fédéral, ils risquent de ne pas l&rsquo;obtenir. La formulation reste donc soft : « Ceci ne sera pas une régularisation », et avec énormément de précautions. Alors que la région est dans sa compétence. C&rsquo;est ce que je dis depuis quelques années maintenant aux autorités régionales : « Faites respecter vos compétences, arrêtez de dépendre du fédéral. Dans la discussion institutionnelle rappelez que l’emploi, c&rsquo;est votre compétence ».<br><strong>EN AVANT! : Il s&rsquo;agit pas ici d&rsquo;accueillir, ou demain, de régulariser en masse tous les sans-papiers, il s&rsquo;agit de « régulariser » des gens qui auront un emploi.</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> C&rsquo;est toujours l&#8217;employeur qui introduit la demande, donc c&rsquo;est une réponse à un besoin exprimé par un employeur. Pour reprendre l’exemple du CHU, c’est lui qui a fait la démarche. Comment justifier le refus d&rsquo;un ministre de l&#8217;emploi à la demande d’un entrepreneur, alors que le besoin est évident et que l&#8217;employeur vient avec un travailleur en disant : j&rsquo;ai trouvé la personne qu’il me fallait. D’autant qu’il y a toujours un examen qui est exercé par les régions, analyse du marché du travail et des chômeurs et donc pour voir s&rsquo;il n&rsquo;y a pas des chômeurs qui ont les mêmes compétences.<br>Et n’oublions pas que lorsque la relation de travail prend fin, le permis de travail se termine aussi, quelle qu&rsquo;en soit la raison.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Travail au noir : les dangers de l&rsquo;invisibilité</h4>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>EN AVANT! : Une des questions qui émerge inévitablement quand on parle des sans-papiers, c&rsquo;est le travail au noir, évidemment.</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> Bien sûr. Parmi les sans-papiers, comme parmi les autres, le Covid a impacté le travail de tous ceux qui travaillaient régulièrement, ou pas, … Bien sûr, les sans-papiers n&rsquo;ont pas le choix puisqu&rsquo;ils n&rsquo;ont accès à rien.<br>Les sans-papiers sont probablement actifs à 60 pourcents comme la population belge et ils n&rsquo;ont pas le choix parce que il n&rsquo;y a aucun filet de sécurité. Ils peuvent parfois dépendre de la solidarité informelle. Mais ça a ses limites bien plus que pour n&rsquo;importe quel autre travailleur qui peut quand être récupéré grâce à plusieurs filets.<br>Le problème, c&rsquo;est que tous ces obstacles les invisibilisent de plus en plus. C’est une situation qui préoccupe énormément le secteur migration, les chercheurs, les syndicats, la société civile. Par exemple, le secteur des soins, comme les gardes de personnes âgées et les gardes d&rsquo;enfants à domicile, parce que là c&rsquo;est un peu incontrôlable, c&rsquo;est de l&rsquo;informel pur et dur. Il y a des cas d&rsquo;exploitation sévère comme des cas de harcèlement, mais à tout le moins tu n&rsquo;atteins pas le salaire minimum, les conditions de travail normales, etc. Ce sont des professions compliquées. La nounou qui s&rsquo;occupe d’une personne âgée, qui lui fait à manger, qui a droit à deux heures de repos par semaine et qui loge à domicile, elle échappe à tous les radars.<br>Et ça, c&rsquo;est vraiment le gros secteur qui fait l&rsquo;objet de toutes les préoccupations. C&rsquo;est aussi principalement du travail féminin, avec tous les risques et les réalités d&rsquo;exploitation sexuelle et de violence sexuelle. Dans le métier du bâtiment, on sait à quel point les contrôles sont actifs, comme dans l’Horeca. Ce sont des métiers visibles, tandis qu&rsquo;aller contrôler une nounou dans une villa cossue d&rsquo;une banlieue… c’est plus difficile.<br><strong>EN AVANT! : En fait, d’une part, c&rsquo;est pas rentable pour l&rsquo;État puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de taxes et de cotisations sociales. Mais en même temps, si on est cynique, on se dit : c&rsquo;est une économie informelle, et donc, c&rsquo;est autant que l’État n’a pas à organiser (et financer).</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> C’est vrai que l&rsquo;État ne s&rsquo;attaque pas tellement à ça, parce que c&rsquo;est compliqué, que ce sont des lieux de travail isolés. Mais il est vrai aussi que les familles vont rouspéter, en disant : « Mais moi, j&rsquo;engagerais bien, mais vous vous rendez bien compte que je ne peux pas dépenser 4.500 € par mois pour avoir quelqu&rsquo;un à domicile afin de s&rsquo;occuper de ma vieille maman mourante ». Il faut donc trouver une autre solution, que les autorités n’arrivent pas à mettre en place. Il y a des personnes qui abusent bien sûr, mais la plupart des personnes qui emploient ces sans-papiers de façon informelle sont des personnes respectables.<br>Par ailleurs, l&rsquo;inspection du travail est totalement démunie. On a eu des rencontres avec d’autres organisations et des fonctionnaires de l’inspection du travail, et on se rend compte que le nombre de sanctions qu&rsquo;ils arrivent à établir est anecdotique par rapport aux nombre d’enquêtes. Et c’est intéressant de savoir que la plupart des plaintes ont été engendrées par des dénonciations des travailleurs exploités eux-mêmes. Mais il faut avoir les reins solides parce que ces travailleurs exploités, ils repartent menottés dans le combi et risquent l&rsquo;expulsion. Ils ne se plaignent que lorsque l&#8217;employeur leur doit des milliers d&rsquo;euros.<br>Et l’aide familiale ouzbèke qui travaille dans une villa à garder une personne âgée et se fait exploiter complètement ne va rien dénoncer. Elle a pas du tout envie de subir l&rsquo;humiliation des menottes et de la détention et d&rsquo;être remballée en Ouzbékistan.<br>C’est pour cela que les autorités en font si peu, mais surtout par ce que le réel moyen de couper ce business-là, c&rsquo;est de délivrer des titres de séjour, évidemment.<br>Et ça, nos gouvernants n’en veulent pas. Bien sûr, ces personnes sont partie du système d’exploitation : elles acceptent des sous-salaires, sous-conditions de travail,… Mais c&rsquo;est leur moyen de subsistance.<br>Ceci étant dit, même pour les personnes autorisées au séjour, il y a une multitude de freins qui s&rsquo;exercent aussi à leur égard : la reconnaissance de leurs qualifications.<br>Ainsi, au Ciré, nous avons dans notre base de données plus de 100 professionnels de la santé chaque année : des directeurs de clinique égyptiens, des chirurgiens, des pharmaciens, des infirmiers. Mais ils sont bloqués au niveau de la reconnaissance de leur diplôme ou de leurs compétences. On a ainsi le directeur de clinique égyptien, avec 20 ans d&rsquo;expérience : il devrait recommencer des études. La seule équivalence qui lui est reconnue, c’est celle d’aide-soignant !<br>La communauté française dit : « Oui, mais nous sommes là pour comparer deux cursus. Or, le cursus en Égypte n&rsquo;est pas le même qu&rsquo;en Belgique ». Certes, mais est-ce que cela veut dire que ce professionnel n&rsquo;a pas les compétences requises ? Il y a une espèce de sacralisation en Belgique de l&rsquo;équivalence de diplôme.<br><strong>EN AVANT! : On pourrait imaginer d&rsquo;avoir des périodes de transition ?</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> Oui, ou de stages qui entraînent la reconnaissance des compétences. On pourrait faire le test des compétences. C&rsquo;est une humiliation vécue par ces personnes, qui finissent parfois par se réorienter complètement. Le directeur de clinique, il n&rsquo;a pas du tout envie d&rsquo;être considéré comme aide-soignant ni de reprendre des études. Donc, il se lance dans la cuisine.<br>D’autres acceptent, parce que parce que c&rsquo;est leur passion, ce sont leurs compétences, ils ont charge de famille, ils n&rsquo;ont pas le choix, mais c&rsquo;est une dégradation des qualifications avec dégradation salariale à la clé aussi. À nouveau, les travailleurs étrangers sont quand même traités en fonction des pénuries existantes.<br>Et puis le clou du spectacle, c&rsquo;est la politique de migration économique qui est complètement biaisée en Belgique. Officiellement, la personne fait sa demande à partir de son pays d&rsquo;origine. Mais en fait, ça ne fonctionne jamais, sauf si elle fait partie des professions hautement qualifiées ou dans des programmes introduits par des grandes entreprises, ou des hôpitaux qui vont chercher des infirmières en Inde.<br><strong>EN AVANT! : Dans un sens, nous enlevons des gens dont ces pays ont le plus besoin.</strong><br><strong>SOTIETA NGO:</strong> Oui, plutôt que de prévoir des programmes de migration circulaire où il y a au moins au moins un semblant de Win-Win. Non, on va les chercher, on va les former, on va les sous payer, on les jettera quand on en aura plus besoin. Alors qu&rsquo;il y a des personnes ici qui ont les codes, parfois les formations, certes sans papiers ou avec papiers, mais pas le bon diplôme reconnu, et qui pourraient convenir.<br>Et l&rsquo;autre absurdité, c&rsquo;est le travail détaché. Il a pris le dessus complètement. Grâce à cette libre circulation des travailleurs en Europe, tu peux avoir un travailleur polonais engagé par une boîte polonaise qui a pris un marché public en Belgique. Il est payé selon les conditions polonaises, même si souvent la couverture sociale et les conditions de travail ne sont pas les mêmes que pour les autres travailleurs.<br>Il y a aussi les faux travailleurs détachés. L&rsquo;entrepreneur polonais va engager des Ouzbeks en les faisant passer pour des travailleurs polonais.<br>Et là, c&rsquo;est la boîte de Pandore, le travail détaché, on le sait, on voit bien tous ceux sur les routes pour changer sa fibre optique, par exemple. Tous ces travailleurs européens ou pseudo-européens sont là aussi exploités. La presse relate assez souvent ces histoires de containers remplis de ces travailleurs. Les dysfonctionnements et les incohérences sont énormissimes. C’est là qu’il faut investir dans les contrôles.</p>



<h4 class="wp-block-heading">La politique migratoire face à l&rsquo;économie : quand l&rsquo;idéologie l&#8217;emporte</h4>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, quand on regarde sous l&rsquo;angle des sans-papiers, on se rend compte à quel point la polémique « migration » l&#8217;emporte sur l&rsquo;économique. Les autorités privilégient la fermeture migratoire à la réponse aux besoins économiques. Je ne sais pas ce qu’en dirait la population, si on lui présentait les choses de cette façon.<br>En fait, on laisse des champs béants d&rsquo;exploitation ou de détournement. On n&rsquo;est pas en train de mettre un terme à l&rsquo;exploitation, aux abus et aux détournements, on les déplace.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>EN AVANT! : Et aussi on rend invisibles ces travailleurs au noir. On n’en sait pas grand-chose et dès lors, on ne peut pas les protéger. Ce qui, d’un strict point de vue cynique et pragmatique, peut nous poser des problèmes en périodes d’épidémies, par exemple.</strong><br><strong>SOTIETA NGO :</strong> La période du Covid a été un bon test. Les espaces aériens sont fermés, on est dans une situation de pandémie, il faut prendre soin de soi pour prendre soin des autres. C&rsquo;était ça le leitmotiv, le CIRÉ a tout de suite dit : « Donnez des titres de séjour aux sans-papiers, parce qu&rsquo;en fait, sinon les sans-papiers vont continuer de vivre dans les squats dans des conditions de salubrité compliquées, ils n&rsquo;ont pas accès aux produits d&rsquo;hygiène ». D&rsquo;ailleurs, les squats faisaient appel à l&rsquo;aide en disant: on a besoin de savon, on a besoin de gel hydroalcoolique alcoolique.<br>En fait, rien n&rsquo;a été fait, là, où d&rsquo;autres états, la France, l&rsquo;Espagne et d&rsquo;autres états, ont évidemment, donné des titres de séjour, parfois provisoires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La période du Covid a été un bon test. Les espaces aériens sont fermés, on est dans une situation de pandémie, il faut prendre soin de soi pour prendre soin des autres. (…) Mais la règle est restée la même : il faut pas faut pas donner de signal positif vers la régularisation, même pas une miette, y compris dans une période comme celle-là. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>« <strong>La période du Covid a été un bon test. Les espaces aériens sont fermés, on est dans une situation de pandémie, il faut prendre soin de soi pour prendre soin des autres. (…) Mais la règle est restée la même : il faut pas faut pas donner de signal positif vers la régularisation, même pas une miette, y compris dans une période comme celle-là. </strong> »</em></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La Belgique n&rsquo;a rien changé, elle a continué de délivrer des ordres de quitter le territoire pendant le Covid, même quand on leur disait: « Mais vous n&rsquo;arriverez pas à les expulser ». La réponse fut : « Oui, on ne sait jamais sur la durée, au final, on y arrivera peut-être, on ne sait pas où le Covid nous mènera ». Il n&rsquo;y a eu aucun infléchissement dans ce sens. Les sans-abris ont finalement été largement mieux pris en considération (certains ont été mis dans des hôtels aussi pour ne pas être trop au contact des autres). Mais la règle est restée la même : il faut pas faut pas donner de signal positif vers la régularisation, même pas une miette, y compris dans une période comme celle-là. C&rsquo;est quand même hallucinant. C’est comme pour les vaccinations. Nous avons été contactés tardivement : « En fait, on voudrait toucher des personnes sans papiers pour la vaccination ». Nous avons répondu, même si on a fait notre possible : « Et c&rsquo;est maintenant que vous venez nous demander, où sont les sans-papiers et comment les toucher ? ». Car pour ces personnes, se faire vacciner, c&rsquo;est être dans les conditions pour être expulsées ; il fallait leur donner avant des titres de séjour.<br><strong>EN AVANT! : On en revient à cette vision, qui est plus idéologique que sanitaire, économique,…</strong><br><strong>SOTIETA NGO </strong>: Bien, oui. On va voir avec les nouvelles majorités si elles aborderont cette question des sans-papiers sous l’angle que nous proposons.<br>Est-ce qu&rsquo;on va voir un infléchissement réel sur ce champ-là, j&rsquo;ai un doute. Mais il y a peut-être du travail à faire avec les employeurs. Ce sont des acteurs fondamentaux dans cette problématique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Propos recueillis par Philippe Hensmans</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<details class="wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow"><summary>Résumé</summary>
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Immigration et emploi en Belgique : un système en décalage avec la réalité économique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sotieta Ngo, directrice du CIRÉ (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers), dresse un tableau préoccupant de la situation des migrants en Belgique. Dans une interview approfondie, elle met en lumière les incohérences d&rsquo;un système qui semble privilégier une approche idéologique au détriment des réalités économiques et humaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec environ 3000 réfugiés palestiniens récemment arrivés et une tendance stable d&rsquo;environ 30 000 demandes d&rsquo;asile par an, la Belgique fait face à des défis importants en matière d&rsquo;immigration. Cependant, c&rsquo;est la situation des sans-papiers qui révèle les contradictions les plus flagrantes du système belge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Estimés à 112 000 personnes, dont 80 000 à Bruxelles, les sans-papiers représentent une main-d&rsquo;œuvre potentielle importante, souvent qualifiée, mais légalement inaccessible pour les employeurs. Paradoxalement, alors que de nombreux secteurs font face à des pénuries de main-d&rsquo;œuvre, la législation belge empêche ces personnes d&rsquo;accéder au marché du travail légal, même lorsqu&rsquo;elles ont été formées en Belgique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sotieta Ngo souligne l&rsquo;absurdité de situations où des employeurs sont prêts à embaucher des sans-papiers qualifiés, mais en sont empêchés par des barrières administratives. Elle cite l&rsquo;exemple frappant d&rsquo;un infirmier formé en Belgique que le CHU de Liège voulait recruter pendant la crise du Covid, mais qui s&rsquo;est heurté à des obstacles bureaucratiques en raison de son statut irrégulier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La reconnaissance des diplômes étrangers pose également problème, avec des professionnels hautement qualifiés se voyant refuser la reconnaissance de leurs compétences, les poussant parfois à se réorienter vers des emplois sous-qualifiés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La crise du Covid-19 a mis en lumière ces incohérences, la Belgique ayant maintenu une ligne dure envers les sans-papiers, contrairement à d&rsquo;autres pays européens qui ont assoupli leurs politiques pour des raisons sanitaires et économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sotieta Ngo appelle à un changement de paradigme, suggérant que les régions devraient avoir plus d&rsquo;autonomie pour gérer l&#8217;emploi des travailleurs étrangers et que la politique migratoire devrait être plus en phase avec les besoins économiques du pays. Elle souligne que la situation actuelle favorise le travail au noir et l&rsquo;exploitation, tout en privant l&rsquo;économie belge de compétences dont elle a besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En conclusion, l&rsquo;interview révèle un système d&rsquo;immigration en décalage avec les réalités du terrain, où l&rsquo;idéologie semble l&#8217;emporter sur les considérations pratiques, économiques et humanitaires. Un changement d&rsquo;approche apparaît nécessaire pour répondre aux défis actuels de l&rsquo;immigration et de l&#8217;emploi en Belgique.</p>
</details><p>The post <a href="https://en-avant.info/2024/10/09/immigration-et-emploi-en-belgique-les-defis-caches-derriere-les-chiffres/">Immigration et emploi en Belgique : les défis cachés derrière les chiffres</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La coopération belge au développement : attention, danger</title>
		<link>https://en-avant.info/2024/09/20/la-cooperation-belge-au-developpement-un-bilan-mitige/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Sep 2024 14:58:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération au développement]]></category>
		<category><![CDATA[droit au développement]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l&#8217;aube d&#8217;une nouvelle législature, le rapport 2024 du CNCD-11.11.11 sur la coopération belge au développement dresse un bilan en demi-teinte et appelle à des réformes ambitieuses. Dans un contexte international marqué par des crises multiples, la Belgique se trouve face à des choix cruciaux pour son engagement en faveur du développement international. Une aide ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;aube d&rsquo;une nouvelle législature, le <a href="https://www.cncd.be/rapport-2024-cooperation-belge-developpement" target="_blank" rel="noopener" title="">rapport 2024 du CNCD-11.11.11</a> sur la coopération belge au développement dresse un bilan en demi-teinte et appelle à des réformes ambitieuses. Dans un contexte international marqué par des crises multiples, la Belgique se trouve face à des choix cruciaux pour son engagement en faveur du développement international.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:700">Une aide publique au développement en berne</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le constat est sans appel : l&rsquo;aide publique au développement (APD) belge stagne à 0,44% du revenu national brut, loin de l&rsquo;objectif international de 0,7%. Cette stagnation est d&rsquo;autant plus préoccupante que la Belgique est généralement saluée pour ses choix stratégiques pertinents, notamment sa concentration sur les pays les moins avancés et les contextes fragiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique s&rsquo;éloigne de ses engagements internationaux, déplore l&rsquo;organisation. Il est urgent d&rsquo;adopter une trajectoire de croissance pour atteindre les 0,7% d&rsquo;ici 2030, comme le recommande l&rsquo;OCDE, rappelle-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport pointe également du doigt la « multilatéralisation » croissante de l&rsquo;APD belge. En 2023, moins de la moitié de l&rsquo;APD était gérée par la Direction générale de la coopération au développement (DGD), un chiffre historiquement bas. Cette tendance risque de s&rsquo;accentuer avec le prochain refinancement de la Banque mondiale, au détriment des canaux gouvernementaux et non-gouvernementaux.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:700">Des progrès qualitatifs, mais des défis persistants</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan qualitatif, l&rsquo;examen à mi-parcours du Comité d&rsquo;aide au développement de l&rsquo;OCDE relève des progrès notables. La Coopération belge a notamment renforcé son focus sur la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Le nouveau contrat de gestion de BIO, l&rsquo;agence belge d&rsquo;investissement dans les pays du Sud, est également salué comme une avancée positive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, des défis importants persistent. Le rapport souligne le manque de flexibilité budgétaire pour concrétiser l&rsquo;approche « fragilité » dans les contextes les plus instables. Il appelle également à renforcer l&rsquo;appropriation démocratique et l&rsquo;alignement sur les priorités des pays partenaires.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:700">La cohérence des politiques, un chantier inachevé</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport du CNCD-11.11.11 met en lumière l&rsquo;urgence d&rsquo;améliorer la cohérence des politiques pour le développement (CPD). Si des avancées ont été enregistrées sous la législature écoulée, l&rsquo;absence de mécanisme institutionnel au plus haut niveau reste problématique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique se classe au 7e rang des pays ayant le plus d&rsquo;impact négatif sur le reste du monde, selon le Sustainable Development Report, souligne le CNCD-11.11.11. Il est temps de créer une conférence interministérielle pour assurer la CPD et d&rsquo;adopter un plan d&rsquo;action concret.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport pointe du doigt plusieurs incohérences récentes, notamment l&rsquo;adoption du Pacte européen sur la migration et l&rsquo;asile, qui met à mal le droit international et les droits fondamentaux des personnes exilées.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:700">Vers une réforme du financement du développement</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la perspective de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement en 2025, le CNCD-11.11.11 appelle la Belgique à jouer un rôle moteur dans trois domaines clés :</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>La fiscalité internationale : Le rapport encourage la Belgique à s&rsquo;engager en faveur d&rsquo;une Convention-cadre des Nations Unies sur la coopération fiscale internationale, ainsi que de nouvelles sources de financement comme une taxe sur les transactions financières.</li>



<li>La dette des pays du Sud : Le CNCD-11.11.11 plaide pour la création d&rsquo;un cadre légal sous l&rsquo;égide des Nations Unies pour la restructuration de la dette des pays du Sud, s&rsquo;imposant à tous les créanciers.</li>



<li>La réforme des institutions financières internationales : Le rapport recommande un réalignement des quotes-parts au FMI et à la Banque mondiale en faveur des pays du Sud, ainsi qu&rsquo;une réforme de la distribution des Droits de tirage spéciaux.</li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;heure où les besoins de financement pour atteindre les Objectifs de développement durable n&rsquo;ont jamais été aussi élevés, la Belgique doit se trouver du bon côté de l&rsquo;histoire, conclut l&rsquo;association.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport du CNCD-11.11.11 lance ainsi un appel pressant au prochain gouvernement belge : redoubler d&rsquo;ambition et de créativité pour relever les défis du développement international. Alors que la Belgique s&rsquo;apprête à former une nouvelle coalition, les choix qui seront faits en matière de coopération au développement auront des répercussions bien au-delà de ses frontières.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2024/09/20/la-cooperation-belge-au-developpement-un-bilan-mitige/">La coopération belge au développement : attention, danger</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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