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	<title>Résistance - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
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	<title>Résistance - En avant</title>
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		<title>« La perturbation n&#8217;est pas la violence » : Michel Forst protège la désobéissance climatique</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/29/la-perturbation-nest-pas-la-violence-michel-forst-protege-la-desobeissance-climatique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 14:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Rapporteur spécial Michel Forst publie sous l'égide de la Convention d'Aarhus des lignes directrices qui consacrent le droit à la protestation environnementale pacifique — y compris la désobéissance civile.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sous l&rsquo;égide de la Convention d&rsquo;Aarhus, Michel Forst, Rapporteur spécial sur les défenseur·e·s de l&rsquo;environnement, vient de publier ses </strong><a href="https://unece.org/environment-policy/public-participation/aarhus-convention/special-rapporteur-environmental-defenders"><strong><em>Guidelines on the Right to Peaceful Environmental Protest and Civil Disobedience</em></strong></a><strong>. Quarante et une pages adressées aux 47 États parties — dont la Belgique — qui consolident un acquis du droit international : la perturbation n&rsquo;est pas la violence, et la désobéissance civile non-violente est protégée. À l&rsquo;heure où les colleur·euse·s d&rsquo;autoroute et les militant·e·s du climat se retrouvent au banc des accusés, le texte trace une ligne rouge.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le document, qui combine deux références onusiennes (ECE/MP.PP/2025/21 et /44), a été soumis à la huitième réunion des parties à la Convention d&rsquo;Aarhus, tenue à Genève du 17 au 19 novembre 2025. Il n&rsquo;a rien d&rsquo;un manifeste militant : c&rsquo;est un outil opérationnel, méthodique, étayé par la jurisprudence du Comité des droits de l&rsquo;homme de l&rsquo;ONU, de la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme et du Comité d&rsquo;examen du respect des dispositions d&rsquo;Aarhus lui-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Premier mécanisme contraignant dédié aux défenseur·e·s</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Convention d&rsquo;Aarhus, entrée en vigueur en 2001, garantit trois droits : accès à l&rsquo;information, participation aux décisions et accès à la justice en matière environnementale. Son article 3 (8) interdit toute pénalisation, persécution ou harcèlement contre celles et ceux qui exercent ces droits. En 2021, alarmée par les menaces, violences, surveillances et meurtres qui frappent les défenseur·e·s, la réunion des parties a créé par consensus un mandat de Rapporteur spécial — premier mécanisme de réponse rapide adossé à un traité juridiquement contraignant. Michel Forst, élu en 2022, en occupe le poste. Ces lignes directrices opérationnalisent ses précédentes alertes sur la « répression d&rsquo;État de la protestation environnementale ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Désobéissance civile : quatre critères, une protection</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport pose une définition claire de la désobéissance civile : (a) une violation délibérée de la loi, (b) sur une question d&rsquo;intérêt public, (c) menée publiquement, (d) menée sans violence. Quatre conditions cumulatives. Et un statut : protégée par l&rsquo;article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, par l&rsquo;article 11 de la Convention européenne des droits de l&rsquo;homme, et par la Convention d&rsquo;Aarhus elle-même. Le Comité des droits de l&rsquo;homme l&rsquo;avait déjà acté dans son Observation générale n° 37 : « Les campagnes collectives de désobéissance civile ou d&rsquo;action directe peuvent être couvertes par l&rsquo;article 21, à condition d&rsquo;être non-violentes. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">« La perturbation n&rsquo;est pas la violence »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la formule-clef du document, et elle est lourde de conséquences. Michel Forst rappelle que « la simple bousculade, ou la perturbation de la circulation des véhicules, des piétons ou des activités quotidiennes ne constituent pas une &quot;violence&quot; ». Bloquer une route, occuper un site, organiser un sit-in, mener une opération de désobéissance numérique : autant d&rsquo;actes qui restent dans le périmètre de la liberté de réunion. Mieux encore : même si certains participants commettent des actes pouvant être qualifiés de violents, cela ne fait pas basculer l&rsquo;ensemble du rassemblement hors du champ de protection. La Cour européenne le dit elle aussi, dans sa jurisprudence <em>Kudrevičius</em> : les intentions pacifiques se présument, sauf preuve « suffisante et convaincante » du contraire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le test en trois temps</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Toute restriction au droit de manifester doit franchir trois obstacles : (a) être prévue par la loi, (b) poursuivre un but légitime, (c) être nécessaire et proportionnée. La Cour de Strasbourg ajoute qu&rsquo;une simple « nécessité de punir une conduite illégale » ne suffit pas, et que les sanctions pénales — <em>a fortiori</em> les peines de prison — exigent une justification particulière. Forst en tire une exigence pratique : les juges nationaux doivent procéder à un examen au cas par cas, et non appliquer mécaniquement le droit pénal commun aux militant·e·s écologistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Cinq principes pour les États</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte décline cinq principes directeurs. <em>Un</em> : traiter les causes profondes de la mobilisation, qui tiennent à l&rsquo;échec des politiques environnementales nationales et internationales. <em>Deux</em> : contrer activement les récits qui criminalisent les défenseur·e·s — interdire le vocabulaire « éco-terroristes », « éco-criminels », « agents étrangers », « ennemis de l&rsquo;État » dans la bouche des responsables politiques et des médias publics. <em>Trois</em> : ne pas se servir de la montée de la désobéissance civile comme prétexte pour rétrécir l&rsquo;espace civique, ce qui implique de revoir les législations « anti-terrorisme », « ordre public » et « sécurité nationale » utilisées pour faire taire les protestations. <em>Quatre</em> : encadrer strictement la réponse policière — interdiction de la torture et des traitements inhumains, force minimale et de dernier recours, prohibition de la reconnaissance faciale et de la surveillance de masse, encadrement strict du <em>kettling</em> et des dispersions. <em>Cinq</em> : garantir une approche judiciaire qui ne contribue pas à étouffer la protestation, notamment par une protection effective contre les procédures-bâillons (SLAPPs), déjà encadrées par la directive européenne 2024/1069.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et chez nous ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique est partie à la Convention d&rsquo;Aarhus. Elle n&rsquo;échappe ni au phénomène ni aux tentations. Des procès contre des activistes climatiques, des fichages, des poursuites pour « entrave » ou « association de malfaiteurs » contre des actions de désobéissance pacifique : autant de pratiques qui doivent désormais être relues à la lumière du test en trois temps et des cinq principes. À l&rsquo;échelle européenne, la transposition de la directive anti-SLAPP est en cours. Aux échelons régional, communautaire et fédéral, l&rsquo;effort d&rsquo;analyse de cohérence — celui-là même que Forst recommande aux États dans son principe directeur n° 1 — reste largement devant nous.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une boussole, pas une baguette magique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les lignes directrices sont volontaires, juridiquement non contraignantes. Leur force vient d&rsquo;ailleurs : de leur consolidation de la jurisprudence existante, de leur méthodologie rigoureuse, et de leur capacité à servir de référence devant les juges, dans les commissariats, dans les commissions parlementaires. Encore faut-il qu&rsquo;elles soient traduites, disséminées et expliquées — comme le document lui-même y appelle. C&rsquo;est précisément ce travail de relais qui revient aux acteurs de terrain : ONG, syndicats, mouvements climat, défenseur·e·s des droits humains, médias indépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bloquer une route pour défendre une forêt n&rsquo;est pas un crime. Le droit international le dit. Reste à le faire entendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">#Aarhus #DésobéissanceCivile #JusticeClimatique #MichelForst #DroitsHumains</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/29/la-perturbation-nest-pas-la-violence-michel-forst-protege-la-desobeissance-climatique/">« La perturbation n’est pas la violence » : Michel Forst protège la désobéissance climatique</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;année 2025: l&#8217;année des prédateurs</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/21/lannee-2025-lannee-des-predateurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 06:09:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans sa préface au rapport annuel 2026 d&#8217;Amnesty International, Agnès Callamard qualifie 2025 d&#8217;« année des prédateurs ». Trump, Poutine, Netanyahou : une stratégie de conquête, des destructions de grande ampleur, et des gouvernements européens qui, pour la plupart, ont choisi la capitulation. Mais la secrétaire générale refuse le défaitisme et démonte méthodiquement le récit ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans sa préface au <a href="https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/04/amnesty-international-calls-states-to-stop-predatory-era-taking-hold/" target="_blank" rel="noopener" title="">rapport annuel 2026 d&rsquo;Amnesty International</a>, Agnès Callamard qualifie 2025 d&rsquo;« année des prédateurs ». Trump, Poutine, Netanyahou : une stratégie de conquête, des destructions de grande ampleur, et des gouvernements européens qui, pour la plupart, ont choisi la capitulation. Mais la secrétaire générale refuse le défaitisme et démonte méthodiquement le récit selon lequel l&rsquo;ordre international de 1948 aurait toujours été une « chimère ».</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;année où les pare-feu ont cédé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le diagnostic est implacable. Tout au long de 2025, selon Agnès Callamard, « le bien commun de l&rsquo;humanité » a été la proie de « prédateurs voraces » dont la soif de domination économique s&rsquo;est traduite par répressions, déplacements forcés et violences massives. Gaza, Ukraine, Soudan, RDC, Myanmar, Iran : les atrocités s&rsquo;enchaînent. Face à cela, la plupart des gouvernements, notamment européens, ont « joué la carte de la capitulation ». Certains sont allés jusqu&rsquo;à imiter les prédateurs ; d&rsquo;autres ont préféré se fondre dans leur ombre. Seule une poignée d&rsquo;États leur ont fait front.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La fable de « l&rsquo;illusion »</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être la contribution la plus forte du texte. Au discours qui présente désormais l&rsquo;ordre de 1948 comme obsolète, Callamard oppose un rappel historique précis : la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, la Convention sur le génocide, les Pactes internationaux ne sont pas tombés du ciel. Ils sont le fruit du travail, « souvent au grand dam d&rsquo;acteurs bien plus puissants », de générations de diplomates et de militant·e·s, notamment issu·e·s des jeunes États d&rsquo;Afrique, des Caraïbes, d&rsquo;Amérique latine et d&rsquo;Asie. Et la formule claque : « Il n&rsquo;appartient pas à celles et ceux qui trahissent les promesses de proclamer que celles-ci sont illusoires. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un « nouvel ordre » qui sent le vieux monde</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Début 2026, le secrétaire d&rsquo;État états-unien Marco Rubio a exposé la vision de substitution : une alliance de pays occidentaux et chrétiens menée par Washington, enracinée dans un « héritage commun » présenté en termes romantiques. Callamard renvoie froidement l&rsquo;image : cette histoire est aussi « faite de domination, de colonialisme, d&rsquo;esclavage et de génocide ». Pas d&rsquo;alternative réelle du côté de Pékin non plus, qui rejette l&rsquo;universalité des droits humains. Ce qu&rsquo;on nous propose ? La suprématie du commerce et l&rsquo;hégémonie de la technologie, la guerre à la société civile, l&rsquo;envolée des budgets militaires et les coupes dans l&rsquo;aide internationale.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce qui a résisté, quand même</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant. La préface détaille les brèches ouvertes en 2025 : mandats d&rsquo;arrêt de la CPI contre deux dirigeants talibans pour persécution liée au genre, remise de l&rsquo;ancien président philippin Rodrigo Duterte à la Cour, 156 États votant pour des négociations sur les armes autonomes, avis consultatifs climatiques de la CIJ et de la Cour interaméricaine, grèves de dockers en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, au Maroc et en Suède pour bloquer les livraisons d&rsquo;armes vers Israël. La Belgique figure nommément parmi les États qui se sont engagés à infléchir ou suspendre ce commerce d&rsquo;armes avec Israël — aux côtés notamment de l&rsquo;Espagne, de l&rsquo;Afrique du Sud, de la Colombie et de la Slovénie. Au Népal, un gouvernement est tombé sous la pression d&rsquo;une jeunesse mobilisée contre la corruption. Au Danemark, en Norvège, au Luxembourg et au Malawi, les droits reproductifs ont progressé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Subir l&rsquo;histoire, ou l&rsquo;écrire ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Comment accepter que des puissant·e·s décrètent « illusoire » ce qui a protégé, même imparfaitement, des millions de personnes ? Comment se résigner à voir l&rsquo;ordre fondé sur les règles remplacé par celui des prédateurs, simplement parce qu&rsquo;il dérange leurs intérêts ? Et comment nos gouvernements peuvent-ils financer la diplomatie multilatérale tout en se taisant devant le génocide à Gaza ? Callamard ne prétend pas que le système de 1948 soit parfait : elle rappelle le « deux poids, deux mesures », la paralysie, les millions de victimes ignorées. Mais résister, prévient-elle, ne signifie pas défendre un monde figé. C&rsquo;est « imaginer une vision transformée et transformatrice des droits humains ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message final est sans ambiguïté : « Nous ne subissons pas seulement l&rsquo;histoire. Nous l&rsquo;écrivons aussi. » À chacun·e, dans son rôle — électeur·rice, consommateur·rice, militant·e, investisseur·euse — d&rsquo;écrire la suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résister. Transformer. Écrire.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #Amnesty #Multilatéralisme #Callamard #Résistance</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/21/lannee-2025-lannee-des-predateurs/">L’année 2025: l’année des prédateurs</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La bombe et le berceau</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Mar 2026 15:38:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Né dans la clandestinité révolutionnaire, Zayd Dohrn raconte une enfance en fuite. Son texte pose la question que personne ne veut formuler : quand la résistance pacifique ne suffit-elle plus ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Zayd Ayers Dohrn, « My Childhood in the Weather Underground », <a href="https://www.newyorker.com/culture/the-weekend-essay/my-childhood-in-the-weather-underground">The New Yorker, 28 mars 2026.</a></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Né clandestinement en 1977, fils de Bernardine Dohrn et Bill Ayers — fondateur·rice·s du groupe révolutionnaire Weather Underground —, Zayd Ayers Dohrn raconte dans <em>The New Yorker</em> une enfance passée en fuite, sous de faux noms, dans l&rsquo;ombre du FBI. Plus qu&rsquo;un récit de famille hors norme, ce texte saisissant pose une question que notre époque préfèrerait ne pas formuler : à partir de quel moment la résistance pacifique ne suffit-elle plus ?</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Une enfance sous X</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit s&rsquo;ouvre sur une scène nocturne : un enfant de quatre ans réveillé en urgence, glissant sans bruit dans l&rsquo;escalier d&rsquo;un immeuble de Harlem tandis que son père gratte le givre sur le pare-brise. La famille prend la route vers Chicago pour que la mère puisse se rendre au FBI. Nous sommes en 1980.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant une décennie, Bernardine Dohrn avait figuré parmi les dix personnes les plus recherchées des États-Unis. Son fils n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;acte de naissance avant ses cinq ans. Ses premiers apprentissages n&rsquo;étaient pas les tables de multiplication, mais l&rsquo;art de repérer les agents fédéraux à leurs chaussures (des mocassins en cuir, bien cirés) et leurs voitures (américaines, austères, équipées d&rsquo;antennes radio surdimensionnées). À quatre ans, il maîtrisait les « trajectoires » — enchaînements de virages conçus pour semer d&rsquo;éventuels poursuivants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que l&rsquo;auteur restitue avec une précision troublante, c&rsquo;est la normalité perçue de cette existence. Les enfants du Weather Underground et des Black Panthers formaient une microsociété parallèle, sans école fixe, sans domicile stable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix de la révolution</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La mère de l&rsquo;auteur avait participé à des attentats symboliques contre le Capitole, le Pentagone et le siège de la police de New York. Trois de leurs ami·e·s sont mort·e·s dans l&rsquo;explosion accidentelle de leur propre bombe. Un braquage de fourgon blindé, en 1981, s&rsquo;est soldé par la mort d&rsquo;un gardien et de deux policiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dohrn ne cherche pas à absoudre ses parents. Son texte porte la marque d&rsquo;une lucidité durement conquise. Il évoque Kakuya Shakur, fille de la militante emblématique Assata Shakur, qui pose cette question déchirante : « Pourquoi avoir eu un enfant alors que tu savais que tu ne pourrais pas m&rsquo;élever ? » Et Chesa Boudin, fils adoptif de la famille, dont les parents biologiques ont été emprisonnés lors du braquage fatal — laissant derrière eux leur enfant en bas âge. Ces trajectoires rappellent que les choix radicaux ont des conséquences qui se transmettent sur plusieurs générations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La dynamite et la démocratie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est là que réside le cœur du texte. Dohrn formule une distinction qui semble nette : « S&rsquo;il peut y avoir des moments dans l&rsquo;histoire où certains d&rsquo;entre nous admettraient la nécessité d&rsquo;une résistance illégale et violente — l&rsquo;Allemagne nazie, par exemple, ou le Sud sous l&rsquo;esclavage —, la dynamite est un outil contre-productif dans une démocratie, aussi imparfaite soit-elle. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est précisément cette réserve — <em>aussi imparfaite soit-elle</em> — qui ouvre un abîme. Car la démocratie américaine des années 1960 était celle de la ségrégation légale, des assassinats de Martin Luther King et de Fred Hampton, de la surveillance systématique des militant·e·s noir·e·s par le FBI. Une démocratie formelle qui coexistait avec une violence d&rsquo;État quotidienne. Où trace-t-on la ligne ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n&rsquo;est pas théorique. Elle revient aujourd&rsquo;hui, insistante, dans des sociétés où les droits reculent sans être officiellement abolis, où les institutions fonctionnent encore mais au service de moins en moins de personnes. Comment évaluer le degré de délitement d&rsquo;un système avant d&rsquo;en conclure que les voies légales sont épuisées ? Quel est le seuil — et qui a l&rsquo;autorité morale pour le fixer ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Transmettre sans trancher</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dohrn n&rsquo;apporte pas de réponse. Il écrit depuis une position double : fils de révolutionnaires, père à son tour. Il cherche à trier l&rsquo;héritage — distinguer ce qui mérite d&rsquo;être transmis (l&rsquo;engagement, la solidarité, le refus de l&rsquo;injustice) de ce qui a produit des désastres. Mais il ne prétend pas résoudre la contradiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mère, à 84 ans, sourit lorsqu&rsquo;il lui demande si ses petites-filles pourraient un jour suivre la même voie. « On ne sait jamais », dit-elle. Cette réponse n&rsquo;est pas anodine. Elle dit que le seuil — cette ligne invisible entre résistance légitime et violence contre-productive — n&rsquo;est pas fixé une fois pour toutes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là le vrai legs de ce texte : non pas une leçon, mais une question que chaque génération devra reformuler pour elle-même, en sachant ce que les générations précédentes ont payé pour y avoir répondu trop vite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À lire — et à débattre.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#DroitsHumains #Résistance #MémoirePolitique #DésobéissanceCivile #HéritageRévolutionnaire</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/">La bombe et le berceau</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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