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	<title>droits humains - En avant</title>
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		<title>Obéir ou commettre un crime de guerre : le dilemme des militaires américain·e·s</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/07/obeir-ou-commettre-un-crime-de-guerre-le-dilemme-des-militaires-americain%c2%b7e%c2%b7s/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 09:46:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Armes]]></category>
		<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte contre l'impunité]]></category>
		<category><![CDATA[DroitsHumains #CrimesDeGuerre #Iran #Trump #DroitInternational]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Donald Trump a menacé de bombarder les centrales électriques et les ponts d&#8217;Iran si Téhéran ne rouvre pas le détroit d&#8217;Ormuz. Pour les expert·e·s juridiques, ce serait un crime de guerre manifeste. Mais pour les officier·ère·s américain·e·s dans la chaîne de commandement, le dilemme est immédiat et concret — obéir ou résister ? Le Guardian ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Donald Trump a menacé de bombarder les centrales électriques et les ponts d&rsquo;Iran si Téhéran ne rouvre pas le détroit d&rsquo;Ormuz. Pour les expert·e·s juridiques, ce serait un crime de guerre manifeste. Mais pour les officier·ère·s américain·e·s dans la chaîne de commandement, le dilemme est immédiat et concret — obéir ou résister ? Le <a href="https://www.theguardian.com/law/2026/apr/06/trump-threats-dilemma-for-officers-disobey-orders-or-commit-war-crimes" title=""><em>Guardian</em> a documenté </a>cette situation inédite dans l&rsquo;histoire militaire récente des États-Unis, au croisement du droit de la guerre et de la politique du chaos.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« Power Plant Day »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Début avril 2026, Trump a publié sur Truth Social un message d&rsquo;une brutalité rare : soit l&rsquo;Iran ouvre le détroit d&rsquo;Ormuz, soit les États-Unis frapperont « chaque centrale électrique » du pays, « simultanément ». Il a évoqué un « Power Plant Day, and Bridge Day » — une journée de destruction massive de l&rsquo;infrastructure civile iranienne. Ces déclarations ont été relayées par les comptes officiels du département d&rsquo;État, leur conférant un caractère quasi-officiel. Elles concernent directement 93 millions d&rsquo;Iranien·ne·s dont la vie quotidienne dépend de cette infrastructure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le droit international humanitaire, la réponse est sans ambiguïté : s&rsquo;en prendre délibérément à des infrastructures civiles vitales — électricité, eau, transports — constitue un crime de guerre au sens des Conventions de Genève. Ce principe ne souffre aucune exception liée au rang de celui qui donne l&rsquo;ordre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La chaîne de commandement sous tension</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ancien·ne·s avocat·e·s militaires — des « JAGs », juges-avocats généraux — ont publié une analyse sur le site <em>Just Security</em> : les déclarations de Trump « placent les militaires dans une situation profondément difficile ». La règle est pourtant claire : un·e soldat·e doit refuser un ordre « manifestement illégal ». Mais reconnaître cet ordre comme tel en temps réel, sous pression hiérarchique et dans un contexte de guerre imminente, c&rsquo;est une autre affaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La référence historique s&rsquo;impose d&rsquo;elle-même. En 1968, lors du massacre de My Lai au Vietnam, des soldats américains ont refusé de participer à l&rsquo;exécution de civils. Un pilote d&rsquo;hélicoptère a même menacé de retourner ses armes contre les auteurs du massacre. Le lieutenant Calley, qui avait ordonné les tueries, a plaidé qu&rsquo;il « suivait des ordres ». La cour martiale a rejeté cet argument : des ordres « manifestement illégaux » ne constituent pas une défense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais entre 1968 et 2026, Pete Hegseth a licencié les principaux JAGs du Pentagone et dissous l&rsquo;unité chargée de prévenir les dommages aux civils. Le filet de sécurité juridique s&rsquo;est effiloché. Comment résister, lorsque celles et ceux dont c&rsquo;est le rôle d&rsquo;alerter ont été systématiquement écartés ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;intimidation comme système</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La mécanique est documentée. Lorsque des parlementaires démocrates ont rappelé aux militaires leur droit — et leur devoir — de refuser des ordres illégaux, Trump a répondu sur Truth Social en qualifiant cela de « comportement séditieux, passible de mort ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire que la chaîne de commandement peut fonctionner normalement lorsque le commandant en chef menace de mort quiconque évoque le droit de la guerre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment espérer que des officier·ère·s formé·e·s à obéir trouveront la force de résister, lorsque les structures de conseil juridique ont été délibérément démantelées ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enjeu dépasse l&rsquo;Iran. Il touche à la nature même des institutions militaires en démocratie — ces institutions qui, depuis Nuremberg, ont affirmé que « j&rsquo;obéissais aux ordres » ne suffit pas à dégager une responsabilité pénale individuelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Résister, et après ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des chercheur·euse·s comme Charli Carpenter, professeure à l&rsquo;Université du Massachusetts Amherst, rappellent que l&rsquo;histoire offre des exemples de militaires ayant résisté. Qu&rsquo;un·e seul·e qui refuse peut en entraîner d&rsquo;autres. Mais cette résistance exige un courage que peu de systèmes institutionnels sont aujourd&rsquo;hui conçus pour soutenir — surtout lorsque ces systèmes ont été méthodiquement vidés de leurs garde-fous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, depuis nos démocraties européennes, de nommer ce que nous voyons. Les parlements, les cours de justice, les organisations de défense des droits humains ont un rôle — non pour faire la leçon, mais pour maintenir vivant le droit international que des générations ont construit, parfois au prix du sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces voix qui, au sein même de l&rsquo;armée américaine, hésitent, résistent ou alertent méritent d&rsquo;être entendues. Elles portent quelque chose d&rsquo;essentiel : la conviction que le droit n&rsquo;est pas une option, même en temps de guerre. Surtout en temps de guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit de la guerre s&rsquo;applique à tous. Même aux présidents.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><code>#DroitsHumains #CrimesDeGuerre #Iran #Trump #DroitInternational</code></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/07/obeir-ou-commettre-un-crime-de-guerre-le-dilemme-des-militaires-americain%c2%b7e%c2%b7s/">Obéir ou commettre un crime de guerre : le dilemme des militaires américain·e·s</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;ONU à l&#8217;épreuve de ses propres algorithmes</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/25/lonu-a-lepreuve-de-ses-propres-algorithmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 15:42:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>L&rsquo;ONU prône une gouvernance mondiale éthique de l&rsquo;intelligence artificielle. Elle déploie simultanément ces mêmes technologies dans ses opérations de maintien de la paix — parfois sans cadre, parfois au détriment des populations qu&rsquo;elle est censée protéger. Cette tension, documentée dans <a href="https://www.observatoire-boutros-ghali.org/wp-content/uploads/2026/03/Note-YOUNSI-OBG-IA-ONU-OP-Version-FRmars.pdf" target="_blank" rel="noopener" title="">une note de l&rsquo;Observatoire Boutros-Ghali de mars 2026</a>, interpelle quiconque croit en la capacité du multilatéralisme à réguler le numérique.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Arbitre et joueur</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 2024, le Secrétaire général António Guterres avertissait : le sort de l&rsquo;humanité ne doit « jamais être laissé à la boîte noire d&rsquo;un algorithme ». Quelques semaines plus tard, l&rsquo;ONU perfectionnait ses plateformes de surveillance géospatiale dans ses propres missions. Ce n&rsquo;est pas de la mauvaise foi — c&rsquo;est une tension structurelle qu&rsquo;Antoine Younsi, chercheur au GRIP, met en lumière avec précision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;un côté, l&rsquo;organisation accumule les initiatives normatives : Pacte numérique mondial adopté à l&rsquo;unanimité en 2024, principes éthiques pour l&rsquo;usage interne des algorithmes, organe consultatif de haut niveau sur l&rsquo;IA. De l&rsquo;autre, elle intègre ces technologies dans ses opérations de paix de manière souvent expérimentale — avec des pratiques qui précèdent les règles censées les encadrer.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une gouvernance mondiale en éclats</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le paysage normatif international est morcelé. Les États-Unis, la Chine et l&rsquo;Union européenne se disputent le rôle de puissance régulatrice. Les standards s&rsquo;accumulent, souvent incompatibles. On parle de gouvernance en « patchwork », de pratiques de « forum shopping » par lesquelles États et entreprises sélectionnent les enceintes les moins contraignantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe, avec son AI Act contraignant, offre un contre-modèle partiel. Mais sans mécanismes contraignants à l&rsquo;échelle onusienne, les normes restent inopposables : moins d&rsquo;un quart des États signataires de la Recommandation de l&rsquo;UNESCO sur l&rsquo;éthique de l&rsquo;IA ont réellement engagé des outils de mise en œuvre.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>SAGE, Unite Aware : la promesse prédictive</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La note examine deux outils concrets. SAGE permet aux Casques bleus de visualiser des données géolocalisées sur les violences et les tensions. Unite Aware, opérationnelle depuis 2023 à Chypre, croise des données multisources pour anticiper les crises. Un partenariat ONU–École polytechnique fédérale de Zurich a montré que des algorithmes d&rsquo;apprentissage profond pouvaient générer des prévisions à court terme de l&rsquo;intensité des conflits. En janvier 2026, la plateforme entre dans une deuxième phase, notamment au sein de la MONUSCO en République démocratique du Congo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est prometteur. Et vertigineux.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les données ne sont jamais neutres</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que la note devient la plus précieuse pour les défenseur·e·s des droits humains. Les données collectées en zone de conflit reflètent les biais de ceux qui les collectent, les omissions des formulaires, les angles morts culturels et de genre. En RDC, la simplification des catégories dans SAGE a conduit à regrouper des dizaines de groupes armés sous une même étiquette, faussant les analyses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les algorithmes entraînés sur ces données imparfaites peuvent amplifier ces biais. Une confiance excessive crée une distance entre personnels onusiens et populations — ce que des chercheur·e·s appellent la « bunkerisation » des missions. Certain·e·s évoquent même un « colonialisme des données » : technologies développées par des acteurs occidentaux, déployées sur des populations du Sud global, anciennement colonisées, sans garanties sur la propriété des données ni sur la participation des communautés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment garantir la protection des civils si les algorithmes ignorent les dynamiques de genre ? Comment préserver la légitimité des missions si les populations deviennent des données à extraire plutôt que des citoyen·ne·s à associer aux processus de paix ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;exemplarité ou rien</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Si l&rsquo;ONU veut rester crédible dans la gouvernance mondiale de l&rsquo;IA, elle doit l&rsquo;être dans l&rsquo;usage qu&rsquo;elle en fait. Ses opérations de paix sont un laboratoire — et une vitrine. Un décalage durable entre ambitions normatives et pratiques éroderait sa légitimité, au moment précis où le monde en a le plus besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces enjeux nous concernent. Nos gouvernements contribuent aux missions onusiennes et siègent aux instances de régulation. Les entreprises de nos pays participent au développement de ces technologies. Personne n&rsquo;est spectateur·rice de cette transformation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;IA ne sera ni solution magique ni gouffre inéluctable. Ses effets dépendent des choix que nous faisons — maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;exiger la cohérence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">GouvernanceIA #MaintiendeLaPaix #DroitsHumains #NationsUnies #IntelligenceArtificielle</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/25/lonu-a-lepreuve-de-ses-propres-algorithmes/">L’ONU à l’épreuve de ses propres algorithmes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que la science dit</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/23/immigration-et-delinquance-ce-que-tout-le-monde-croit-et-ce-que-la-science-dit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 20:09:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que 120 ans de recherche scientifique disent à la place. Analyse des données et des manipulations rhétoriques.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Une conviction largement partagée. Un consensus scientifique solide qui la contredit. Et entre les deux, une machine rhétorique bien huilée dont il faut apprendre à reconnaître les rouages.</strong></em></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que tout le monde « sait »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Posez la question autour de vous. Dans un café, lors d&rsquo;un repas de famille, dans une salle de formation, à la sortie d&rsquo;une réunion d&rsquo;équipe. La réponse sera presque toujours la même, formulée avec la certitude tranquille de l&rsquo;évidence : oui, bien sûr, l&rsquo;immigration augmente la délinquance. Ce n&rsquo;est pas du racisme, dira-t-on, c&rsquo;est juste les chiffres. Les faits divers. Ce qu&rsquo;on voit dans les statistiques. Ce que tout le monde constate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette conviction est massivement répandue. Une enquête de janvier 2024 aux États-Unis révèle que 57 % des Américains estiment que les immigrés génèrent davantage de criminalité. Les sondages européens montrent des proportions comparables, parfois supérieures. En Belgique, le sujet structure depuis des années une partie du débat électoral et alimente les programmes des partis qui ont fait de l&rsquo;immigration leur fonds de commerce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf que cette conviction — cette certitude partagée, ce « bon sens » apparent — est contredite de manière massive et répétée par la recherche scientifique depuis plus d&rsquo;un siècle. C&rsquo;est ce que disent les données.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un siècle de consensus ignoré</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Commission Dillingham, mandatée par le Congrès américain pour évaluer les effets de l&rsquo;immigration massive d&rsquo;Europe orientale et méridionale, concluait dès <strong>1907</strong> qu&rsquo;il n&rsquo;existait « aucune preuve satisfaisante que l&rsquo;immigration ait entraîné une augmentation de la criminalité disproportionnée à l&rsquo;augmentation de la population adulte ». Le criminologue Edwin Sutherland confirmait en 1924. Un siècle plus tard, les méthodes sont plus sophistiquées, les données plus abondantes — et la conclusion est la même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La méta-analyse la plus complète à ce jour, publiée en 2017 par Ousey et Kubrin dans l&rsquo;<em>Annual Review of Criminology</em>, passe en revue 51 études menées entre 1994 et 2014 dans différents pays. Son résultat : l&rsquo;association globale entre immigration et criminalité est légèrement <em>négative</em>. Les études longitudinales — les plus robustes méthodologiquement — trouvent un effet négatif significatif. Là où l&rsquo;immigration augmente, la criminalité tend à <em>baisser</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2024, les économistes Olivier Marie et Paolo Pinotti publient dans le <em>Journal of Economic Perspectives</em> une synthèse internationale sur des données couvrant une trentaine de pays de l&rsquo;OCDE. Même conclusion. Une étude analysant 15 ans de données dans 216 régions de 23 pays européens arrive au même résultat. Une analyse portant sur 30 pays de l&rsquo;OCDE entre 1990 et 2019 rejette formellement l&rsquo;hypothèse d&rsquo;un impact de l&rsquo;immigration sur les taux d&rsquo;homicide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, la croyance populaire ne bouge pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe apparent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe une donnée qui semble contredire tout cela et que les partisans de la thèse « immigration = criminalité » brandissent régulièrement : dans de nombreux pays occidentaux, les immigrés sont effectivement surreprésentés dans les statistiques carcérales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est vrai. Et c&rsquo;est compatible avec le fait que l&rsquo;immigration n&rsquo;augmente pas les taux globaux de criminalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ? Trois mécanismes distincts l&rsquo;expliquent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La contrainte arithmétique.</strong> Quand une population représente 8 à 15 % des habitants d&rsquo;un pays, ses comportements — quels qu&rsquo;ils soient — ont une capacité arithmétiquement limitée à faire bouger les statistiques calculées sur l&rsquo;ensemble. Imaginons une ville de 100 000 habitants où 8 % sont immigrés. Même si leur taux de délinquance individuel était deux fois plus élevé que celui des natifs, l&rsquo;effet sur le taux global de criminalité resterait mathématiquement marginal : 8 000 personnes ne peuvent pas faire bouger significativement les statistiques des 92 000 autres. C&rsquo;est une contrainte de proportion, pas un jugement de valeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;hypothèse de substitution.</strong> Des chercheurs ont avancé que des immigrés pourraient remplacer des natifs dans certains segments du marché criminel sans en augmenter le volume total. C&rsquo;est une hypothèse théorique plausible, encore insuffisamment documentée empiriquement, mais qui offre une explication possible à la coexistence de surreprésentation individuelle et d&rsquo;effet agrégé nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les biais de policing.</strong> C&rsquo;est le mécanisme le mieux documenté. Être contrôlé plus souvent augmente la probabilité d&rsquo;avoir un casier, ce qui augmente la probabilité d&rsquo;être contrôlé à nouveau, ce qui augmente la probabilité d&rsquo;une sanction plus sévère. Ce cercle cumulatif peut produire des écarts statistiques importants sans que le comportement réel des individus soit fondamentalement différent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce paradoxe n&rsquo;est pas une esquive. C&rsquo;est ce que la recherche empirique observe, et ce qu&rsquo;elle s&rsquo;efforce d&rsquo;expliquer honnêtement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand les exceptions s&rsquo;expliquent par le contexte</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe des cas où l&rsquo;immigration est associée à une hausse locale et temporaire de certains types de délits. Ils méritent d&rsquo;être examinés sérieusement, pas balayés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les afflux massifs de réfugiés en 2015 en Allemagne et en Grèce ont été étudiés en détail. Des études publiées dans <em>Labour Economics</em> et dans l&rsquo;<em>European Economic Review</em> confirment un effet sur certaines catégories de crimes dans ces contextes spécifiques. Ces études sont sérieuses. Leurs auteurs sont honnêtes sur ce qu&rsquo;ils trouvent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ces mêmes auteurs prennent soin d&rsquo;expliquer <em>pourquoi</em> : des populations privées de statut légal, sans accès au marché du travail, sans perspective d&rsquo;avenir stable, concentrées dans des structures d&rsquo;hébergement précaires — ce sont des conditions criminogènes bien identifiées, indépendamment de l&rsquo;origine des personnes qui les subissent. Et leur recommandation politique est limpide : accélérer l&rsquo;accès aux droits, au travail, à un statut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La preuve inverse existe aussi. La légalisation de près de 3 millions d&rsquo;immigrés aux États-Unis par l&rsquo;<em>Immigration Reform and Control Act</em> de 1986 a entraîné une baisse de la criminalité de 3 à 5 %, soit entre 120 000 et 180 000 crimes de moins chaque année. En Espagne, la régularisation de 600 000 immigrés au début des années 2000 a eu des effets similaires. Les personnes régularisées ont massivement intégré l&#8217;emploi formel, et leurs comportements ont convergé vers ceux des natifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;immigration qui protège ou qui menace. C&rsquo;est le <strong>statut</strong> — l&rsquo;accès aux droits, l&rsquo;insertion dans des structures sociales stables, la possibilité de construire quelque chose de légitime. L&rsquo;exclusion institutionnelle est criminogène. L&rsquo;intégration est protectrice. Pour tout le monde.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment la confusion se fabrique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si le consensus scientifique est aussi solide et aussi ancien, comment cette croyance populaire se maintient-elle avec une telle robustesse ? Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. C&rsquo;est le résultat de techniques rhétoriques identifiables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le glissement sémantique.</strong> Quand on parle d&rsquo;« immigrés » dans les statistiques, on désigne des personnes nées à l&rsquo;étranger et résidant dans le pays d&rsquo;accueil. Mais dans le discours courant, la catégorie s&rsquo;étire imperceptiblement jusqu&rsquo;à englober leurs enfants, voire leurs petits-enfants — des citoyens belges, nés ici, ayant grandi ici, souvent n&rsquo;ayant jamais vécu ailleurs. Ce glissement n&rsquo;est pas anodin : il transforme une question de statut migratoire en question d&rsquo;origine ethnique. Et il invalide tout le raisonnement causal — si un citoyen belge de troisième génération commet un délit, cela n&rsquo;entretient strictement aucun lien logique avec un flux d&rsquo;immigration récent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le cherry-picking contextuel.</strong> On cite les études qui montrent un effet dans des contextes d&rsquo;exclusion extrême — comme les afflux de réfugiés sans statut ni emploi — en omettant soigneusement que leurs auteurs eux-mêmes les présentent comme des exceptions liées aux conditions d&rsquo;accueil, et non comme des preuves d&rsquo;une propension intrinsèque à la violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La thèse non falsifiable.</strong> Quand les études agrégées trouvent un effet nul, on n&rsquo;y voit pas une réfutation possible, mais un défaut de méthode statistique. Peu importe ce que les données disent : la conclusion est maintenue. On sort du champ scientifique pour entrer dans celui de la conviction.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le démantèlement stratégique.</strong> On prend une explication complexe et multifactorielle — précarité, structure démographique, biais pénaux, conditions d&rsquo;accueil — on réfute chaque facteur <em>pris isolément</em>, et on en conclut abusivement que l&rsquo;ensemble est faux. Comme si réfuter que la seule précarité suffit à tout expliquer revenait à prouver que la précarité ne joue aucun rôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le glissement causal par défaut.</strong> Une fois les facteurs structurels disqualifiés un par un, on installe une explication d&rsquo;origine ou culturelle — jamais précisément définie, jamais empiriquement testée — comme cause résiduelle inévitable. C&rsquo;est une fausse démarche scientifique : une cause doit être définie, mesurée, testée. Pas simplement posée après élimination du reste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces techniques ne sont pas nouvelles. L&rsquo;historienne des sciences Naomi Oreskes les a documentées dans le cas de l&rsquo;industrie du tabac face aux études sur le cancer : pas besoin de réfuter la science, il suffit de maintenir l&rsquo;<em>impression</em> qu&rsquo;il existe un débat ouvert. Le scepticisme suffit à paralyser l&rsquo;action.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que la science ne sait pas encore</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons précis sur les vraies lacunes. Les sans-papiers restent quasi-absents des études — non par parti pris, mais par manque de données fiables les concernant. Les effets cumulatifs des biais policiers sont documentés mais insuffisamment quantifiés. La tendance des immigrés de première génération à être moins enclins à la délinquance que leurs enfants plus assimilés est bien établie aux États-Unis — mais la recherche européenne sur ce point reste parcellaire et les résultats moins homogènes. La recherche hors du contexte américain et ouest-européen est rare. Et plusieurs études suggèrent que les politiques restrictives — en privant les immigrés d&rsquo;accès au travail et au statut — pourraient aggraver les conditions criminogènes qu&rsquo;elles prétendent prévenir, mais les preuves empiriques directes restent à consolider.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces lacunes sont des questions scientifiques légitimes. Elles justifient davantage de recherches. Elles n&rsquo;ouvrent pas la porte à l&rsquo;essentialisation d&rsquo;origine.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cela importe ici et maintenant</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La confusion entretenue sur ce sujet n&rsquo;est pas sans conséquences politiques concrètes. Elle prépare le terrain à des politiques qui, au nom de la sécurité, produisent exactement l&rsquo;inverse de ce qu&rsquo;elles promettent : maintenir des populations dans des statuts précaires, leur fermer l&rsquo;accès au travail légal, multiplier les contrôles fondés sur l&rsquo;apparence — tout cela crée les conditions d&rsquo;une vulnérabilité accrue, pour les immigrés comme pour les communautés dans lesquelles ils vivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains parlent de « scepticisme opportuniste » : face à une multitude de récits contradictoires, la tentation est forte de rejeter les données qui dérangent et de retenir celles qui confortent nos croyances préexistantes. C&rsquo;est précisément cette fragilité épistémique que les techniques décrites plus haut exploitent méthodiquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse n&rsquo;est pas d&rsquo;opposer une contre-propagande émotionnelle. C&rsquo;est de maintenir les exigences de la rigueur : distinguer les études selon leur robustesse méthodologique, identifier les intérêts qui financent les « observatoires » et les « think tanks », refuser les analogies fallacieuses, et rappeler que l&rsquo;absence de certitude absolue sur tel ou tel point n&rsquo;est pas une invitation à choisir la conclusion qu&rsquo;on préfère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur immigration et délinquance, la science dit quelque chose de clair, de solide, de répété depuis cent vingt ans : ce n&rsquo;est pas l&rsquo;origine qui détermine le comportement — c&rsquo;est la condition sociale, juridique et économique dans laquelle les êtres humains sont placés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que « tout le monde sait » est faux. Ce n&rsquo;est pas une opinion. C&rsquo;est ce que les données disent.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ousey &amp; Kubrin, <em>Annual Review of Criminology</em>, 2017 (méta-analyse de 51 études, 1994–2014)</li>



<li>Marie &amp; Pinotti, <em>Journal of Economic Perspectives</em>, 38(1), 2024</li>



<li>Light, Miller &amp; Kelly, <em>Criminology</em>, 2017 (sans-papiers et criminalité violente, USA)</li>



<li>Megalokonomou &amp; Vasilakis, <em>European Economic Review</em>, 160, 2023 (réfugiés, îles grecques)</li>



<li>Lange &amp; Sommerfeld, <em>Labour Economics</em>, 86, 2024 (réfugiés, Allemagne)</li>



<li>Kurlychek &amp; Johnson, <em>Social Science Research Network</em>, 2019 (désavantage cumulatif pénal)</li>
</ul><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/23/immigration-et-delinquance-ce-que-tout-le-monde-croit-et-ce-que-la-science-dit/">Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que la science dit</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les démocraties à l&#8217;heure des « hommes forts »</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/17/les-democraties-a-lheure-des-hommes-forts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 17:17:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte contre l'impunité]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ouvrir le magazine Amnesty (mars 2026) de la section suisse de l&#8217;organisation, c&#8217;est prendre la mesure d&#8217;une réalité que beaucoup préfèrent encore minimiser. Intitulé « Point de bascule », le dossier coordonné par la section suisse d&#8217;Amnesty International dresse un état des lieux inquiétant — mais rigoureusement sourcé — de la dérive autoritaire à l&#8217;œuvre ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ouvrir le <a href="https://www.amnesty.ch/fr/sur-amnesty/publications/magazine-amnesty/2026-1/sommaire/amnesty_f_2025-no124-v8finaldouble.pdf" title="">magazine <em>Amnesty</em> (mars 2026) </a>de la section suisse de l&rsquo;organisation, c&rsquo;est prendre la mesure d&rsquo;une réalité que beaucoup préfèrent encore minimiser. Intitulé « Point de bascule », le dossier coordonné par la section suisse d&rsquo;Amnesty International dresse un état des lieux inquiétant — mais rigoureusement sourcé — de la dérive autoritaire à l&rsquo;œuvre dans de nombreuses démocraties, y compris celles que l&rsquo;on croyait les plus solides.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le monde tel qu&rsquo;il est</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les données sont difficiles à ignorer. Selon le <em>Democracy Report 2025</em> de l&rsquo;Institut V-Dem, pour la première fois depuis vingt ans, près de 72 % de la population mondiale vit sous un régime autocratique — le taux le plus élevé depuis 1978. Seuls 29 pays sont encore classés comme démocraties libérales, contre 43 entre 2007 et 2012. L&rsquo;indice Freedom House 2025, également cité dans le dossier, confirme : dans 60 pays, les droits politiques et civils ont reculé en 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils documentent une érosion systémique, conduite le plus souvent depuis l&rsquo;intérieur même des institutions démocratiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un mode opératoire partagé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier identifie les mécanismes récurrents de cette dérive, à travers six cas documentés. En Hongrie, Viktor Orbán contrôle à la fois le pouvoir exécutif, le judiciaire et plus de 80 % des médias. En Turquie, Recep Tayyip Erdoğan instrumentalise la justice pour éliminer ses adversaires. Aux États-Unis, Donald Trump déshumanise les minorités, démantèle les institutions de contrôle et rompt les alliances multilatérales construites depuis 1945 — à une vitesse qui a pris de court même ses critiques les plus avertis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse de la Russie poutinienne, signée par l&rsquo;historien Artem Efimov de Meduza, montre comment la peur peut être réinstallée progressivement comme instrument de gouvernance : par petites touches, sur une décennie, avant que le basculement ne devienne irréversible. En Israël, la guerre à Gaza a offert une couverture opportune pour neutraliser l&rsquo;indépendance judiciaire à l&rsquo;abri du regard public. Au Portugal, le parti d&rsquo;extrême droite Chega ! réhabilite subtilement l&rsquo;héritage de Salazar auprès d&rsquo;un électorat jeune qui n&rsquo;a pas vécu la dictature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ne pas voir, dans ces trajectoires parallèles, les contours d&rsquo;une recette partagée ? Comment croire encore que ces dérives seraient des accidents de l&rsquo;histoire, et non les symptômes d&rsquo;une tendance structurelle ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez nous aussi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier insiste sur un point que l&rsquo;on a trop souvent tendance à esquiver : aucune démocratie n&rsquo;est immunisée. La Suisse elle-même — présentée comme un havre de stabilité politique — n&rsquo;échappe pas au durcissement des discours ni aux atteintes aux libertés fondamentales, selon la professeure Natasha Wunsch, de l&rsquo;Université de Fribourg. En Europe, la trajectoire hongroise, la montée de l&rsquo;AfD en Allemagne, ou encore la normalisation progressive du discours antimigrant montrent que le glissement peut s&rsquo;opérer rapidement, sans signal d&rsquo;alarme univoque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce constat vaut aussi pour nos sociétés. Les institutions européennes sont directement interpellées&nbsp;: l&rsquo;autonomie stratégique et la défense des valeurs démocratiques ne peuvent reposer indéfiniment sur la bonne volonté de partenaires transatlantiques devenus imprévisibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des résistances existent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier ne cède pas au catastrophisme — et c&rsquo;est là l&rsquo;une de ses forces. L&rsquo;exemple brésilien est éclairant : Jair Bolsonaro a été condamné à vingt-sept ans de prison en novembre 2025. Cette issue — rendue possible par l&rsquo;indépendance d&rsquo;une partie du pouvoir judiciaire, la mobilisation de la société civile et une presse critique — montre que la démocratie peut résister, même dans des contextes de polarisation extrême. Les Seychelles, la Bolivie, l&rsquo;Équateur illustrent d&rsquo;autres formes de redémocratisation possibles. Le rapport V-Dem en recense dix-neuf pays en cours de renforcement démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à l&rsquo;inéluctable, mais de soutenir celles et ceux qui, dans nos sociétés comme ailleurs, font reculer l&rsquo;étau autoritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une lecture nécessaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier d&rsquo;Amnesty Suisse n&rsquo;est pas une lecture de confort. Il documente, avec rigueur et diversité géographique, les ressorts d&rsquo;une dérive qui se joue à bas bruit — par petites réformes législatives, par discours répétés, par neutralisation progressive des contre-pouvoirs. Autant de signaux que l&rsquo;on a trop longtemps appris à ne pas prendre au sérieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire ce dossier, c&rsquo;est se donner les moyens de nommer ce qui se passe. Et nommer, c&rsquo;est déjà résister.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résistez.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#DroitsHumains #Démocratie #Autoritarisme #AmnestyInternational #LibertéDExpression #EtatDeDroit #PointDeBascule #HommesForts</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/17/les-democraties-a-lheure-des-hommes-forts/">Les démocraties à l’heure des « hommes forts »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>« Ils gagnent presque autant qu&#8217;moi » — ou comment retourner sa colère contre les mauvaises personnes</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/04/ils-gagnent-presque-autant-qumoi-ou-comment-retourner-sa-colere-contre-les-mauvaises-personnes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 09:57:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Si un travailleur gagne à peine plus qu'un chômeur, le problème n'est pas que les allocations sont trop hautes. C'est que son salaire est trop bas. Chiffres belges, réforme De Wever et flexi-jobs à la loupe.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/04/ils-gagnent-presque-autant-qumoi-ou-comment-retourner-sa-colere-contre-les-mauvaises-personnes/">« Ils gagnent presque autant qu’moi » — ou comment retourner sa colère contre les mauvaises personnes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>La scène est familière. Dans une conversation, quelqu&rsquo;un lâche : <em>« Moi je bosse et je touche à peine plus qu&rsquo;un chômeur. C&rsquo;est quoi l&rsquo;intérêt de travailler ? »</em> La frustration est réelle. Mais la cible est soigneusement mal choisie.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le vrai problème n&rsquo;est pas en bas, il est au-dessus.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Commençons par les chiffres</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, l&rsquo;allocation de chômage pour un isolé s&rsquo;élève au <strong>maximum à environ 1.594 euros net par mois</strong> — soit 1.773 euros brut auxquels s&rsquo;applique un précompte professionnel de 10,09 %. Pour un cohabitant, elle descend à <strong>1.054 euros net</strong> (1.172 euros brut). Le minimum garanti pour un isolé est de <strong>1.293 euros net</strong> (1.438 euros brut). Ça fait peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le <a href="https://www.bruxelles-j.be/droits-sociaux/obtenir-de-laide-du-cpas/quels-sont-les-categories-et-les-montants-du-revenu-dintegration-et-de-laide-sociale-et-que-se-passe-t-il-si-on-a-des-revenus-par-ailleurs/">revenu d&rsquo;intégration du CPAS</a>, dont certains parlent comme d&rsquo;une rente ? Il s&rsquo;élève à <strong>1.340,47 euros par mois pour une personne seule</strong> (taux au 1er février 2025). Contrairement aux allocations de chômage, le RIS est versé net, sans retenue de précompte ni de cotisations ONSS personnelles. Ce que le CPAS verse, c&rsquo;est ce que la personne reçoit. Avec ça, il faut payer un loyer, manger, se soigner, se déplacer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Note : Tous les montants de cet article sont exprimés en net mensuel (ce que la personne perçoit effectivement), sauf indication contraire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">De l&rsquo;autre côté, le <a href="https://emploi.belgique.be/fr/themes/remuneration/salaire-minimum/revenu-mensuel-minimum-moyen-garanti">salaire minimum brut</a> en Belgique est de <strong>2.351 euros brut par mois</strong> depuis janvier 2025, soit environ <strong>1.954 euros net</strong>. L&rsquo;écart existe, oui. Mais voilà la vraie question : pourquoi est-il si faible ? Pas parce que les allocations sont trop généreuses — la Belgique a l&rsquo;un des taux de remplacement les plus bas d&rsquo;Europe, à 65 %. C&rsquo;est parce que les bas salaires sont trop bas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Récapitulatif comparatif (montants nets mensuels, isolé)</strong></p>







<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le piège du flexi-job</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour compléter des salaires insuffisants, de plus en plus de Belges cumulent leur emploi principal avec un flexi-job. En 2024, <a href="https://www.onss.be/actualites/2025/07/09/les-plus-de-65-ans-adoptent-massivement-les-flexi-jobs-une-hausse-record-du-nombre-de-travailleurs-et-des-revenus-en-2024">229.423 Belges ont exercé un flexi-job</a> — 19,1 % de plus qu&rsquo;en 2023 — pour un gain moyen de <strong>3.342 euros par an</strong>, exonérés d&rsquo;impôts. Ce n&rsquo;est pas un luxe : 17 % des personnes concernées déclarent avoir besoin de ce complément pour joindre les deux bouts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le résultat ? Quand autant de travailleurs acceptent n&rsquo;importe quelle condition pour s&rsquo;en sortir, tout le monde perd en pouvoir de négociation. Et au lieu de regarder qui tire profit de cette situation, on regarde son voisin qui touche une allocation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une mécanique ancienne : mettre les gens du bas de l&rsquo;échelle en compétition entre eux pour qu&rsquo;ils ne regardent jamais vers le haut.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>En haut, pendant ce temps…</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mettons les chiffres en perspective. Selon <a href="https://statbel.fgov.be/fr/themes/emploi-et-formation/salaires-et-cout-de-la-main-doeuvre">Statbel</a>, 10 % des salariés belges gagnent moins de <strong>2.443 euros brut par mois</strong>, tandis que les 10 % les mieux payés touchent au moins <strong>6.305 euros brut</strong>. Les directeurs de société, eux, perçoivent en moyenne <strong>11.772 euros par mois</strong>, soit 189 % au-dessus de la moyenne nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la fraude et l&rsquo;évasion fiscale ? Selon <a href="https://www.lacsc.be/actualite/newsletter-vista/la-lutte-contre-la-fraude--une-arme-necessaire-pour-l-equilibre--budgetaire">Oxfam Belgique et la CSC</a>, elles coûtent chaque année <strong>30,4 milliards d&rsquo;euros</strong> à la Belgique — soit <strong>93,5 % du budget des soins de santé</strong>. Cela représente environ 6.050 euros par an par citoyen actif, soit un peu plus de deux mois et demi d&rsquo;un salaire net moyen. En 2020, <a href="https://www.rtbf.be/article/la-belgique-lutte-t-elle-suffisamment-contre-la-fraude-fiscale-11200380">383 milliards d&rsquo;euros de transactions</a> ont été déclarés par des entreprises belges vers des paradis fiscaux — légalement, mais révélant l&rsquo;ampleur des flux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Distinction importante : la fraude fiscale (illégale) et l&rsquo;optimisation fiscale agressive (légale mais moralement discutable) sont deux phénomènes distincts. Les 30,4 milliards couvrent les deux. Les 383 milliards représentent des transactions légalement déclarées.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est le chômeur qu&rsquo;on montre du doigt.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La réforme De Wever : le troisième tiers dont personne ne parle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis janvier 2026, la réforme du chômage s&rsquo;applique. Après 24 mois sans emploi, les allocations s&rsquo;arrêtent. Les personnes exclues sont censées, selon le gouvernement, se répartir en trois groupes : un tiers retrouve un emploi, un tiers se tourne vers le CPAS, et un tiers&#8230; dispose de moyens suffisants et n&rsquo;a besoin de rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce troisième tiers est ahurissant. La <a href="https://www.cdc-ccrek.be/">Cour des comptes elle-même</a> a vivement critiqué cette estimation gouvernementale. Parce que si ces personnes avaient des moyens suffisants, elles n&rsquo;auraient pas été au chômage depuis des années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réalité, c&rsquo;est que ce « troisième tiers » ne va probablement nulle part. Ces personnes risquent de disparaître simplement des statistiques. Elles ne retrouvent pas d&#8217;emploi. Elles n&rsquo;ont pas de patrimoine caché. Elles ne s&rsquo;adressent pas au CPAS parce qu&rsquo;elles n&rsquo;y ont pas droit — notamment parce qu&rsquo;elles cohabitent avec quelqu&rsquo;un qui travaille — ou parce que la complexité administrative les dépasse, ou par honte. Le président d&rsquo;un CPAS wallon a résumé la situation clairement : <strong><em>« On va faire disparaître des gens du radar pour les statistiques. »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et sur le terrain, les CPAS observent déjà des disparités importantes, avec des présidents qui craignent un afflux « crescendo » dans les mois à venir. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral admet ne pas disposer de données sur le nombre de personnes exclues du chômage qui s&rsquo;adressent effectivement aux CPAS. Il a lancé une réforme massive sans se donner les moyens de mesurer ses propres effets.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cette réforme arrange certains</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La CSC l&rsquo;exprime sans détour : supprimer l&rsquo;allocation tend à pousser les gens à accepter n&rsquo;importe quel emploi à n&rsquo;importe quelles conditions, et contribue à renforcer la pression pour accepter des conditions de travail dégradées. Un travailleur qui sait qu&rsquo;il tombera dans le vide après deux ans de chômage est un travailleur qui n&rsquo;ose plus refuser. Ni un salaire trop bas. Ni des horaires impossibles. Ni un contrat précaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;après les chiffres de l&rsquo;ONEM, <strong>82 % des chômeurs de 55 ans et plus seront bel et bien exclus</strong> par cette réforme, contrairement aux affirmations du gouvernement sur leur protection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La colère contre « ceux qui touchent des allocations » contribue mécaniquement à cet objectif. Elle divise ceux qui devraient regarder dans la même direction.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La question à poser</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La prochaine fois que quelqu&rsquo;un dit <em>« les chômeurs gagnent presque autant que moi »</em>, il y a une réponse simple : <strong><em>« Et toi, pourquoi gagnes-tu si peu ? »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que le vrai scandale n&rsquo;est pas que certains reçoivent 1.340 euros d&rsquo;aide d&rsquo;urgence. C&rsquo;est que des entreprises envoient 383 milliards vers des paradis fiscaux. Que des gens travaillent à plein temps et ont besoin d&rsquo;un deuxième job pour survivre. Et qu&rsquo;un gouvernement supprime des allocations sans même savoir où iront les personnes concernées.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f4e6.png" alt="📦" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> <em>« Le chômage à vie n&rsquo;existe qu&rsquo;en Belgique » : un mythe à déconstruire</em></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On entend souvent : <em>« En Belgique, on peut toucher le chômage à vie — c&rsquo;est une exception scandaleuse. »</em> C&rsquo;est faux. Ou plutôt : c&rsquo;est une question de vocabulaire soigneusement entretenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous les États membres de l&rsquo;Union européenne garantissent un revenu minimum, confirme la Commission européenne. Les noms changent selon les pays, mais le principe est le même : si vous n&rsquo;avez plus de ressources suffisantes, la société vous garantit un plancher, indéfiniment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, c&rsquo;est le RSA. Il n&rsquo;y a pas de limite de temps. En Allemagne, c&rsquo;est le Bürgergeld : sans durée maximale. Au Portugal, le Revenu Social d&rsquo;Insertion est accordé pour 12 mois renouvelables sans limite. En Espagne, en Italie, au Luxembourg, même logique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La différence belge, c&rsquo;est l&rsquo;étiquette — pas le principe. Ce que la Belgique appelait « allocation de chômage de longue durée » correspond fonctionnellement, dans d&rsquo;autres pays, à ce qu&rsquo;on nomme « aide sociale ». Avec la réforme De Wever, la Belgique ne supprime pas le « chômage à vie » : elle le renomme et le déplace au CPAS.<br>Ce qu&rsquo;on supprime réellement, c&rsquo;est la dignité de l&rsquo;accès. <em>Le chômage était un droit contributif, automatique, lié au passé professionnel. Le RIS du CPAS implique une enquête sociale, un examen du patrimoine, des obligations contractuelles, et — surtout — la honte sociale associée au fait de « demander la charité ». Des personnes n&rsquo;osent pas franchir la porte du CPAS, même quand elles y ont droit.</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/04/ils-gagnent-presque-autant-qumoi-ou-comment-retourner-sa-colere-contre-les-mauvaises-personnes/">« Ils gagnent presque autant qu’moi » — ou comment retourner sa colère contre les mauvaises personnes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Iran du Shah : anatomie d&#8217;une machine à broyer les droits</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/03/liran-du-shah-anatomie-dune-machine-a-broyer-les-droits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 13:23:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
		<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Disparus]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte contre l'impunité]]></category>
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		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Torture]]></category>
		<category><![CDATA[Iran]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>En 1953, un coup d&rsquo;État orchestré par la CIA et le MI6 renversait le premier ministre iranien Mossadegh. Ce qui suivit – vingt-six ans de répression systématique sous le Shah – reste une leçon brutale sur la complicité occidentale dans la fabrication de régimes tortionnaires. Précisons d&#8217;emblée : documenter ces crimes ne revient en aucun cas à justifier <a href="https://en-avant.info/?p=830" title="">la dictature théocratique qui a succédé au Shah en 1979</a>, dont le bilan en matière de droits humains est tout aussi accablant.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a près de cinquante ans, Amnesty International publiait un rapport accablant sur l&rsquo;Iran du Shah. Torture systématique, détention arbitraire, procès militaires iniques : le constat était sans appel. Le rapport de 1976 décrivait un système où la prison d&rsquo;Evin et le Comité conjoint SAVAK-Police fonctionnaient comme des centres d&rsquo;interrogatoire où les détenu·e·s, privé·e·s de tout contact extérieur, subissaient des sévices documentés avec une précision glaçante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l&rsquo;essentiel de cette histoire ne réside pas seulement dans la brutalité d&rsquo;un régime. Il réside dans les mains qui l&rsquo;ont façonné.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un appareil répressif « made in USA »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La SAVAK, police secrète du Shah, n&rsquo;est pas née d&rsquo;un autocrate isolé. Créée en 1957 avec l&rsquo;assistance directe de la CIA, du FBI et du Mossad, elle disposait de pouvoirs quasi illimités d&rsquo;arrestation et de détention. Elle infiltrait universités, syndicats et mouvements politiques, et opérait à l&rsquo;étranger, surveillant les étudiant·e·s iranien·ne·s jusque sur les campus européens et américains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les rapports d&rsquo;Amnesty International et de la Commission internationale de juristes ont mis en lumière, c&rsquo;est un mécanisme en trois temps : arrestation et isolement total, interrogatoire sous torture pour obtenir des aveux, puis procès devant des tribunaux militaires où ces aveux pesaient lourd — même lorsque les accusé·e·s les rétractaient en affirmant qu&rsquo;ils avaient été extorqués.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le verrou du parti unique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 1975, le Shah instaurait le parti Rastakhiz, seul parti autorisé. Son message était limpide : quiconque refusait d&rsquo;y adhérer devait « quitter le pays ou aller en prison ». La dissidence devenait, par définition, un crime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce verrouillage s&rsquo;accompagnait d&rsquo;un dispositif de contrôle post-carcéral méconnu : les prisonnier·ère·s libéré·e·s restaient sous surveillance, subissaient des entraves à l&#8217;emploi et perdaient leurs droits civils pendant dix ans. Le système ne punissait pas : il broyait durablement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;ombre portée sur nos démocraties</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment les gouvernements occidentaux pouvaient-ils ignorer ce qui se passait dans les geôles iraniennes, alors que leurs propres services de renseignement avaient contribué à bâtir l&rsquo;appareil répressif ? Comment croire à la sincérité des discours sur les droits humains prononcés à Genève, lorsque les mêmes capitales fermaient les yeux sur la torture d&rsquo;un allié stratégique ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des leçons pour aujourd&rsquo;hui</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire de l&rsquo;Iran du Shah n&rsquo;est pas un cas d&rsquo;école enfermé dans les manuels. Les rapports de l&rsquo;époque documentent des méthodes de torture d&rsquo;une extrême gravité : privation de sommeil, isolement prolongé, chocs électriques, simulacres d&rsquo;exécution. Au-delà de la punition, la torture était fonctionnelle — elle servait à obtenir confessions et renseignements, mais surtout des « repentirs » publics. Des prisonnier·ère·s apparaissaient à la télévision pour renier leurs convictions et affirmer leur soutien au Shah, transformant la victime en instrument de propagande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nombre exact de prisonnier·ère·s politiques reste disputé : le Shah avançait environ 3 000, la SAVAK 3 200, les organisations d&rsquo;opposition entre 25 000 et 100 000. Cet écart reflète l&rsquo;opacité structurelle d&rsquo;un régime empêchant délibérément tout audit indépendant. La Commission internationale de juristes, lors d&rsquo;une mission en 1976, relevait elle-même les obstacles à l&rsquo;obtention d&rsquo;informations directes sur les tribunaux militaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Interrogé sur la torture, le Shah n&rsquo;en niait même pas l&rsquo;existence, déclarant en 1976 que l&rsquo;Iran employait les mêmes « méthodes psychologiques » que les Européens — banalisation révélatrice du sentiment d&rsquo;impunité du régime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le peuple iranien, qui a subi la SAVAK hier et subit aujourd&rsquo;hui la répression de la République islamique, sait mieux que quiconque qu&rsquo;un régime tortionnaire n&rsquo;en excuse jamais un autre. Documenter, interpeller, rallier — sans sélectivité, sans amnésie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire juge. À nous d&rsquo;agir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #Iran #SAVAK #Torture #ComplicitéOccidentale #AmnestyInternational #Mémoire #DroitsHumainsEurope #Vigilance</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/03/liran-du-shah-anatomie-dune-machine-a-broyer-les-droits/">L’Iran du Shah : anatomie d’une machine à broyer les droits</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l&#8217;arithmétique démographique</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Mar 2026 07:04:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Italie perd ses habitants, l&#8217;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&#8217;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&#8217;une contradiction fondamentale. Le paradoxe Meloni Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;Italie perd ses habitants, l&rsquo;Europe vieillit, les systèmes de pension vacillent. Pendant ce temps, les gouvernements qui bâtissent leur succès électoral sur le rejet de l&rsquo;immigration sont les mêmes qui, en coulisses, augmentent les quotas de travailleurs étrangers. Anatomie d&rsquo;une contradiction fondamentale.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe Meloni</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un article récent publié par IrpiMedia, le journaliste Paolo Riva met en lumière une contradiction saisissante. Giorgia Meloni a fait de la lutte contre l&rsquo;immigration l&rsquo;étendard de sa conquête du pouvoir. Accords avec les milices libyennes, mémorandum avec le régime tunisien de Kais Saied, centres de tri en Albanie : l&rsquo;arsenal répressif s&rsquo;est considérablement étoffé. Mais dans la précipitation à suivre l&rsquo;humeur des électeurs, presque personne n&rsquo;a remarqué l&rsquo;autre problème migratoire de l&rsquo;Italie, bien plus grave : des centaines de milliers d&rsquo;Italiens émigrent chaque année. L&rsquo;Italie se vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres sont accablants. Entre 2006 et 2024, l&rsquo;émigration italienne est devenue un phénomène structurel : 1,6 million de départs en vingt ans, dont moins de la moitié de retours. En 2024, le record historique a été atteint avec 155 732 départs. Aujourd&rsquo;hui, 6,4 millions d&rsquo;Italiens vivent à l&rsquo;étranger, soit presque un sur neuf.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les mesures en faveur de la natalité échouent spectaculairement. Sur les sept premiers mois de 2025, les naissances ont reculé de 6,3 % par rapport à la même période de 2024. Le nombre moyen d&rsquo;enfants par femme continue de battre des records négatifs. Même Elon Musk s&rsquo;en est ému : « L&rsquo;Italie est en train de disparaître. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, voici le paradoxe : le même gouvernement qui a fait de la fermeture des frontières son crédo a approuvé, en juillet 2023, la première programmation triennale des flux migratoires légaux de l&rsquo;histoire italienne, prévoyant l&rsquo;entrée de 560 000 travailleurs étrangers sur quatre ans. En 2024, 151 000 permis de travail ont été alloués, contre 136 000 l&rsquo;année précédente. Et en octobre 2024, 500 000 entrées supplémentaires ont été approuvées pour 2026-2028. Comme l&rsquo;observe l&rsquo;analyste Matteo Villa de l&rsquo;ISPI, la classe politique qui profite électoralement d&rsquo;un récit perpétuellement négatif sur l&rsquo;immigration est la même qui reconnaît ne plus pouvoir se passer de main-d&rsquo;œuvre étrangère.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un continent au tournant démographique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas italien n&rsquo;est pas une anomalie. C&rsquo;est le symptôme le plus visible d&rsquo;une transformation démographique qui touche l&rsquo;ensemble du continent européen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon Eurostat, la population de l&rsquo;UE atteindra son pic vers 2026 autour de 453 millions d&rsquo;habitants, avant d&rsquo;entamer un déclin qui pourrait la ramener à environ 428 millions en 2050, soit 22 millions de moins. Sans aucune migration, la perte serait d&rsquo;un tiers de la population d&rsquo;ici 2100.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le déficit naturel — plus de décès que de naissances — est une réalité continue depuis 2012. En 2024, l&rsquo;UE a enregistré 4,82 millions de décès pour seulement 3,56 millions de naissances, un déficit de 1,26 million de personnes. L&rsquo;immigration nette positive est désormais le seul facteur de croissance démographique en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux de fécondité moyen de l&rsquo;UE — 1,38 enfant par femme en 2023 — est loin du seuil de remplacement de 2,1. Aucun pays membre ne l&rsquo;atteint. La Bulgarie, avec 1,81, affiche le taux le plus élevé, tandis que Malte, à 1,06, ferme la marche.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Trois Europe démographiques</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne identifie trois profils régionaux distincts. L&rsquo;<strong>Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong> (Suède, Autriche, Allemagne, Pays-Bas) bénéficie d&rsquo;une double immigration — intra-UE et extra-UE — suffisante pour compenser théoriquement le déficit de naissances. L&rsquo;<strong>Europe du Sud</strong> (Italie, Espagne, Grèce, Portugal) attire des migrants non-européens mais souffre d&rsquo;une fécondité extrêmement basse et d&rsquo;une émigration de ses propres citoyens vers le Nord. L&rsquo;<strong>Europe de l&rsquo;Est</strong> cumule les handicaps : faible natalité, émigration massive de ses jeunes vers l&rsquo;Ouest, et une structure d&rsquo;âge déjà très vieillissante. La Bulgarie, la Lituanie et la Lettonie ont perdu plus de 20 % de leur population depuis les années 1990.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui rend l&rsquo;analyse de Riva particulièrement pertinente, c&rsquo;est le glissement de l&rsquo;Italie vers le profil est-européen. Troisième économie de la zone euro, elle affiche désormais des dynamiques démographiques comparables à celles de la Pologne ou de la Roumanie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pensions : l&rsquo;impasse arithmétique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vieillissement démographique se traduit par une pression croissante sur les systèmes de protection sociale, et d&rsquo;abord sur les pensions. Le ratio de dépendance des personnes âgées — le nombre de personnes de 65 ans et plus rapporté à la population en âge de travailler — raconte l&rsquo;ampleur du défi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2022, on comptait dans l&rsquo;UE environ 2,7 travailleurs pour chaque personne âgée. Ce ratio tombera à 1,8 en 2050, puis à 1,5 en 2100. Pour l&rsquo;Italie et la Grèce, ce sera moins de 2 actifs par retraité dès 2050. Au Luxembourg, le ratio contributeurs/pensionnés passera de 2,3 à moins de 1 d&rsquo;ici 2070.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des systèmes de pension européens fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. L&rsquo;équation est simple : moins d&rsquo;actifs pour plus de retraités égale un déficit croissant. La Commission européenne projette une hausse des dépenses publiques de pension de 11,4 % du PIB en 2022 à 12,1 % en 2045 pour la moyenne européenne. En Belgique, sans réforme, ces dépenses pourraient atteindre 15 % du PIB dès 2040.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce ne sont que les pensions. Il faut y ajouter les dépenses de santé, en hausse de 6,9 % à 7,3 % du PIB d&rsquo;ici 2070, et les soins de longue durée, de 1,7 % à 2,6 % du PIB. Un tsunami gris silencieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reculer l&rsquo;âge de la retraite : un levier limité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette pression, tous les États européens ont actionné le même levier : relever l&rsquo;âge légal de la retraite. Le Danemark vient d&rsquo;adopter le passage à 70 ans. L&rsquo;OCDE projette que d&rsquo;ici 2060, l&rsquo;âge moyen de la retraite dans l&rsquo;UE approchera 67 ans, plusieurs pays atteignant 70 ou plus. La Belgique passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce levier a des limites physiques, économiques et politiques évidentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Physiques d&rsquo;abord. L&rsquo;OCDE observe que seulement 59 % des adultes maintiennent un emploi continu dans la cinquantaine. Parmi eux, seuls 31 % sont encore employés de manière constante dans la soixantaine, tandis que 30 % ne travaillent plus du tout. Problèmes de santé, âgisme en entreprise, obsolescence des compétences : le mur de verre est réel. On peut décréter l&rsquo;âge de la retraite à 70 ans ; si le marché du travail n&#8217;emploie plus les gens à partir de 55 ans, l&rsquo;effet est nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Politiques ensuite. La France a été secouée par des mois de manifestations massives en 2023 pour le passage de 62 à 64 ans. La Belgique a connu une grève générale en janvier 2025 contre la réforme des pensions. La résistance sociale fixe un plafond politique au relèvement de l&rsquo;âge de départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, ce levier ne suffira pas, loin de là, à résoudre l&rsquo;équation démographique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;immigration : un impératif que le discours politique refuse de nommer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le think tank Bruegel, dans un document de travail d&rsquo;octobre 2025, pose le constat sans détour : la faible probabilité d&rsquo;un rebond soutenu des taux de fécondité laisse l&rsquo;UE avec des niveaux élevés et continus de migration nette positive comme seule voie pour atténuer les effets économiques du vieillissement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Banque centrale européenne confirme que les travailleurs étrangers jouent un rôle de plus en plus important sur les marchés du travail de la zone euro, et que le vieillissement pose des défis sérieux à l&rsquo;expansion de la force de travail. L&rsquo;OCDE précise que l&rsquo;immigration peut retarder le vieillissement ou ralentir son rythme, tout en notant que maintenir en permanence un ratio favorable nécessiterait un flux migratoire toujours croissant. L&rsquo;immigration n&rsquo;est pas une solution miracle, mais elle est incontournable dans l&rsquo;équation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe est que cette réalité, connue de tous les décideurs, reste largement innommable dans le débat public. Les élections se gagnent sur la promesse de fermer les frontières. Les politiques économiques se font sur la nécessité de les ouvrir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contre-modèle espagnol</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce déni généralisé, l&rsquo;Espagne fait figure d&rsquo;exception. Madrid a choisi d&rsquo;assumer ouvertement le rôle de l&rsquo;immigration dans sa stratégie économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mai 2025, le gouvernement espagnol a lancé un programme de régularisation visant 300 000 personnes par an sur trois ans. Un projet de loi complémentaire prévoit la régularisation de 470 000 immigrés sans papiers arrivés avant fin 2024. L&rsquo;objectif est explicité sans ambiguïté : soutenir la croissance économique et le système de pension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats sont mesurables. L&rsquo;économie espagnole a crû d&rsquo;environ 3 % en 2024, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro de 0,8 %. Entre 2022 et 2024, 5,2 millions d&#8217;emplois ont été créés, dont 75 % occupés par des personnes à double nationalité ou étrangères. Les migrants représentent 13,5 % de la main-d&rsquo;œuvre et 40 % des nouveaux emplois en 2024. La ministre espagnole de la Sécurité sociale, Elma Saiz, a résumé le choix : « Nous avions deux options : être un pays fermé en difficulté ou un pays ouvert et prospère. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle n&rsquo;est pas exempt de tensions. Les immigrés y occupent principalement des emplois moins qualifiés et moins rémunérés — agriculture, construction, hôtellerie. Les salaires moyens des travailleurs étrangers sont inférieurs de 17 % à 37 % à ceux des Espagnols selon l&rsquo;origine. Mais l&rsquo;approche espagnole a le mérite de la cohérence : reconnaissant le besoin, elle tente d&rsquo;y répondre par des voies légales et organisées, plutôt que par le double discours italien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fait remarquable : malgré cette politique ouvertement pro-immigration, les sondages montrent moins d&rsquo;hostilité envers les immigrés en Espagne que dans des pays à marchés du travail plus robustes et États-providence plus généreux, comme l&rsquo;Allemagne ou la Suède.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et la Belgique ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique se trouve dans une position intermédiaire. Ni le déclin dramatique de l&rsquo;Italie, ni l&rsquo;audace espagnole. Mais les mêmes contradictions structurelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté démographie, le taux de fécondité est tombé à 1,65 enfant par femme. La pyramide des âges est de type constrictif, avec une population vieillissante et une croissance naturelle négative ou en déclin. Comme partout en Europe, seule l&rsquo;immigration soutient encore une légère croissance démographique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté pensions, la Belgique est sous pression. Les dépenses de pension représentent déjà 12,7 % du PIB. L&rsquo;âge légal passe à 66 ans en 2025, puis à 67 en 2030. Mais la Belgique reste l&rsquo;un des rares pays de l&rsquo;OCDE à n&rsquo;appliquer aucune pénalité en cas de départ anticipé à la retraite. Le taux d&#8217;emploi des 55-64 ans y est de 62,1 %, très en dessous de la Suède, de l&rsquo;Allemagne ou des Pays-Bas. Le think tank Bruegel identifie explicitement la Belgique, avec la France, le Luxembourg et l&rsquo;Autriche, comme des pays disposant d&rsquo;un potentiel significatif d&rsquo;amélioration sur ce point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côté marché du travail, 20,3 % de la force de travail est d&rsquo;origine étrangère. La Wallonie compte 77 métiers en pénurie, dont plus d&rsquo;un tiers ont une main-d&rsquo;œuvre proche de l&rsquo;âge de la retraite. La question de qui remplira ces postes — et qui cotisera pour les pensions des baby-boomers — n&rsquo;est pas un débat théorique : c&rsquo;est une urgence actuarielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, en Belgique comme ailleurs, le débat sur les pensions et celui sur l&rsquo;immigration sont menés dans des silos étanches. D&rsquo;un côté, on discute de l&rsquo;âge de la retraite et du financement de la sécurité sociale. De l&rsquo;autre, on parle de contrôle des frontières et d&rsquo;intégration. Rarement les deux conversations se croisent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La quadrature du cercle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre constats s&rsquo;imposent au terme de cette analyse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le déclin démographique naturel de l&rsquo;Europe est un fait acquis</strong> pour les décennies à venir. Aucune politique nataliste n&rsquo;a jusqu&rsquo;ici renversé la tendance. Même un rebond spectaculaire de la fécondité ne produirait d&rsquo;effets sur la force de travail qu&rsquo;après vingt ans. Comme l&rsquo;écrit l&rsquo;Egmont Institute, la migration et la fécondité doivent être comprises comme des leviers distincts mais interdépendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le relèvement de l&rsquo;âge de la retraite a des rendements décroissants.</strong> On approche des limites biologiques (santé, capacité physique), culturelles (âgisme en entreprise, exclusion des seniors du marché du travail) et politiques (résistance sociale). Le Danemark à 70 ans semble proche du plafond.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;immigration est le seul facteur capable de compenser à court et moyen terme</strong> le déficit de population active et de contributeurs aux systèmes de sécurité sociale. Tous les rapports institutionnels — Commission européenne, Bruegel, OCDE, BCE — convergent sur ce point. Non pas comme solution miracle, mais comme composante indispensable d&rsquo;une réponse nécessairement multifactorielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les politiques migratoires restrictives entrent en contradiction directe</strong> avec les nécessités économiques et actuarielles des pays qui les mènent. Le cas italien est le plus frappant — un gouvernement anti-immigration qui augmente discrètement les quotas de travailleurs étrangers — mais le phénomène touche l&rsquo;ensemble du continent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème fondamental est un problème de temporalité politique. Les élections se jouent tous les quatre ou cinq ans. Le déclin démographique se déploie sur des décennies. Le discours anti-immigration rapporte des voix aujourd&rsquo;hui. La facture de l&rsquo;effondrement démographique n&rsquo;arrive qu&rsquo;en différé. Quand elle arrivera, il sera trop tard pour recruter les cotisants qu&rsquo;on aura passé des années à refouler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe n&rsquo;a pas le luxe de choisir entre natalité, prolongation de la vie active et immigration. Elle a besoin des trois. Simultanément. Et elle a surtout besoin d&rsquo;un discours politique qui dise la vérité sur cette nécessité, plutôt que de la nier pour mieux séduire les électeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Paolo Riva, «&nbsp;Le vrai problème migratoire de Meloni&nbsp;: l’Italie se vide&nbsp;», IrpiMedia, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurostat, Demography of Europe – 2025 edition</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– JRC / Commission européenne, The Role of Migration and Fertility for the Future Size of the EU’s Population, 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The macroeconomic impact of ageing, EU immigration policy and pension expenditures&nbsp;», Working Paper 24/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;The demographic divide: inequalities in ageing across the European Union&nbsp;», Policy Brief 13/2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Bruegel, «&nbsp;Beyond retirement: a closer look at the very old&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Egmont Institute, «&nbsp;Navigating the Population Change in the EU&nbsp;», décembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Pensions at a Glance 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, Employment Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– OCDE, International Migration Outlook 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Commission européenne / EPC, 2024 Ageing Report</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Eurofound, «&nbsp;Europe must adapt to its ageing workforce&nbsp;», novembre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Euronews, «&nbsp;Spain bets on migrants to counter labour shortage&nbsp;», octobre 2025</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Migration Policy Institute, «&nbsp;A Pragmatic Bet: The Evolution of Spain’s Immigration System&nbsp;»</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">– Real Instituto Elcano, «&nbsp;Immigration, employment, productivity and inequality in Spain&nbsp;»</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/02/leurope-se-vide-les-politiques-migratoires-contredisent-larithmetique-demographique/">L’Europe se vide : les politiques migratoires contredisent l’arithmétique démographique</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;algorithme de X fabrique du consentement conservateur</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2026 16:24:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une étude publiée dans Nature en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&#8217;effet persiste même quand on coupe l&#8217;algorithme. Sept semaines sous algorithme Il y a un geste que des milliards de personnes ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une étude publiée dans <em>Nature</em> en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&rsquo;effet persiste même quand on coupe l&rsquo;algorithme.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sept semaines sous algorithme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a un geste que des milliards de personnes posent chaque jour sans y penser : faire défiler leur fil d&rsquo;actualité. Ce geste paraît anodin. Il ne l&rsquo;est pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une équipe de chercheur·euse·s des universités de Bocconi, Saint-Gall et de la Paris School of Economics a conduit en 2023 une expérience de terrain impliquant près de 5 000 utilisateur·rice·s américain·e·s actif·ve·s de X, réparti·e·s aléatoirement entre deux conditions : un fil chronologique classique ou le fil algorithmique « Pour vous ». Pendant sept semaines, les participant·e·s ont navigué dans leur environnement assigné pendant que les chercheur·euse·s mesuraient l&rsquo;évolution de leurs attitudes politiques et de leurs comportements en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats, publiés dans <em>Nature</em> le 18 février 2026, sont sans ambiguïté. L&rsquo;exposition au fil algorithmique de X déplace les opinions vers des positions conservatrices — sur les priorités politiques, sur les enquêtes judiciaires visant Donald Trump, sur la guerre en Ukraine. Des effets mesurables, statistiquement solides, obtenus indépendamment de la plateforme elle-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;algorithme fait vraiment</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que la mécanique révélée par cette étude est d&rsquo;une redoutable efficacité. L&rsquo;algorithme de X ne se contente pas de réorganiser les contenus : il en sélectionne activement certains au détriment d&rsquo;autres. Les posts conservateurs apparaissent près de 20 % plus souvent dans le fil algorithmique que dans un fil chronologique. Les médias d&rsquo;information traditionnels y sont relégués de 58 %. À leur place, les comptes d&rsquo;activistes politiques — en majorité conservateurs — voient leur visibilité bondir de 27 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Ce sont des choix d&rsquo;ingénierie. Des paramètres. Des décisions prises par des êtres humains dans des salles de réunion, concernant ce que des centaines de millions d&rsquo;autres êtres humains verront ou ne verront pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet le plus préoccupant tient dans son asymétrie. Les utilisateur·rice·s exposé·e·s à l&rsquo;algorithme commencent à suivre des comptes d&rsquo;activistes conservateurs. Et lorsqu&rsquo;on leur retire ensuite l&rsquo;algorithme — lorsqu&rsquo;on revient au fil chronologique —, ils et elles continuent de suivre ces comptes. Les opinions façonnées ne se dissolvent pas. Le ver est dans le fruit. L&rsquo;exposition passée structure l&rsquo;exposition future.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore qu&rsquo;une plateforme est un simple espace neutre d&rsquo;échange, lorsque ses paramètres techniques orientent les attitudes politiques de ses utilisateur·rice·s sans que ceux et celles-ci en soient conscient·e·s ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu de droits humains</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette recherche n&rsquo;est pas qu&rsquo;une curiosité académique. Elle touche au cœur de ce que la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme nomme la liberté d&rsquo;opinion et d&rsquo;expression — des droits qui présupposent que les individus forment leurs convictions dans un environnement pluraliste et non manipulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or les plateformes algorithmiques constituent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;environnement informationnel de premier recours pour une fraction croissante de la population mondiale. Un quart des adultes américain·e·s déclarent les réseaux sociaux comme leur source principale d&rsquo;information. En Europe, les chiffres sont comparables. Ce n&rsquo;est pas anodin quand on sait que l&rsquo;algorithme étudié ici rétrograde de 58 % les médias d&rsquo;information au profit de contenus militants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos gouvernements — dont nombre d&rsquo;entre eux se déclarent défenseurs de la liberté de la presse et du pluralisme démocratique dans les enceintes de Bruxelles ou de Strasbourg — ont-ils mesuré ce que signifie confier l&rsquo;architecture de l&rsquo;espace public à des entreprises privées dont les objectifs sont l&rsquo;engagement et la monétisation ? Comment croire encore dans l&rsquo;engagement institutionnel pour la liberté d&rsquo;expression lorsque les règlements sur la gouvernance des données restent si timides face à la puissance de ces mécanismes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude rappelle en outre que des travaux antérieurs sur Twitter — avant même le rachat par Elon Musk — avaient déjà identifié un biais de l&rsquo;algorithme vers les contenus de droite. La propriété de la plateforme change ; l&rsquo;orientation algorithmique, elle, persiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réguler ou subir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des citoyen·ne·s, des chercheur·euse·s, des militant·e·s se mobilisent pour rendre visibles ces mécanismes. En Europe, le règlement sur les services numériques (DSA) impose aux très grandes plateformes une transparence accrue sur leurs systèmes de recommandation et le droit pour les utilisateur·rice·s d&rsquo;accéder à un fil non personnalisé. C&rsquo;est une avancée. Insuffisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la question n&rsquo;est pas seulement technique. Elle est politique. Qui décide de ce que des milliards de personnes voient chaque jour ? Au nom de quels intérêts ? Avec quels contrôles démocratiques ? Les auteur·rice·s de l&rsquo;étude soulignent eux-mêmes que les plateformes peuvent modifier leurs algorithmes à tout moment, sans que les chercheur·euse·s — ni les régulateur·rice·s — en soient informé·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à subir des environnements informationnels façonnés par des logiques commerciales opaques, mais d&rsquo;exiger des mécanismes d&rsquo;audit indépendants, une transparence algorithmique effective et le renforcement des médias d&rsquo;information pluralistes capables de contrebalancer la puissance des plateformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude complète est accessible sur <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-026-10098-2">Nature</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos démocraties méritent mieux qu&rsquo;un fil.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#AlgorithmeX #LibertéDExpression #DroitsNumeriques #DémocratieMédiatique #DSA #Désinformation #PluralismeInformatif #RéseauxSociaux #IA #GovernanceNumerique #TwitterX #ElonMusk #DroitsHumains #RegulationNumerique #MédiasIndépendants #droitsnumeriques #libertedinformation</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/">L’algorithme de X fabrique du consentement conservateur</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 11:32:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s utilisent imprimantes 3D et maker spaces pour résister aux raids d'ICE. Un mouvement qui interpelle l'Europe sur la défense concrète des droits fondamentaux.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s transforment leurs imprimantes 3D et leurs ateliers communautaires en outils de résistance face aux raids de l&rsquo;agence fédérale ICE. Un mouvement qui interroge l&rsquo;Europe sur sa propre trajectoire sécuritaire et sur la capacité des sociétés civiles à défendre concrètement les droits fondamentaux. Wired a mené une <a href="https://www.wired.com/story/makers-are-building-back-against-ice/" target="_blank" rel="noopener" title="">enquête à ce suje</a>t.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un quartier de Minneapolis, en janvier 2026, des agent·e·s fédéraux abattent deux personnes lors d&rsquo;une opération de contrôle migratoire. Un mois plus tard, à quelques rues de là, une imprimante 3D crache son énième sifflet d&rsquo;alerte, destiné à prévenir les habitant·e·s de la présence de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans le voisinage. C&rsquo;est toute la tension de ce moment américain : la violence d&rsquo;État d&rsquo;un côté, l&rsquo;ingéniosité citoyenne de l&rsquo;autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La solidarité en kit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;intensification des opérations d&rsquo;ICE sous l&rsquo;administration Trump — dont les agent·e·s fédéraux disposent désormais d&rsquo;une latitude d&rsquo;usage de la force considérablement élargie —, les maker spaces, ces ateliers communautaires équipés d&rsquo;imprimantes 3D et de machines-outils, se sont transformés en véritables infrastructures de protection. Des milliers de sifflets circulent dans les quartiers ciblés. Des supports de caméras corporelles sont distribués aux observateur·rice·s civil·e·s. Des réseaux maillés Meshtastic, fonctionnant sans internet ni réseau mobile, permettent de communiquer hors de portée de toute surveillance. Des ateliers de réparation accueillent celles et ceux dont les portes ont été enfoncées lors de descentes policières — une réalité devenue banale dans certaines villes américaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette inventivité n&rsquo;est pas un caprice de bricoleur·euse·s. C&rsquo;est une réponse directe à une politique qui criminalise des populations entières, sépare des familles et transforme des quartiers en zones d&rsquo;occupation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des mécanismes qui nous concernent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les situations ne sont certes pas comparables en intensité. Mais depuis Bruxelles ou Liège, les mécanismes à l&rsquo;œuvre aux États-Unis renvoient à des dynamiques que nous connaissons. Les dispositifs de surveillance aux frontières européennes, le recours systématique à Frontex pour refouler des embarcations en Méditerranée, les technologies de reconnaissance faciale déployées dans plusieurs pays de l&rsquo;Union : l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas spectatrice innocente de la dérive sécuritaire mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, la question de la proportionnalité des moyens de contrôle migratoire se pose avec une acuité croissante. Les centres fermés, les raids dans les logements, les confiscations de biens de première nécessité documentées par plusieurs ONG sur nos trottoirs dessinent un paysage où l&rsquo;État de droit vacille parfois dangereusement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le « faire » comme acte politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore aux discours sur les « valeurs européennes » lorsque nos gouvernements multiplient les investissements dans des dispositifs de contrôle aux frontières sans effort comparable en matière d&rsquo;accueil ? Comment exiger des États-Unis le respect des droits fondamentaux si nous détournons le regard de nos propres pratiques ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montrent les maker·euse·s américain·e·s, c&rsquo;est que la résistance peut être concrète, quotidienne, accessible. Comme le résume un·e participant·e anonyme interrogé·e par le magazine Wired : la résistance est d&rsquo;abord quelque chose de pratique. Cette philosophie du « faire » rappelle que les droits ne se défendent pas uniquement dans les tribunaux ou les parlements, mais aussi dans les ateliers de quartier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;espoir par l&rsquo;action</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos actions, de ne pas abandonner cet espace de solidarité aux seul·e·s bricoleur·euse·s d&rsquo;outre-Atlantique. En Europe, des collectifs citoyens cartographient déjà les violences policières, documentent les conditions de rétention, développent des outils numériques de protection des droits. Des fablabs solidaires et des réseaux d&rsquo;entraide se multiplient dans nos villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces initiatives parviendront, nous en sommes sûr·e·s, à tracer les pistes d&rsquo;une résistance démocratique, pour peu que nous les soutenions. Charge à nous non pas de céder à la peur ou au fatalisme, mais de fournir les outils — matériels et juridiques — qui permettront à chacun·e de défendre ses droits et ceux de ses voisin·e·s. La technologie change, les imprimantes 3D remplacent les machines à écrire, mais l&rsquo;essentiel demeure : des citoyen·ne·s déterminé·e·s, uni·e·s, qui refusent de baisser les bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de fabriquer la lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #RésistanceCitoyenne #MakerSpaces #ICE #Solidarité #ÉtatDeDroit #Frontex #Surveillance #FabLab #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>L&#8217;illusion du renvoi : ce que le rapport Myria révèle sur les détenus sans droit de séjour</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/08/lillusion-du-renvoi-ce-que-le-rapport-myria-revele-sur-les-detenus-sans-droit-de-sejour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Feb 2026 20:04:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=805</guid>

					<description><![CDATA[<p>Détenus sans droit de séjour : analyse du rapport Myria sur la détention, l’éloignement et l’impasse de l’enfermement sans réinsertion dans les prisons belges.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/08/lillusion-du-renvoi-ce-que-le-rapport-myria-revele-sur-les-detenus-sans-droit-de-sejour/">L’illusion du renvoi : ce que le rapport Myria révèle sur les détenus sans droit de séjour</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un tiers de la population carcérale belge est constituée de personnes sans droit de séjour. Face à une surpopulation record, le gouvernement mise sur l&rsquo;éloignement comme solution miracle. Le <a href="https://www.myria.be/fr/publications/la-migration-en-chiffres-et-en-droits-2025-le-rapport-annuel-de-myria" target="_blank" rel="noopener" title="">dernier cahier de Myria</a> démontre, chiffres et analyses à l&rsquo;appui, que cette logique binaire — éloigner ou enfermer — est non seulement inefficace, mais contre-productive. Recension.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Des chiffres qui parlent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au 1er janvier 2025, 12.596 personnes étaient détenues dans les prisons belges, pour une capacité de 11.040 places. Le Comité des Ministres du Conseil de l&rsquo;Europe déplorait, en décembre 2024, « l&rsquo;absence de mesures efficaces prises par la Belgique pour remédier au problème structurel de la surpopulation carcérale ». La situation n&rsquo;a fait que s&rsquo;aggraver depuis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi ces détenu·e·s, 5.761 sont de nationalité étrangère, soit environ 45 % de la population carcérale. Et parmi eux·elles, 3.974 n&rsquo;ont pas de droit de séjour — soit 31,5 % de l&rsquo;ensemble. Un pourcentage « particulièrement élevé au regard de ceux affichés par d&rsquo;autres pays européens », souligne Myria, rappelant que la population étrangère dans les prisons de la plupart des pays du continent reste inférieure à 25 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces chiffres sont régulièrement brandis pour justifier une politique musclée d&rsquo;éloignement. L&rsquo;accord de gouvernement « Arizona » annonce vouloir « maximiser le retour des détenus étrangers afin d&rsquo;augmenter le flux sortant des prisons ». La ministre Van Bossuyt proposait en avril 2025 de transférer massivement les détenu·e·s sans droit de séjour vers les centres fermés. Le premier ministre De Wever, lui, a soutenu « sans réserve » une lettre ouverte de neuf gouvernements européens demandant à la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme d&rsquo;assouplir ses standards. L&rsquo;objectif est limpide : faire de l&rsquo;éloignement la solution à la surpopulation carcérale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des profils que l&rsquo;on refuse de voir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais de qui parle-t-on, au juste ? Le rapport Myria déconstruit méthodiquement le mythe d&rsquo;une population homogène de « criminels étrangers » qu&rsquo;il suffirait de renvoyer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de « détenu·e sans droit de séjour » recouvre des profils radicalement différents. Certaines personnes n&rsquo;ont jamais eu de titre de séjour et n&rsquo;ont aucune attache avec la Belgique. Mais d&rsquo;autres y ont grandi, y ont fondé une famille, y ont pratiquement toujours vécu. Le rapport documente le cas de Monsieur K., de nationalité congolaise, arrivé à l&rsquo;âge de neuf ans en Belgique avec ses parents et ses sœurs. Il n&rsquo;a plus aucun lien avec le Congo. Il vivait chez sa mère avant son arrestation. Son droit au séjour lui a pourtant été retiré à la suite de condamnations pénales. Sa date de fin de peine est fixée en 2028. Il sait qu&rsquo;il ne pourra qu&rsquo;avec difficulté obtenir un aménagement de peine. Son cas n&rsquo;est pas isolé : entre 2017 et 2022, ce sont 459 décisions de retrait de séjour qui ont été prises à l&rsquo;égard d&rsquo;étranger·ère·s détenu·e·s. En 2024, 99 nouvelles décisions sont venues s&rsquo;ajouter. L&rsquo;exemple de Malika El Aroud, belgo-marocaine arrivée à l&rsquo;âge de 5 ans, déchue de sa nationalité à 58 ans, jamais éloignée vers le Maroc et décédée dans la clandestinité, illustre cruellement les impasses de cette approche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que tous ces détenu·e·s ne pourront pas être éloigné·e·s. Des raisons tenant au respect des droits fondamentaux, des motifs diplomatiques ou l&rsquo;absence d&rsquo;identification rendent l&rsquo;éloignement impossible pour une part significative d&rsquo;entre eux·elles. Et les chiffres le confirment : en 2024, seulement 1.261 détenu·e·s ont été éloigné·e·s depuis les prisons, et 90 ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;un transfert interétatique — un chiffre dérisoire au regard des 3.974 personnes concernées. Les transfèrements, rappelle Myria, « opèrent dans les deux sens » et sont soumis à des conditions strictes, notamment le consentement de la personne concernée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;impasse de la logique binaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur de l&rsquo;analyse de Myria porte sur ce que l&rsquo;organisme qualifie de « logique binaire » : éloignement ou enfermement, sans troisième voie. Cette logique, partagée par les pouvoirs politique et judiciaire, produit des effets dévastateurs que le rapport détaille sans concession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, elle prive les détenu·e·s sans droit de séjour de toute préparation à leur réinsertion. La visite de la prison de Tongres, qui accueille exclusivement des détenus masculins sans droit de séjour, est édifiante. Myria y a constaté « un régime d&rsquo;encellulement quasi continu ». Les seules sorties de cellule sont la promenade, la salle de fitness et la douche. « L&rsquo;absence de tout régime d&rsquo;activités, et en particulier d&rsquo;activités axées sur la réintégration, est frappante. » En 2023, seules treize visites d&rsquo;avocats ont été enregistrées dans l&rsquo;établissement. Les détenu·e·s y semblent « oubliés par les autorités ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, les juges et tribunaux de l&rsquo;application des peines ont tendance à considérer l&rsquo;absence de titre de séjour comme un obstacle quasi automatique à l&rsquo;octroi de mesures alternatives — alors que la Cour constitutionnelle a explicitement rappelé, à deux reprises (2017 et 2023), que cette exclusion est discriminatoire et que le droit à préparer sa réinsertion doit être accessible à tou·te·s, indépendamment du statut de séjour. Le gouvernement actuel envisage pourtant, en contradiction directe avec cette jurisprudence, d&rsquo;exclure les détenu·e·s sans droit de séjour de la libération conditionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement, cette logique est contre-productive du point de vue même de la sécurité publique. Renvoyer vers son pays d&rsquo;origine une personne considérée comme menaçante « revient à nier le caractère transnational de certaines formes de criminalité », observe Myria. La nationalité la plus représentée parmi les retraits de droit au séjour est d&rsquo;ailleurs la nationalité néerlandaise. Renvoyer un·e ressortissant·e néerlandais·e de l&rsquo;autre côté de la frontière permet-il réellement de s&rsquo;en protéger ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire que maintenir ces détenu·e·s en prison jusqu&rsquo;à la fin de leur peine, sans aucune préparation à la réinsertion, pour ensuite les relâcher sans accompagnement ni contrôle, constitue une politique de sécurité crédible ? Comment justifier qu&rsquo;un·e détenu·e arrivé·e enfant en Belgique, y ayant passé toute sa vie, soit contraint·e de « se réinsérer dans une société dont le fonctionnement lui est parfois totalement inconnu » ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des alternatives existent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport Myria ne se contente pas de diagnostiquer. Il formule des recommandations précises. Le nouveau Code pénal, qui devrait entrer en vigueur en avril 2026, prévoit que la peine d&#8217;emprisonnement doit constituer l&rsquo;<em>ultimum remedium</em>. Ce principe, rappelle Myria, « doit être appliqué à tout condamné, quelle que soit sa situation de séjour ». Des peines alternatives — travail, probation, surveillance électronique — existent et rien dans la loi n&#8217;empêche d&rsquo;en faire bénéficier les étranger·ère·s sans titre de séjour. Certains tribunaux le font déjà, à contre-courant de la tendance majoritaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convient également de circonscrire les hypothèses dans lesquelles un titre de séjour peut être retiré pour des motifs d&rsquo;ordre public. Myria dénonce l&rsquo;absence de définition claire de cette notion dans la loi sur les étrangers, qui « aboutit souvent au même résultat : la fin du droit de séjour », quel que soit le degré de gravité invoqué. L&rsquo;accord de gouvernement annonce au contraire un usage élargi de cette notion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, Myria recommande d&rsquo;ouvrir la réflexion autour de la création d&rsquo;un « statut générateur de droits » pour les personnes inéloignables, afin de leur permettre d&rsquo;accéder au travail, à la sécurité sociale et aux dispositifs de réinsertion. Car le coût de l&rsquo;inaction est lui aussi chiffrable : 62.249 euros par détenu·e et par an, soit plus d&rsquo;un demi-milliard pour l&rsquo;ensemble du système pénitentiaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le courage de la complexité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos choix collectifs, de sortir de cette rhétorique simpliste qui réduit un problème structurel à une question de nationalité. La surpopulation carcérale belge ne se résoudra pas en renvoyant les détenu·e·s d&rsquo;origine étrangère — parce que tou·te·s ne peuvent pas l&rsquo;être, parce que ceux et celles qui le seront se réinséreront dans une société sans y avoir été préparé·e·s, et parce que ceux et celles qui resteront auront été privé·e·s des outils nécessaires à éviter la récidive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport Myria a le mérite de poser les termes d&rsquo;un débat que le politique préfère esquiver. La réponse pénale ne peut pas servir d&rsquo;outil de politique migratoire. Les droits fondamentaux ne se négocient pas au gré des sondages. À nous d&rsquo;exiger que la complexité du réel prenne le pas sur la facilité du slogan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;agir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #Prisons #Belgique #Myria #DétenusSansSéjour #SurpopulationCarcérale #JusticePénale #Réinsertion #DroitsFondamentaux #PolitiqueMigratoire</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/08/lillusion-du-renvoi-ce-que-le-rapport-myria-revele-sur-les-detenus-sans-droit-de-sejour/">L’illusion du renvoi : ce que le rapport Myria révèle sur les détenus sans droit de séjour</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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