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	<title>Cour européenne des droits de l&quot;homme - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
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	<title>Cour européenne des droits de l&quot;homme - En avant</title>
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		<title>Convention européenne des droits de l&#8217;homme : une protection fondamentale en danger</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/12/14/convention-europeenne-des-droits-de-lhomme-une-protection-fondamentale-en-danger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Dec 2025 11:11:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Cour européenne des droits de l"homme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 10 décembre, les ministres de la Justice du Conseil de l'Europe ont franchi un pas inquiétant : appeler à une déclaration politique pour "répondre aux défis de la migration". Derrière ce langage diplomatique se cache une volonté d'affaiblir les protections fondamentales qui nous concernent tous. Le principe de non-refoulement, le droit à la vie familiale, et l'indépendance de la Cour européenne sont en jeu. Car les droits humains n'ont jamais été conçus pour les temps faciles — mais précisément pour des moments comme celui-ci.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>La réunion ministérielle du 10 décembre à Strasbourg marque une nouvelle étape dans les tentatives de plusieurs États européens d&rsquo;affaiblir le système de protection des droits humains sur le continent. Une tendance qui devrait tous nous alarmer.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un tournant préoccupant</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les ministres de la Justice du Conseil de l&rsquo;Europe ont adopté des conclusions appelant à une déclaration politique pour répondre aux prétendus « défis » posés par la migration. Derrière ce langage diplomatique se cache une réalité inquiétante : la volonté de réduire les protections offertes par la Convention européenne des droits de l&rsquo;homme (CEDH).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réunion n&rsquo;est pas un événement isolé. Elle s&rsquo;inscrit dans une série d&rsquo;attaques menées depuis plusieurs mois contre le système de la Convention. Présentées comme un moyen de protéger la « sécurité nationale » ou la « sécurité publique », ces tentatives de réforme n&rsquo;atteindront pourtant aucun de ces objectifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque des responsables politiques affirment que le niveau de protection doit être « adapté à une nouvelle ère », ils ne procèdent pas à un simple ajustement technique. Ils remettent en question les fondements moraux sur lesquels reposent nos sociétés démocratiques — et glissent vers une vision du monde où certaines vies seraient considérées comme moins dignes que d&rsquo;autres.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une stratégie tirée du manuel des autoritaires</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le schéma est malheureusement bien connu : pour apaiser les mouvements hostiles aux droits humains, des responsables politiques font des migrants et des réfugiés des boucs émissaires. Cette stratégie reflète une tendance persistante et erronée à rendre les politiques migratoires toujours plus punitives et restrictives, tout en tolérant — voire en encourageant — la violence et les abus aux frontières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les États utilisent ainsi la migration comme prétexte pour remettre en question leur engagement envers les principes fondamentaux qui façonnent nos sociétés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, la CEDH a toujours su trouver un équilibre entre le droit légitime des États à gérer les flux migratoires et les droits fondamentaux des personnes qui migrent ou demandent l&rsquo;asile. Elle reste parfaitement en mesure de le faire aujourd&rsquo;hui. Ce qui a véritablement changé, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;inadaptation de la Convention, mais bien le niveau de cruauté des politiques migratoires européennes et la gravité des abus commis à l&rsquo;encontre des personnes en mouvement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des droits conçus pour les temps difficiles</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il est essentiel de rappeler une vérité fondamentale : les droits humains n&rsquo;ont jamais été pensés uniquement pour les périodes de calme et de prospérité. Ils ont été rédigés précisément pour des moments comme celui-ci — quand la politique de division gagne du terrain, quand la tentation du bouc émissaire grandit, quand la compassion est présentée comme une faiblesse ou une naïveté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces protections existent pour nous empêcher de répéter les pages les plus sombres de notre histoire. Elles constituent un garde-fou contre les dérives que l&rsquo;Europe a connues au siècle dernier, et dont les cicatrices sont encore visibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toute tentative d&rsquo;affaiblir la Convention européenne n&rsquo;est pas seulement une menace pour les migrants — c&rsquo;est une atteinte à l&rsquo;ensemble de nos droits.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce qui est concrètement en jeu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Permettre aux États de se soustraire à leurs obligations en matière de droits humains aurait un coût considérable. Plusieurs protections essentielles sont directement menacées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le principe de non-refoulement</strong> constitue l&rsquo;un des piliers du droit international. Cette garantie absolue interdit de renvoyer quiconque vers un pays où il serait exposé à la torture, à des traitements cruels, inhumains ou dégradants, ou à d&rsquo;autres préjudices irréparables. Ce droit s&rsquo;applique à tous sans exception, quel que soit le statut migratoire de la personne et indépendamment de toute considération de sécurité nationale. Il n&rsquo;existe pas de circonstance qui justifie d&rsquo;y déroger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le droit à la vie privée et familiale</strong> est également dans la ligne de mire. Ce droit impose de prendre en compte l&rsquo;impact qu&rsquo;une expulsion aurait sur la personne concernée et sur les membres de sa famille : ses enfants, son conjoint, ses parents, ses frères et sœurs. Une décision d&rsquo;éloignement ne peut être prise sans considérer ces liens fondamentaux qui structurent une vie humaine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une menace qui dépasse largement la question migratoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enjeu va bien au-delà du traitement des personnes migrantes. Ce qui se joue aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est une tentative plus large des gouvernements de s&rsquo;ingérer dans le rôle et l&rsquo;indépendance de la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis sa création, la Cour a été un rempart contre l&rsquo;autoritarisme et les violations des libertés fondamentales. Elle oblige les gouvernements à rendre des comptes sur leurs actions, notamment par des jugements contraignants qui constatent les violations de la Convention. Elle peut ordonner des mesures individuelles, comme des demandes d&rsquo;indemnisation, et exiger la révision des lois et pratiques nationales afin de mettre fin aux violations systémiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bon nombre des protections dont nous jouissons aujourd&rsquo;hui en Europe découlent directement du travail de cette institution. C&rsquo;est grâce à la Cour que l&rsquo;homosexualité a été totalement dépénalisée dans les États membres. C&rsquo;est elle qui a imposé l&rsquo;interdiction des châtiments corporels infligés aux enfants. C&rsquo;est encore elle qui a renforcé la lutte contre la traite des êtres humains et l&rsquo;esclavage domestique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Protéger la Cour pour nous protéger tous</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les gouvernements qui s&rsquo;attaquent aujourd&rsquo;hui à la protection des migrants prévue par la Convention risquent d&rsquo;affaiblir la Cour au point de l&#8217;empêcher de remplir son mandat. Or, pour nous protéger efficacement, cette institution a besoin d&rsquo;autorité, d&rsquo;indépendance et d&rsquo;impartialité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la Cour perd sa capacité à contraindre les États, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble du système de protection des droits humains en Europe qui vacille. Et avec lui, les garanties dont chaque citoyen européen bénéficie au quotidien — souvent sans même en avoir conscience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car c&rsquo;est là le paradoxe : les droits humains protègent tout le monde, y compris ceux qui pensent ne jamais en avoir besoin. Jusqu&rsquo;au jour où ils en ont besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit international protège tout le monde — ou il ne protège personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/12/14/convention-europeenne-des-droits-de-lhomme-une-protection-fondamentale-en-danger/">Convention européenne des droits de l’homme : une protection fondamentale en danger</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;indépendance judiciaire, rempart démocratique menacé</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/05/31/lindependance-judiciaire-rempart-democratique-menace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 May 2025 11:58:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
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		<category><![CDATA[Cour européenne des droits de l"homme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Version (IA) podcast Quand l&#8217;exécutif s&#8217;attaque aux fondements de l&#8217;État de droit La récente lettre ouverte adressée à la Cour européenne des droits de l&#8217;Homme par le Premier ministre Bart De Wever, accompagné de huit autres dirigeants européens, constitue une attaque frontale contre l&#8217;un des piliers fondamentaux de nos démocraties : l&#8217;indépendance du pouvoir judiciaire. ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/2105755857&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" title="">Version (IA) podcast</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand l&rsquo;exécutif s&rsquo;attaque aux fondements de l&rsquo;État de droit</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La récente lettre ouverte adressée à la Cour européenne des droits de l&rsquo;Homme par le Premier ministre Bart De Wever, accompagné de huit autres dirigeants européens, constitue une attaque frontale contre l&rsquo;un des piliers fondamentaux de nos démocraties : l&rsquo;indépendance du pouvoir judiciaire. Cette démarche, sous prétexte de réclamer plus de « marge de manœuvre nationale » en matière d&rsquo;expulsion de migrants criminels, révèle en réalité une conception dangereuse des équilibres démocratiques qui devrait nous alarmer.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte a été publié sous un <a href="https://www.lalibre.be/debats/opinions/2025/05/30/la-lettre-des-neuf-dirigeants-europeens-a-la-cour-des-droits-de-lhomme-cedh-est-une-attaque-contre-lindependance-judiciaire-MHQFLTB7CBBWRGWEQU2SOWMQDY/" target="_blank" rel="noopener" title="">format plus court dans La Libre du 30/5/2025</a></p>



<h2 class="wp-block-heading">La séparation des pouvoirs : un acquis démocratique non négociable</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis Montesquieu, nos démocraties reposent sur un principe intangible : la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu (1689-1755), théorisait dans « L&rsquo;Esprit des lois » (1748) cette répartition du pouvoir à une époque où l&rsquo;Europe vivait sous des monarchies absolues. Face aux abus du pouvoir concentré, il formulait un principe révolutionnaire : « Pour qu&rsquo;on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette architecture n&rsquo;est pas un caprice de théoriciens, mais le fruit d&rsquo;une longue évolution historique qui a permis d&rsquo;éviter la concentration du pouvoir et l&rsquo;arbitraire. Montesquieu identifiait trois fonctions essentielles : le pouvoir législatif qui fait les lois (nos parlements), le pouvoir exécutif qui les applique (nos gouvernements), et le pouvoir judiciaire qui les interprète et rend la justice (nos tribunaux). L&rsquo;exécutif met en œuvre les programmes validés par les urnes, le législatif vote les lois qui encadrent l&rsquo;action publique, et le judiciaire veille à leur application dans le respect des droits fondamentaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette répartition n&rsquo;est pas seulement technique : elle est éthique. Elle garantit que nul ne soit juge et partie, que les décisions de justice échappent aux calculs politiques du moment et que les droits de chacun soient protégés face aux éventuels excès du pouvoir. Quand l&rsquo;exécutif prétend dicter au judiciaire la manière d&rsquo;interpréter le droit, nous franchissons une ligne rouge qui nous rapproche inexorablement du régime illibéral.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Cour européenne des droits de l&rsquo;Homme : un garde-fou, pas un obstacle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La CEDH n&rsquo;est pas un organe extérieur imposé aux États européens. Elle est le fruit d&rsquo;un choix souverain de nos démocraties qui, traumatisées par les dérives du XXe siècle, ont décidé de confier à une juridiction supranationale le soin de veiller au respect des droits fondamentaux. Cette délégation de souveraineté n&rsquo;est pas une abdication, mais au contraire l&rsquo;expression la plus aboutie de la maturité démocratique européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement aux accusations portées dans la lettre des neuf dirigeants, la Cour n&#8217;empêche nullement les États de protéger la sécurité de leur population. Elle leur impose même cette obligation. Comme le rappellent justement les institutions belges des droits humains, « la Cour n&#8217;empêche aucunement les États de prendre des mesures pour protéger la sécurité des personnes. Elle leur impose même de le faire. » La Cour n&rsquo;interdit pas non plus l&rsquo;expulsion de criminels étrangers, mais elle interdit seulement d&rsquo;expulser une personne vers un pays où elle risquerait la torture ou des traitements inhumains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque la Cour empêche l&rsquo;expulsion d&rsquo;un migrant vers un pays où sa vie serait en danger, elle ne fait qu&rsquo;appliquer le principe de non-refoulement inscrit dans la Convention européenne des droits de l&rsquo;Homme. Principe que nos États ont librement signé et ratifié. Remettre en cause cette jurisprudence au motif qu&rsquo;elle « limiterait » l&rsquo;action des gouvernements revient à vouloir s&rsquo;affranchir de ses propres engagements dès lors qu&rsquo;ils deviennent contraignants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;instrumentalisation de la migration : un piège démocratique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La lettre des neuf dirigeants utilise habilement l&rsquo;émotion légitime suscitée par certains crimes commis par des étrangers en situation irrégulière. Qui ne serait indigné par ces actes ? Qui ne comprendrait la colère des victimes et de leurs proches ? Mais transformer cette émotion en remise en cause des garde-fous juridiques constitue une manipulation dangereuse de l&rsquo;opinion publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;hypocrisie de cette démarche apparaît d&rsquo;autant plus criante quand on examine le comportement de ces mêmes dirigeants face à leurs propres tribunaux nationaux. L&rsquo;État belge, par exemple, cumule plus de 9000 condamnations judiciaires non respectées ces dix dernières années. En matière d&rsquo;asile précisément, il a été condamné à de multiples reprises par ses propres tribunaux pour violation des droits des demandeurs d&rsquo;asile, s&rsquo;attirant des astreintes de 5000 euros par jour pour non-respect de ses obligations légales. La Cour européenne des droits de l&rsquo;Homme a même dû constater une « carence systémique des autorités belges d&rsquo;exécuter les décisions de justice définitives » dans ce domaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette désinvolture envers les obligations juridiques trouve son illustration la plus frappante dans les déclarations récentes de De Wever concernant Netanyahu. Interrogé sur le mandat d&rsquo;arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le Premier ministre israélien, il a déclaré : « Je pense que nous ne le ferions pas non plus pour être très honnête&#8230; Il y a aussi la realpolitik. » Cette position contredit directement les obligations de la Belgique qui, ayant ratifié le Statut de Rome, est « juridiquement obligée d&rsquo;exécuter les requêtes en vue d&rsquo;arrêter et de transférer » les personnes visées par la CPI.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas échappé aux institutions belges de défense des droits humains. Dans une réaction cinglante du 27 mai 2025, six organismes officiels – dont l&rsquo;Institut fédéral des droits humains, Myria et Unia – ont dénoncé « une tendance croissante des autorités à ne pas exécuter ou à remettre en cause des décisions judiciaires nationales et internationales », soulignant que « de nombreuses décisions de la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme ne sont pas pleinement exécutées ou le sont avec un retard important ». Ils appellent explicitement les autorités belges à « faire preuve de cohérence » et à « réaffirmer clairement leur attachement à l&rsquo;État de droit ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a beau tenter de minimiser la portée de cette lettre en affirmant qu&rsquo;elle ne vise qu&rsquo;un « groupe limité de personnes au pedigree peu enviable » et qu&rsquo;elle a été « concertée avec tous les partis du gouvernement », cette défense ne change rien au fond du problème. Qu&rsquo;une démarche soit soutenue par plusieurs personnalités politiques, fût-ce même par le Pape en personne, ne lui confère aucune validité démocratique si son contenu attaque les fondements de l&rsquo;État de droit. L&rsquo;autorité de ceux qui signent ne peut jamais compenser la fragilité des arguments avancés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment dès lors prendre au sérieux des dirigeants qui, après avoir bafoué systématiquement les décisions de leurs propres juges, prétendent aujourd&rsquo;hui que ce sont les juges européens qui posent problème ? Cette incohérence révèle la véritable nature de leur démarche : il ne s&rsquo;agit pas de défendre l&rsquo;État de droit, mais de s&rsquo;affranchir de toute contrainte juridique, qu&rsquo;elle soit nationale ou européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car derrière l&rsquo;apparente logique sécuritaire se cache une logique bien plus pernicieuse : celle qui consiste à considérer que certaines catégories de personnes – ici, les migrants criminels – peuvent être privées des garanties procédurales les plus élémentaires. Cette logique de l&rsquo;exception, une fois admise, ne connaît plus de limites. Aujourd&rsquo;hui les migrants, demain qui d&rsquo;autre ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les précédents historiques nous alertent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire européenne du XXe siècle nous enseigne que l&rsquo;affaiblissement du pouvoir judiciaire constitue invariablement le prélude à la dérive autoritaire. Les régimes illibéraux contemporains, de la Hongrie à la Pologne en passant par la Turquie, ont tous commencé par s&rsquo;attaquer à l&rsquo;indépendance de leurs juges avant de remettre en cause l&rsquo;ensemble des contre-pouvoirs démocratiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La stratégie est toujours la même : présenter les juges comme des obstacles à la « volonté populaire », les accuser de technicisme ou d&rsquo;éloignement du peuple, puis progressivement les soumettre aux impératifs politiques du moment. Le discours sur la nécessité de « reprendre le contrôle » face aux « juges non élus » participe de cette rhétorique délétère qui mine les fondements de l&rsquo;État de droit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réaffirmer nos valeurs démocratiques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette offensive, nous devons réaffirmer avec force que l&rsquo;indépendance judiciaire n&rsquo;est pas négociable. Elle ne constitue pas un luxe de temps de paix, mais au contraire notre meilleure protection dans les moments de tension. C&rsquo;est précisément quand la pression populaire est forte, quand l&rsquo;émotion domine le débat public, que nous avons le plus besoin de juges indépendants pour nous rappeler nos obligations constitutionnelles et conventionnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ne signifie pas que le droit est immuable ou que toute évolution est impossible. Mais cette évolution doit emprunter les voies démocratiques légitimes : le débat parlementaire, la révision constitutionnelle, la renégociation des traités. Pas la pression politique exercée sur les juges ou la remise en cause de leurs décisions au nom de l&rsquo;opportunité politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion : choisir notre camp</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, nous devons choisir notre camp. D&rsquo;un côté, ceux qui, au nom de l&rsquo;efficacité sécuritaire ou de la souveraineté nationale, sont prêts à sacrifier les équilibres démocratiques sur l&rsquo;autel de la popularité. De l&rsquo;autre, ceux qui considèrent que nos libertés et nos droits valent plus que les dividendes électoraux du court terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Premier ministre De Wever et ses cosignataires nous proposent de troquer nos garanties juridiques contre l&rsquo;illusion d&rsquo;une sécurité absolue. C&rsquo;est un marché de dupes que nos démocraties ne peuvent accepter sans se renier. Comme le rappellent avec force les institutions belges des droits humains : « Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;opposition entre sécurité et droits humains&#8230; La sécurité des personnes doit être garantie en respectant les droits humains. » Les droits fondamentaux, y compris l&rsquo;interdiction absolue de la torture, ne se méritent pas et ne sont jamais conditionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un contexte international où les droits fondamentaux sont de plus en plus remis en cause, nous avons plus que jamais besoin de ces garde-fous juridiques. Car une société qui renonce à ses juges indépendants ne gagne pas en sécurité : elle perd son âme démocratique. Il y a 75 ans, la Belgique était à l&rsquo;origine de la Convention européenne des droits de l&rsquo;Homme. Il serait tragique qu&rsquo;elle contribue aujourd&rsquo;hui à son affaiblissement.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/05/31/lindependance-judiciaire-rempart-democratique-menace/">L’indépendance judiciaire, rempart démocratique menacé</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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