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	<title>Justice - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
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	<title>Justice - En avant</title>
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		<title>La bombe et le berceau</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Mar 2026 15:38:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Résistance]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Né dans la clandestinité révolutionnaire, Zayd Dohrn raconte une enfance en fuite. Son texte pose la question que personne ne veut formuler : quand la résistance pacifique ne suffit-elle plus ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Zayd Ayers Dohrn, « My Childhood in the Weather Underground », <a href="https://www.newyorker.com/culture/the-weekend-essay/my-childhood-in-the-weather-underground">The New Yorker, 28 mars 2026.</a></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Né clandestinement en 1977, fils de Bernardine Dohrn et Bill Ayers — fondateur·rice·s du groupe révolutionnaire Weather Underground —, Zayd Ayers Dohrn raconte dans <em>The New Yorker</em> une enfance passée en fuite, sous de faux noms, dans l&rsquo;ombre du FBI. Plus qu&rsquo;un récit de famille hors norme, ce texte saisissant pose une question que notre époque préfèrerait ne pas formuler : à partir de quel moment la résistance pacifique ne suffit-elle plus ?</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Une enfance sous X</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit s&rsquo;ouvre sur une scène nocturne : un enfant de quatre ans réveillé en urgence, glissant sans bruit dans l&rsquo;escalier d&rsquo;un immeuble de Harlem tandis que son père gratte le givre sur le pare-brise. La famille prend la route vers Chicago pour que la mère puisse se rendre au FBI. Nous sommes en 1980.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant une décennie, Bernardine Dohrn avait figuré parmi les dix personnes les plus recherchées des États-Unis. Son fils n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;acte de naissance avant ses cinq ans. Ses premiers apprentissages n&rsquo;étaient pas les tables de multiplication, mais l&rsquo;art de repérer les agents fédéraux à leurs chaussures (des mocassins en cuir, bien cirés) et leurs voitures (américaines, austères, équipées d&rsquo;antennes radio surdimensionnées). À quatre ans, il maîtrisait les « trajectoires » — enchaînements de virages conçus pour semer d&rsquo;éventuels poursuivants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que l&rsquo;auteur restitue avec une précision troublante, c&rsquo;est la normalité perçue de cette existence. Les enfants du Weather Underground et des Black Panthers formaient une microsociété parallèle, sans école fixe, sans domicile stable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le prix de la révolution</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La mère de l&rsquo;auteur avait participé à des attentats symboliques contre le Capitole, le Pentagone et le siège de la police de New York. Trois de leurs ami·e·s sont mort·e·s dans l&rsquo;explosion accidentelle de leur propre bombe. Un braquage de fourgon blindé, en 1981, s&rsquo;est soldé par la mort d&rsquo;un gardien et de deux policiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dohrn ne cherche pas à absoudre ses parents. Son texte porte la marque d&rsquo;une lucidité durement conquise. Il évoque Kakuya Shakur, fille de la militante emblématique Assata Shakur, qui pose cette question déchirante : « Pourquoi avoir eu un enfant alors que tu savais que tu ne pourrais pas m&rsquo;élever ? » Et Chesa Boudin, fils adoptif de la famille, dont les parents biologiques ont été emprisonnés lors du braquage fatal — laissant derrière eux leur enfant en bas âge. Ces trajectoires rappellent que les choix radicaux ont des conséquences qui se transmettent sur plusieurs générations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La dynamite et la démocratie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est là que réside le cœur du texte. Dohrn formule une distinction qui semble nette : « S&rsquo;il peut y avoir des moments dans l&rsquo;histoire où certains d&rsquo;entre nous admettraient la nécessité d&rsquo;une résistance illégale et violente — l&rsquo;Allemagne nazie, par exemple, ou le Sud sous l&rsquo;esclavage —, la dynamite est un outil contre-productif dans une démocratie, aussi imparfaite soit-elle. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est précisément cette réserve — <em>aussi imparfaite soit-elle</em> — qui ouvre un abîme. Car la démocratie américaine des années 1960 était celle de la ségrégation légale, des assassinats de Martin Luther King et de Fred Hampton, de la surveillance systématique des militant·e·s noir·e·s par le FBI. Une démocratie formelle qui coexistait avec une violence d&rsquo;État quotidienne. Où trace-t-on la ligne ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n&rsquo;est pas théorique. Elle revient aujourd&rsquo;hui, insistante, dans des sociétés où les droits reculent sans être officiellement abolis, où les institutions fonctionnent encore mais au service de moins en moins de personnes. Comment évaluer le degré de délitement d&rsquo;un système avant d&rsquo;en conclure que les voies légales sont épuisées ? Quel est le seuil — et qui a l&rsquo;autorité morale pour le fixer ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Transmettre sans trancher</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dohrn n&rsquo;apporte pas de réponse. Il écrit depuis une position double : fils de révolutionnaires, père à son tour. Il cherche à trier l&rsquo;héritage — distinguer ce qui mérite d&rsquo;être transmis (l&rsquo;engagement, la solidarité, le refus de l&rsquo;injustice) de ce qui a produit des désastres. Mais il ne prétend pas résoudre la contradiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mère, à 84 ans, sourit lorsqu&rsquo;il lui demande si ses petites-filles pourraient un jour suivre la même voie. « On ne sait jamais », dit-elle. Cette réponse n&rsquo;est pas anodine. Elle dit que le seuil — cette ligne invisible entre résistance légitime et violence contre-productive — n&rsquo;est pas fixé une fois pour toutes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là le vrai legs de ce texte : non pas une leçon, mais une question que chaque génération devra reformuler pour elle-même, en sachant ce que les générations précédentes ont payé pour y avoir répondu trop vite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À lire — et à débattre.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#DroitsHumains #Résistance #MémoirePolitique #DésobéissanceCivile #HéritageRévolutionnaire</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/28/la-bombe-et-le-berceau/">La bombe et le berceau</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que la science dit</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/23/immigration-et-delinquance-ce-que-tout-le-monde-croit-et-ce-que-la-science-dit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 20:09:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que 120 ans de recherche scientifique disent à la place. Analyse des données et des manipulations rhétoriques.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Une conviction largement partagée. Un consensus scientifique solide qui la contredit. Et entre les deux, une machine rhétorique bien huilée dont il faut apprendre à reconnaître les rouages.</strong></em></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que tout le monde « sait »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Posez la question autour de vous. Dans un café, lors d&rsquo;un repas de famille, dans une salle de formation, à la sortie d&rsquo;une réunion d&rsquo;équipe. La réponse sera presque toujours la même, formulée avec la certitude tranquille de l&rsquo;évidence : oui, bien sûr, l&rsquo;immigration augmente la délinquance. Ce n&rsquo;est pas du racisme, dira-t-on, c&rsquo;est juste les chiffres. Les faits divers. Ce qu&rsquo;on voit dans les statistiques. Ce que tout le monde constate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette conviction est massivement répandue. Une enquête de janvier 2024 aux États-Unis révèle que 57 % des Américains estiment que les immigrés génèrent davantage de criminalité. Les sondages européens montrent des proportions comparables, parfois supérieures. En Belgique, le sujet structure depuis des années une partie du débat électoral et alimente les programmes des partis qui ont fait de l&rsquo;immigration leur fonds de commerce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf que cette conviction — cette certitude partagée, ce « bon sens » apparent — est contredite de manière massive et répétée par la recherche scientifique depuis plus d&rsquo;un siècle. C&rsquo;est ce que disent les données.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un siècle de consensus ignoré</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Commission Dillingham, mandatée par le Congrès américain pour évaluer les effets de l&rsquo;immigration massive d&rsquo;Europe orientale et méridionale, concluait dès <strong>1907</strong> qu&rsquo;il n&rsquo;existait « aucune preuve satisfaisante que l&rsquo;immigration ait entraîné une augmentation de la criminalité disproportionnée à l&rsquo;augmentation de la population adulte ». Le criminologue Edwin Sutherland confirmait en 1924. Un siècle plus tard, les méthodes sont plus sophistiquées, les données plus abondantes — et la conclusion est la même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La méta-analyse la plus complète à ce jour, publiée en 2017 par Ousey et Kubrin dans l&rsquo;<em>Annual Review of Criminology</em>, passe en revue 51 études menées entre 1994 et 2014 dans différents pays. Son résultat : l&rsquo;association globale entre immigration et criminalité est légèrement <em>négative</em>. Les études longitudinales — les plus robustes méthodologiquement — trouvent un effet négatif significatif. Là où l&rsquo;immigration augmente, la criminalité tend à <em>baisser</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2024, les économistes Olivier Marie et Paolo Pinotti publient dans le <em>Journal of Economic Perspectives</em> une synthèse internationale sur des données couvrant une trentaine de pays de l&rsquo;OCDE. Même conclusion. Une étude analysant 15 ans de données dans 216 régions de 23 pays européens arrive au même résultat. Une analyse portant sur 30 pays de l&rsquo;OCDE entre 1990 et 2019 rejette formellement l&rsquo;hypothèse d&rsquo;un impact de l&rsquo;immigration sur les taux d&rsquo;homicide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, la croyance populaire ne bouge pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le paradoxe apparent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe une donnée qui semble contredire tout cela et que les partisans de la thèse « immigration = criminalité » brandissent régulièrement : dans de nombreux pays occidentaux, les immigrés sont effectivement surreprésentés dans les statistiques carcérales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est vrai. Et c&rsquo;est compatible avec le fait que l&rsquo;immigration n&rsquo;augmente pas les taux globaux de criminalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ? Trois mécanismes distincts l&rsquo;expliquent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La contrainte arithmétique.</strong> Quand une population représente 8 à 15 % des habitants d&rsquo;un pays, ses comportements — quels qu&rsquo;ils soient — ont une capacité arithmétiquement limitée à faire bouger les statistiques calculées sur l&rsquo;ensemble. Imaginons une ville de 100 000 habitants où 8 % sont immigrés. Même si leur taux de délinquance individuel était deux fois plus élevé que celui des natifs, l&rsquo;effet sur le taux global de criminalité resterait mathématiquement marginal : 8 000 personnes ne peuvent pas faire bouger significativement les statistiques des 92 000 autres. C&rsquo;est une contrainte de proportion, pas un jugement de valeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;hypothèse de substitution.</strong> Des chercheurs ont avancé que des immigrés pourraient remplacer des natifs dans certains segments du marché criminel sans en augmenter le volume total. C&rsquo;est une hypothèse théorique plausible, encore insuffisamment documentée empiriquement, mais qui offre une explication possible à la coexistence de surreprésentation individuelle et d&rsquo;effet agrégé nul.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les biais de policing.</strong> C&rsquo;est le mécanisme le mieux documenté. Être contrôlé plus souvent augmente la probabilité d&rsquo;avoir un casier, ce qui augmente la probabilité d&rsquo;être contrôlé à nouveau, ce qui augmente la probabilité d&rsquo;une sanction plus sévère. Ce cercle cumulatif peut produire des écarts statistiques importants sans que le comportement réel des individus soit fondamentalement différent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce paradoxe n&rsquo;est pas une esquive. C&rsquo;est ce que la recherche empirique observe, et ce qu&rsquo;elle s&rsquo;efforce d&rsquo;expliquer honnêtement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand les exceptions s&rsquo;expliquent par le contexte</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe des cas où l&rsquo;immigration est associée à une hausse locale et temporaire de certains types de délits. Ils méritent d&rsquo;être examinés sérieusement, pas balayés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les afflux massifs de réfugiés en 2015 en Allemagne et en Grèce ont été étudiés en détail. Des études publiées dans <em>Labour Economics</em> et dans l&rsquo;<em>European Economic Review</em> confirment un effet sur certaines catégories de crimes dans ces contextes spécifiques. Ces études sont sérieuses. Leurs auteurs sont honnêtes sur ce qu&rsquo;ils trouvent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ces mêmes auteurs prennent soin d&rsquo;expliquer <em>pourquoi</em> : des populations privées de statut légal, sans accès au marché du travail, sans perspective d&rsquo;avenir stable, concentrées dans des structures d&rsquo;hébergement précaires — ce sont des conditions criminogènes bien identifiées, indépendamment de l&rsquo;origine des personnes qui les subissent. Et leur recommandation politique est limpide : accélérer l&rsquo;accès aux droits, au travail, à un statut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La preuve inverse existe aussi. La légalisation de près de 3 millions d&rsquo;immigrés aux États-Unis par l&rsquo;<em>Immigration Reform and Control Act</em> de 1986 a entraîné une baisse de la criminalité de 3 à 5 %, soit entre 120 000 et 180 000 crimes de moins chaque année. En Espagne, la régularisation de 600 000 immigrés au début des années 2000 a eu des effets similaires. Les personnes régularisées ont massivement intégré l&#8217;emploi formel, et leurs comportements ont convergé vers ceux des natifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;immigration qui protège ou qui menace. C&rsquo;est le <strong>statut</strong> — l&rsquo;accès aux droits, l&rsquo;insertion dans des structures sociales stables, la possibilité de construire quelque chose de légitime. L&rsquo;exclusion institutionnelle est criminogène. L&rsquo;intégration est protectrice. Pour tout le monde.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment la confusion se fabrique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si le consensus scientifique est aussi solide et aussi ancien, comment cette croyance populaire se maintient-elle avec une telle robustesse ? Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. C&rsquo;est le résultat de techniques rhétoriques identifiables.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le glissement sémantique.</strong> Quand on parle d&rsquo;« immigrés » dans les statistiques, on désigne des personnes nées à l&rsquo;étranger et résidant dans le pays d&rsquo;accueil. Mais dans le discours courant, la catégorie s&rsquo;étire imperceptiblement jusqu&rsquo;à englober leurs enfants, voire leurs petits-enfants — des citoyens belges, nés ici, ayant grandi ici, souvent n&rsquo;ayant jamais vécu ailleurs. Ce glissement n&rsquo;est pas anodin : il transforme une question de statut migratoire en question d&rsquo;origine ethnique. Et il invalide tout le raisonnement causal — si un citoyen belge de troisième génération commet un délit, cela n&rsquo;entretient strictement aucun lien logique avec un flux d&rsquo;immigration récent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le cherry-picking contextuel.</strong> On cite les études qui montrent un effet dans des contextes d&rsquo;exclusion extrême — comme les afflux de réfugiés sans statut ni emploi — en omettant soigneusement que leurs auteurs eux-mêmes les présentent comme des exceptions liées aux conditions d&rsquo;accueil, et non comme des preuves d&rsquo;une propension intrinsèque à la violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La thèse non falsifiable.</strong> Quand les études agrégées trouvent un effet nul, on n&rsquo;y voit pas une réfutation possible, mais un défaut de méthode statistique. Peu importe ce que les données disent : la conclusion est maintenue. On sort du champ scientifique pour entrer dans celui de la conviction.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le démantèlement stratégique.</strong> On prend une explication complexe et multifactorielle — précarité, structure démographique, biais pénaux, conditions d&rsquo;accueil — on réfute chaque facteur <em>pris isolément</em>, et on en conclut abusivement que l&rsquo;ensemble est faux. Comme si réfuter que la seule précarité suffit à tout expliquer revenait à prouver que la précarité ne joue aucun rôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le glissement causal par défaut.</strong> Une fois les facteurs structurels disqualifiés un par un, on installe une explication d&rsquo;origine ou culturelle — jamais précisément définie, jamais empiriquement testée — comme cause résiduelle inévitable. C&rsquo;est une fausse démarche scientifique : une cause doit être définie, mesurée, testée. Pas simplement posée après élimination du reste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces techniques ne sont pas nouvelles. L&rsquo;historienne des sciences Naomi Oreskes les a documentées dans le cas de l&rsquo;industrie du tabac face aux études sur le cancer : pas besoin de réfuter la science, il suffit de maintenir l&rsquo;<em>impression</em> qu&rsquo;il existe un débat ouvert. Le scepticisme suffit à paralyser l&rsquo;action.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que la science ne sait pas encore</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons précis sur les vraies lacunes. Les sans-papiers restent quasi-absents des études — non par parti pris, mais par manque de données fiables les concernant. Les effets cumulatifs des biais policiers sont documentés mais insuffisamment quantifiés. La tendance des immigrés de première génération à être moins enclins à la délinquance que leurs enfants plus assimilés est bien établie aux États-Unis — mais la recherche européenne sur ce point reste parcellaire et les résultats moins homogènes. La recherche hors du contexte américain et ouest-européen est rare. Et plusieurs études suggèrent que les politiques restrictives — en privant les immigrés d&rsquo;accès au travail et au statut — pourraient aggraver les conditions criminogènes qu&rsquo;elles prétendent prévenir, mais les preuves empiriques directes restent à consolider.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces lacunes sont des questions scientifiques légitimes. Elles justifient davantage de recherches. Elles n&rsquo;ouvrent pas la porte à l&rsquo;essentialisation d&rsquo;origine.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cela importe ici et maintenant</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La confusion entretenue sur ce sujet n&rsquo;est pas sans conséquences politiques concrètes. Elle prépare le terrain à des politiques qui, au nom de la sécurité, produisent exactement l&rsquo;inverse de ce qu&rsquo;elles promettent : maintenir des populations dans des statuts précaires, leur fermer l&rsquo;accès au travail légal, multiplier les contrôles fondés sur l&rsquo;apparence — tout cela crée les conditions d&rsquo;une vulnérabilité accrue, pour les immigrés comme pour les communautés dans lesquelles ils vivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains parlent de « scepticisme opportuniste » : face à une multitude de récits contradictoires, la tentation est forte de rejeter les données qui dérangent et de retenir celles qui confortent nos croyances préexistantes. C&rsquo;est précisément cette fragilité épistémique que les techniques décrites plus haut exploitent méthodiquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse n&rsquo;est pas d&rsquo;opposer une contre-propagande émotionnelle. C&rsquo;est de maintenir les exigences de la rigueur : distinguer les études selon leur robustesse méthodologique, identifier les intérêts qui financent les « observatoires » et les « think tanks », refuser les analogies fallacieuses, et rappeler que l&rsquo;absence de certitude absolue sur tel ou tel point n&rsquo;est pas une invitation à choisir la conclusion qu&rsquo;on préfère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur immigration et délinquance, la science dit quelque chose de clair, de solide, de répété depuis cent vingt ans : ce n&rsquo;est pas l&rsquo;origine qui détermine le comportement — c&rsquo;est la condition sociale, juridique et économique dans laquelle les êtres humains sont placés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que « tout le monde sait » est faux. Ce n&rsquo;est pas une opinion. C&rsquo;est ce que les données disent.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sources principales</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ousey &amp; Kubrin, <em>Annual Review of Criminology</em>, 2017 (méta-analyse de 51 études, 1994–2014)</li>



<li>Marie &amp; Pinotti, <em>Journal of Economic Perspectives</em>, 38(1), 2024</li>



<li>Light, Miller &amp; Kelly, <em>Criminology</em>, 2017 (sans-papiers et criminalité violente, USA)</li>



<li>Megalokonomou &amp; Vasilakis, <em>European Economic Review</em>, 160, 2023 (réfugiés, îles grecques)</li>



<li>Lange &amp; Sommerfeld, <em>Labour Economics</em>, 86, 2024 (réfugiés, Allemagne)</li>



<li>Kurlychek &amp; Johnson, <em>Social Science Research Network</em>, 2019 (désavantage cumulatif pénal)</li>
</ul><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/23/immigration-et-delinquance-ce-que-tout-le-monde-croit-et-ce-que-la-science-dit/">Immigration et délinquance : ce que tout le monde croit, et ce que la science dit</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les démocraties à l&#8217;heure des « hommes forts »</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/17/les-democraties-a-lheure-des-hommes-forts/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Mar 2026 17:17:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte contre l'impunité]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Amnesty International]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ouvrir le magazine Amnesty (mars 2026) de la section suisse de l&#8217;organisation, c&#8217;est prendre la mesure d&#8217;une réalité que beaucoup préfèrent encore minimiser. Intitulé « Point de bascule », le dossier coordonné par la section suisse d&#8217;Amnesty International dresse un état des lieux inquiétant — mais rigoureusement sourcé — de la dérive autoritaire à l&#8217;œuvre ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ouvrir le <a href="https://www.amnesty.ch/fr/sur-amnesty/publications/magazine-amnesty/2026-1/sommaire/amnesty_f_2025-no124-v8finaldouble.pdf" title="">magazine <em>Amnesty</em> (mars 2026) </a>de la section suisse de l&rsquo;organisation, c&rsquo;est prendre la mesure d&rsquo;une réalité que beaucoup préfèrent encore minimiser. Intitulé « Point de bascule », le dossier coordonné par la section suisse d&rsquo;Amnesty International dresse un état des lieux inquiétant — mais rigoureusement sourcé — de la dérive autoritaire à l&rsquo;œuvre dans de nombreuses démocraties, y compris celles que l&rsquo;on croyait les plus solides.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le monde tel qu&rsquo;il est</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les données sont difficiles à ignorer. Selon le <em>Democracy Report 2025</em> de l&rsquo;Institut V-Dem, pour la première fois depuis vingt ans, près de 72 % de la population mondiale vit sous un régime autocratique — le taux le plus élevé depuis 1978. Seuls 29 pays sont encore classés comme démocraties libérales, contre 43 entre 2007 et 2012. L&rsquo;indice Freedom House 2025, également cité dans le dossier, confirme : dans 60 pays, les droits politiques et civils ont reculé en 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils documentent une érosion systémique, conduite le plus souvent depuis l&rsquo;intérieur même des institutions démocratiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un mode opératoire partagé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier identifie les mécanismes récurrents de cette dérive, à travers six cas documentés. En Hongrie, Viktor Orbán contrôle à la fois le pouvoir exécutif, le judiciaire et plus de 80 % des médias. En Turquie, Recep Tayyip Erdoğan instrumentalise la justice pour éliminer ses adversaires. Aux États-Unis, Donald Trump déshumanise les minorités, démantèle les institutions de contrôle et rompt les alliances multilatérales construites depuis 1945 — à une vitesse qui a pris de court même ses critiques les plus avertis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse de la Russie poutinienne, signée par l&rsquo;historien Artem Efimov de Meduza, montre comment la peur peut être réinstallée progressivement comme instrument de gouvernance : par petites touches, sur une décennie, avant que le basculement ne devienne irréversible. En Israël, la guerre à Gaza a offert une couverture opportune pour neutraliser l&rsquo;indépendance judiciaire à l&rsquo;abri du regard public. Au Portugal, le parti d&rsquo;extrême droite Chega ! réhabilite subtilement l&rsquo;héritage de Salazar auprès d&rsquo;un électorat jeune qui n&rsquo;a pas vécu la dictature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ne pas voir, dans ces trajectoires parallèles, les contours d&rsquo;une recette partagée ? Comment croire encore que ces dérives seraient des accidents de l&rsquo;histoire, et non les symptômes d&rsquo;une tendance structurelle ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez nous aussi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier insiste sur un point que l&rsquo;on a trop souvent tendance à esquiver : aucune démocratie n&rsquo;est immunisée. La Suisse elle-même — présentée comme un havre de stabilité politique — n&rsquo;échappe pas au durcissement des discours ni aux atteintes aux libertés fondamentales, selon la professeure Natasha Wunsch, de l&rsquo;Université de Fribourg. En Europe, la trajectoire hongroise, la montée de l&rsquo;AfD en Allemagne, ou encore la normalisation progressive du discours antimigrant montrent que le glissement peut s&rsquo;opérer rapidement, sans signal d&rsquo;alarme univoque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce constat vaut aussi pour nos sociétés. Les institutions européennes sont directement interpellées&nbsp;: l&rsquo;autonomie stratégique et la défense des valeurs démocratiques ne peuvent reposer indéfiniment sur la bonne volonté de partenaires transatlantiques devenus imprévisibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des résistances existent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier ne cède pas au catastrophisme — et c&rsquo;est là l&rsquo;une de ses forces. L&rsquo;exemple brésilien est éclairant : Jair Bolsonaro a été condamné à vingt-sept ans de prison en novembre 2025. Cette issue — rendue possible par l&rsquo;indépendance d&rsquo;une partie du pouvoir judiciaire, la mobilisation de la société civile et une presse critique — montre que la démocratie peut résister, même dans des contextes de polarisation extrême. Les Seychelles, la Bolivie, l&rsquo;Équateur illustrent d&rsquo;autres formes de redémocratisation possibles. Le rapport V-Dem en recense dix-neuf pays en cours de renforcement démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à l&rsquo;inéluctable, mais de soutenir celles et ceux qui, dans nos sociétés comme ailleurs, font reculer l&rsquo;étau autoritaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une lecture nécessaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le dossier d&rsquo;Amnesty Suisse n&rsquo;est pas une lecture de confort. Il documente, avec rigueur et diversité géographique, les ressorts d&rsquo;une dérive qui se joue à bas bruit — par petites réformes législatives, par discours répétés, par neutralisation progressive des contre-pouvoirs. Autant de signaux que l&rsquo;on a trop longtemps appris à ne pas prendre au sérieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire ce dossier, c&rsquo;est se donner les moyens de nommer ce qui se passe. Et nommer, c&rsquo;est déjà résister.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Résistez.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#DroitsHumains #Démocratie #Autoritarisme #AmnestyInternational #LibertéDExpression #EtatDeDroit #PointDeBascule #HommesForts</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/17/les-democraties-a-lheure-des-hommes-forts/">Les démocraties à l’heure des « hommes forts »</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 11:32:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=817</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s utilisent imprimantes 3D et maker spaces pour résister aux raids d'ICE. Un mouvement qui interpelle l'Europe sur la défense concrète des droits fondamentaux.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s transforment leurs imprimantes 3D et leurs ateliers communautaires en outils de résistance face aux raids de l&rsquo;agence fédérale ICE. Un mouvement qui interroge l&rsquo;Europe sur sa propre trajectoire sécuritaire et sur la capacité des sociétés civiles à défendre concrètement les droits fondamentaux. Wired a mené une <a href="https://www.wired.com/story/makers-are-building-back-against-ice/" target="_blank" rel="noopener" title="">enquête à ce suje</a>t.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un quartier de Minneapolis, en janvier 2026, des agent·e·s fédéraux abattent deux personnes lors d&rsquo;une opération de contrôle migratoire. Un mois plus tard, à quelques rues de là, une imprimante 3D crache son énième sifflet d&rsquo;alerte, destiné à prévenir les habitant·e·s de la présence de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans le voisinage. C&rsquo;est toute la tension de ce moment américain : la violence d&rsquo;État d&rsquo;un côté, l&rsquo;ingéniosité citoyenne de l&rsquo;autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La solidarité en kit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;intensification des opérations d&rsquo;ICE sous l&rsquo;administration Trump — dont les agent·e·s fédéraux disposent désormais d&rsquo;une latitude d&rsquo;usage de la force considérablement élargie —, les maker spaces, ces ateliers communautaires équipés d&rsquo;imprimantes 3D et de machines-outils, se sont transformés en véritables infrastructures de protection. Des milliers de sifflets circulent dans les quartiers ciblés. Des supports de caméras corporelles sont distribués aux observateur·rice·s civil·e·s. Des réseaux maillés Meshtastic, fonctionnant sans internet ni réseau mobile, permettent de communiquer hors de portée de toute surveillance. Des ateliers de réparation accueillent celles et ceux dont les portes ont été enfoncées lors de descentes policières — une réalité devenue banale dans certaines villes américaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette inventivité n&rsquo;est pas un caprice de bricoleur·euse·s. C&rsquo;est une réponse directe à une politique qui criminalise des populations entières, sépare des familles et transforme des quartiers en zones d&rsquo;occupation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des mécanismes qui nous concernent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les situations ne sont certes pas comparables en intensité. Mais depuis Bruxelles ou Liège, les mécanismes à l&rsquo;œuvre aux États-Unis renvoient à des dynamiques que nous connaissons. Les dispositifs de surveillance aux frontières européennes, le recours systématique à Frontex pour refouler des embarcations en Méditerranée, les technologies de reconnaissance faciale déployées dans plusieurs pays de l&rsquo;Union : l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas spectatrice innocente de la dérive sécuritaire mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, la question de la proportionnalité des moyens de contrôle migratoire se pose avec une acuité croissante. Les centres fermés, les raids dans les logements, les confiscations de biens de première nécessité documentées par plusieurs ONG sur nos trottoirs dessinent un paysage où l&rsquo;État de droit vacille parfois dangereusement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le « faire » comme acte politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore aux discours sur les « valeurs européennes » lorsque nos gouvernements multiplient les investissements dans des dispositifs de contrôle aux frontières sans effort comparable en matière d&rsquo;accueil ? Comment exiger des États-Unis le respect des droits fondamentaux si nous détournons le regard de nos propres pratiques ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montrent les maker·euse·s américain·e·s, c&rsquo;est que la résistance peut être concrète, quotidienne, accessible. Comme le résume un·e participant·e anonyme interrogé·e par le magazine Wired : la résistance est d&rsquo;abord quelque chose de pratique. Cette philosophie du « faire » rappelle que les droits ne se défendent pas uniquement dans les tribunaux ou les parlements, mais aussi dans les ateliers de quartier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;espoir par l&rsquo;action</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos actions, de ne pas abandonner cet espace de solidarité aux seul·e·s bricoleur·euse·s d&rsquo;outre-Atlantique. En Europe, des collectifs citoyens cartographient déjà les violences policières, documentent les conditions de rétention, développent des outils numériques de protection des droits. Des fablabs solidaires et des réseaux d&rsquo;entraide se multiplient dans nos villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces initiatives parviendront, nous en sommes sûr·e·s, à tracer les pistes d&rsquo;une résistance démocratique, pour peu que nous les soutenions. Charge à nous non pas de céder à la peur ou au fatalisme, mais de fournir les outils — matériels et juridiques — qui permettront à chacun·e de défendre ses droits et ceux de ses voisin·e·s. La technologie change, les imprimantes 3D remplacent les machines à écrire, mais l&rsquo;essentiel demeure : des citoyen·ne·s déterminé·e·s, uni·e·s, qui refusent de baisser les bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de fabriquer la lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #RésistanceCitoyenne #MakerSpaces #ICE #Solidarité #ÉtatDeDroit #Frontex #Surveillance #FabLab #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Notre humanité est en jeu</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/01/01/notre-humanite-est-en-jeu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2026 11:44:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Éditorial]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=763</guid>

					<description><![CDATA[<p>Premier article de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la dignité est le socle de tous nos droits fondamentaux. Mais elle est bien plus qu'un bouclier : elle nous oblige.<br />
La dignité nous est reconnue du simple fait d'exister. Comme le rappelle Achille Mbembe, personne n'a choisi de naître ici ou ailleurs, dans l'abondance ou la précarité. Cette absence de choix fonde l'égale dignité de tou·te·s.<br />
Pourtant, certain·e·s subissent une double peine : les femmes victimes de violences systémiques, les migrant·e·s criminalisé·e·s pour avoir fui la guerre, les populations du Sud frappées par un dérèglement climatique dont elles ne sont pas responsables.<br />
La question qui nous interpelle : comment préserver notre propre dignité si nous détournons le regard ? Notre dignité ne peut être complète tant que celle des autres est piétinée.<br />
Elle n'est pas un trésor à conserver jalousement : elle grandit lorsqu'elle se partage.<br />
À nous d'agir.</p>
<p>#Dignité #DroitsHumains #DUDH #Solidarité #DroitsDesFemmes #Migrants #JusticeClimatique</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/01/notre-humanite-est-en-jeu/">Notre humanité est en jeu</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Inscrite dès le premier article de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, la dignité humaine est le socle de tous nos droits fondamentaux. Mais si elle nous protège, ne nous oblige-t-elle pas aussi ? Réflexion sur ce qui fait de nous des êtres humains – et des citoyen·ne·s.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. »</em> Ces mots, gravés dans l&rsquo;article premier de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme adoptée le 10 décembre 1948, constituent le fondement de tout l&rsquo;édifice des droits humains. Avant même la liberté, avant l&rsquo;égalité, il y a la dignité. Elle n&rsquo;est pas un droit parmi d&rsquo;autres : elle est ce qui rend tous les autres droits possibles et nécessaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le socle de notre humanité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La dignité est ce qui nous est reconnu du simple fait d&rsquo;exister. Elle ne se mérite pas, ne se gagne pas, ne peut être retirée par aucun régime, aucune loi, aucun bourreau. Comme l&rsquo;écrit le philosophe Achille Mbembe : « La décision concernant notre engendrement ne nous appartenant point, nous ne sommes donc pas comptables devant le fait d&rsquo;être né. Encore moins d&rsquo;être né là, de ceux et celles-là, dans ce pays et dans ces conditions. »<sup data-fn="d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f" class="fn"><a id="d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f-link" href="#d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f">1</a></sup></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vérité est radicale. Personne n&rsquo;a choisi de naître femme ou homme, ici ou ailleurs, dans l&rsquo;abondance ou la précarité. Cette absence de choix fonde précisément l&rsquo;égale dignité de tou·te·s. D&rsquo;explication ou de justification, nous n&rsquo;en devons aucune à aucune instance quant au fait brut de notre existence. Et pourtant, combien sont jugé·e·s, condamné·e·s, rejeté·e·s pour ce qu&rsquo;ils et elles n&rsquo;ont jamais choisi ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les dignités piétinées</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que certain·e·s subissent une double, voire une triple peine. Les femmes, d&rsquo;abord, dont la dignité est quotidiennement bafouée par les violences sexistes, les discriminations systémiques, le contrôle exercé sur leurs corps. Du harcèlement de rue aux féminicides, de l&rsquo;inégalité salariale aux entraves à l&rsquo;avortement, leur humanité est sans cesse remise en question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les migrant·e·s, ensuite, coupables d&rsquo;être né·e·s du mauvais côté d&rsquo;une frontière arbitraire. Ces femmes, ces hommes et ces enfants qui dorment sur les trottoirs de Bruxelles ou de Liège, à qui la police confisque parfois les bâches avec lesquelles ils et elles tentent de se protéger du froid. Leur crime ? Avoir fui la guerre, la misère, la persécution. Avoir osé croire que leur vie valait quelque chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les victimes du réchauffement climatique, enfin, doublement invisibilisées. Celles et ceux qui voient leurs terres englouties par les eaux, leurs récoltes anéanties par la sécheresse, leur existence rendue impossible par un dérèglement dont ils et elles ne sont pas responsables. Le Bangladesh n&rsquo;a pas provoqué la crise climatique. Le Sahel non plus.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le miroir qui nous regarde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment préserver notre propre dignité quand nous détournons le regard ? Comment rester digne lorsque nous savons que des armes fabriquées en Wallonie servent à massacrer des civil·e·s au Soudan ? Comment nous regarder dans le miroir quand la Méditerranée continue d&rsquo;engloutir celles et ceux que Frontex refoule ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dignité, comprise dans toute sa profondeur, n&rsquo;est pas seulement un bouclier. Elle est aussi un aiguillon. Elle nous interpelle, nous bouscule, nous empêche de nous réfugier dans l&rsquo;indifférence confortable. Reconnaître la dignité de l&rsquo;autre, c&rsquo;est reconnaître qu&rsquo;il ou elle est mon égal·e en humanité. Et cette reconnaissance m&rsquo;engage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque jour, des citoyen·ne·s refusent de se résigner. À Bruxelles, des bénévoles accueillent les exilé·e·s que l&rsquo;État abandonne. Des femmes brisent le silence et se lèvent ensemble. Des jeunes se mobilisent pour la Palestine, conscient·e·s que la dignité des générations futures se joue maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces femmes et ces hommes ne font pas que défendre les droits des autres. Ils et elles honorent leur propre dignité en refusant d&rsquo;être complices par leur silence. Notre dignité ne peut être complète si nous acceptons que celle des autres soit piétinée. Elle n&rsquo;est pas un trésor à conserver jalousement : elle grandit lorsqu&rsquo;elle se partage, elle s&rsquo;étiole lorsqu&rsquo;elle se replie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre dignité exige que nous luttions pour celle des autres. C&rsquo;est notre humanité qui est en jeu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;agir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#Dignité #DroitsHumains #DUDH #Solidarité #DroitsDesFemmes #Migrants #JusticeClimatique #Humanité</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f">https://aoc.media/opinion/2025/12/29/meditation-sur-le-passant-2 <a href="#d3f8c159-471e-41ec-9ac3-d4f923d7420f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/01/01/notre-humanite-est-en-jeu/">Notre humanité est en jeu</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Violences conjugales : repenser la justice au-delà du pénal</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/10/22/violences-conjugales-repenser-la-justice-au-dela-du-penal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Oct 2025 14:16:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droits des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Lutte contre l'impunité]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=707</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une femme sur trois en Belgique a vécu des violences conjugales. Pourtant, le système pénal revictimise souvent au lieu de réparer. Ce dossier explore les impasses de la justice pénale et les alternatives possibles : de la critique abolitionniste aux expériences de justice restaurative et transformatrice. Comment rendre justice sans ajouter de la violence à la violence ?</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/10/22/violences-conjugales-repenser-la-justice-au-dela-du-penal/">Violences conjugales : repenser la justice au-delà du pénal</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Face aux violences conjugales qui touchent une femme sur trois en Belgique, la réponse pénale montre ses limites. Entre témoignages de victimes confrontées à une justice inadaptée, analyses abolitionnistes et expériences de justice transformatrice, la <a href="https://www.liguedh.be/chronique-212-violences-conjugales-comment-rendre-justice/" target="_blank" rel="noopener" title="">dernière Chronique de la Ligue des droits humains</a> interroge radicalement notre manière de rendre justice. Peut-on vraiment combattre la violence par la violence ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, les chiffres glacent. Une femme sur trois de plus de 18 ans a déjà vécu des violences conjugales. Au moins 26 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint l&rsquo;année dernière. Pourtant, lorsque Victoria et Kadiatou franchissent les portes du système judiciaire, elles découvrent une machine qui produit souvent plus de violence qu&rsquo;elle n&rsquo;en répare.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la justice revictimise</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Victoria a tout enduré pendant des mois : violences psychologiques, physiques, sexuelles, emprise totale. Lorsqu&rsquo;elle porte plainte, la procédure révèle l&rsquo;ampleur du contrôle : caméras de surveillance, piratage de comptes, traceur GPS, enregistrements des viols. Deux ans plus tard, elle attend toujours son procès, raconte Aline Wavreille (<em><a href="https://www.liguedh.be/1-apres-les-coups-se-relever-pour-defendre-la-verite/" target="_blank" rel="noopener" title="">Après les coups, se relever pour défendre la vérité</a></em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Kadiatou, l&rsquo;intervention policière a empiré la situation. Les agents minimisent, invitent à « régler ça entre vous ». Son ex-conjoint leur offre un café. « Il a vu que la police n&rsquo;agirait pas contre lui », témoigne-t-elle. Au Centre de Prévention des Violences Conjugales, on confirme : les femmes noires, arabes, en difficulté socio-économique sont systématiquement moins bien prises en charge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Devant les tribunaux, les agresseurs manipulent les institutions, épuisent les procédures. « Les juges laissent mon ex-conjoint dérouler ses mensonges. Pourquoi on le laisse parler alors que c&rsquo;est moi la victime ? » En 2022, deux tiers des affaires ont été classées sans suite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La prison aggrave ce qu&rsquo;elle prétend réparer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les discours réclament plus de répression. Or, l&rsquo;incarcération renforce la récidive, exacerbe les émotions négatives, fabrique de l&rsquo;hostilité, analyse Juliette Béghin (<em><a href="https://www.liguedh.be/2-le-fleau-de-la-violence-conjugale-la-prison-un-remede-efficace/" target="_blank" rel="noopener" title="">Le fléau de la violence conjugale</a></em>). « Ajouter de la souffrance à la souffrance est un pur non-sens. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;institution carcérale accentue toutes les caractéristiques du patriarcat. Comment un auteur de violences peut-il remettre en question son comportement dans un lieu qui en amplifie tous les traits ? Les victimes le confirment : « J&rsquo;aurais préféré des soins, un suivi, pas la prison car ça n&rsquo;arrange rien. » Cette justice reste profondément inégalitaire : les hommes issus de milieux défavorisés, racisés, se retrouvent massivement derrière les barreaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Peut-on se passer du pénal ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à ce constat, nombreux plaident pour des alternatives. Mais Diane Bernard invite à la nuance (<em><a href="https://www.liguedh.be/4-face-aux-violences-conjugales-peut-on-se-passer-du-penal/" target="_blank" rel="noopener" title="">Peut-on se passer du pénal ?</a></em>). Le choix n&rsquo;est pas évident. D&rsquo;abord, distinguer le pénal de ses dysfonctionnements. On peut critiquer les classements sans suite, les stéréotypes, tout en reconnaissant un sens au principe des procédures. Ne pas confondre pénal et carcéral.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les alternatives sont multiples. En Belgique : médiations réparatrices, médiations-mesures, dispositifs extrajudiciaires. Mais seul l&rsquo;auteur peut refuser la médiation proposée, pas la victime. Cette asymétrie interroge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le fond, les fonctions diffèrent. Le pénal vise la réparation symbolique, la neutralisation, l&rsquo;affirmation publique de valeurs. Les alternatives visent une reconstruction profonde, une transformation. Le pénal peut neutraliser mais son efficacité sur la récidive est contestée. Les alternatives peuvent transformer mais manquent du potentiel protecteur immédiat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Surtout, le procès affirme publiquement l&rsquo;inacceptable. Les alternatives, plus confidentielles, peinent à remplir cette fonction symbolique. Ne pas nommer publiquement les violences risque d&rsquo;entretenir leur banalisation. Bernard souligne les risques : les alternatives peuvent reproduire les rapports de pouvoir, supposent une symétrie qui n&rsquo;existe pas en cas d&#8217;emprise. La question n&rsquo;est pas de choisir mais de réfléchir à leur articulation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;impasse structurelle du système pénal</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Margaux Coquet, qui développe une critique abolitionniste dans <em><a href="https://www.liguedh.be/3-le-systeme-penal-doit-etre-interrompu-plutot-que-repare/" target="_blank" rel="noopener" title="">Le système pénal doit être interrompu plutôt que réparé</a></em>, ces échecs sont structurels. Le système repose sur des mythes déconstruits par la recherche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier mythe : son intervention serait nécessaire au maintien de l&rsquo;ordre social. Or, la majorité des situations criminalisées sont déjà traitées ailleurs. Les alternatives sont donc déjà la règle. Deuxième mythe : la peine dissuaderait. Mais l&rsquo;association entre punition et dissuasion relève de l&rsquo;intuition. Les rares études concluent que la menace de la peine n&rsquo;est efficace que pour ceux qui n&rsquo;en ont pas besoin. Troisième mythe : la justice protégerait les victimes. En réalité, le processus pénal produit souvent une victimisation secondaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le système reproduit les rapports de domination. Il criminalise à deux vitesses : les petits délits sont sévèrement réprimés, la criminalité économique, environnementale ou politique reste impunie. Les personnes pauvres, racisées ou étrangères sont surreprésentées. Il punit les individus en déconnectant artificiellement leur faute du contexte socio-économique, invisibilisant ainsi la pauvreté, l&rsquo;exclusion, les addictions à l&rsquo;origine des situations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le monopole étatique de la violence produit un désinvestissement social, une perte de compétences en gestion collective des conflits. L&rsquo;abolitionnisme en déduit que le système est structurellement vicié. Les réformes n&rsquo;ont fait qu&rsquo;étendre son emprise. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;interrompre et de créer d&rsquo;autres formes de justice, indissociables des luttes pour la justice sociale, contre le capitalisme, la suprématie blanche, le patriarcat.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La justice transformatrice : reprendre le pouvoir sur nos conflits</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines victimes se détournent des institutions étatiques. En filigrane : ne pas ajouter de la violence à la violence. Emmanuelle de Buisseret Hardy explore ces alternatives (<em><a href="https://www.liguedh.be/5-face-aux-violences-interpersonnelles-se-reapproprier-les-pratiques-de-justice-pour-transformer-les-communautes/" target="_blank" rel="noopener" title="">Se réapproprier les pratiques de justice</a></em>). La justice transformatrice désigne ces pratiques collectives hors du pénal, issues des processus autochtones et des luttes queer, noires, anti-racistes. Le problème commence avec les conditions sociales qui rendent la violence possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ruth Morris distingue deux types de victimes : celles de violences interpersonnelles et celles d&rsquo;injustices systémiques. Le pénal reconnaît les premières, ignore les secondes. La justice transformatrice considère qu&rsquo;il est de la responsabilité de la communauté de prendre en charge victime et auteur. Concrètement : un groupe de soutien à la victime, un groupe de responsabilisation de l&rsquo;auteur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Morris identifie cinq besoins : sécurité, réponses, reconnaissance, réparation collective, sens. Le pénal n&rsquo;y répond pas. Cette approche se distingue de la justice restaurative, récupérée par le pénal, qui vise à restaurer un état antérieur déjà traversé par des dominations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une expérience en justice restaurative : promesses et limites</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais que se passe-t-il concrètement dans un parcours de justice restaurative ? Luce Goutelle, chercheuse indépendante et initiatrice du projet Traverser/Transcender, livre un témoignage rare et précieux (<em><a href="https://www.liguedh.be/6-hors-des-sentiers-battus-une-experience-en-justice-restaurative/" target="_blank" rel="noopener" title="">Hors des sentiers battus. Une expérience en justice restaurative</a></em>). Suite à des violences sexuelles, elle a poussé la porte d&rsquo;un service d&rsquo;accompagnement en justice restaurative, hors dépôt de plainte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Pourquoi ne pas porter plainte ? » D&rsquo;innombrables personnes n&rsquo;ont cessé de le lui répéter. Comme si porter plainte était le graal, comme si cela allait tout régler. « Même les agresseurs semblaient déconcertés par le fait que je ne porte pas plainte. J&rsquo;ai eu le sentiment qu&rsquo;ils préféraient presque être punis plutôt que l&rsquo;espace de dialogue et de responsabilisation que je leur proposais. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Goutelle rejoint la criminologue Anne Lemonne : il est problématique de conseiller par automatisme à une victime de porter plainte sans la prévenir du parcours qui l&rsquo;attend. « Dans l&rsquo;état actuel du système judiciaire, porter plainte est souvent vécu par les victimes comme une sur-violence. Les acteurs de la justice pénale l&rsquo;avouent eux-mêmes : la justice pénale n&rsquo;est pas conçue pour les victimes. Elle ne répare pas, elle punit, elle protège l&rsquo;État. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, la justice restaurative est une forme de justice complémentaire ou alternative au pénal. Contrairement à la justice pénale qui punit, elle vise – quand les conditions sont réunies – à ouvrir un espace de communication entre auteurs et victimes, où les besoins et les émotions peuvent être exprimés dans un cadre sécurisant. Elle peut prendre une forme collective (victimes et auteurs concernés par les mêmes types de faits mais pas par les mêmes affaires) ou individuelle (communication entre personnes liées par la même affaire).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Goutelle a expérimenté la forme individuelle : des rendez-vous alternés avec les médiatrices, puis potentiellement une confrontation. « Ce que l&rsquo;on ne m&rsquo;a pas dit, c&rsquo;est que la médiation est un sport de combat. Un entraînement sportif de haut niveau que je devais appréhender comme une athlète. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son témoignage révèle les limites de la justice restaurative. D&rsquo;abord, la question de l&rsquo;écoute : « Permettre un espace pour s&rsquo;exprimer ne garantit pas que l&rsquo;on sera pleinement écouté. Plus j&rsquo;ai avancé, plus j&rsquo;ai réalisé que j&rsquo;étais face à des personnes en incapacité quasi-totale de sortir d&rsquo;une posture égocentrique. Les violences n&rsquo;étaient pas un &lsquo;dérapage&rsquo; mais la continuité d&rsquo;un comportement où l&#8217;empathie, la remise en question et l&rsquo;écoute manquent cruellement. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, la responsabilisation des agresseurs : « Le cadre offre peu de marge pour agir sur leur responsabilisation. Les deux fois, j&rsquo;étais face à un enfant qui attend qu&rsquo;on le gronde. Seules la menace de la prison et leur image les inquiétaient. Les considérations sur les conséquences pour les victimes étaient rares, pour ne pas dire inexistantes. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Concernant la reconnaissance et les réparations : « L&rsquo;un a reconnu le viol, l&rsquo;autre avoir &lsquo;insisté&rsquo;. J&rsquo;ai appris que c&rsquo;était extrêmement rare. Mais quand il a été question de réparations, les deux ont brillé par leur absence. La justice restaurative est mal outillée pour demander et obtenir des réparations – matérielles, financières ou symboliques. Pour améliorer cela, il faudrait créer des ponts avec des avocats et des services de responsabilisation des auteurs. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Goutelle souligne aussi le décalage de temporalité : la victime qui initie la démarche a déjà beaucoup cheminé, contrairement à l&rsquo;agresseur. Cette asymétrie est accentuée par le fait que les victimes sont très souvent accompagnées de manière thérapeutique, ce qui est rarement le cas des agresseurs. « En tant que victime, on apprend à s&rsquo;exprimer en acceptant que l&rsquo;agresseur ne réponde pas à la majorité de nos attentes. Dépendre de ce qu&rsquo;il va être capable de dire serait lui donner trop de pouvoir. Le chemin est un retour vers soi, pour apprendre à se croire, à retrouver confiance. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle conclut avec nuance : « Sans pouvoir trancher si l&rsquo;expérience a été positive ou négative, elle m&rsquo;a fait grandir. L&rsquo;autoroute du droit pénal est inadaptée. Chercher une solution unique, c&rsquo;est faire fausse route. Plus nous dessinerons de chemins possibles de réparations, plus nous avancerons. La justice restaurative en est un, avec ses limites. » Elle plaide pour mettre davantage en dialogue les différentes formes de justices – pénale, restaurative, transformatrice, alternative – et les articuler avec les diverses formes thérapeutiques. « Notre société, gangrénée par les violences sexuelles, aurait beaucoup à gagner à se donner les moyens de déployer ce chantier. »</p>



<h2 class="wp-block-heading">Former et transformer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette approche demande des ressources considérables, difficiles à mobiliser dans nos sociétés capitalistes. Dès lors, bien que le système judiciaire ne constitue pas une réponse adaptée, il peut représenter pour les victimes une réponse crédible à leurs besoins de justice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour celles qui s&rsquo;y tournent, la formation des professionnels reste cruciale. Police, magistrats, avocats doivent comprendre les mécanismes des violences conjugales, l&#8217;emprise, le contrôle coercitif. Victoria témoigne : avec une avocate formée, tout change. « Elle m&rsquo;explique les étapes, elle m&rsquo;informe, elle me consulte. J&rsquo;ai confiance. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les violences conjugales ne sont pas qu&rsquo;un problème pénal. Elles sont économiques, sociales, de santé publique, de droits humains. Indissociables de nos structures patriarcales, de la culture du viol. La paupérisation croissante risque d&rsquo;augmenter les violences. Les causes sont aussi liées à nos politiques socio-économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il devient urgent de se former à des approches communautaires et non-violentes, de mettre en place des réseaux de solidarité, de faire porter les luttes sur les conditions matérielles de l&rsquo;émancipation des femmes. Il est urgent aussi de s&rsquo;intéresser à l&#8217;emprise et au contrôle coercitif, non pour davantage punir mais pour mieux soutenir victimes et auteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le rappelle Audre Lorde : « Les outils du maître ne détruiront pas la maison du maître. » Si nous voulons vraiment combattre les violences conjugales, nous devons cesser de croire que la prison peut nous en protéger. Nous devons inventer d&rsquo;autres manières de faire justice, qui ne reproduisent pas la violence qu&rsquo;elles prétendent combattre. Des manières qui transforment nos communautés plutôt que de punir les individus. Entre l&rsquo;impasse du pénal et les promesses des alternatives, entre la nécessité de protéger et celle de transformer, la question demeure : comment rendre justice sans ajouter de la violence à la violence ?</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#ViolencesConjugales #Justice #Abolitionnisme #JusticeTransformatrice #DroitsDesFemmes #DroitsHumains #Prison #SystemePenal #Feminisme #JusticeSociale</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/10/22/violences-conjugales-repenser-la-justice-au-dela-du-penal/">Violences conjugales : repenser la justice au-delà du pénal</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Quand la société civile devient l&#8217;ennemie</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/10/15/quand-la-societe-civile-devient-lennemie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Oct 2025 13:48:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=692</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis 2025, une offensive politique coordonnée vise les associations et ONG en Europe et aux États-Unis, menaçant libertés et société civile.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/10/15/quand-la-societe-civile-devient-lennemie/">Quand la société civile devient l’ennemie</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des États-Unis à la Belgique, les associations et les ONG subissent une offensive politique coordonnée. Même vocabulaire, mêmes méthodes : la société civile est systématiquement présentée comme une menace pour justifier sa mise au pas.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le meurtre du podcasteur conservateur Charlie Kirk en septembre 2025 aura suffi. Sans attendre l&rsquo;identification d&rsquo;un suspect, l&rsquo;administration Trump et ses alliés ont immédiatement désigné un coupable : les organisations à but non lucratif progressistes. En quelques jours, le président classait « antifa » comme organisation terroriste majeure, le représentant républicain Chip Roy réclamait une commission d&rsquo;enquête sur « l&rsquo;assaut de la gauche radicale contre l&rsquo;Amérique », et le sénateur Ted Cruz présentait un projet de loi visant à couper les financements des organisations soupçonnées de soutenir des manifestations violentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette offensive américaine n&rsquo;a rien d&rsquo;isolé. De l&rsquo;autre côté de l&rsquo;Atlantique, la Belgique et l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Union européenne connaissent depuis 2025 une vague d&rsquo;attaques contre la société civile d&rsquo;une ampleur inédite. Le vocabulaire utilisé et les méthodes déployées révèlent une convergence troublante dans les stratégies de délégitimation du secteur associatif.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une offensive belge aux multiples facettes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’offensive prend des formes diverses mais coordonnées. Au Parlement européen, des députés soutenus par l&rsquo;extrême droite et certains conservateurs orchestrent une campagne de désinformation pour fabriquer artificiellement des scandales sur le financement public des ONG.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au niveau fédéral belge, le gouvernement élabore un avant-projet de loi («projet Quintin») pour restreindre le droit d&rsquo;association et renforcer le contrôle sur les organisations jugées « radicales ou dangereuses ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;<strong>Institut Fédéral pour la protection et la promotion des Droits Humains</strong> a rendu en septembre 2025 un avis défavorable cinglant sur cet avant-projet. L&rsquo;IFDH dénonce un texte aux <em>« termes et expressions insuffisamment définis</em> » qui viole le principe de légalité, le droit à un procès équitable et la liberté d&rsquo;association garantie par la Constitution. Le projet permettrait au ministre de l&rsquo;Intérieur de proposer l&rsquo;interdiction administrative d&rsquo;organisations sur des critères aussi flous que « l&rsquo;extrémisme », « le radicalisme » ou « l&rsquo;infiltration clandestine » d&rsquo;institutions démocratiques.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>À propos du projet de loi « Quintin »:</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">— Arbitraire, parce qu’il donne au pouvoir politique la possibilité de faire taire des voix contestataires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">— Dangereux, parce que la définition est floue et menace toute forme d’action collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">— Inutile, car la loi prévoit déjà des moyens pour interdire des groupes qui menacent réellement la démocratie.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Ligue des droits humains</strong><sup data-fn="f0057764-cfe9-4bc4-869b-c984e50b6a13" class="fn"><a id="f0057764-cfe9-4bc4-869b-c984e50b6a13-link" href="#f0057764-cfe9-4bc4-869b-c984e50b6a13">1</a></sup></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Les cibles sont claires : mouvements sociaux, syndicats, organisations de défense du climat. L&rsquo;OCAM, l&rsquo;organe antiterroriste belge, assure désormais un suivi d&rsquo;organisations protestataires assimilées à des « groupes radicaux ».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;érosion du droit de manifester s&rsquo;accompagne d&rsquo;une augmentation des amendes administratives et d&rsquo;obstacles réglementaires qui découragent la mobilisation citoyenne, particulièrement pour les petites associations. Les syndicats dénoncent une tentative de museler la contestation sociale et de fragiliser le droit de grève. Les ONG humanitaires critiquent la politique fédérale de « non-accueil » des demandeurs d&rsquo;asile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;Éducation permanente en danger</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">La menace touche également un pilier démocratique belge souvent méconnu : l&rsquo;Éducation permanente. En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce dispositif législatif finance des organisations dont l&rsquo;objectif explicite est de rendre le citoyen critique par rapport à la politique, de lui donner une capacité d&rsquo;analyse du système. Cette logique d&rsquo;émancipation citoyenne, inscrite dans le modèle démocratique belge depuis des décennies, est aujourd&rsquo;hui frontalement remise en question (voir plus bas).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bon nombre de ces organisations ne savent pas comment elles vont survivre et craignent énormément de voir leurs subsides disparaître. Le paradoxe est saisissant : certains partis remettent en question ce financement de l&rsquo;esprit critique alors qu&rsquo;ils ont été eux-mêmes financés pendant des années via leurs centres d&rsquo;études. Le risque est grand de voir ces organisations, par crainte pour leur survie, diminuer la vigueur de leur critique face aux dérapages pourtant manifestes en matière de droits fondamentaux : refus de respecter les décisions judiciaires, prisons dans un état lamentable, expulsion des chômeurs. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;autocensure devient un réflexe de survie quand l&rsquo;État-financeur devient juge et partie. Les exigences de mesures d&rsquo;impact — qu&rsquo;on peut comprendre et qui sont justifiées — ont amené parfois certains à se concentrer uniquement sur leur travail de base et à laisser sur le côté les revendications ou les analyses plus politiques qui, pourtant, découlent normalement des situations sur lesquelles ils travaillent. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est qu&rsquo;en plus le gouvernement fédéral a décidé de diminuer le pourcentage de déduction de déductibilité des dons fait aux ONG lors de calcul de l&rsquo;impôt. Les ONG estiment que cela pourrait diminuer de 20 à 30% les montants récoltés auprès de leurs donateurs chaque année.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Convergence transatlantique des méthodes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis, le ministère de la Justice prépare une enquête sur l&rsquo;Open Society Foundations, le réseau philanthropique de George Soros qui finance des milliers d&rsquo;organisations œuvrant pour les libertés civiles, dont l&rsquo;ACLU et Amnesty International. L&rsquo;accusation : faciliter et financer la violence politique. Des projets de loi visent à retirer le statut d&rsquo;organisme à but non lucratif aux associations « soutenant le terrorisme ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lexique employé des deux côtés de l&rsquo;Atlantique est révélateur. « Antifa », terme flou désignant l&rsquo;activisme antifasciste sans correspondre à aucune organisation structurée, devient une menace terroriste majeure. La « gauche radicale » est présentée comme un bloc monolithique orchestrant le chaos. Les « ONG qui fomentent la violence » forment un réseau obscur manipulant l&rsquo;opinion. Cette rhétorique rappelle celle des gouvernements qui ont progressivement étouffé leurs sociétés civiles, de la Hongrie à la Russie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette offensive, le secteur associatif essaye de se préparer. Aux États-Unis, les fondations constituent des fonds d&rsquo;urgence et envisagent des délocalisations. Un cabinet d&rsquo;avocats canadien a organisé un webinaire pour les associations américaines souhaitant déménager. En Belgique et en Europe, plus de 570 organisations ont publié des déclarations pour défendre l&rsquo;indépendance du secteur associatif, tandis que des collectifs manifestent pour la défense du droit de …manifester.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le souligne Brian Reich, stratège américain travaillant avec des organisations à but non lucratif, l&rsquo;objectif des gouvernements n&rsquo;est pas nécessairement de gagner devant les tribunaux, mais de détruire la réputation de ces structures. En attendant que les batailles judiciaires se résolvent, le mal sera fait : donateurs détournés, programmes réduits, autocensure installée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un enjeu démocratique fondamental</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque de grandes démocraties occidentales empruntent simultanément la rhétorique et les méthodes des régimes autoritaires pour cibler les défenseurs des droits, elles légitiment ces pratiques à l&rsquo;échelle mondiale. Elles envoient un signal aux autocrates : la répression de la société civile devient acceptable, y compris dans le monde libre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le risque n&rsquo;est pas seulement la disparition de quelques associations, mais l&rsquo;effondrement progressif de l&rsquo;infrastructure démocratique qui permet aux citoyens d’abord de comprendre et ensuite de contester pacifiquement les décisions gouvernementales. La bataille qui s&rsquo;annonce déterminera si les démocraties occidentales peuvent survivre à des gouvernements qui considèrent toute opposition légitime comme une menace existentielle.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #SociétéCivile #Démocratie #Belgique #ÉtatsUnis #UnionEuropéenne #EducationPermanente #LibertésPubliques #DroitDeManifester #EspaceCivique</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="f0057764-cfe9-4bc4-869b-c984e50b6a13"><a href="https://www.facebook.com/liguedhbe/posts/pfbid02KRpv1HSkCKySjmEkA6D1RajznEfVcoaVbfVapYWhfrUwfprKdrQmySgHvhQnMj9xl" target="_blank" rel="noopener" title="">KdrQmySgHvhQnMj9xl</a> <a href="#f0057764-cfe9-4bc4-869b-c984e50b6a13-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;Éducation Permanente?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;éducation permanente, reconnue et financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, défend une vision d&rsquo;émancipation individuelle et collective des citoyens, principalement adultes. Ancrée dans l&rsquo;héritage de l&rsquo;éducation populaire, elle vise à doter chacun des outils nécessaires pour être un acteur conscient, critique et engagé au sein de la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur de ce concept réside l&rsquo;idée que l&rsquo;apprentissage ne se limite pas à la formation initiale, mais se poursuit tout au long de la vie. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;acquérir de nouvelles compétences professionnelles, mais surtout de développer une citoyenneté active et responsable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Concrètement, la vision de l&rsquo;éducation permanente, telle qu&rsquo;encadrée par le décret de 2003, poursuit trois objectifs principaux pour les publics adultes :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Favoriser une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société.</strong> Cela implique d&rsquo;encourager l&rsquo;analyse des enjeux sociaux, économiques, culturels et politiques.</li>



<li><strong>Développer des capacités d&rsquo;analyse, de choix, d&rsquo;action et d&rsquo;évaluation.</strong> L&rsquo;objectif est de permettre aux individus de ne pas seulement comprendre le monde, mais aussi de pouvoir agir sur celui-ci de manière réfléchie.</li>



<li><strong>Promouvoir des attitudes de responsabilité et de participation active à la vie collective.</strong> Il s&rsquo;agit d&rsquo;encourager l&rsquo;implication dans la vie associative et les débats démocratiques.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mettre en œuvre cette vision, la Fédération Wallonie-Bruxelles subventionne un large réseau d&rsquo;associations qui proposent des actions variées telles que des formations, des animations, des campagnes de sensibilisation ou encore la production d&rsquo;analyses critiques. Ce financement structurel permet de garantir la vitalité démocratique en soutenant des espaces de réflexion et d&rsquo;action autonomes par rapport aux pouvoirs établis.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Sources principales</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Article américain :</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Auteur non spécifié. (2025, 2 octobre). L&rsquo;administration Trump s&rsquo;en prend aux associations. Elles se préparent. <em>Wired</em>.<a href="https://www.wired.com/"> https://www.wired.com/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Document institutionnel belge :</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Institut Fédéral pour la protection et la promotion des Droits Humains. (2025, 18 septembre). <em>Avant-projet de loi relatif à l&rsquo;interdiction administrative des personnes morales, des sociétés sans personnalité juridique, des associations ou groupements de fait constituant une menace grave et actuelle pour la sécurité nationale ou la pérennité de l&rsquo;ordre démocratique et constitutionnel : Avis n° 2025/9</em>.<a href="https://www.institutfederaldroitshumains.be"> https://www.institutfederaldroitshumains.be</a></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Sources secondaires citées</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Miller, S. (2025, 29 avril). <em>Discours à Warren, Michigan</em> [Discours]. Maison Blanche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Roy, C. (2025, 11 septembre). Lettre demandant la formation d&rsquo;une commission spéciale sur l&rsquo;argent, l&rsquo;influence et le pouvoir derrière l&rsquo;assaut de la gauche radicale contre l&rsquo;Amérique. Chambre des représentants des États-Unis.<a href="https://roy.house.gov/media/press-releases/"> https://roy.house.gov/media/press-releases/</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Saul, B. (2025, 31 juillet). <em>Rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l&rsquo;homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste</em> (A/80/284). Nations Unies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sanger-Katz, M., &amp; Weiland, N. (2025, 25 septembre). Justice Dept. plans potential inquiry into George Soros foundation. <em>The New York Times</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vance, J. D. (2025, 15 septembre). Déclaration sur la répression des organisations de gauche radicale. <em>Politico</em>.<a href="https://www.politico.com/news/2025/09/15/"> https://www.politico.com/news/2025/09/15/</a></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Rapports et déclarations d&rsquo;organisations</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Open Society Foundations. (2025, septembre). <em>Déclaration en réponse aux accusations concernant le financement d&rsquo;activités violentes</em> [Communiqué de presse].Romero, G. (2025, juillet). <em>Menace existentielle pesant sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d&rsquo;association, l&rsquo;action collective et la solidarité humaine</em> (A/80/219). Nations Unies.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/10/15/quand-la-societe-civile-devient-lennemie/">Quand la société civile devient l’ennemie</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>La Belgique face à la crise carcérale : quand les prisons explosent et les droits fondamentaux s&#8217;effritent</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/06/27/la-belgique-face-a-la-crise-carcerale-quand-les-prisons-explosent-et-les-droits-fondamentaux-seffritent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Jun 2025 08:24:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Prisons]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=626</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le rapport 2024 du Conseil central de surveillance pénitentiaire dénonce la surpopulation record dans les prisons belges, des conditions de détention indignes et l’urgence de réformes structurelles.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le rapport annuel 2024 du Conseil central de surveillance pénitentiaire dresse un constat alarmant : avec plus de 12 000 détenus pour 11 020 places, les prisons belges connaissent une surpopulation record qui met en péril la dignité humaine des personnes incarcérées.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinq ans après sa création, le Conseil central de surveillance pénitentiaire (CCSP) tire la sonnette d&rsquo;alarme. Son rapport annuel 2024, publié récemment, révèle une situation critique dans les établissements pénitentiaires belges, marquée par une surpopulation sans précédent et des conditions de détention qui défient les standards européens de dignité humaine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une surpopulation qui bat tous les records</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres parlent d&rsquo;eux-mêmes : fin 2024, les prisons belges accueillaient plus de 12 000 détenus pour une capacité officielle de 11 020 places, soit un taux de surpopulation de 14,3%. Plus troublant encore, 142 personnes dormaient sur des matelas posés à même le sol au 1er janvier 2025, une situation que le CCSP qualifie d&rsquo;inhumaine et de contraire aux conventions européennes des droits de l&rsquo;homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette explosion de la population carcérale s&rsquo;explique principalement par une décision politique controversée : l&rsquo;exécution systématique en détention des peines courtes (jusqu&rsquo;à trois ans), qui étaient auparavant effectuées sous surveillance électronique. « Nous avons assisté à une multiplication par quatre de la présence de ces condamnés en prison en à peine deux ans », souligne Marc Nève, président du CCSP.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des conditions de vie indignes dans des infrastructures vétustes</h2>



<div class="wp-block-media-text is-stacked-on-mobile"><figure class="wp-block-media-text__media"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="768" height="1024" data-attachment-id="629" data-permalink="https://en-avant.info/2025/06/27/la-belgique-face-a-la-crise-carcerale-quand-les-prisons-explosent-et-les-droits-fondamentaux-seffritent/img_3258-2/#main" data-orig-file="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-scaled.jpeg" data-orig-size="1920,2560" data-comments-opened="0" data-image-meta="{&quot;aperture&quot;:&quot;1.78&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;iPhone 14 Pro Max&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1750435275&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;6.86&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;800&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.02&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;1&quot;}" data-image-title="IMG_3258" data-image-description="" data-image-caption="" data-medium-file="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-225x300.jpeg" data-large-file="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-768x1024.jpeg" src="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-768x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-629 size-full" srcset="https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-768x1024.jpeg 768w, https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-225x300.jpeg 225w, https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-1152x1536.jpeg 1152w, https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-1536x2048.jpeg 1536w, https://en-avant.info/wp-content/uploads/2025/06/IMG_3258-1-scaled.jpeg 1920w" sizes="(max-width: 768px) 100vw, 768px" /></figure><div class="wp-block-media-text__content">
<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des questions de capacité, le rapport met en lumière l&rsquo;état déplorable des infrastructures carcérales. De nombreuses prisons, construites au XIXe siècle, présentent des défaillances majeures : humidité, moisissures, problèmes de chauffage, fenêtres cassées, installations sanitaires défectueuses, voire absentes dans certaines cellules.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les commissions de surveillance rapportent des situations particulièrement choquantes : des détenus contraints d&rsquo;utiliser des seaux pour leurs besoins physiologiques, des cellules sans eau courante, des problèmes d&rsquo;hygiène chroniques et une prolifération de nuisibles comme les punaises de lit, les rats et les cafards.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cachot de la prison de Nivelles, juin 2025</em></p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">La santé mentale, nouveau cheval de bataille du CCSP</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour 2024 et 2025, le CCSP a fait de la santé mentale en prison sa priorité absolue. Parmi les 12 000 détenus, environ 1 000 sont des personnes internées qui devraient théoriquement être prises en charge dans des centres spécialisés, mais qui se retrouvent en milieu carcéral faute de places disponibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil a mené des visites approfondies dans cinq établissements (Jamioulx, Mons, Haren, Gand et Turnhout) en partenariat avec Unia, révélant un système de soins inadapté. Les personnels soignants, bien que motivés, manquent cruellement de moyens. Les consultations psychiatriques sont souvent retardées ou annulées, le secret médical n&rsquo;est pas toujours respecté, et l&rsquo;isolement reste la réponse privilégiée face aux crises, contrairement aux recommandations internationales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les grèves : un service minimum défaillant</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;année 2024 a été marquée par 82 jours de grèves dans les prisons belges, dont 47 au niveau national. Le rapport dénonce l&rsquo;inefficacité du service minimum censé garantir les droits fondamentaux des détenus pendant ces mouvements sociaux. « Les plans de personnel ne sont pas respectés dans 30% des cas, et les services essentiels ne sont pas garantis dans plus de 50% des cas », révèle le document.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant les grèves, les détenus se voient privés de promenade quotidienne, d&rsquo;accès aux douches, aux soins médicaux, et les visites sont perturbées. Une situation que la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme a déjà condamnée à plusieurs reprises.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le droit de plainte : une avancée fragile</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis octobre 2020, les détenus disposent d&rsquo;un droit de plainte contre les décisions de l&rsquo;administration pénitentiaire. En 2024, 5 542 dossiers ont été ouverts, soit une augmentation de 33% par rapport à l&rsquo;année précédente. Si ce mécanisme offre une protection juridique aux personnes incarcérées, il révèle également l&rsquo;ampleur des dysfonctionnements du système pénitentiaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les plaintes portent principalement sur les mesures disciplinaires, les conditions de détention et l&rsquo;accès aux soins. Paradoxalement, 38% des dossiers ne contiennent aucune plainte recevable, et seuls 56% des plaintes recevables sont jugées fondées, ce qui questionne l&rsquo;effectivité du système.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des recommandations urgentes face à l&rsquo;inertie politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette situation, le CCSP formule des recommandations claires aux autorités : interdire le recours aux matelas au sol, réduire la surpopulation sans augmenter la capacité carcérale, encourager les peines alternatives, améliorer les infrastructures et renforcer les équipes soignantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil interpelle également sur l&rsquo;absence de vision à long terme. Malgré l&rsquo;ouverture de nouvelles prisons comme Haren (2022) et Termonde (2023), et la construction annoncée d&rsquo;établissements à Anvers, Bourg-Léopold et Vresse-sur-Semois, la politique pénitentiaire reste centrée sur l&rsquo;augmentation des places plutôt que sur la prévention de la récidive et la réinsertion.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu de société démocratique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des aspects techniques, le rapport du CCSP pose une question fondamentale sur le type de société que nous voulons construire. « Toute privation de liberté, quelle qu&rsquo;en soit la durée, est toujours de nature à mettre en péril les droits fondamentaux », rappelle le président Marc Nève.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nouvelle ministre de la Justice, qui a pris ses fonctions après les élections de juin 2024, a reconnu dans ses observations la gravité de la situation et annoncé des mesures d&rsquo;urgence. Elle promet notamment l&rsquo;adoption d&rsquo;une loi d&rsquo;urgence pour réguler les flux de détenus et la mise en place d&rsquo;un service minimum effectif dès janvier 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste à savoir si ces promesses se traduiront par des actes concrets. Car comme le souligne le CCSP, « la surpopulation n&rsquo;est pas une fatalité, elle découle de choix politiques ». Et ces choix engagent notre conception même de la justice et de la dignité humaine dans une société démocratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le rapport complet du CCSP est disponible sur le site ccsp.belgium.be</em></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>« Il n&rsquo;y a qu&rsquo;à renvoyer les détenus étrangers pour vider les prisons belges ? En le faisant dans les règles, elles déborderaient toujours…</strong>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un <a href="https://www.lalibre.be/belgique/judiciaire/2025/06/26/il-ny-a-qua-renvoyer-les-detenus-etrangers-pour-vider-les-prisons-belges-en-le-faisant-dans-les-regles-elles-deborderaient-toujours-S5TJKIBQRZDLXCEYYR5V7YQV64/" target="_blank" rel="noopener" title="">article paru dans LaLibre</a> (26/6/2025) Annick Hovine analyse cette antienne que l&rsquo;on entend régulièrement de la part de membres de la majorité gouvernementale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Certains responsables politiques</strong> avancent l’idée de renvoyer les détenus étrangers dans leur pays d’origine pour désengorger les prisons belges. Pourtant, selon les chiffres officiels, cette piste ne suffirait pas à résoudre la crise.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>44 %</strong> des détenus belges sont de nationalité étrangère, mais beaucoup sont en détention préventive et ne peuvent pas faire l’objet d’un transfèrement.</li>



<li>Parmi les condamnés étrangers, seuls ceux purgeant des peines d’au moins trois ans peuvent, en théorie, être transférés.</li>



<li>Même dans ce groupe, les contraintes juridiques (accords de coopération, consentement de la personne, délais de procédure) réduisent encore le champ d’application.</li>



<li>En pratique, à peine <strong>5,6 %</strong> de la population carcérale totale serait réellement transférable.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">En moyenne, seulement <strong>67 transfèrements</strong> ont été réalisés chaque année entre 2015 et 2024, soit <strong>0,5 %</strong> du nombre de détenus. Pour la ministre de la Justice, renvoyer massivement les détenus étrangers n’est pas une mesure réaliste à court terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f449.png" alt="👉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> <em>« Il ne faut certainement pas espérer de miracle »,</em> résume Steven Limbourg, conseiller général à l’Autorité centrale.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f4ca.png" alt="📊" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Quelques chiffres clés</strong></h3>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>13 118</strong> détenus au total (juin 2025)</li>



<li><strong>44 %</strong> ont une nationalité étrangère</li>



<li><strong>42 %</strong> de ces étrangers sont en détention préventive (donc non transférables)</li>



<li><strong>3 367</strong> condamnés étrangers
<ul class="wp-block-list">
<li>dont <strong>1 306</strong> sans titre de séjour</li>



<li>dont <strong>728</strong> condamnés à plus de 3 ans <em>et potentiellement transférables</em></li>
</ul>
</li>



<li><strong>5,6 %</strong> seulement des détenus réellement transférables</li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/2696.png" alt="⚖" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Les obstacles au transfèrement</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/2705.png" alt="✅" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Nécessité d’un accord international</p>



<p class="wp-block-paragraph"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/2705.png" alt="✅" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Consentement obligatoire dans la majorité des cas</p>



<p class="wp-block-paragraph"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/2705.png" alt="✅" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Délais de procédure longs (4 à 12 mois)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/2705.png" alt="✅" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> Certains pays refusent toute coopération (ex. Algérie, Libye, Tunisie)</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f50d.png" alt="🔍" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> En pratique</strong></h3>



<ul class="wp-block-list">
<li>Moyenne annuelle des transfèrements : <strong>67</strong></li>



<li>Soit <strong>0,5 %</strong> des détenus</li>



<li>Aucun « miracle » attendu à court terme</li>
</ul>



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		<title>Belgique : le droit de manifester s&#8217;érode, alerte l&#8217;Institut des droits humains</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/06/21/belgique-le-droit-de-manifester-serode-alerte-linstitut-des-droits-humains/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jun 2025 14:28:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Institution fédérale tire la sonnette d&#8217;alarme dans son rapport 2024 : procédures restrictives, sanctions disproportionnées et effet dissuasif menacent la liberté de rassemblement. Soixante euros d&#8217;amende pour avoir organisé un rassemblement pacifique d&#8217;une heure. C&#8217;est la sanction qu&#8217;a dû payer l&#8217;organisateur d&#8217;un événement sur la Grand-Place d&#8217;Anvers en mai 2023, uniquement pour n&#8217;avoir pas demandé ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;Institution fédérale tire la sonnette d&rsquo;alarme dans son <a href="http://www.institutfederaldroitshumains.be" target="_blank" rel="noopener" title="">rapport 2024</a> : procédures restrictives, sanctions disproportionnées et effet dissuasif menacent la liberté de rassemblement.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Soixante euros d&rsquo;amende pour avoir organisé un rassemblement pacifique d&rsquo;une heure. C&rsquo;est la sanction qu&rsquo;a dû payer l&rsquo;organisateur d&rsquo;un événement sur la Grand-Place d&rsquo;Anvers en mai 2023, uniquement pour n&rsquo;avoir pas demandé l&rsquo;autorisation communale trois semaines à l&rsquo;avance. Un cas parmi d&rsquo;autres qui illustre, selon l&rsquo;Institut fédéral des droits humains (IFDH), l&rsquo;érosion progressive du droit de manifester en Belgique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son rapport annuel publié cette semaine, l&rsquo;institution indépendante consacre un chapitre entier à ce qu&rsquo;elle qualifie de « rétrécissement de l&rsquo;espace civique ». Une tendance qui inquiète jusqu&rsquo;à Bruxelles : la Commission européenne a elle-même évoqué ces restrictions dans ses derniers rapports sur l&rsquo;état de droit belge.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« Une manifestation tous les jours »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, à première vue, la Belgique semble plutôt tolérante. « Le droit de manifester s&rsquo;exerce presque quotidiennement, le plus souvent sans entrave injustifiée », reconnaît l&rsquo;IFDH. Le pays applique depuis longtemps la « gestion négociée de l&rsquo;espace public », privilégiant le dialogue entre forces de l&rsquo;ordre et manifestants plutôt que la confrontation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette approche, saluée à l&rsquo;étranger, montre toutefois des signes d&rsquo;essoufflement. L&rsquo;Institut documente une série de restrictions qui, prises isolément, peuvent paraître anodines, mais révèlent ensemble « une tendance générale préoccupante ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand l&rsquo;autorisation devient un obstacle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Premier écueil : les procédures d&rsquo;autorisation. Si la plupart des communes exigent une demande écrite plusieurs jours, voire semaines à l&rsquo;avance, cette obligation peut « empêcher de réagir rapidement à des événements d&rsquo;actualité », souligne le rapport.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;exemple de la veillée prévue le 7 octobre 2024 à Bruxelles, en mémoire des victimes du conflit au Moyen-Orient, est révélateur. La Ville a d&rsquo;abord imposé la place De Brouckère en travaux plutôt que la Bourse, jugée trop visible. Motif invoqué : la Bourse serait occupée « en permanence par des événements festifs qui ne peuvent pas être perturbés ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Conseil d&rsquo;État a finalement suspendu cette décision, rappelant que le droit de manifester inclut le choix du lieu et du moment.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Interdictions préventives en terrain glissant</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Plus controversées encore : les interdictions individuelles préventives. Depuis 2022, une circulaire ministérielle autorise les bourgmestres à interdire à certains « fauteurs de trouble » de participer à des manifestations. Une mesure que l&rsquo;IFDH juge problématique, faute de base légale claire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Il est presque toujours préférable de laisser un événement se dérouler et de sanctionner d&rsquo;éventuels faits répréhensibles par la suite », plaide l&rsquo;Institut, « plutôt que d&rsquo;appliquer une interdiction sur base de simples présomptions ».</p>



<h2 class="wp-block-heading">Journalistes et citoyens dans le viseur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant les manifestations, les tensions se cristallisent autour du droit de filmer les interventions policières. Malgré des directives rappelant ce droit, l&rsquo;IFDH relève des cas récurrents de « menaces ou d&rsquo;arrestations de personnes qui filment ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2021, le tribunal correctionnel de Bruxelles a même condamné des policiers pour vol d&rsquo;usage après la saisie d&rsquo;une caméra de journalistes couvrant une manifestation pacifique en 2015.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La problématique dépasse le cadre journalistique : selon l&rsquo;IFDH, tous les citoyens devraient pouvoir filmer la police, conformément au droit européen, et pas seulement les professionnels des médias.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le couperet des sanctions</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après les événements, place aux sanctions. Les plus fréquentes sont les amendes administratives communales pour absence d&rsquo;autorisation. Même de faibles montants peuvent violer la liberté de manifester s&rsquo;ils ont « pour effet d&rsquo;intimider ou de dissuader », rappelle l&rsquo;Institut en citant la jurisprudence européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cas d&rsquo;école en Flandre occidentale : en 2024, un organisateur a écopé de deux amendes de 100 euros pour des rassemblements liés au conflit de Gaza, dispersés après 15 minutes et immédiatement par la police. Le délit ? Avoir demandé l&rsquo;autorisation seulement 3 et 10 jours avant l&rsquo;événement, au lieu des 15 jours réglementaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une pénalisation accrue</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le nouveau Code pénal, qui entrera en vigueur en avril 2026, inquiète particulièrement l&rsquo;IFDH. Il introduit l&rsquo;infraction d' »atteinte méchante à l&rsquo;autorité de l&rsquo;État », permettant de sanctionner qui « porte atteinte à la force obligatoire de la loi » en « provoquant directement à la désobéissance ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l&rsquo;Institut, cette disposition risque de criminaliser certaines formes de désobéissance civile, même non-violentes. « Tant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question d&rsquo;appel à la violence, l&rsquo;État doit tolérer certaines atteintes à son autorité », argue-t-il en s&rsquo;appuyant sur la jurisprudence européenne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La société civile sous pression</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des manifestations stricto sensu, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace civique qui se contracte. Une enquête de l&rsquo;IFDH auprès de 150 organisations révèle que plus de la moitié subissent « des pressions et de l&rsquo;intimidation ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intimidations juridiques, campagnes médiatiques hostiles, agressions verbales en ligne : les défenseurs des droits humains font face à un environnement de plus en plus hostile. Près d&rsquo;un cinquième des organisations interrogées peinent même à participer à l&rsquo;élaboration des politiques publiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">« Un effet dissuasif réel »</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au final, c&rsquo;est l&rsquo;autocensure qui préoccupe le plus l&rsquo;IFDH. Des citoyens renoncent à manifester par crainte des procédures, des contrôles ou des sanctions. Cet « effet dissuasif » existe « réellement et peut constituer une ingérence dans le droit de manifester, même si la crainte ne se concrétise pas ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Institut en appelle donc à la vigilance des autorités : « Le souci légitime de prévenir les incidents ou de réprimer les infractions ne doit pas entraîner une érosion progressive du droit de manifester en Belgique. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un avertissement qui résonne alors que la liberté d&rsquo;expression et de rassemblement fait face à des défis similaires dans de nombreuses démocraties occidentales. En Belgique comme ailleurs, la frontière entre sécurité et liberté reste un exercice d&rsquo;équilibriste permanent.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained">
<h2 class="wp-block-heading">Les Belges attachés au droit de protester malgré les restrictions</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.amnesty.be/infos/actualites/droit-de-protester" target="_blank" rel="noopener" title="">Un sondage Amnesty-IPSOS de mars 2025</a> révèle un paradoxe belge : alors que le droit de manifester subit des pressions croissantes, 60% des citoyens le considèrent comme « un pilier essentiel d&rsquo;une société saine ».</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des citoyens actifs malgré tout</strong> Trois Belges sur quatre (74%) ont déjà participé à une forme de protestation : signature de pétition (56%), boycott (38%) ou manifestation (37%). Un quart s&rsquo;identifie même comme « activiste ». Les motivations principales ? L&rsquo;économie (inflation, chômage : 56%), puis les enjeux sociaux et environnementaux (39% chacun).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La violence rejetée, la pacifisme plébiscité</strong> Les Belges privilégient massivement les formes pacifiques : pétitions (92%), prises de parole (89%), manifestations pacifiques (88%). La violence est jugée « inacceptable en toutes circonstances » par 58% des sondés. Seuls 10% perçoivent les actions de protestation comme violentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des obstacles réels sur le terrain</strong> Paradoxe révélateur : si 18% acceptent que la police use de violence contre des manifestations pacifiques, Amnesty International documente « des obstacles importants » à l&rsquo;exercice de ce droit. L&rsquo;organisation cite l&rsquo;obligation d&rsquo;autorisation, les sanctions administratives et les « menaces d&rsquo;arrestation en raison du contenu même du message défendu ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Inquiétudes gouvernementales</strong> Amnesty s&rsquo;alarme des orientations du gouvernement fédéral, notamment la volonté de ressusciter l&rsquo;interdiction judiciaire de manifester et de déployer la reconnaissance faciale dans l&rsquo;espace public.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sondage IPSOS réalisé en ligne du 25 février au 1er mars 2025 auprès de 2.000 Belges de plus de 18 ans.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>Le rapport complet de l&rsquo;IFDH est disponible sur <a href="http://www.institutfederaldroitshumains.be" target="_blank" rel="noopener" title="">www.institutfederaldroitshumains.be</a></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">IFDH #RapportAnnuel2024 #ÉtatDeDroit #EspaceCivique #InstitutFédéralDroitsHumains #PolitiqueBelge</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/06/21/belgique-le-droit-de-manifester-serode-alerte-linstitut-des-droits-humains/">Belgique : le droit de manifester s’érode, alerte l’Institut des droits humains</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;indépendance judiciaire, rempart démocratique menacé</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/05/31/lindependance-judiciaire-rempart-democratique-menace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 May 2025 11:58:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Torture]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[CEDH]]></category>
		<category><![CDATA[Cour européenne des droits de l"homme]]></category>
		<category><![CDATA[CPI]]></category>
		<category><![CDATA[Réfugiés]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Version (IA) podcast Quand l&#8217;exécutif s&#8217;attaque aux fondements de l&#8217;État de droit La récente lettre ouverte adressée à la Cour européenne des droits de l&#8217;Homme par le Premier ministre Bart De Wever, accompagné de huit autres dirigeants européens, constitue une attaque frontale contre l&#8217;un des piliers fondamentaux de nos démocraties : l&#8217;indépendance du pouvoir judiciaire. ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/2105755857&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true" title="">Version (IA) podcast</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand l&rsquo;exécutif s&rsquo;attaque aux fondements de l&rsquo;État de droit</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La récente lettre ouverte adressée à la Cour européenne des droits de l&rsquo;Homme par le Premier ministre Bart De Wever, accompagné de huit autres dirigeants européens, constitue une attaque frontale contre l&rsquo;un des piliers fondamentaux de nos démocraties : l&rsquo;indépendance du pouvoir judiciaire. Cette démarche, sous prétexte de réclamer plus de « marge de manœuvre nationale » en matière d&rsquo;expulsion de migrants criminels, révèle en réalité une conception dangereuse des équilibres démocratiques qui devrait nous alarmer.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte a été publié sous un <a href="https://www.lalibre.be/debats/opinions/2025/05/30/la-lettre-des-neuf-dirigeants-europeens-a-la-cour-des-droits-de-lhomme-cedh-est-une-attaque-contre-lindependance-judiciaire-MHQFLTB7CBBWRGWEQU2SOWMQDY/" target="_blank" rel="noopener" title="">format plus court dans La Libre du 30/5/2025</a></p>



<h2 class="wp-block-heading">La séparation des pouvoirs : un acquis démocratique non négociable</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis Montesquieu, nos démocraties reposent sur un principe intangible : la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu (1689-1755), théorisait dans « L&rsquo;Esprit des lois » (1748) cette répartition du pouvoir à une époque où l&rsquo;Europe vivait sous des monarchies absolues. Face aux abus du pouvoir concentré, il formulait un principe révolutionnaire : « Pour qu&rsquo;on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette architecture n&rsquo;est pas un caprice de théoriciens, mais le fruit d&rsquo;une longue évolution historique qui a permis d&rsquo;éviter la concentration du pouvoir et l&rsquo;arbitraire. Montesquieu identifiait trois fonctions essentielles : le pouvoir législatif qui fait les lois (nos parlements), le pouvoir exécutif qui les applique (nos gouvernements), et le pouvoir judiciaire qui les interprète et rend la justice (nos tribunaux). L&rsquo;exécutif met en œuvre les programmes validés par les urnes, le législatif vote les lois qui encadrent l&rsquo;action publique, et le judiciaire veille à leur application dans le respect des droits fondamentaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette répartition n&rsquo;est pas seulement technique : elle est éthique. Elle garantit que nul ne soit juge et partie, que les décisions de justice échappent aux calculs politiques du moment et que les droits de chacun soient protégés face aux éventuels excès du pouvoir. Quand l&rsquo;exécutif prétend dicter au judiciaire la manière d&rsquo;interpréter le droit, nous franchissons une ligne rouge qui nous rapproche inexorablement du régime illibéral.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Cour européenne des droits de l&rsquo;Homme : un garde-fou, pas un obstacle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La CEDH n&rsquo;est pas un organe extérieur imposé aux États européens. Elle est le fruit d&rsquo;un choix souverain de nos démocraties qui, traumatisées par les dérives du XXe siècle, ont décidé de confier à une juridiction supranationale le soin de veiller au respect des droits fondamentaux. Cette délégation de souveraineté n&rsquo;est pas une abdication, mais au contraire l&rsquo;expression la plus aboutie de la maturité démocratique européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement aux accusations portées dans la lettre des neuf dirigeants, la Cour n&#8217;empêche nullement les États de protéger la sécurité de leur population. Elle leur impose même cette obligation. Comme le rappellent justement les institutions belges des droits humains, « la Cour n&#8217;empêche aucunement les États de prendre des mesures pour protéger la sécurité des personnes. Elle leur impose même de le faire. » La Cour n&rsquo;interdit pas non plus l&rsquo;expulsion de criminels étrangers, mais elle interdit seulement d&rsquo;expulser une personne vers un pays où elle risquerait la torture ou des traitements inhumains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque la Cour empêche l&rsquo;expulsion d&rsquo;un migrant vers un pays où sa vie serait en danger, elle ne fait qu&rsquo;appliquer le principe de non-refoulement inscrit dans la Convention européenne des droits de l&rsquo;Homme. Principe que nos États ont librement signé et ratifié. Remettre en cause cette jurisprudence au motif qu&rsquo;elle « limiterait » l&rsquo;action des gouvernements revient à vouloir s&rsquo;affranchir de ses propres engagements dès lors qu&rsquo;ils deviennent contraignants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;instrumentalisation de la migration : un piège démocratique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La lettre des neuf dirigeants utilise habilement l&rsquo;émotion légitime suscitée par certains crimes commis par des étrangers en situation irrégulière. Qui ne serait indigné par ces actes ? Qui ne comprendrait la colère des victimes et de leurs proches ? Mais transformer cette émotion en remise en cause des garde-fous juridiques constitue une manipulation dangereuse de l&rsquo;opinion publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;hypocrisie de cette démarche apparaît d&rsquo;autant plus criante quand on examine le comportement de ces mêmes dirigeants face à leurs propres tribunaux nationaux. L&rsquo;État belge, par exemple, cumule plus de 9000 condamnations judiciaires non respectées ces dix dernières années. En matière d&rsquo;asile précisément, il a été condamné à de multiples reprises par ses propres tribunaux pour violation des droits des demandeurs d&rsquo;asile, s&rsquo;attirant des astreintes de 5000 euros par jour pour non-respect de ses obligations légales. La Cour européenne des droits de l&rsquo;Homme a même dû constater une « carence systémique des autorités belges d&rsquo;exécuter les décisions de justice définitives » dans ce domaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette désinvolture envers les obligations juridiques trouve son illustration la plus frappante dans les déclarations récentes de De Wever concernant Netanyahu. Interrogé sur le mandat d&rsquo;arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le Premier ministre israélien, il a déclaré : « Je pense que nous ne le ferions pas non plus pour être très honnête&#8230; Il y a aussi la realpolitik. » Cette position contredit directement les obligations de la Belgique qui, ayant ratifié le Statut de Rome, est « juridiquement obligée d&rsquo;exécuter les requêtes en vue d&rsquo;arrêter et de transférer » les personnes visées par la CPI.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas échappé aux institutions belges de défense des droits humains. Dans une réaction cinglante du 27 mai 2025, six organismes officiels – dont l&rsquo;Institut fédéral des droits humains, Myria et Unia – ont dénoncé « une tendance croissante des autorités à ne pas exécuter ou à remettre en cause des décisions judiciaires nationales et internationales », soulignant que « de nombreuses décisions de la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme ne sont pas pleinement exécutées ou le sont avec un retard important ». Ils appellent explicitement les autorités belges à « faire preuve de cohérence » et à « réaffirmer clairement leur attachement à l&rsquo;État de droit ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a beau tenter de minimiser la portée de cette lettre en affirmant qu&rsquo;elle ne vise qu&rsquo;un « groupe limité de personnes au pedigree peu enviable » et qu&rsquo;elle a été « concertée avec tous les partis du gouvernement », cette défense ne change rien au fond du problème. Qu&rsquo;une démarche soit soutenue par plusieurs personnalités politiques, fût-ce même par le Pape en personne, ne lui confère aucune validité démocratique si son contenu attaque les fondements de l&rsquo;État de droit. L&rsquo;autorité de ceux qui signent ne peut jamais compenser la fragilité des arguments avancés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment dès lors prendre au sérieux des dirigeants qui, après avoir bafoué systématiquement les décisions de leurs propres juges, prétendent aujourd&rsquo;hui que ce sont les juges européens qui posent problème ? Cette incohérence révèle la véritable nature de leur démarche : il ne s&rsquo;agit pas de défendre l&rsquo;État de droit, mais de s&rsquo;affranchir de toute contrainte juridique, qu&rsquo;elle soit nationale ou européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car derrière l&rsquo;apparente logique sécuritaire se cache une logique bien plus pernicieuse : celle qui consiste à considérer que certaines catégories de personnes – ici, les migrants criminels – peuvent être privées des garanties procédurales les plus élémentaires. Cette logique de l&rsquo;exception, une fois admise, ne connaît plus de limites. Aujourd&rsquo;hui les migrants, demain qui d&rsquo;autre ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les précédents historiques nous alertent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire européenne du XXe siècle nous enseigne que l&rsquo;affaiblissement du pouvoir judiciaire constitue invariablement le prélude à la dérive autoritaire. Les régimes illibéraux contemporains, de la Hongrie à la Pologne en passant par la Turquie, ont tous commencé par s&rsquo;attaquer à l&rsquo;indépendance de leurs juges avant de remettre en cause l&rsquo;ensemble des contre-pouvoirs démocratiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La stratégie est toujours la même : présenter les juges comme des obstacles à la « volonté populaire », les accuser de technicisme ou d&rsquo;éloignement du peuple, puis progressivement les soumettre aux impératifs politiques du moment. Le discours sur la nécessité de « reprendre le contrôle » face aux « juges non élus » participe de cette rhétorique délétère qui mine les fondements de l&rsquo;État de droit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réaffirmer nos valeurs démocratiques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette offensive, nous devons réaffirmer avec force que l&rsquo;indépendance judiciaire n&rsquo;est pas négociable. Elle ne constitue pas un luxe de temps de paix, mais au contraire notre meilleure protection dans les moments de tension. C&rsquo;est précisément quand la pression populaire est forte, quand l&rsquo;émotion domine le débat public, que nous avons le plus besoin de juges indépendants pour nous rappeler nos obligations constitutionnelles et conventionnelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ne signifie pas que le droit est immuable ou que toute évolution est impossible. Mais cette évolution doit emprunter les voies démocratiques légitimes : le débat parlementaire, la révision constitutionnelle, la renégociation des traités. Pas la pression politique exercée sur les juges ou la remise en cause de leurs décisions au nom de l&rsquo;opportunité politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion : choisir notre camp</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, nous devons choisir notre camp. D&rsquo;un côté, ceux qui, au nom de l&rsquo;efficacité sécuritaire ou de la souveraineté nationale, sont prêts à sacrifier les équilibres démocratiques sur l&rsquo;autel de la popularité. De l&rsquo;autre, ceux qui considèrent que nos libertés et nos droits valent plus que les dividendes électoraux du court terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Premier ministre De Wever et ses cosignataires nous proposent de troquer nos garanties juridiques contre l&rsquo;illusion d&rsquo;une sécurité absolue. C&rsquo;est un marché de dupes que nos démocraties ne peuvent accepter sans se renier. Comme le rappellent avec force les institutions belges des droits humains : « Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;opposition entre sécurité et droits humains&#8230; La sécurité des personnes doit être garantie en respectant les droits humains. » Les droits fondamentaux, y compris l&rsquo;interdiction absolue de la torture, ne se méritent pas et ne sont jamais conditionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un contexte international où les droits fondamentaux sont de plus en plus remis en cause, nous avons plus que jamais besoin de ces garde-fous juridiques. Car une société qui renonce à ses juges indépendants ne gagne pas en sécurité : elle perd son âme démocratique. Il y a 75 ans, la Belgique était à l&rsquo;origine de la Convention européenne des droits de l&rsquo;Homme. Il serait tragique qu&rsquo;elle contribue aujourd&rsquo;hui à son affaiblissement.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/05/31/lindependance-judiciaire-rempart-democratique-menace/">L’indépendance judiciaire, rempart démocratique menacé</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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