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	<title>Intelligence artificielle - En avant</title>
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	<description>Les droits humains devant</description>
	<lastBuildDate>Fri, 22 May 2026 09:43:29 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Intelligence artificielle - En avant</title>
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		<title>Plateformes numériques : l&#8217;algorithme commande, personne ne répond</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 09:43:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Pauvreté]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Human Rights Watch publie une vaste enquête mondiale sur l&#8217;économie des plateformes. Derrière les apps qui livrent nos repas et acheminent nos courses, 435 millions de travailleur·euse·s subissent un même paradoxe : contrôlé·e·s comme des salarié·e·s, privé·e·s de toute protection. À quelques semaines de négociations décisives à l&#8217;OIT, le moment est venu de trancher. Apraham, ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Human Rights Watch publie une <a href="https://www.hrw.org/feature/2026/05/13/algorithms-of-exploitation/rights-abuses-in-the-gig-economy-and-the-global-fight" target="_blank" rel="noopener" title="">vaste enquête mondiale </a>sur l&rsquo;économie des plateformes. Derrière les apps qui livrent nos repas et acheminent nos courses, 435 millions de travailleur·euse·s subissent un même paradoxe : contrôlé·e·s comme des salarié·e·s, privé·e·s de toute protection. À quelques semaines de négociations décisives à l&rsquo;OIT, le moment est venu de trancher.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Apraham, 74 ans, conduit pour Uber à Beyrouth depuis dix ans. Un soir d&rsquo;octobre 2024, deux passagers le braquent au couteau, lui volent voiture et téléphones. Quand il contacte la plateforme, on lui répond qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas responsable. La police attend qu&rsquo;Uber dépose plainte ; Uber attend que la police contacte l&rsquo;entreprise. « Personne n&rsquo;a bougé », résume-t-il. Sans véhicule, sans assurance, sans pension, il survit grâce à ses frères et sœurs. Son histoire ouvre l&rsquo;enquête que Human Rights Watch consacre aux travailleur·euse·s des plateformes numériques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">435 millions de personnes, un même piège</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres donnent le vertige. La Banque mondiale estime que 435 millions de personnes tirent désormais un revenu d&rsquo;une plateforme numérique. Dans l&rsquo;Union européenne, elles seraient 43 millions en 2025, en hausse de 52 % depuis 2022. L&rsquo;OIT mesure une croissance de 90 % entre 2016 et 2021. Derrière ces données, un même modèle : une application décide qui travaille, à quel prix, pour combien de temps — et peut désactiver le compte sans explication.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les témoignages réunis par HRW dans dix pays composent un tableau glaçant. À Nairobi, Susan accepte des courses dans des quartiers qu&rsquo;elle juge dangereux : refuser ferait chuter sa note. À Édimbourg, Arjun constate qu&rsquo;une même commande est proposée à trois ou quatre livres selon le coursier. À Mexico, Jesús González est percuté à un feu rouge : l&rsquo;hôpital public le refoule, faute d&rsquo;affiliation. À Delhi, Ravi se brise le bras pour livrer dans les dix minutes imposées par l&rsquo;app.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Salarié·e·s en tout sauf en droit</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme est partout identique. Les plateformes fixent les tarifs, contrôlent les itinéraires, évaluent les performances, sanctionnent les écarts. Mais elles qualifient leurs travailleur·euse·s d&rsquo;« indépendant·e·s » ou de « partenaires ». « Si elles contrôlent tout cela, comment ne sont-elles pas notre employeur ? », interroge Jesús. La question n&rsquo;est pas rhétorique : elle ouvre des contentieux dans toute l&rsquo;Europe et au-delà. Royaume-Uni, France, Espagne, Italie, Mexique : des juridictions ont reconnu un lien de subordination que les contrats s&rsquo;efforcent de nier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enjeu est immense. Reclasser ces millions de personnes, c&rsquo;est leur ouvrir l&rsquo;accès au salaire minimum, aux congés payés, à l&rsquo;assurance maladie, à la pension. C&rsquo;est aussi remettre à leur place les algorithmes qui, comme l&rsquo;a théorisé la juriste Veena Dubal, pratiquent une « discrimination salariale algorithmique » en payant différemment deux personnes pour un même travail.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le moment européen, le moment mondial</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La directive européenne de 2024 a marqué une étape : présomption de salariat, transparence algorithmique, interdiction du licenciement automatisé. Les États membres — la Belgique comprise — ont jusqu&rsquo;en décembre 2026 pour la transposer. Mais l&rsquo;échelle du problème est mondiale. Les négociations en cours à l&rsquo;OIT, qui doivent aboutir en juin 2026, sont décisives : un premier traité international sur les droits des travailleur·euse·s de plateforme pourrait y être adopté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que faudra-t-il y inscrire ? Une présomption de salariat dès lors que la plateforme exerce un contrôle effectif. Un droit d&rsquo;accès humain aux décisions algorithmiques. La rémunération de tout le temps de travail, attente comprise. L&rsquo;accès aux protections sociales. Et le droit de s&rsquo;organiser sans représailles.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;invisibilité prend fin</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Car les travailleur·euse·s ne se résignent pas. Au Mexique, l&rsquo;UNTA a obtenu en 2024 l&rsquo;accès à la sécurité sociale pour celles et ceux atteignant le salaire minimum. En Inde, les grèves de janvier 2026 ont fait reculer les promesses de livraison en dix minutes. Au Kenya, à Édimbourg, des collectifs se forment, documentent, attaquent en justice. « Nous ne sommes enfin plus invisibles », confie Manuel Durán, de l&rsquo;UNTA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière chaque application, des choix politiques, des actionnaires, des silences. Derrière chaque livraison, une personne. À nous, citoyen·ne·s et consommateur·rice·s, de soutenir celles et ceux qui exigent que le droit du travail ne s&rsquo;arrête pas aux portes de l&rsquo;app store.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le clic n&rsquo;efface rien.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#DroitsHumains #GigEconomy #Plateformes #OIT2026 #JusticeSociale</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/05/22/plateformes-numeriques-lalgorithme-commande-personne-ne-repond/">Plateformes numériques : l’algorithme commande, personne ne répond</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Le RGPD face aux IA : quand l&#8217;inférence remplace le consentement</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/04/16/le-rgpd-face-aux-ia-quand-linference-remplace-le-consentement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Apr 2026 09:36:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[DroitsNumériques]]></category>
		<category><![CDATA[Protection_des_données]]></category>
		<category><![CDATA[RGPD]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une recherche publiée sur Tech Policy Press met au jour une réalité dérangeante : les systèmes d&#8217;intelligence artificielle qui orchestrent nos vies numériques infèrent automatiquement nos opinions politiques, notre orientation sexuelle, nos croyances religieuses. Sans jamais les demander. En contradiction apparente avec l&#8217;article 9 du Règlement général sur la protection des données. Un continuum du ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une <a href="https://www.techpolicy.press/are-ai-systems-incompatible-with-data-privacy/" target="_blank" rel="noopener" title="">recherche publiée sur Tech Policy Press</a> met au jour une réalité dérangeante : les systèmes d&rsquo;intelligence artificielle qui orchestrent nos vies numériques infèrent automatiquement nos opinions politiques, notre orientation sexuelle, nos croyances religieuses. Sans jamais les demander. En contradiction apparente avec l&rsquo;article 9 du Règlement général sur la protection des données.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un continuum du profilage</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Paul Bouchaud et Pedro Ramaciotti, chercheur·euse·s affilié·e·s au CNRS, identifient quatre systèmes algorithmiques déployés sur X, s&rsquo;échelonnant du profilage explicite au profilage implicite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À une extrémité : la régie publicitaire. En juin 2025, AI Forensics a révélé que TotalEnergies excluait de ses campagnes les utilisateur·rice·s intéressé·e·s par les écologistes et les produits « kosher ». Dell écartait les profils engagés avec le mot-clé « #lesbian ». La Commission européenne elle-même excluait de ses campagnes les profils affublés par la plateforme d&rsquo;étiquettes politiques — « fasciste », « communiste » — pour éviter qu&rsquo;ils reçoivent ses messages. Neuf ONG ont depuis déposé plainte auprès des coordinateurs nationaux du Digital Services Act.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment une institution qui se veut gardienne des droits fondamentaux peut-elle mobiliser des catégories politiques pour distribuer ses messages ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;inférence comme mécanisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Plus insidieux : le dispositif « Community Notes ». Pour sélectionner les notes « jugées utiles par des personnes de points de vue divers », l&rsquo;algorithme doit d&rsquo;abord situer chaque contributeur·rice sur une échelle idéologique. L&rsquo;étude vérifie empiriquement, dans treize pays sur cinq continents, que ces positions inférées correspondent étroitement aux orientations politiques réelles. Meta, YouTube et TikTok déploient des dispositifs comparables. Le profilage politique devient infrastructure industrielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus profondément encore, les systèmes de recommandation — « Who to Follow », fil d&rsquo;actualité — encodent l&rsquo;idéologie dans les représentations internes des utilisateur·rice·s. Non par choix d&rsquo;ingénierie, mais comme propriété émergente : l&rsquo;opinion politique structure à ce point nos comportements en ligne que tout modèle contemporain suffisamment puissant, entraîné sur ces traces, la captera inévitablement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les IA conversationnelles aussi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les grands modèles de langage ne font pas exception. Révéler son prénom déclenche une inférence d&rsquo;origine ethnique. Mentionner un sport pratiqué active une inférence de genre. Ces déductions ont des effets concrets : la personne pratiquant la danse classique sera plus souvent orientée vers une carrière d&rsquo;infirmière que de médecin. Le persona « romance » de Grok instruit explicitement son modèle à déterminer l&rsquo;orientation sexuelle de son interlocuteur·rice. Derrière chaque requête, un profil sensible se construit à notre insu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un double bind réglementaire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ici se noue le dilemme juridique. La Cour de justice de l&rsquo;Union européenne a confirmé que toute donnée « susceptible de révéler indirectement une information sensible » tombe sous la prohibition de l&rsquo;article 9. Appliquée strictement, cette lecture rend non conforme une famille entière de systèmes d&rsquo;IA contemporains. À l&rsquo;inverse, exclure le profilage passif du champ du RGPD reviendrait à autoriser les plateformes à exploiter sciemment les dimensions politiques latentes de leurs modèles, sous couvert de déni plausible. Entre ces deux branches, c&rsquo;est la promesse même d&rsquo;une vie privée à l&rsquo;ère algorithmique qui se joue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il choisir entre la protection des droits fondamentaux et l&rsquo;existence même de ces technologies ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Défendre le rempart</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les auteur·rice·s proposent une voie technique : contraindre, dès l&rsquo;entraînement, les modèles à ne pas pouvoir prédire l&rsquo;orientation politique de figures publiques. Leur expérimentation sur X démontre que retirer chirurgicalement la dimension idéologique augmente la diversité politique des recommandations sans en dégrader la pertinence. La compatibilité entre IA et vie privée n&rsquo;est donc pas impossible : elle suppose qu&rsquo;on cesse de laisser les systèmes apprendre ce que la loi interdit de traiter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le RGPD n&rsquo;est pas un obstacle à contourner. C&rsquo;est un rempart à défendre. Les outils d&rsquo;explicabilité rendent désormais indéfendable tout déni de connaissance : ce que les algorithmes calculent est identifiable, mesurable, corrigeable. Aux régulateurs européens de tenir la ligne. Aux citoyen·ne·s de les soutenir.</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/04/16/le-rgpd-face-aux-ia-quand-linference-remplace-le-consentement/">Le RGPD face aux IA : quand l’inférence remplace le consentement</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;IA militaire en Belgique : qui décide des règles ?</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/26/lia-militaire-en-belgique-qui-decide-des-regles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Mar 2026 18:43:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;intelligence artificielle se déploie dans nos armées et nos services de sécurité sans cadre légal, sans débat parlementaire, sans garde-fous. En Belgique, un citoyen a déposé une pétition fédérale jugée recevable par la Chambre. Il faut 25.000 signatures pour obliger nos représentant·e·s à se saisir du sujet. Cinq minutes. Un lien. Le minimum démocratique. L&#8217;angle ... </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;intelligence artificielle se déploie dans nos armées et nos services de sécurité sans cadre légal, sans débat parlementaire, sans garde-fous. En Belgique, un citoyen a déposé une pétition fédérale jugée recevable par la Chambre. <a href="https://dekamer.mijnopinie.belgium.be/initiatives/i-1290?ref=da.van.ac" target="_blank" rel="noopener" title="">Il faut 25.000 signatures pour obliger nos représentant·e·s à se saisir du sujet. Cinq minutes. Un lien</a>. Le minimum démocratique.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;angle mort de l&rsquo;AI Act</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On a beaucoup célébré l&rsquo;AI Act européen, entré en vigueur en 2024. On a nettement moins parlé de son impensé le plus massif : la sécurité nationale est explicitement exclue de son champ d&rsquo;application. Ce n&rsquo;est pas un oubli technique — c&rsquo;est un choix politique délibéré. L&rsquo;Union européenne ne peut pas légiférer dans ce domaine sans révision des traités. Chaque État membre reste seul souverain, et seul responsable, de ce qu&rsquo;il autorise à ses forces armées en matière d&rsquo;IA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la Belgique ? Aucun cadre légal spécifique. Aucun débat structuré. Aucun mécanisme de contrôle indépendant. Une charte non contraignante a bien été signée le 11 juillet 2025 par près de 40 organismes fédéraux dont la Police et la Défense — mais ce document renvoie lui-même à l&rsquo;AI Act, qui exclut précisément ce qu&rsquo;on cherche à encadrer. La boucle est bouclée. Rien ne contrôle rien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Palantir à nos portes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant que le vide juridique s&rsquo;installe, les fournisseurs technologiques n&rsquo;attendent pas. L&rsquo;Echo et Le Soir ont révélé que Palantir — le géant américain de l&rsquo;analyse de données piloté par Peter Thiel — a ouvert une filiale belge en décembre 2025, deux mois après une rencontre entre le ministre de la Défense Theo Francken et ses représentant·e·s. Notre Premier ministre Bart De Wever évoque des « discussions exploratoires ». Aucun contrat signé, dit-il. Mais le couloir est ouvert.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre l&rsquo;enjeu, il suffit de regarder ce que Palantir fait ailleurs. Aux États-Unis, l&rsquo;entreprise fournit à l&rsquo;ICE un système de traçage des migrant·e·s et a développé ImmigrationOS — ce sont des contrats documentés, des systèmes en production. En Allemagne, la Cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnel l&rsquo;usage de son logiciel de surveillance par la police des Länder de Hesse et de Hambourg. En Suisse, malgré dix ans de démarchage, l&rsquo;entreprise a été rejetée pour risques liés à la souveraineté des données.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Belgique sera-t-elle plus vigilante que l&rsquo;Allemagne ne l&rsquo;a été avant que ses tribunaux interviennent ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les garde-fous ne se négocient pas seuls</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Département de la Défense américain avait exigé qu&rsquo;Anthropic, l&rsquo;éditeur de l&rsquo;IA Claude, lève deux interdictions éthiques inscrites dans ses contrats : l&rsquo;usage de son IA pour la surveillance de masse de citoyen·ne·s, et son intégration dans des systèmes d&rsquo;armes létaux sans supervision humaine. Anthropic a refusé. Son fondateur a déclaré publiquement ne pas pouvoir « en bonne conscience accéder à leur demande ». Le Pentagone l&rsquo;a classé « risque sécuritaire inacceptable » — et OpenAI a pris sa place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le message est sans ambiguïté : quand une entreprise dit non, on la remplace. Comment croire encore que les garde-fous éthiques tiendront si le seul frein reste la bonne volonté d&rsquo;un fournisseur privé ? Il ne reste plus que le politique pour poser des limites. Encore faut-il qu&rsquo;il se saisisse du sujet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Trois demandes, un levier réel</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://dekamer.mijnopinie.belgium.be/initiatives/i-1290?ref=da.van.ac" title="">La pétition</a> déposée par le journaliste et citoyen Damien Van Achter, jugée recevable par la Chambre, formule trois demandes concrètes : que le gouvernement dresse un état des lieux des systèmes d&rsquo;IA déployés par la Défense et la Police fédérale ; que la Belgique fixe ses propres règles minimales — transparence, contrôle humain, audit indépendant ; que le Parlement se prononce sur deux usages précis : la surveillance de masse et les armes autonomes sans supervision humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas un appel à l&rsquo;interdiction. C&rsquo;est une demande de débat. Le droit de pétition est inscrit dans notre Constitution : 25.000 signatures réparties entre les trois régions — 14.500 en Flandre, 8.000 en Wallonie, 2.500 à Bruxelles — obligent la Chambre à examiner le texte. Un levier institutionnel réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://dekamer.mijnopinie.belgium.be/initiatives/i-1290?ref=da.van.ac" title="">Signer cette pétition</a>, ce n&rsquo;est pas se prononcer pour ou contre l&rsquo;IA militaire. C&rsquo;est demander que la question soit posée là où elle doit l&rsquo;être : au Parlement, en commission, en séance publique — et non dans des négociations opaques entre un cabinet ministériel et une multinationale technologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces citoyen·ne·s qui exigent la transparence sur les technologies de défense parviendront, nous en sommes certain·e·s, à faire avancer ce débat, pour peu que nous les soutenions. À nous non pas d&rsquo;attendre que les tribunaux corrigent ce que le politique aurait pu encadrer à temps, mais d&rsquo;agir maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://dekamer.mijnopinie.belgium.be/initiatives/i-1290?ref=da.van.ac" title="">Au boulot</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">#IAMilitaire #DémocratieParlementaire #Pétition #Belgique #DroitsNumériques</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/26/lia-militaire-en-belgique-qui-decide-des-regles/">L’IA militaire en Belgique : qui décide des règles ?</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;ONU à l&#8217;épreuve de ses propres algorithmes</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/25/lonu-a-lepreuve-de-ses-propres-algorithmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 15:42:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conflits]]></category>
		<category><![CDATA[Droit International Humanitaire]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;ONU prône une gouvernance mondiale éthique de l&#8217;intelligence artificielle. Elle déploie simultanément ces mêmes technologies dans ses opérations de maintien de la paix — parfois sans cadre, parfois au détriment des populations qu&#8217;elle est censée protéger. Cette tension, documentée dans une note de l&#8217;Observatoire Boutros-Ghali de mars 2026, interpelle quiconque croit en la capacité du ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="L&#8217;ONU à l&#8217;épreuve de ses propres algorithmes" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2026/03/25/lonu-a-lepreuve-de-ses-propres-algorithmes/#more-854" aria-label="En savoir plus sur L&#8217;ONU à l&#8217;épreuve de ses propres algorithmes">Lire plus</a></p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/25/lonu-a-lepreuve-de-ses-propres-algorithmes/">L’ONU à l’épreuve de ses propres algorithmes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>L&rsquo;ONU prône une gouvernance mondiale éthique de l&rsquo;intelligence artificielle. Elle déploie simultanément ces mêmes technologies dans ses opérations de maintien de la paix — parfois sans cadre, parfois au détriment des populations qu&rsquo;elle est censée protéger. Cette tension, documentée dans <a href="https://www.observatoire-boutros-ghali.org/wp-content/uploads/2026/03/Note-YOUNSI-OBG-IA-ONU-OP-Version-FRmars.pdf" target="_blank" rel="noopener" title="">une note de l&rsquo;Observatoire Boutros-Ghali de mars 2026</a>, interpelle quiconque croit en la capacité du multilatéralisme à réguler le numérique.</strong></p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Arbitre et joueur</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 2024, le Secrétaire général António Guterres avertissait : le sort de l&rsquo;humanité ne doit « jamais être laissé à la boîte noire d&rsquo;un algorithme ». Quelques semaines plus tard, l&rsquo;ONU perfectionnait ses plateformes de surveillance géospatiale dans ses propres missions. Ce n&rsquo;est pas de la mauvaise foi — c&rsquo;est une tension structurelle qu&rsquo;Antoine Younsi, chercheur au GRIP, met en lumière avec précision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;un côté, l&rsquo;organisation accumule les initiatives normatives : Pacte numérique mondial adopté à l&rsquo;unanimité en 2024, principes éthiques pour l&rsquo;usage interne des algorithmes, organe consultatif de haut niveau sur l&rsquo;IA. De l&rsquo;autre, elle intègre ces technologies dans ses opérations de paix de manière souvent expérimentale — avec des pratiques qui précèdent les règles censées les encadrer.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une gouvernance mondiale en éclats</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le paysage normatif international est morcelé. Les États-Unis, la Chine et l&rsquo;Union européenne se disputent le rôle de puissance régulatrice. Les standards s&rsquo;accumulent, souvent incompatibles. On parle de gouvernance en « patchwork », de pratiques de « forum shopping » par lesquelles États et entreprises sélectionnent les enceintes les moins contraignantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Europe, avec son AI Act contraignant, offre un contre-modèle partiel. Mais sans mécanismes contraignants à l&rsquo;échelle onusienne, les normes restent inopposables : moins d&rsquo;un quart des États signataires de la Recommandation de l&rsquo;UNESCO sur l&rsquo;éthique de l&rsquo;IA ont réellement engagé des outils de mise en œuvre.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>SAGE, Unite Aware : la promesse prédictive</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La note examine deux outils concrets. SAGE permet aux Casques bleus de visualiser des données géolocalisées sur les violences et les tensions. Unite Aware, opérationnelle depuis 2023 à Chypre, croise des données multisources pour anticiper les crises. Un partenariat ONU–École polytechnique fédérale de Zurich a montré que des algorithmes d&rsquo;apprentissage profond pouvaient générer des prévisions à court terme de l&rsquo;intensité des conflits. En janvier 2026, la plateforme entre dans une deuxième phase, notamment au sein de la MONUSCO en République démocratique du Congo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est prometteur. Et vertigineux.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Les données ne sont jamais neutres</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que la note devient la plus précieuse pour les défenseur·e·s des droits humains. Les données collectées en zone de conflit reflètent les biais de ceux qui les collectent, les omissions des formulaires, les angles morts culturels et de genre. En RDC, la simplification des catégories dans SAGE a conduit à regrouper des dizaines de groupes armés sous une même étiquette, faussant les analyses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les algorithmes entraînés sur ces données imparfaites peuvent amplifier ces biais. Une confiance excessive crée une distance entre personnels onusiens et populations — ce que des chercheur·e·s appellent la « bunkerisation » des missions. Certain·e·s évoquent même un « colonialisme des données » : technologies développées par des acteurs occidentaux, déployées sur des populations du Sud global, anciennement colonisées, sans garanties sur la propriété des données ni sur la participation des communautés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment garantir la protection des civils si les algorithmes ignorent les dynamiques de genre ? Comment préserver la légitimité des missions si les populations deviennent des données à extraire plutôt que des citoyen·ne·s à associer aux processus de paix ?</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;exemplarité ou rien</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Si l&rsquo;ONU veut rester crédible dans la gouvernance mondiale de l&rsquo;IA, elle doit l&rsquo;être dans l&rsquo;usage qu&rsquo;elle en fait. Ses opérations de paix sont un laboratoire — et une vitrine. Un décalage durable entre ambitions normatives et pratiques éroderait sa légitimité, au moment précis où le monde en a le plus besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces enjeux nous concernent. Nos gouvernements contribuent aux missions onusiennes et siègent aux instances de régulation. Les entreprises de nos pays participent au développement de ces technologies. Personne n&rsquo;est spectateur·rice de cette transformation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;IA ne sera ni solution magique ni gouffre inéluctable. Ses effets dépendent des choix que nous faisons — maintenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous d&rsquo;exiger la cohérence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">GouvernanceIA #MaintiendeLaPaix #DroitsHumains #NationsUnies #IntelligenceArtificielle</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/25/lonu-a-lepreuve-de-ses-propres-algorithmes/">L’ONU à l’épreuve de ses propres algorithmes</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L&#8217;algorithme de X fabrique du consentement conservateur</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2026 16:24:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une étude publiée dans Nature en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&#8217;effet persiste même quand on coupe l&#8217;algorithme. Sept semaines sous algorithme Il y a un geste que des milliards de personnes ... </p>
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<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/">L’algorithme de X fabrique du consentement conservateur</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une étude publiée dans <em>Nature</em> en février 2026 apporte enfin une preuve expérimentale de ce que beaucoup soupçonnaient : le fil algorithmique de X (ex-Twitter) déplace les opinions politiques vers des positions conservatrices. Et l&rsquo;effet persiste même quand on coupe l&rsquo;algorithme.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sept semaines sous algorithme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a un geste que des milliards de personnes posent chaque jour sans y penser : faire défiler leur fil d&rsquo;actualité. Ce geste paraît anodin. Il ne l&rsquo;est pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une équipe de chercheur·euse·s des universités de Bocconi, Saint-Gall et de la Paris School of Economics a conduit en 2023 une expérience de terrain impliquant près de 5 000 utilisateur·rice·s américain·e·s actif·ve·s de X, réparti·e·s aléatoirement entre deux conditions : un fil chronologique classique ou le fil algorithmique « Pour vous ». Pendant sept semaines, les participant·e·s ont navigué dans leur environnement assigné pendant que les chercheur·euse·s mesuraient l&rsquo;évolution de leurs attitudes politiques et de leurs comportements en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les résultats, publiés dans <em>Nature</em> le 18 février 2026, sont sans ambiguïté. L&rsquo;exposition au fil algorithmique de X déplace les opinions vers des positions conservatrices — sur les priorités politiques, sur les enquêtes judiciaires visant Donald Trump, sur la guerre en Ukraine. Des effets mesurables, statistiquement solides, obtenus indépendamment de la plateforme elle-même.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que l&rsquo;algorithme fait vraiment</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que la mécanique révélée par cette étude est d&rsquo;une redoutable efficacité. L&rsquo;algorithme de X ne se contente pas de réorganiser les contenus : il en sélectionne activement certains au détriment d&rsquo;autres. Les posts conservateurs apparaissent près de 20 % plus souvent dans le fil algorithmique que dans un fil chronologique. Les médias d&rsquo;information traditionnels y sont relégués de 58 %. À leur place, les comptes d&rsquo;activistes politiques — en majorité conservateurs — voient leur visibilité bondir de 27 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas le fruit du hasard. Ce sont des choix d&rsquo;ingénierie. Des paramètres. Des décisions prises par des êtres humains dans des salles de réunion, concernant ce que des centaines de millions d&rsquo;autres êtres humains verront ou ne verront pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;effet le plus préoccupant tient dans son asymétrie. Les utilisateur·rice·s exposé·e·s à l&rsquo;algorithme commencent à suivre des comptes d&rsquo;activistes conservateurs. Et lorsqu&rsquo;on leur retire ensuite l&rsquo;algorithme — lorsqu&rsquo;on revient au fil chronologique —, ils et elles continuent de suivre ces comptes. Les opinions façonnées ne se dissolvent pas. Le ver est dans le fruit. L&rsquo;exposition passée structure l&rsquo;exposition future.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore qu&rsquo;une plateforme est un simple espace neutre d&rsquo;échange, lorsque ses paramètres techniques orientent les attitudes politiques de ses utilisateur·rice·s sans que ceux et celles-ci en soient conscient·e·s ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu de droits humains</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette recherche n&rsquo;est pas qu&rsquo;une curiosité académique. Elle touche au cœur de ce que la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme nomme la liberté d&rsquo;opinion et d&rsquo;expression — des droits qui présupposent que les individus forment leurs convictions dans un environnement pluraliste et non manipulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or les plateformes algorithmiques constituent aujourd&rsquo;hui l&rsquo;environnement informationnel de premier recours pour une fraction croissante de la population mondiale. Un quart des adultes américain·e·s déclarent les réseaux sociaux comme leur source principale d&rsquo;information. En Europe, les chiffres sont comparables. Ce n&rsquo;est pas anodin quand on sait que l&rsquo;algorithme étudié ici rétrograde de 58 % les médias d&rsquo;information au profit de contenus militants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos gouvernements — dont nombre d&rsquo;entre eux se déclarent défenseurs de la liberté de la presse et du pluralisme démocratique dans les enceintes de Bruxelles ou de Strasbourg — ont-ils mesuré ce que signifie confier l&rsquo;architecture de l&rsquo;espace public à des entreprises privées dont les objectifs sont l&rsquo;engagement et la monétisation ? Comment croire encore dans l&rsquo;engagement institutionnel pour la liberté d&rsquo;expression lorsque les règlements sur la gouvernance des données restent si timides face à la puissance de ces mécanismes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude rappelle en outre que des travaux antérieurs sur Twitter — avant même le rachat par Elon Musk — avaient déjà identifié un biais de l&rsquo;algorithme vers les contenus de droite. La propriété de la plateforme change ; l&rsquo;orientation algorithmique, elle, persiste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réguler ou subir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des citoyen·ne·s, des chercheur·euse·s, des militant·e·s se mobilisent pour rendre visibles ces mécanismes. En Europe, le règlement sur les services numériques (DSA) impose aux très grandes plateformes une transparence accrue sur leurs systèmes de recommandation et le droit pour les utilisateur·rice·s d&rsquo;accéder à un fil non personnalisé. C&rsquo;est une avancée. Insuffisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la question n&rsquo;est pas seulement technique. Elle est politique. Qui décide de ce que des milliards de personnes voient chaque jour ? Au nom de quels intérêts ? Avec quels contrôles démocratiques ? Les auteur·rice·s de l&rsquo;étude soulignent eux-mêmes que les plateformes peuvent modifier leurs algorithmes à tout moment, sans que les chercheur·euse·s — ni les régulateur·rice·s — en soient informé·e·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous non pas de nous résigner à subir des environnements informationnels façonnés par des logiques commerciales opaques, mais d&rsquo;exiger des mécanismes d&rsquo;audit indépendants, une transparence algorithmique effective et le renforcement des médias d&rsquo;information pluralistes capables de contrebalancer la puissance des plateformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;étude complète est accessible sur <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-026-10098-2">Nature</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos démocraties méritent mieux qu&rsquo;un fil.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>#AlgorithmeX #LibertéDExpression #DroitsNumeriques #DémocratieMédiatique #DSA #Désinformation #PluralismeInformatif #RéseauxSociaux #IA #GovernanceNumerique #TwitterX #ElonMusk #DroitsHumains #RegulationNumerique #MédiasIndépendants #droitsnumeriques #libertedinformation</em></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/03/01/lalgorithme-de-x-fabrique-du-consentement-conservateur/">L’algorithme de X fabrique du consentement conservateur</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 11:32:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Défenseurs des droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Migrants]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s utilisent imprimantes 3D et maker spaces pour résister aux raids d'ICE. Un mouvement qui interpelle l'Europe sur la défense concrète des droits fondamentaux.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aux États-Unis, des citoyen·ne·s transforment leurs imprimantes 3D et leurs ateliers communautaires en outils de résistance face aux raids de l&rsquo;agence fédérale ICE. Un mouvement qui interroge l&rsquo;Europe sur sa propre trajectoire sécuritaire et sur la capacité des sociétés civiles à défendre concrètement les droits fondamentaux. Wired a mené une <a href="https://www.wired.com/story/makers-are-building-back-against-ice/" target="_blank" rel="noopener" title="">enquête à ce suje</a>t.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un quartier de Minneapolis, en janvier 2026, des agent·e·s fédéraux abattent deux personnes lors d&rsquo;une opération de contrôle migratoire. Un mois plus tard, à quelques rues de là, une imprimante 3D crache son énième sifflet d&rsquo;alerte, destiné à prévenir les habitant·e·s de la présence de l&rsquo;Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans le voisinage. C&rsquo;est toute la tension de ce moment américain : la violence d&rsquo;État d&rsquo;un côté, l&rsquo;ingéniosité citoyenne de l&rsquo;autre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La solidarité en kit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;intensification des opérations d&rsquo;ICE sous l&rsquo;administration Trump — dont les agent·e·s fédéraux disposent désormais d&rsquo;une latitude d&rsquo;usage de la force considérablement élargie —, les maker spaces, ces ateliers communautaires équipés d&rsquo;imprimantes 3D et de machines-outils, se sont transformés en véritables infrastructures de protection. Des milliers de sifflets circulent dans les quartiers ciblés. Des supports de caméras corporelles sont distribués aux observateur·rice·s civil·e·s. Des réseaux maillés Meshtastic, fonctionnant sans internet ni réseau mobile, permettent de communiquer hors de portée de toute surveillance. Des ateliers de réparation accueillent celles et ceux dont les portes ont été enfoncées lors de descentes policières — une réalité devenue banale dans certaines villes américaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Force est de reconnaître que cette inventivité n&rsquo;est pas un caprice de bricoleur·euse·s. C&rsquo;est une réponse directe à une politique qui criminalise des populations entières, sépare des familles et transforme des quartiers en zones d&rsquo;occupation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des mécanismes qui nous concernent</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les situations ne sont certes pas comparables en intensité. Mais depuis Bruxelles ou Liège, les mécanismes à l&rsquo;œuvre aux États-Unis renvoient à des dynamiques que nous connaissons. Les dispositifs de surveillance aux frontières européennes, le recours systématique à Frontex pour refouler des embarcations en Méditerranée, les technologies de reconnaissance faciale déployées dans plusieurs pays de l&rsquo;Union : l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas spectatrice innocente de la dérive sécuritaire mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Belgique, la question de la proportionnalité des moyens de contrôle migratoire se pose avec une acuité croissante. Les centres fermés, les raids dans les logements, les confiscations de biens de première nécessité documentées par plusieurs ONG sur nos trottoirs dessinent un paysage où l&rsquo;État de droit vacille parfois dangereusement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le « faire » comme acte politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire encore aux discours sur les « valeurs européennes » lorsque nos gouvernements multiplient les investissements dans des dispositifs de contrôle aux frontières sans effort comparable en matière d&rsquo;accueil ? Comment exiger des États-Unis le respect des droits fondamentaux si nous détournons le regard de nos propres pratiques ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que montrent les maker·euse·s américain·e·s, c&rsquo;est que la résistance peut être concrète, quotidienne, accessible. Comme le résume un·e participant·e anonyme interrogé·e par le magazine Wired : la résistance est d&rsquo;abord quelque chose de pratique. Cette philosophie du « faire » rappelle que les droits ne se défendent pas uniquement dans les tribunaux ou les parlements, mais aussi dans les ateliers de quartier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;espoir par l&rsquo;action</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il nous revient, par nos actions, de ne pas abandonner cet espace de solidarité aux seul·e·s bricoleur·euse·s d&rsquo;outre-Atlantique. En Europe, des collectifs citoyens cartographient déjà les violences policières, documentent les conditions de rétention, développent des outils numériques de protection des droits. Des fablabs solidaires et des réseaux d&rsquo;entraide se multiplient dans nos villes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces initiatives parviendront, nous en sommes sûr·e·s, à tracer les pistes d&rsquo;une résistance démocratique, pour peu que nous les soutenions. Charge à nous non pas de céder à la peur ou au fatalisme, mais de fournir les outils — matériels et juridiques — qui permettront à chacun·e de défendre ses droits et ceux de ses voisin·e·s. La technologie change, les imprimantes 3D remplacent les machines à écrire, mais l&rsquo;essentiel demeure : des citoyen·ne·s déterminé·e·s, uni·e·s, qui refusent de baisser les bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de fabriquer la lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#DroitsHumains #RésistanceCitoyenne #MakerSpaces #ICE #Solidarité #ÉtatDeDroit #Frontex #Surveillance #FabLab #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/21/resister-par-le-faire-quand-les-maker%c2%b7euse%c2%b7s-defendent-les-droits-fondamentaux/">Résister par le faire : quand les maker·euse·s défendent les droits fondamentaux</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l&#8217;IA</title>
		<link>https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 14:41:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un long article, le magazine WIRED décortique la stratégie d&#8217;Anthropic, créatrice du chatbot Claude. L&#8217;entreprise, qui se veut championne de la sécurité en intelligence artificielle, parie sur la « sagesse » de sa propre création pour éviter la catastrophe. Une promesse qui interroge profondément notre rapport démocratique à la technologie. L&#8217;enquête publiée par WIRED ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l&#8217;IA" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/#more-800" aria-label="En savoir plus sur Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l&#8217;IA">Lire plus</a></p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/">Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l’IA</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://www.wired.com/story/the-only-thing-standing-between-humanity-and-ai-apocalypse-is-claude/" title="">Dans un long article</a>, le magazine <em>WIRED</em> décortique la stratégie d&rsquo;Anthropic, créatrice du chatbot Claude. L&rsquo;entreprise, qui se veut championne de la sécurité en intelligence artificielle, parie sur la « sagesse » de sa propre création pour éviter la catastrophe. Une promesse qui interroge profondément notre rapport démocratique à la technologie.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enquête publiée par <em>WIRED</em> en ce début 2026 met le doigt sur une contradiction que les observateur·rice·s des droits humains connaissent bien : celle d&rsquo;un acteur qui dénonce un danger tout en contribuant à l&rsquo;alimenter. Anthropic, start-up californienne valorisée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, se présente comme l&rsquo;entreprise d&rsquo;IA la plus obsédée par la sécurité. Elle finance des recherches sur les risques existentiels, publie des analyses détaillées des failles de ses modèles, et a même recruté une philosophe, Amanda Askell, pour rédiger le cadre éthique de son chatbot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, comme le souligne <em>WIRED</em>, cela ne l&#8217;empêche nullement de poursuivre, avec la même détermination que ses concurrents, la course au développement d&rsquo;une intelligence artificielle toujours plus puissante. Le PDG Dario Amodei reconnaît lui-même que le défi est « intimidant ». Son récent article de blog, <em>L&rsquo;adolescence de la technologie</em>, évoque des « océans noirs de l&rsquo;infini » — des mots qui tranchent singulièrement avec le discours proto-utopique qu&rsquo;il tenait quelques mois plus tôt. Ce glissement sémantique, à lui seul, devrait nous alerter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Confier les clés à la machine ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse d&rsquo;Anthropic à ce paradoxe tient en une formule qui laisserait perplexe n&rsquo;importe quel·le juriste en droits fondamentaux : « En Claude nous avons confiance. » L&rsquo;entreprise a mis à jour la « Constitution de Claude », un document qui ne s&rsquo;adresse plus aux ingénieur·e·s, mais au chatbot lui-même. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;imposer des règles strictes, mais de guider Claude vers un « jugement indépendant », une capacité à être « intuitivement sensible » aux situations éthiques complexes. Le texte exprime même l&rsquo;espoir que le modèle « puise de plus en plus dans sa propre sagesse ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sagesse. Le mot est lâché. Amanda Askell le défend avec un aplomb remarquable dans les colonnes de <em>WIRED</em> : « Je pense que Claude est certainement capable d&rsquo;une certaine forme de sagesse. » L&rsquo;affirmation est vertigineuse. Car ce que propose Anthropic, au fond, c&rsquo;est de déléguer à un algorithme — aussi sophistiqué soit-il — des arbitrages qui relèvent du cœur même de l&rsquo;éthique humaine. Quand faut-il refuser d&rsquo;aider un utilisateur ? Comment annoncer un diagnostic médical grave ? À quel moment la prudence devient-elle censure ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces questions ne sont pas nouvelles. Elles traversent depuis des siècles les débats sur la responsabilité morale, la justice et la gouvernance. La nouveauté, c&rsquo;est qu&rsquo;on envisage désormais d&rsquo;en confier la résolution à un système que personne ne sait véritablement expliquer — y compris ses créateur·rice·s.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Où sont les citoyen·ne·s ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ne pas s&rsquo;interroger, à la lecture de cet article, sur l&rsquo;absence totale de contrôle démocratique dans cette équation ? Comment accepter que des décisions éthiques fondamentales soient prises dans les bureaux d&rsquo;une start-up californienne, sans aucune forme de délibération publique ? Comment croire que la « sagesse » d&rsquo;un modèle linguistique puisse se substituer aux mécanismes — imparfaits mais essentiels — de la démocratie représentative ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article de <em>WIRED</em> révèle que Sam Altman, patron d&rsquo;OpenAI, envisage de confier un jour la direction de son entreprise à une IA. Nous ne sommes plus dans la science-fiction. Le projet est explicite : remplacer la gouvernance humaine par une gouvernance algorithmique. Cela concerne directement les droits fondamentaux de milliards de personnes — le droit à l&rsquo;information, le droit à la vie privée, le droit à ne pas être discriminé·e par un système opaque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Europe, le Règlement sur l&rsquo;intelligence artificielle (AI Act), entré en application progressive depuis 2025, tente d&rsquo;imposer des garde-fous. En Belgique, le débat sur l&rsquo;encadrement de la reconnaissance faciale et des systèmes décisionnels automatisés avance, mais reste largement en deçà de l&rsquo;accélération technologique. Force est de reconnaître que nos institutions peinent à suivre le rythme imposé par des entreprises dont les budgets de recherche dépassent ceux de nombreux États.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le miroir tendu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait toutefois réducteur de ne voir dans cette affaire qu&rsquo;une critique de la Silicon Valley. L&rsquo;article de <em>WIRED</em> nous tend un miroir. Car le paradoxe d&rsquo;Anthropic est aussi le nôtre. Nous utilisons massivement ces technologies tout en redoutant leurs conséquences. Nous exigeons des réponses éthiques de la part d&rsquo;entreprises privées, tout en refusant d&rsquo;investir les moyens nécessaires dans une gouvernance publique de l&rsquo;IA. Nous critiquons la concentration du pouvoir technologique, tout en restant passif·ve·s face à la captation de nos données et de notre attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La constitution de Claude, aussi bien intentionnée soit-elle, ne peut pas remplacer une constitution tout court — celle qui organise nos droits, nos contre-pouvoirs et notre vie en société. L&rsquo;IA constitutionnelle est un objet fascinant. Mais elle ne deviendra un progrès réel que si elle s&rsquo;inscrit dans un cadre de régulation défini par des processus démocratiques, avec la participation des citoyen·ne·s, et pas seulement des ingénieur·e·s et des investisseur·euse·s.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les organisations de défense des droits humains, en Belgique comme ailleurs, ont un rôle crucial à jouer dans ce débat. Non pas pour rejeter la technologie en bloc, mais pour exiger qu&rsquo;elle serve les droits fondamentaux plutôt que de les soumettre à la bonne volonté d&rsquo;algorithmes — fussent-ils « sages ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À nous de l&rsquo;exiger.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f50e.png" alt="🔎" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> ENCADRÉ — La « Constitution de Claude », mode d&#8217;emploi</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Publiée par Anthropic en janvier 2026, la nouvelle <a href="https://www.anthropic.com/constitution" title="">« Constitution de Claude » </a>est un document de plusieurs milliers de mots qui ne s&rsquo;adresse pas aux utilisateur·rice·s, mais au chatbot lui-même. Contrairement à la version précédente, qui compilait des textes de référence externes (Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme, principes anti-discrimination de DeepMind, conditions d&rsquo;utilisation d&rsquo;Apple), cette mise à jour se présente comme un guide éthique intégré.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Trois principes fondamentaux</strong> structurent le texte : l&rsquo;entraide (être utile à l&rsquo;utilisateur·rice), la sécurité (ne pas causer de tort) et l&rsquo;honnêteté (ne pas induire en erreur). La constitution demande à Claude de faire preuve de « jugement indépendant » lorsque ces principes entrent en conflit — par exemple, quand aider un·e utilisateur·rice pourrait mettre en danger une tierce personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le point le plus controversé</strong> est l&rsquo;invitation faite au modèle à développer sa propre « sagesse ». Amanda Askell, philosophe et auteure principale du document, assume cette ambition : il ne s&rsquo;agit plus de programmer des interdits, mais de cultiver chez l&rsquo;IA une sensibilité éthique contextuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les critiques</strong> portent sur l&rsquo;absence de contrôle externe : ce cadre éthique est défini par l&rsquo;entreprise elle-même, sans validation démocratique ni audit indépendant obligatoire. L&rsquo;AI Act européen impose certes des obligations de transparence pour les systèmes à haut risque, mais la question de savoir si un chatbot grand public entre dans cette catégorie reste ouverte.</p>
</blockquote>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#IntelligenceArtificielle #DroitsHumains #Anthropic #Claude #AIAct #GouvernanceNumérique #ÉthiqueIA #Démocratie #RégulationIA #DroitsFondamentaux</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2026/02/07/anthropic-ou-le-paradoxe-du-pompier-pyromane-de-lia/">Anthropic, ou le paradoxe du pompier pyromane de l’IA</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>De l&#8217;économie de l&#8217;attention à l&#8217;économie de l&#8217;intention : comment l&#8217;IA redessine notre curiosité</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/12/04/de-leconomie-de-lattention-a-leconomie-de-lintention-comment-lia-redessine-notre-curiosite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Dec 2025 20:23:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[Droits sociaux et économiques]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://en-avant.info/?p=744</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nous allons vers une « économie de l'intention », souligne Shuwei Fang, où les systèmes d'IA collectent, monétisent et, potentiellement, manipulent les intentions des utilisateurs. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ce à quoi ils assistent s'accompagne d'une restructuration fondamentale de la circulation de l'information dans la société. Dans cette économie de l'intention qui émerge, les systèmes d'IA pourraient rivaliser pour anticiper et façonner les contenus que les utilisateurs recherchent avant même qu'ils n'en aient conscience. L'infrastructure en cours de construction, largement invisible pour la plupart d'entre nous, ne déterminera pas seulement ce que nous voyons ; elle déterminera ce que nous voulons voir avant même que nous le sachions.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 class="wp-block-heading"></h2>



<h2 class="wp-block-heading">La fin des marchands d&rsquo;attention</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&#8217;empire de l&rsquo;économie de l&rsquo;attention vacille. Shuwei Fang, chercheur au Shorenstein Center, pose un <a href="https://shorensteincenter.org/resource/from-attention-merchants-to-intention-architects-the-invisible-infrastructure-reshaping-human-curiosity/" target="_blank" rel="noopener" title="">diagnostic sans appel </a>: du journalisme à sensation du XIXe siècle aux réseaux sociaux contemporains, le modèle qui consistait à capter nos regards pour les monétiser arrive à épuisement. Les chiffres parlent d&rsquo;eux-mêmes : les grands éditeurs ont perdu la moitié de leur trafic depuis que Google a intégré ses résumés générés par IA. L&rsquo;industrie publicitaire numérique, pesant 685 milliards de dollars, affronte une crise existentielle alors que les assistants IA cessent de cliquer sur les annonces.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;émergence du graphe de curiosité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fang identifie trois signaux annonciateurs du basculement. Les assistants IA développent désormais une mémoire persistante de nos conversations, cartographiant non seulement nos questions mais la trajectoire de notre curiosité. Les marchés de prédiction dépassent deux milliards de dollars de volume hebdomadaire, externalisant la quête de réponses vers l&rsquo;intelligence collective. Enfin, l&rsquo;auteur observe dans ses propres usages un phénomène révélateur : l&rsquo;IA ne sert plus à obtenir des réponses mais à découvrir quelles questions poser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce graphe de curiosité constituerait un renversement fondamental. Là où les réseaux sociaux traquaient ce qui captait notre attention, ces nouveaux systèmes cartographient l&rsquo;évolution de nos interrogations, comprenant non seulement ce que nous savons mais ce que nous ignorons encore vouloir demander.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>« Ce qui pourrait émerger, c&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle un « graphe de curiosité » : non pas un suivi de ce qui capte votre attention comme le font les réseaux sociaux, mais une cartographie de l&rsquo;évolution de vos questions au fil du temps. Chaque interaction approfondit la compréhension de l&rsquo;IA, non seulement de ce que vous savez, mais aussi de ce que vous n&rsquo;avez pas encore pensé à demander. Dans un avenir proche, cette compréhension pourrait devenir non seulement malléable, tirant profit de l&rsquo;évolution de votre curiosité, mais aussi monnayable : vos incertitudes émergentes seraient transformées en produits dérivés, votre assistant IA pariant potentiellement sur la question que vous vous apprêtez à poser».</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Shuwei Fang</strong></p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">La grande inversion informationnelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;analyse révèle une transformation structurelle des flux d&rsquo;information. Avec des contextes atteignant 200000 tokens, les IA absorbent des volumes que le cerveau humain ne peut traiter. Nous entrons selon Fang dans un monde B2A2C : les entités produisent l&rsquo;information, l&rsquo;IA la consomme et la transforme, puis crée ce que les humains voient effectivement. L&rsquo;information originelle devient matière première pour les machines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette intermédiation diffère radicalement de l&rsquo;ère des plateformes. Google organisait des liens, Facebook surfaçait des publications, Twitter montrait les tendances. Ces acteurs classaient sans créer. Les systèmes IA possèdent une agentivité fonctionnelle : ils refaçonnent les sources en formes entièrement nouvelles. L&rsquo;information devient liquide, constamment reformée selon qui interroge et comment.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une infrastructure de l&rsquo;intention</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quatre couches composent déjà cette nouvelle architecture : la récupération, l&rsquo;attribution, la synthèse et la transaction. Mais Fang anticipe des développements plus radicaux. Demain, les entreprises pourraient enchérir non plus sur des mots-clés recherchés mais sur le droit d&rsquo;influencer nos prochaines questions. La publicité passerait de la persuasion à l&rsquo;anticipation, architecturant le désir lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les profils de curiosité pourraient être empaquetés et échangés comme des produits dérivés. L&rsquo;auteur imagine des marchés à terme sur les centres d&rsquo;intérêt des individus fortunés, des options sur nos trajectoires intellectuelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enjeu démocratique majeur</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Fang conclut sur une note d&rsquo;espoir prudent. Contrairement aux bouleversements précédents qui ont pris la démocratie de court, nous disposerions cette fois d&rsquo;un avertissement. La curiosité, à la différence de l&rsquo;attention, peut croître par l&rsquo;exercice. La bonne infrastructure pourrait créer une compréhension abondante plutôt qu&rsquo;exploiter la rareté. Reste à savoir si nous bâtirons ces systèmes pour élargir l&rsquo;émerveillement humain ou le rétrécir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">#ÉconomieDeLIntention #IntelligenceArtificielle #Médias #TransformationNumérique #Démocratie #Curiosité #IA #Prospective</p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/12/04/de-leconomie-de-lattention-a-leconomie-de-lintention-comment-lia-redessine-notre-curiosite/">De l’économie de l’attention à l’économie de l’intention : comment l’IA redessine notre curiosité</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>« Je n&#8217;ai rien à cacher » : anatomie d&#8217;un renoncement aux droits</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 18:48:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Face aux dispositifs de surveillance généralisée, un argument revient sans cesse pour justifier l'expansion du contrôle étatique ou corporatif : "Si vous n'avez rien à cacher, vous n'avez rien à craindre". Promu par les gouvernements eux-mêmes, ce raisonnement présente la vie privée comme un luxe superflu, réservé à ceux qui auraient quelque chose à se reprocher. Cette rhétorique constitue pourtant une erreur logique qui déplace le débat de la légitimité de la surveillance vers la culpabilité supposée des citoyens. Décryptage d'un mythe qui sert trop souvent à légitimer la surveillance de masse.</p>
<p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/">« Je n’ai rien à cacher » : anatomie d’un renoncement aux droits</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Derrière l&rsquo;apparente innocuité de l&rsquo;argument « je n&rsquo;ai rien à cacher » se cache un dangereux malentendu sur la nature de la vie privée. Loin d&rsquo;être un simple espace de dissimulation, elle constitue un droit fondamental dont l&rsquo;érosion menace l&rsquo;autonomie individuelle et les fondements démocratiques. Décryptage d&rsquo;un mythe qui sert trop souvent à légitimer la surveillance de masse.</strong> Ce article est basé sur une recherche beaucoup plus complète, menée avec l&rsquo;aide (soutenue) d&rsquo;outils d&rsquo;intelligence artificielle. <a href="https://drive.google.com/file/d/1S_HQspQvuyUUBPUDl6OxnNfoLAr0bLU-/view?usp=sharing" target="_blank" rel="noopener" title="">Le texte complet de ce document est disponible ici.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux dispositifs de surveillance généralisée, un argument revient sans cesse pour justifier l&rsquo;expansion du contrôle étatique ou corporatif : « Si vous n&rsquo;avez rien à cacher, vous n&rsquo;avez rien à craindre ». Promu par les gouvernements eux-mêmes, ce raisonnement présente la vie privée comme un luxe superflu, réservé à ceux qui auraient quelque chose à se reprocher. Cette rhétorique constitue pourtant une erreur logique qui déplace le débat de la légitimité de la surveillance vers la culpabilité supposée des citoyens.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un droit fondamental réduit à un secret honteux</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;erreur première de cet argument réside dans sa définition étriquée de la vie privée, assimilée à la dissimulation d&rsquo;activités illégitimes. Or, le droit international consacre la vie privée comme un droit humain inaliénable. L&rsquo;article 12 de la Déclaration universelle des droits de l&rsquo;homme stipule que nul ne sera l&rsquo;objet d&rsquo;immixtions arbitraires dans sa vie privée. Ce terme « arbitraire » est crucial : toute ingérence, même sécuritaire, doit être justifiée, nécessaire et proportionnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Convention européenne des droits de l&rsquo;homme étend cette protection bien au-delà du simple secret. Elle couvre l&rsquo;intégrité physique et psychologique, la protection des données personnelles, l&rsquo;identité ou encore la réputation. Le Règlement général sur la protection des données reconnait que les données personnelles sont un prolongement de la vie privée des individus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce cadre juridique renverse la charge de la preuve. Ce n&rsquo;est pas au citoyen de justifier son besoin de vie privée, mais à l&rsquo;État de prouver la nécessité absolue, la légalité et la proportionnalité de toute ingérence. Philosophiquement, la vie privée n&rsquo;est pas l&rsquo;acte de cacher l&rsquo;information, mais la capacité de la protéger et de la contrôler. Elle constitue la condition nécessaire à l&rsquo;autonomie personnelle et à la dignité humaine. Perdre le contrôle de ses informations personnelles, c&rsquo;est perdre le contrôle de qui nous sommes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand la technologie crée la culpabilité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » présuppose une infaillibilité technologique inexistante. La reconnaissance faciale, loin d&rsquo;être un miroir parfait de la réalité, est une technique probabiliste génératrice d&rsquo;erreurs. Les faux positifs – lorsqu&rsquo;un algorithme identifie à tort un innocent comme suspect – constituent un défaut de conception inhérent. Le port d&rsquo;un masque peut multiplier ce taux d&rsquo;erreur par dix ou cent selon les algorithmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces erreurs détruisent des vies. Robert Williams ou Portia Woodruff, enceinte de huit mois, ont été arrêtés à tort suite à des identifications erronées. L&rsquo;individu « innocent » devient soudainement coupable aux yeux d&rsquo;une machine, le fardeau de la preuve s&rsquo;inverse. Il doit activement prouver son innocence contre l&rsquo;autorité perçue d&rsquo;un système « objectif ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pire encore, ces technologies perpétuent les discriminations. L&rsquo;étude Gender Shades a révélé que le taux d&rsquo;erreur maximal pour les femmes à peau foncée atteignait 34,7 pour cent, contre 0,8 pour cent pour les hommes à peau claire. L&rsquo;innocence d&rsquo;une femme noire est donc quarante-trois fois plus susceptible d&rsquo;être remise en question par la machine que celle d&rsquo;un homme blanc. L&rsquo;argument « rien à cacher » apparait ainsi comme un argument de privilégié, valable uniquement pour ceux appartenant aux groupes démographiques dominants.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;érosion silencieuse de la démocratie</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des préjudices individuels, la surveillance de masse génère un effet dissuasif qui ronge le corps social. Sachant qu&rsquo;ils peuvent être observés et identifiés, les citoyens modifient leur comportement pour éviter d&rsquo;attirer l&rsquo;attention. Cette autocensure affecte directement les libertés fondamentales : liberté d&rsquo;expression, de réunion, de manifester.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un citoyen peut renoncer à participer à une manifestation pacifique par peur d&rsquo;être fiché, craignant que cette participation lui nuise professionnellement. La surveillance n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;arrêter les manifestants pour tuer la manifestation, elle doit simplement les identifier. Ce chilling effect empêche des citoyens ordinaires de devenir des participants actifs à la démocratie. La surveillance ne punit pas seulement le crime, elle empêche l&rsquo;exercice de la citoyenneté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, le capitalisme de surveillance transforme les données comportementales en matière première. L&rsquo;objectif n&rsquo;est plus seulement de surveiller, mais de prédire et modifier le comportement humain à des fins de profit. L&rsquo;individu « innocent » devient la cible principale, non comme criminel à arrêter, mais comme consommateur à influencer ou citoyen dont le vote peut être manipulé. Le scandale Cambridge Analytica a illustré comment des données « innocentes » peuvent être transformées en arme contre les processus démocratiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les leçons ignorées de l&rsquo;histoire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » repose sur une confiance aveugle dans la bienveillance permanente du pouvoir. L&rsquo;histoire démontre que les infrastructures de surveillance, une fois construites, sont systématiquement détournées. La Stasi en RDA ne cherchait pas à trouver des criminels mais à collecter des informations triviales sur six millions de personnes. Ces données « innocentes » étaient ensuite armées pour ruiner des réputations, isoler des individus, détruire des carrières, sans que les victimes ne comprennent pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus contemporain, le système de crédit social chinois transforme le binaire coupable-innocent en score continu. Traverser au feu rouge ou fumer dans un train fait baisser la note sociale, entrainant l&rsquo;interdiction de voyager en avion ou train. En avril 2018, plus de quinze millions de déplacements avaient déjà été bloqués. Le système force une conformité comportementale absolue où les gens n&rsquo;ont « rien à cacher » non parce qu&rsquo;ils sont libres, mais parce que la surveillance est si totale qu&rsquo;elle a éliminé toute déviance.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reprendre le contrôle du débat</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;argument « rien à cacher » s&rsquo;effondre face à l&rsquo;analyse rigoureuse. Il confond vie privée et secret, ignore les erreurs et biais technologiques, méconnait les préjudices collectifs et fait preuve d&rsquo;amnésie historique. La vraie question n&rsquo;est pas « avez-vous quelque chose à cacher » mais « voulons-nous vivre dans une société où nous devons constamment prouver notre innocence à une machine ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Protéger la vie privée n&rsquo;est pas un acte individualiste de dissimulation. C&rsquo;est un acte collectif et politique essentiel pour préserver l&rsquo;espace de l&rsquo;autonomie, de la dignité et de la dissidence, sans lequel une société libre ne peut exister. Face à la surveillance de masse, l&rsquo;innocence des citoyens n&rsquo;est pas une protection mais une donnée sans pertinence.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>#ViePrivée #DroitsHumains #SurveillanceDeMasse #LibertésPubliques #ProtectionDesDonnées #DémocratieNumérique #ReconnaissanceFaciale #BiaisAlgorithmiques #RGPD #DroitÀLaViePrivée</strong></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/11/13/je-nai-rien-a-cacher-anatomie-dun-renoncement-aux-droits/">« Je n’ai rien à cacher » : anatomie d’un renoncement aux droits</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>QUAND LA TECHNOLOGIE DEVIENT L&#8217;OUTIL D&#8217;UN AUTORITARISME LIBÉRAL</title>
		<link>https://en-avant.info/2025/11/03/quand-la-technologie-devient-loutil-dun-autoritarisme-liberal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Philippe Hensmans]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 20:55:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Digital]]></category>
		<category><![CDATA[droits humains]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Recension : « Dans le sillage du paléolibertarianisme, les Apocalypse Nerds » par Olivier Tesquet Dans une analyse percutante1, le journaliste Olivier Tesquet met en lumière les racines idéologiques du technofascisme contemporain. De Gaza transformée en zone économique spéciale aux algorithmes de Palantir traquant les migrants, il dévoile comment la pensée de Hans-Hermann Hoppe irrigue aujourd&#8217;hui la ... </p>
<p class="read-more-container"><a title="QUAND LA TECHNOLOGIE DEVIENT L&#8217;OUTIL D&#8217;UN AUTORITARISME LIBÉRAL" class="read-more button" href="https://en-avant.info/2025/11/03/quand-la-technologie-devient-loutil-dun-autoritarisme-liberal/#more-730" aria-label="En savoir plus sur QUAND LA TECHNOLOGIE DEVIENT L&#8217;OUTIL D&#8217;UN AUTORITARISME LIBÉRAL">Lire plus</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h6 class="wp-block-heading">Recension : « Dans le sillage du paléolibertarianisme, les Apocalypse Nerds » par Olivier Tesquet</h6>



<p class="wp-block-paragraph">Dans <a href="https://aoc.media/analyse/2025/11/03/dans-le-sillage-du-paleolibertarianisme-les-apocalypse-nerds/" title="">une analyse percutante</a><sup data-fn="f07e6d53-6df4-455e-9d98-d4b6471deac5" class="fn"><a id="f07e6d53-6df4-455e-9d98-d4b6471deac5-link" href="#f07e6d53-6df4-455e-9d98-d4b6471deac5">1</a></sup>, le journaliste Olivier Tesquet met en lumière les racines idéologiques du technofascisme contemporain. De Gaza transformée en zone économique spéciale aux algorithmes de Palantir traquant les migrants, il dévoile comment la pensée de Hans-Hermann Hoppe irrigue aujourd&rsquo;hui la Silicon Valley et l&rsquo;administration Trump, menaçant les fondements mêmes de la démocratie et des droits humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article d&rsquo;Olivier Tesquet offre une grille de lecture essentielle pour comprendre les mutations autoritaires de nos sociétés numériques. En exhumant Hans-Hermann Hoppe, théoricien du paléolibertarianisme, le journaliste trace une généalogie intellectuelle inquiétante reliant le refus radical de la démocratie aux pratiques actuelles des géants de la tech.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le point de départ est saisissant : le plan Trump pour Gaza, qui prévoit de transformer l&rsquo;enclave en zone économique spéciale sous gouvernance technocratique. Cette vision résonne avec les fantasmes de Curtis Yarvin ou Jared Kushner : remplacer l&rsquo;autodétermination des peuples par une gestion entrepreneuriale. Pour les droits humains, cette perspective signifie la négation du droit des Palestiniens à décider de leur avenir, au profit d&rsquo;une souveraineté privatisée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du paléolibertarianisme au technofascisme</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La force de l&rsquo;analyse réside dans sa capacité à relier cette vision à un corpus idéologique cohérent. Hans-Hermann Hoppe a théorisé dans les années 1990 un libertarianisme autoritaire conjuguant libéralisme économique radical et exclusion violente. Son ouvrage « Democracy, the God that Failed » résume son projet : la démocratie est une aberration. Hoppe prône explicitement l&rsquo;exclusion physique des homosexuels, des militants écologistes, des communistes et de tous ceux qui ne correspondent pas à son modèle de propriétaire légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui aurait pu rester marginal trouve aujourd&rsquo;hui son actualisation dans la Silicon Valley. Peter Thiel, qui affirme que « la démocratie et la liberté ne sont plus compatibles », incarne cette filiation. Palantir, qu&rsquo;il a cofondée, illustre la transformation du paléolibertarianisme en technofascisme : son logiciel Falcon compile les données de millions de personnes pour identifier les sans-papiers à expulser, privatisant une fonction régalienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette privatisation de la répression soulève des questions cruciales. Elle échappe aux garde-fous démocratiques traditionnels : Palantir ne rend de comptes qu&rsquo;à ses actionnaires, tout en disposant d&rsquo;un pouvoir considérable sur des millions de vies. L&rsquo;algorithme devient juge et le code, loi, réduisant les êtres humains à des points de données.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article montre également comment cette idéologie fonctionne comme un protocole technique. Tesquet utilise la métaphore de l&rsquo;API pour expliquer l&rsquo;interopérabilité idéologique : des fragments de pensée circulent et se combinent. De Hayek, le marché comme légitimation ; de Carl Schmitt, la souveraineté comme pouvoir d&rsquo;exception. Le résultat justifie la domination sous toutes ses formes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;efficacité contre la démocratie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette analyse éclaire les menaces sur nos démocraties. Le technofascisme se présente comme un dépassement rationnel de la modernité : l&rsquo;efficacité contre le désordre démocratique, la performance contre l&rsquo;égalité. Il touche une corde sensible dans des sociétés travaillées par le doute sur leurs institutions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut toutefois regretter que l&rsquo;article n&rsquo;explore pas davantage les formes de résistance possibles. Le diagnostic est implacable, mais les pistes de réponse restent implicites. Comment protéger les droits humains face à cette alliance du capital technologique et de l&rsquo;autoritarisme ? Comment préserver les espaces démocratiques quand l&rsquo;infrastructure de nos sociétés est contrôlée par des entreprises privées ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.editionsdivergences.com/livre/apocalypse-nerds" title="">L&rsquo;ouvrage « Apocalypse Nerds »</a>, dont cet article constitue une synthèse, arrive à point nommé. Il rappelle que la tech n&rsquo;est pas neutre, que les algorithmes portent des choix politiques. Face au technofascisme, la défense des droits humains exige de déconstruire le discours de l&rsquo;efficacité pour réaffirmer la primauté de la dignité sur la performance, de l&rsquo;égalité sur la hiérarchie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article offre les outils conceptuels pour comprendre ce combat. Reste à les mobiliser collectivement, avant que la démocratie ne devienne ce « logiciel périmé » que les héritiers de Hoppe rêvent de remplacer.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"><strong>#Technofascisme #DroitsHumains #Démocratie #SiliconValley #Paléolibertarianisme #Gaza #Palantir #Surveillance #Autoritarisme #JusticeSociale</strong></p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="f07e6d53-6df4-455e-9d98-d4b6471deac5">Dans le sillage du paléolibertarianisme, les Apocalypse Nerds, AOC, 4/11/2025 <a href="#f07e6d53-6df4-455e-9d98-d4b6471deac5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://en-avant.info/2025/11/03/quand-la-technologie-devient-loutil-dun-autoritarisme-liberal/">QUAND LA TECHNOLOGIE DEVIENT L’OUTIL D’UN AUTORITARISME LIBÉRAL</a> first appeared on <a href="https://en-avant.info">En avant</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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